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HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
bid DES FRANCS,
PAR GEORGES FLORENT GRÉGO
ÉVÈQUE DE ToUns,- +
EN DIX LIVRES,
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
RUE DE VAUGIRARD, N? 9.
M DCCC XXXVII.
HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
DES FRANCS,
PAR
GEORGES FLORENT GRÉGOIRE,
ÉVÈQUE DE TOURS,
EN DIX LIVRES;
Revue et collationnée sur de nouveaux Zllanuscrits,
ET TRADUITE
PAR MM. J. GUADET ET TARANNE.
TOME SECOND,
PAR N. R. TARANNE,
PROFESSEUR DANS L'ACADÉMIE DE PARIS.
A PARIS,
CHEZ JULES RENOUARD,
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE,
RUE DE TOURNON, N° 6.
1837.
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Le Commissaire responsable soussigné déclare que
le présent travail de M. Taranne, comprenant le
texte et la traduction des livres v, v et vi de l'Histoire
DE GRÉGOIRE DE Tours, lui a paru digne d'être publié
par la Société de l'Histoire de France.
Fait à Paris, le 28 Mars 1837.
Signé GUÉRARD.
Certifié,
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France,
J. DESNOYERS.
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AVERTISSEMENT.
Lx désir de présenter au public un travail qui
fût digne de fixer son attention a seul retardé la
publication de ce volume. La traduction en était
achevée depuis long-temps; mais c'était à peine
la moitié de notre tâche. Nous nous étions pro-
posé d'abord de suivre le texte de Ruinart; et aux
variantes recueillies par lui, et par D. Bouquet,
qui a eu deux mss. de plus à sa disposition , nous
devions seulement ajouter celles que nous offri-
raient les deux mss. nouveaux dont ils n'ont pas
eu connaissance. Cette collation ayant appelé no-
tre attention sur divers passagés importans, nous
avons recouru aux anciens mss. de la Bibliothé-
que Royale; et aprés l'examen des passages en
question , nous avons senti la nécessité de colla-
tionner de nouveau, d'un bout à l'autre, deux
mss. au moins; celui de Corbie pour les six pre-
miers livres, et le Colb. m. pour les cinq derniers.
On concoit qu'un pareil travail, fait minutieuse-
. ment, a dà emporter une grande partie du temps
. destiné d'avance à la confection de ce volume,
Sur la nature et l'importance des divers mss.
-* »
*
viij AVERTISSEMENT.
que nous avons pu consulter , voici , en apercu,
le résultat de nos observations :
Le ms. de Corbie semble étre le fond commun
des mss. de Beauvais, de Cambrai, de Metz ou
Colb. a. et du Reg. B. Cependant, ni toutes les
lecons du texte, ni le nombre des chapitres ne
sont entiérement les mémes dans ces cinq ma-
nuscrits.
Le plus semblable à celui de Corbie, est celui
de Beauvais (autrefois ms. de Loisel), dont il ne
reste guére que des fragmens. Il le copie mot
pour mot, à moins qu'il ne soit le plus ancien
des deux. Cependant on y voit des omissions qui
n'existent pas dans celui de Corbie. Tous deux
offrent partout les mémes variantes, les mémes
fautes, excepté dans un seul endroit peut-étre;
c'est au liv 1x1., ch. 19, Beauvais donne scanolo-
num ; Corbie, cabillonum.
Colb. a et Reg. B. ont entre eux à peu prés la
méme ressemblance; cependant tous les chapi-
trés ne sont pas les mémes.
Le ms. de Cambrai, collationné à Cambrai par
M. Leglay, est, aprés Corbie, le plus original et
plus. précieux de ces mss., du moins pour les six
premiers livres. Il offre beaucoup de ressemblance
avec Corbie; mais il en diffère assez pour confir-
mer au besoin son autorité.
Je ne dirai rien du Reg. A, qui n'est presque
AVERTISSEMENT. ix
d'aucune autorité, tant il a été rédigé avec négli-
gence. Le copiste n'a pas pris la peine de con-
duire jusqu'au bout certains chapitres, qui, ce-
pendant, sont dans tous les autres manuscrits.
D'ailleurs il nous manque au ch. 16 du livre iv.
Le ms. Colb. m. parait reproduire assez exac-
tement celui de Cluni; mais nous n'avons plus ce
dernier.
Malgré ces ressemblances, les nouveaux mss.
nous ont été fort utiles , en ce qu'ils nous ont of-
fert des leçons qui existaient, il est vrai, dans
quelques uns des anciens manuscrits, mais qui
n'avaient pas été remarquées par nos devanciers.
De plus, ils nous ont amené à en découvrir aussi de
nouvelles dans les mss. qu'ils avaient; ce semble,
consultés avec le plus de soin ; entre autres, celui
de Corbie. Il suffira, pour s'en convaincre, de
l'indication de quelques passages où nous avons
changé le texte de Ruinart. Liv. iv, chap. 9, 13,
14, 16, 52; liv. v, chap. 20, etc. Voyez les notes
sur ces divers passages.
Au chap. 19 du v' livre, p. 23o, une variante
de Reg. B. ostia basilicæ erumpere, nous a fait
comprendre le véritable sens de rumpere, que
nous avons cependant conservé dans le texte. Les
notes latine et francaise font justice du sens que
nous avions adopté et commenté dans la préface
de l'édition latine.
x AVERTISSEMENT.
Pour les trois premiers livres, la collation du
ms. de Corbie nous a offert une foule de varian-
tes, dont nous indiquerons les principales : ce
sera le complément nécessaire de la partie criti-
que de notre premier volume. .
Nous renvoyons aux pages de l'édition latine-
francaise.
VARIANTES DU MANUSCRIT DE CORBIE.
P. 2,1. 6, refrigesceret, — Corbie et Reg. À, tepesceret.
l. 13, reperitur, — Corb., repperiretur. Reg. A, repperietur
rethor.
P. 4,1. r, affatu, — Corb., effatu.
P. 10, l. 6, adplene, — adpæne.
l. 10, apud nostrum, etc., — apud Deum.
P. 12, l. 7, consemp. essentia, — consempiternum esse essentia.
l. 18, Antichristum, etc., — Antichristum prius esse ventu-
rum (place vide dans le ms.). Sed primum circum-
cisionem, etc. Veanmoins le sens est complet.
l 8, adoptivo, — adoptativo.
l. 18, Victorius, — Victorinus.
l. ultim., mundi elementa, — mundi totius elementa.
P. 18, 1. 5, cum Deo, — cum Domino.
l. 10, tantumque Noe, — tantum Ne (pour Noe).
1. penult., anni mille ducenti, etc., — ticexuir, c'est-à-dire,
2242 (1).
P. 20,1. 9, idololatriz.... statuunculam, — idolatriz..,. staticolum
adorandum.
l. 17, Sennaar, — Sennachar.
l. 25, Babel, — Babyl.
l. ultim., et sicut Orosii, — et deest.... Horosi.
(1) C'est ce chiffre tt pour mm. qui a causé l'errenr : on l'a pris pour un
mil. Bouquet , d'après Ruinart , donne mille ; et cependant, à la fin du livre tv,
il donne bis mille; et à cet endroit Corbie le représente également par ce
chiffre iz, comme plas bas, 5000 par v.
24,
M — jun Pen Det nt pus
. 19, Urbano, Prilidano, etc.;
AVERTISSEMENT. xj
. 14, Arphaxad, etc., — Arfaxath.... Falech, Rheu.
. 18, aedificavit civit, — comme les mss. de Cambrai et
Heg. B.
. penult., octogesimo, — octogesimo nono anno.
. 14, manipulos legens, etc., — legens, suum fratrum ma-
nipuli ad.
. 18, viginti, — Wu.
5, utuntur, — abutüntur.
. 20, altera civitas, — altera deest.
5, abutentes, — sic et Corb.
. 12, probantur victibusque, — probantur deest, victibus
pascuntur.
- 17, LXXVI, — sexaginta sex, en toutes lettres.
. 20, facientes et, — deest.
. penult., Amon , — Ammon.
- 44, 1.
1, Gyges, — Cisces.
4, imperatores, — imperium.
. 15, emisso, — amisso.
. 21, majorem...sævitiam, — majorem in eum odium ha-
bentes sævitiam ut gestam Pilati , etc.
. ultim., liberatur, — liberabatur.
5, requirerent, — inquirerent.
6, nunc valemus , — non valemus.
11, residet, — resedit.
2, proprie in se, — proprie se manibus ictu libravit.
. 18, artis magistrum , — artis argumento magistrum.
. 20, quod Christum, etc., —
,Christum filiàm Dei (pour
rbani;-Prilidani, Epo-
loni.
. 20, Sixtus, — Xystus.
6, Gatianus, — prius Catianus correctum in gat.
21, ccelo sancto tuo , — sancto deest.
1, acquisitos , — adquoesitores.
5, isti , — iste.
7, Scalptis , — sculptis.
8, crassitudinem , — grossitudinem.
9, musivo, — museo.
4, multis undique virtutibus , — undique deest.
14, Thracia , — Tharacia.
6, octogesimo , — octuaginsimo.
xij AVERTISSEMENT.
P. 88, l. 7, vigesimo, — vicinsimo.
- |. 10, habebatur , — habetur.
P. 9o, l. 18, monasterii privilegio, — monasterio privilegio (pro
privilegium (1).
L 20, his vero, — his ergo ; sic et Ruinart.
l. 25, Pictavis, — Pectavensibus.
P. g2, l. 5, Vingennam, — Vincennam.
l. ultim., vMpxtvt , — VosxLvi (5506) (voyez la note à la fin
du 1v* livre).
P. 98, L 9, cum id, — cum idem.
l. 10, præstet, — prestitit.
l. 18, quante fames, — que fames.
. 100, l. 10, adjuvante, — jubente.
. 108, 1. 14, Vandali .... digressi, — Wandali .... degressi.
. 110, l. 17, Deoque omnip., — que Deo,
l. 21, fidei parma, — fidei arma.
l. ultim., quid plura, — quid plurima. :
P. 112,1. 2, ad rebaptizandum , — ad baptizand.
l. 6, credo esse substantie , ete., — credo esse substantia.
quz dicto aquas.
L 10, dicatur, — desecatur.
P. 114, L 2, quorumdam ipsorum , — quorumdam ex ipsis.
1. 5, replicanda, — republicanda,
l. 12, cum se videret, — oum se vi videret.
l 4, deceptum , — deest.
l 5, in populo , — in populos.
l. 10, te beatissime , — ad te beatissime.
l. 19, reliqui a te mer... — reliqui ante mer....
l. 15, Si , inquiunt, — si deest.
l. 19, cum Deo patre, — Deo deest.
1
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1
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. 2, ille autem, etc., — ille autem eos exorat.
. 4, crucem super , — crucem Christi super.
. 12, lucem ulli, — ulli deest.
. 15, facem fidei , — faciem fidei.
. 17, pravitate , — in pravitate.
(x) Ici est une faute grave dans la note 1, empruntée à Ruinart, Corb. duo
est à supprimer comme ne faisant aucun sena. Il n'y a qu'un ms. de Corbie,
et on voit que la leçon qu'il donne ici est différente du texte de Ruinart. Plus
tard, dans les notes, nous citons denx mss. de Colbert, Coíó, duo, mais ni
l'un ni l'autre ne contient le premier livre.
P2126,1. 5,
2,
. 15,
16,
19,
20,
3,
4,
-
——————
9;
10,
AVERTISSEMENT. xu
denudari , — denutari ( peut-étre pour denotari ).
fraudem , — famam.
ubi et finem , — ibi et finem.
creberrime, — et creberrime.
Octavianus vero , — et Octavianus arch...
adserentium , — adserentes.
eo tempore , — deest.
tunc et sol teter, — et sol ter apparuit obscuratus
ita ut.
eluceret , — luceret.
sed et.... enecabat , — deest sicut et in Bell.
expelleretur , — depelleretur.
nunc vero ad , — sed ad.
Domini ; — Dei.
seque semper , — sibique s....
adjunctis sibi , — adjunctam sibi,... patrocinia.
ad Dominum , — ad Dei misericordiam.
. penult., accelera, — adcelerare.
. ultim., compone , — componere.
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P. 140, 6,
L 8,
1, require, — quere; peut-étre compone requære ( pour
require ).
. ibid. migrabis , — migraberis.
perveniunt , — pervenerunt. :
&iunt enim priusquam, — aiunt enim quia priusquam.
ac dicentem , — hac ( forte pro hzc) dicentem.
carebit incendio, — non carebit incendium (1) ( pro
incendio ). .
sanctitatis , — sanctitate. ;
fisus , — fidus, Es
Thorismodus , — Thursemodus, et sic infra sape.
non est ejectus , — non est nánctus.
pavore perterritus, etc., — pavore territus aditum per
fores, ut evaderet querit.
nunc illuc propero, etc., — nunc illum propero vi-
ventem exinde reducturus.
arcanumque Dei vulgare, — archanumque divulgare.
(1) Non rend cette phrase inexplicable; aussi une écriture fort ancienne a
corrigé carebit en supprimant a, au moyen d'un point au dessus et an des-
sons, et a ajouté au dessus du mot, ma, pour faire eremabit ; alors incendium
reste an nominatif.
P. 158,
AVERTISSEMENT.
15, "Theodorus vero ; — Theodor vero
7; historiarum, — deest,
. 12, dicat, — deest.
- 17, Obsidiatus, — obsedatus.
+ 18, devinctos, — adjunctos.
+ 20, ipsia tergo, etc., — ipsi vero adoriretur , se ad fronte
venturum.
6, obses , — obsessus.
8, Johannis curam, — Johannis cura palatii. medii etc.
: 10, quo neque infirm.... — quod neque inf....
1, ex adverso , — adversum.
6, ullatenus, — Valentinus.
- 15, Nannenus, — Nanninus , plus bas, Nannenus.
+ 16, militie, — militaris.
3, congressus , — ingressus.
5, consultaretur de, — consultarentur succensu.
- 16, stoliditas , — soliditas.
+ 10, cæsæ legiones , — cæsæ legionis.
- 11, Jovinianorum, — Jovianorum ( correction proposee
par Valois).
2, auctores, — actores,
4, puniretur , — poneretur.
7; impetratisque, — imperatorisque.
9, nescimus, etc., — nescimus deest, an in vices tenue-
rint regum (ce dernier mot a ete corrige'en regnum).
. 12, Thracias , — Tharcias.
+ 20, quod eodem , — quod deest.
- ultim., ratus tuto, — narus( pour guarus) toto.
4, Bricteros , — Brictoris.
5, proximos pagum , — proximum pagum.
7; Ampsuariis , — Ampsivariis et Chatthis.
* 11, pretermittens, — prætermissum.
- penult., disseruit, — exseruit.
- ultim., cujus, — cui (ut sepe alias cum verbo memini }:
- 10, cur non nominet , — deest.
- 14, quo de summa , — quoque summo rerum.
- 15, factum est, — quo factum est.
. 21, Hispanias, — Hispaniam.
. penult., se comit.... — suo comit...
- 11, deditur, — egreditur.
. 18, et crudeliter , — et deest.
. 11; idque , — itaque.
P
P.
. 198, L 5, cum equis, — cum equitibus (a. souvent le méme
AVERTISSEMENT. xv
. 14, Aschilam, — Ascylam.
1, meridionalem , — meridianam.
. 19, non sint tibi, etc., — sic et Corb.
. 21, in ccelo est , — in ccelo sunt.
9, scortis , — scorto.
. 11, adulteris , — alteris.
- 15, inlata fuissent que, — inlata fuisset quod.
. penult., mentium , — mendum.
2, sileat, etc., — timeat autem a facie.
in sculptilibus , — in deest.
17, confundantur , — confundentur.
1, dissolvatur , — dissolvantur.
2, tolluntur , — tollentur.
14, intellexerunt , — intellexit.
. 16, ut valde , — ut deest.
9, Childericus vero , — vero deest.
. 11, detrahere, — trahere.
. penult., repedabis , — repetebis.
5, unanimiter, — uniamiter (corrige en unianimiter).
. 12, de tanta reg.... — de deest.
. penult., hic pontifex, — hic deest.
. ultim., si enim, etc., — si enim hodie videas.
5, Dynamium, — Dinamium.
7, sanctitatis ac, — deest.
- 13, erigere, — egredere.
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. 176, L 9, vobis Dominus, — Dominus deest.
- 382, l. 9, deBiturica , — de Bitoricas.
1
- 16, his itaque gestis, — his ita gestis.
184,1. 8, cryptæ, — scripte. ui
L 10, et columnas , — et deest.
196, 1. penult., sed tempore , — sed deest.
sens ).
$ 8, ad domum, — ad domos.
1:16, 17, obedieris, — obaudieris.
l. 17, 18, refectione , — refectionem... satiaberis.
. 202, l. 4, ad civitatem , — apud civit...
|. 6, Ragnachario, etc., — Ragnario.... quia et ipse tene-
bat.... campum pugne , etc. ( fere ut Ruinart ).
. 204, l. 7, usque Suessionas, — usque Sexonas.
l. 10, 11, cuncto onere, — cunctum munus.
L 13, hocenim , — hoc est.
P. 210, l.
P. 212,
P. 214,
P. 216,
P. 218,
-— — mt
P, 220, 1.
1.
l.
(x) Cette date, que nous avons trouvée dans Cambrai et Reg. B., existait
déjà, comme on le voit, dans Corbie; et cepéndant Ruinart la rejetait comme
A v ik 1 120 £0 pov L.
. 19, cum illi hec, — illi deest.
4, interram, — terra.
5. colligendum eam, — eam deest.
7; apud Suessionas , — apud deest.
. 15, Gundeuchus , — Gundeucus.
. ultim. Chrona , — Crona.
. 12, igitur rex, — rex deest.
. 18, hominum, etc., — homines fuere non Dii.
. 19, qui filio, — qui a filio.
. 20, ut ipse Jupiter, — ut ipse Jovis.
4, divini numinis , — divini nominis.
5, habuere, — habere.
10, aliud fieri, — fieri deest.
. 14, predicare regi, — regi deest.
1, diceris , — dignaris.
4, probasse se pred., — se deest.
. 15, cohortatoque pop., — cohortato pop.
. 17, actum anno xv regni sui, — sic (1).
. 20, jubet, deprecans, — jubet et deprecans.
1, accersitum, secretius, — accersitum secretius (2).
4, audiam, — audiebam (5).
. 10, Deosabjicimus , — Deos abigemus. ^
. 15, platez , ecclesie, etc., — sic.
17, talemque ibi, — talemque sibi.
2, infit, — infert... Sigamber.
4, erat enim , — erat autem.
5, adprime, — adprimum.
. 19, sed de hac re, — de hac re deest.
5, audiens, — auditas.
9, de regno, — de regione.
21, auxilium prebebo, — auxilio præbeam.
n'étant autorisée par aucun ms.
(2) Aprés secretius est un point ou signe de repos, dans le ms. de Corbie. Je
joindrais volontiers ce mot à accersitum. Il est tout naturel que Remi fasse ve-
nir le roi en secret.
(3) Je préférerais audiebam. Clovis a déjà entendu souvent Remi, quand il
parle ainsi : Je vous ai écouté avec plaisir; mais le difficile est de persaader mon
peuple.
P. 222,
P. 224,
P. 246,
P. 248,
l.
l.
L
L
L
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L
1
L
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1.
1.
I.
l.
L
l.
1.
. J AVERTISSEMENT. xvij
4, at ille, — et ille.
6, tergà dedit, — terga vertit.
7, paludesque, — deest.
17, adquem ad se , — quem ad se.
ultim., evertat, — noceant. |
7, humilis servus, — servus deest.
18, ministrabo , — ministrabam.
+ 19, erit, — erat.
2, illi nocere, etc., — illi nihil nocere prævales.
9, €t de presenti, — et deest.
17, ab urbe, — deest.
15, uni quidem, — unus quidem.
21, avito, — deest.
8, te pereunte, — te deest.:
16, tam illa quam, etc., — tam illam qu» Euticis quam
. qua Sabellius.
11, territorii, — territorium.
16, moleste fero, — molestum fero.
ultim., et nihil, — et deest.
16, maturantibus , — iterantibus.
1, psalterium , — psallentium, sic Rwnart.
11, eminus, — deest.
18, diriperent, — deriperent.
19, sanctitatis, — sanctitate.
6, geniculo, — genicolum.
8, advenientes , — evenientes.
15, Theudericanr, — Theodericum.
16, Ruthenam, — Rutinam. "
19, viginti duo, — annis duodecim (1).
11, inter portam, etc., — inter portam atrii ecclesiam
civitatis est.
P. 2505 1. 15, redderetur, — reddebatur. v
P. 252,47 5, incidit, — incessit.
L
1.
7, et ea que, — ut ea que.
17, que in patrem, — quod in patrem.
(1) Cette date erronée s'accorde bien avec l'an 15* de Clovis (v. P-244), à
laquelle ce ms. rapporte la guerre contre Alaric. 11 semble la placer dix ans
trop tôt ; et cependant il met la mort de Clovis à la cinquième année depuis la
bataille de Vouillé, et donne à ce prince 3o ans de régne. Pour étre consé-
quent avec lui-même, il ne devrait lui en ‘donner que 20.
I.
b
P. D
. 256,
. 258,
. 260,
. 264,
. 266,
. 268,
mme
AVERTISSEMENT.
. 19, et filius, — vel ( pour et) filius.
. penult., velim.... Buconiam , — vellim ( pour vellem) Bu-
goniam.
. 17, 18, neutram... partem , — neutraque adjuvans parte.
. 20, ob hanc, etc., — ob hanc causam Chlodovechus in-
dignans contra eum abiit.
. penult., conqueretur, — conquireret.
16, sibi armillis, — sive armillis.
20, commovisset, — commovissent.
6, Richario, — Riechario.
8, vinciri, — vincere.
11, tribuisses, — præbuisses.
19, luituri , — lugituri
14, Chrotechilde, — Chrodechilde.
17, ergo, — vero.
. 19, undecimus annus, — undecimo anno.
22, sancti Mart. — beati M.
25, in hoc loco, — loco deest.
1, Prologus, — deest.
2, velim, — vellim.
20, et patrie paradiso, — et patriz et paradiso.
. 22, adjutorio ejus, — ad adjutorium ejus.
16, Chlothacharius, — Chlotcharius.
. 18, Theudericus.... Theudebert , — Theodoricus....
Theodeb.
20, et eis, — ut eis.
5, Licinio, — Liceno.
5, Aprunculi, — Abruncoli
9, Rutheno, — Rutino.
. 11, Apollinaris, — Apollonaris, infra Apollonari.
, cum autem haec, etc., — hoc Theuderico nunciatuin
fuisset.
, Bertharius, — Bertecharius, izfra Bertharium.
6, in sequenti , — in sequente.
3, Sigimundus, — Sygismundus.
- 21, non surget, — non surgat.
1, Sic dixisse, — se dixisse.
2, qui per, — quia per.
5, Agaunenses, — Agaunes.
. 10, Chrotech , — Chrodech.
. 12, indignamini, — indignate.
5, Aurelianensis urbis, — Aurilianensim urbem.
AVERTISSEMENT. —— xix
P. 18, r 8, Miciacense , — deest.
+ 10; respiciens , — respiceres.
1, inimicorum suorum , — suorum deest.
+
1
L
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l. 19, Arvernis, — Arverno.
l. 5, miseram, — deest.
l. 15, Lovolautrum , — Jovolau
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. 22, audientes hec, —
4, obsessi... castri, —
6, 7, castrum.... munitum , —
.' 8, centenorum, — centinum.
k 12; per portam , — per totam rivus defluat ( munitionem
n'y est pas).
L 16, arrepta aliqua preda, — arreptum aliquid preda.
1. 18, quinquaginta , — sic (malgre l'observat, de Ruinart.)
l. penult., ne interficerentur, — sine hii interficerentur.
L 6,itaut, —itqueut. ^ — & :
l 9, siita es, — si ita est. e D
_1. 12, Arvernis, — Arvernum % "dy
x 18, et egressus , — et deest. Li.
7, studuit, — studet. »
15, Aregisilum , — Aregyselum. s
4, congregati, — adgregati.
7, eris cum eo, — eris coram eo.
15, intente o populi ? — intento populi ? an numquid.
20, quia perjüriis, — qui perjuriis.
2, neuter, étc., — nullus contra alium.
8, servos sibi ex his fecit, — dent.
. 13, termini, — deest.
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304,
. 306,
. 308, 1.
. 310,
. 312,
. 314, À
. 320, 1.
. 322,
. 328,
‘330,
. 332,
AVERTISSEMENT.
l. 15, misit pueros, — pueros destinavit, qui inventum.
l. 17, de coquina, — ex coquina.
L r,arudi, — a deest.
l 2, operis, — opere.
l. 7, me melius, — a me melius.
l. 1, cognosceretur, etc., — ut non cognoscerentur simul.
l. 22, mihi nisi , — mihi necesse nisi.
l. 9, enatantes, — natantes.
l. 11, noctis ingressi silvam, etc., — noctis, silvas latuerunt.
l. 14, et parumper, — et deest.
l. 17, ne appareamus , — nec appareamus.
l. 1, juberem, — jubebam.
l. 3, et hos inquirens, — et deest.
l. 4, diversisque sceleribus , — que deest.
l. 11, ut in aliam, — et in aliam.
l. 14, vovens, ea quz, etc., — vovit, que semplum abst.
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. 15, et hujus virtutis, — hujus virtutes.
1, axillam, — ascella.
. ultim., Chlodovaldum , — Chlodoaldum.
2, is postposito , — is deest.
. 7, talem se, etc., — talemque se exhibuit.
. t0, omni honestate, — omni deest.
. 12, providit, — prævidit.
. 20, utsitum, — ut deest.
. 25, habens, — deest.
. 5, Guntharius, — Gunthecharius ( alibi, Guntharius ).
ibid. , Ruthenos, — Rotinus.
. 5, Biterrensem , — Bitturensim.
. 6, atque hinc, etc. — atque in predam deripuit.
. 7, deinde ad aliud castrum , — deinde alium castrum.
ibid., legatos, — ligatos (mais on trouve à tout moment e
pour i, et réciproquement. )
1. 11, Deuteria, — Deoteria.
1. ultim., Givaldum filium, etc.,— Sigivaldi filium neci daret.
l. 10, Givaldus , — Sigivaldus, et de méme plus bas.
l. 9, cui ille congaudens, — quem ille gaudens ac.
l. 11, in fisco suus, — in fisco suo.
l. 19, omne tributum, — omni tributo.
1. 20, reddebatur — reddebebatur ( mendose, forte pro
reddi debebatur, vc/ pro redhibebatur, ut 1v, 18,
p- 54 et not. 4).
| 3, cumque jam, — cum jam.
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. 346,
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AVERTISSEMENT. xxj
. 12, æstimans se, — se deest.
. 14, in silvis illis, — illis deest.
. 26, descendentibus, — decentibus.
. penult., metuentes , — timentes.
4, precabantur, etc., — veniam precabantur Deo.
7, sed nec anhelitum, etc., — sed nec a nullo ullius venti.
. 12, post hac.... Hispaniam , — hzc deest... Hispaniis.
- 13, quam ingressus , — qui ingressus.
. 21, totam spem, etc., — totam spem locus ille ad Domi-
num misericordiam retulit.
1, inflecteretur, — flecteretur.
- 9, hi spoliis, — hi deest.
- 12, Theudegisilum , — Theodegyselum.
. 20, statuerent, — statuerunt.
. 21, rex Italie, — rex deest.
ultim., animi sui, — amici sui.
2, Traguilanem, — Traguillanem.
8, contra eam, — contra eum.
. 11, reduxerunt, — duxerunt.
. 13, communicent , — accedant, et ex alio.
- 18, in sancta, — in sanctam, ainsi abrégé, scam.
. ultim., ergo, — vero.
340, 1.
1, Theodadum, — Theodatum, plus bas, Theodadum.
5, eam in eodem , — eam deest.
. 10, fuerit, — fuerat.
. 21, fraudaverant , — infraudaverant.
. 542, l.
1, in ditionem , — in ditionibus.
2, Bellissarium , — Belsuarium.
5, Narsetem , — Narsitem.
7, Buccellinus, — Buccellenus.
. 10, Narses, — Narsis.
. 22, lis seva, — litis seva.
- 944, 1.
5, et rex, — et deest.
4, dedidit, — dedit.
. 14, Desideratus autem , — autem deest.
. 17, jam domino, — jam deest.
19, fuisset, oppressuni , — fuisse oppressum.
. 20, tunc mane, — tunc deest.
. 22, aliquid quis , — quis deest.
. 14, inflixisset , — inflixit.
+ 16, et a duobus, — ac duobus.
. ultim:, ante annos aliquot , — ante aliquos annos.
xxij AVERTISSEMENT.
P. 350, 1. 6, perscrutatus, — perscrutatos.
l. 7, reperisset, — reperissent.
l. penult., iter, — deest.
P. 352, 1. 5, Theodobaldus, — Theodovaldus.
Nous avons omis un grand nombre d'autres
variantes qui offraient seulement des différences
de cas et de temps: ainsi on trouve à tout moment
dans ce ms. l'accusatif absolu au lieu de l'ablatif ;
des nominatifs absolus; des participes passés
passifs avec l'accus. : Æssumpto secum Gunthram-
num , v , 14, p. 208 et 218; /nvocato nomen Do-
mini, v, 26, p. 270. Les participes absolus au
sing., quoique accompagnés du pluriel : excepto
filiabus , v , 14, p. 214. Souvent l'accus. après des
préposit. qui régissent l'ablatif: de ecclesiam ,
v, 4, p. 180. En général, le latin en est beaucoup
plus barbare que dans les imprimés. Est-ee le
véritable texte de Grégoire qu'on aura corrigé
depuis ? Ou plutót ce ms. ayant été rédigé à une
époque (vin siècle) ou dans une province, où le
latin était encore plus corrompu, les copistes
n'auront-ils pas altéré la rédaction originale et le
style de notre auteur, en lui prêtant les formes
barbares alors en usage ?
D'après les leçons plus importantes que nous
venons de présenter, et qui lui sont souvent com-
munes avec nos deux nouveaux mss., on voit que
Ruinart en a tiré peu de parti; souvent méme,
quand il s'en est servi , il l'a mal cité. Plusieurs de
AVERTISSEMENT. xxiij
ces fausses citations ont été reproduites dans les
notes critiques du premier volume. La liste des
variantes que nous donnons y servira d'errata.
Trop de confiance dans le savoir éclairé qui a
suggéré à notre illustre devancier tant d'observa-
tions judicieuses , tant de rapprochemens ou de
souvenirs historiques propres à éclaircir son texte,
nous a fait adopter aussi une erreur d'un autre
genre. Au liv. i, ch. 15, not. 2, à propos d'At-
tale , il est dit que c'est celui auquel a écrit Sido-
nius. Or , Sidonius était mort en 484, et le fait
oü figure Attale se passe aprés 533. Cette faute
d'inadvertance a aussi échappé à D. Bouquet.
Quant à certaines fautes. qui nous appartien-
nent plus en propre, quas humana parum cavit
natura, nous renvoóns à l'errata de ce volume.
Nous aurions désiré , dans les observations qui
viennent à la suite de la traduction , résoudre tou-
tes les questions intéressantes sur la géographie,
la discipline ecclésiastique, le gouvernement ci-
vil, l'état des personnes, ete., que soulèvent divers
passages de notre auteur, et dont la solution se-
rait le commentaire,le plus instructif du père de;
notre histoire; mais nous avons senti tout ce qui
nous manquait pour traiter convenablement tant
de matières différentes. Souvent il nous a suffi
de les indiquer. Mais cet aveu de notre défiance
en nos propres forces, ou méme de notre igno-
xxiv AVERTISSEMENT.
rance sur certains sujets, ne sera pas pour nous,
nous osons l'espérer, une cause de défaveur au-
prés des lecteurs éclairés dont nous ambitionnons
l'estime, lors méme que nous ne pouvons mériter
leurs éloges.
N. R. TARANNE.
Avril 1837.
SANCTI GEORGII FLORENTII
GREGORII,
EPISCOPI TURONENSIS,
HISTORLE ECCLESIASTICÆ
FRANCORUM
LIBRI DECEM.
HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
DES FRANCS,
PAR GEORGES FLORENT GRÉGOIRE,
ÉVÊQUE px TOURS,
EN DIX LIVRES.
Li
SANCTI GEORGII FLORENTH
GREGORII,
EPISCOPI TURONENSIS,
HISTORLE ECCLESIASTICAE
FRANCORUM
LIBRI DECEM.
LIBER QUARTUS.
INCIPIUNT CAPITULA LIBRI QUARTI. (1)
1. De obitu Chrothechildis reginæ. — 9. Quod Chlothacharius rex
tertiam partem fructuum ecclesiis auferre voluit. — 3. De uxori-
bus et filiis ejus. — 4. De Britannorum comitibus. — 5. De
sancto Gallo episcopo. — 6. De Catone presbytero, — 7. De
episcopatu Cautini. — 8. De Hispanorum regibus. — 9. De
obitu Theodobaldi regis. — 10. De rebellione Saxonum. —
11. Quod Catonem ex jussu regis ad episcopatum Turonici pe-
tierint. — 12. De Anastasio presbytero. — 13. De levitate et
malitia Chramni ; et de Cautino ac Firmino. — 14. Quod Chlo-
thacharius contra Saxones ivit altera vice. — 15. De episcopatu
sancti Eufronii. — 16. De Chramno et satellitibus ejus, et malis
quz gessit , vel qualiter Divionem advenit. — 17. Quod Chram-
mus ad Childebertum transiit, — 18. De Austrapio duce. —
19. De obitu sancti Medardi episcopi, et ejus sepultura, —
20. De obitu Childeberti , et interitu Chramni. — 921. De obitu
Chlothacharii regis. — 22. Divisio regni inter filios ejus. —
———————M M M— €——Ó—— aUi MÀÓ
(1) Deest index capit. in Reg. B.
HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
DES FRANCS,
PAR
GEORGES FLORENT GRÉGOIRE,
ÉVÊQUE DE TOURS,
EN DIX LIVRES.
———
LIVRE QUATRIÈME.
SOMMAIKES DES CHAPITRES DU LIVRE QUATRIÈME.
1. Mort de la reine Clotilde. — 2, Projet du roi Clotaire d'enlever
aux églises le tiers de leurs revenus. — 3. Ses femmes et ses
fils, — 4. Comtes des Bretons. — 5. L'évéque saint Gall. —
6. Le prétre Caton. — 7. Épiscopat de Cautin, — 8. Rois d'Es-
pagne. — 9: Mort du roi Théodebald. — 10. Révolte des
Saxons. — 11. Par l'ordre du roi, ceux de Tours viennent de-
mander Caíon pour é si, 19. Le prêtre Anastase. —
13. Inconstance et malicé de Chramne.. Cautin et Firmin. —
14. Seconde expédition de Clotaire contre les Saxons, —
15. Épiscopat de saiht Eufrone. — 16. Chramne et ses parti-
sans; ses excès ; son arrivée à Dijon. — 17. Chramne passe du
côté de Childebert. — 18. Le duc Austrapius. — 19. Mort de
l’évêque saint Médard ; $8 sépulture. — 20. Mort de Childebert ;
fin de Chramne. — 21. Mort du roi Clotaire. — 22. Partage
de son royaume entre ses fils. — 23. Expédition de Sigebert
contre les Huns; Chilpéric envahit ses villes, — 24, Le patrice
Celse. — 25. Femmes de Gontran. — 26. Femmes de Chari-
bert. — 27. Sigebert épouse Brunehaut. — 28. Femmes. de
Chilpéric. — 29, Seconde guerre de Sigebert.contre les Huns,
4 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
93. Quod Sigibertus contra Chunos abiit ; et Chilpericus civitates
ejus pervasit. — 24. De patriciatu Celsi. — 25. De uxoribus
Guntchramni. — 26. De uxoribus Chariberti, — 27. Quod Si-
gibertus Brunichildem accepit. — 28. De uxoribus Chilperici.
— 99. De secundo Sigiberti contra. Chunos bello. — 30. Quod
Arverni ad capiendam Arelatensem urbem jussu Sigiberti regis
abierunt. — 31. De Taureduno castro, et aliis signis. — 32. De
Juliano monacho. — 33. De Sunniulfo abbate, — 34. De Bur-
digalensi monacho. — 35. De episcopatu Aviti Arverni. —
36. De sancto Nicetio Lugdunensi. — 37. De sanéto Friardo
recluso. — 38. De regibus Hispanorum. — 39. De imperio Jus-
tini. — 40. De interitu Palladii Arverni, — 41. Quod Alboinus
cum Langobardis Italiam occupavit. — 42. De Eunii cogno-
mento Mummoli origine. — 43. De bellis Mummoli cum Lan-
gobardis. — 44. De archidiacono Massiliensi, — 45. De Lango-
bardis et Mummolo, — 46. Quod Mummold$/Furonis venit. —
47. De interitu Andarchii. — 48. Quod Theodobertus civitates
pervasit. — 49. De Latta monasterio. — 50. De Sigiberti reli-
quis gestis; et quod Parisius venit. — 51. Quod Chilpericus
cum Guntchramno foedus iniit ; et de obitu Theodoberti filii
ejus. — 52. De obitu Sigiberti regis (1).
L Icrrur Chrotechildis (2) regina plena dierum,
bonisque operibus predita, apud urbem Turonicam
obiit, tempore Injuriosi episcopi : quee Parisius cum
magno psallentio (3) deportata, in sacrario basilicæ
S. Petri , ad latus Chlodovechi regis sepulta est a filiis
suis, Childeberto atque Chlothachario regibus. Nam
basilicam illam ipsa construxerat, in qua et Genovefa
beatissima est sepulta.
(1) * In cod. Corb. Explicit capitulatio. Incipit liber quartus.
(2) * Corb., Chrodechildis. [Clun., Crodichildis.]—* Chrothigildis.
Reg. B.— Chrodigildis. Cam.
(5) Sic mss. omnes prater Regm., qui habet, psallentium choro, et
Bec. cum ed., psallentium preconio.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 5
— 30. Départ des Arvernes par l'ordre de Sigebert, pour pren-
dre la ville d'Arles. — 31. Fort de Tauredunum , et autres pro-
diges. — 32. Le moine Julien. — 33. L'abbé Sunniulfe. —
34. Histoire d’un moine de Bordeaux. — 35. Avitus , évêque
de Clermont. — 36. Saint Nicet de Lyon. — 37. Le reclus saint
Friard, — 38. Rois d'Espagne. — 39. L'empereur Justin. —
40. Mort de Palladius d'Auvergne. — 41. Invasion de l'Ttalie
par Alboin et les Lombards. — 42, Origine d'Eunius, surnommé
Mummole, — 43. Guerres de Mummolc avec les Lombards. —
44. Histoire d'un archidiacre de Marseille. — 45. Les Lom-
bards et Mummole. — 46. Arrivée de Mummole à Tours. —
47. Fin tragique d'Andarchius. — 48. Invasion de plusieurs
villes par Théodebert. — 49. Le monastére de Latta. — 50. Der-
niers actes de Sigebert; son arrivée à Paris. — 51. Alliance de
Chilpéric avegkGontran ; mort de Théodebert son fils, —
52. Mort du roi Sigebert.
I. La reine Clotilde, pleine, de jours et riche de bon-
nes œuvres , mourut dans la ville de Tours, au temps de
l'évêque Injuriosus (1). Transportée à Paris, procession
nellement et en grande pompe, elle fut ensevelie dans
le sanctuaire de la basilique de Saint-Pierre (2), à cóté du
roi Clovis, par ses fils les rois Childebert et Clotaire.
(1) En 545. Sa féte est célébrée le 5 join.
(2) Ce fut plus tard, comme on sait, l'église Sainte-Geneviéve. Ellé
est ainsi nommée dans la chronique d'Adon , archevéque de Vienne,
mort en 875 (D. Bouq., tom. n, p. 667). On sait aussi que l'on ap-
pelait alors Zasiliques, non les cathédrales, mais les églises des mo-
nastéres. (Voyez Mabillon, OEuvres posthumes, tom. wu, p. 357.
D. Bouq.; tom. 1, p. 204, note sur le chap. 5, et tom. tit, p. 574 ,:
note sur la Wie de sainte Batilde.)
. e
6 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
II. Denique Chlothacharius rex indixerat , ut omnes
ecclesiæ regni sui tertiam partem fructuum fisco dis-
solverent. Quod, licet inviti, cum omnes episcopi
consensissent atque subscripsissent, viriliter hoc bea-
tus Injuriosus respuens subscribere dedignatus est,
dicens : « Si volueris res Dei tollere, Dominus regnum
« tuum velociter auferet (1) : quia iniquum est, ut
« pauperes, quos tuo debes alere horreo, ab eorum
« stipe tua horrea (2) repleantur. » Et iratus contra
regem , nec valedicens abscessit. Tunc commotus rex ,
trmens etiam virtutem beati Martini, misit post eum
cum muneribus , veniam precans , et hoc quod fecerat
damnans, simulque rogans, ut pro se virtutem beati
Martini antistitis exoraret.
III. Chlothacharius (5) denique ipse rex de diversis
mulieribus septem filios habuit, id est de Ingunde (4),
Guntharium, Childericum, Charibertum, Guntchram-
num (5), Sigibertum, et Chlotsindam filiam. De Are-
gunde vero sorore Ingundis, Chilpericum. De (6)
Chunsena habuit Chramnum. Que autem causa fuerit,
(1) * Corb. et Reg. B., aufert.
(2) * Horrea, abest in Corb.
(3) * Deest in Corb. et Reg. B, qui ceterum habet Chlotharius.
(4) * Ingude, Reg. B.
(5) [Clun., Guntrannum.] * Gunthchr... Reg. B.
(6) * Corb. [et Dub., de Chunsina.] — "Reg. B, Gunsina. —
Chrammum.
8.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 7
Elle avait construit elle-même cette basilique, dans laquelle
fut ensevelie aussi la bienheureuse Geneviève.
II. Le roi Clotaire avait ordonné par un édit que toutes
les églises de son royaume payassent au fisc le tiers de
leurs revenus: tous les évéques, quoiqueà regret, y avaient
cousenti et avaient souscrit l'ordonnance; mais le bien-
heureux Injuriosus la rejeta en homme de coeur, et dé-
daigua de souscrire, en disant : « Si tu veux prendre
«ce qui est à Dieu, le.Seigneur t'enlévera bientôt ton
« royaume; car c'est une iniquité de ravir le denier des
« pauvres pour en remplir tes greniers, tandis que tes
« greniers devraient les nourrir. » Et, irrité contre le roi,
ise retira sams lui dire adieu. Le roi ému, craignant
d'ailleurs la puissance du bienheureux Martin, envoya
aprés l'évéque avec des présens; lui demanda pardon,
condamna son. projet , et le pria.de supplier en sa faveur
la puissance du bienheureux Martin (1).
III. Le roi Clotaire eut sept fils de différentes femmes :
ainsi d'Ingonde, il eut-Gonthaire, Childéric , Charibert ,
Gontran, Sigebert, et une fille nommée Chlotsinde ;
d'Arégonde , sœur d'Ingonde, Chilpéric ; de Chunsàne ,
Chramne. Or, disons pour quel motif il épousa la sœur de
sa femme. Il avait déjà pour épouse Ingonde, et l'aimait
uniquement , lorsqu'elle lui fit cette demande : « Mon
« seigneur a fait de sa servante ce qu'il a voulu; il m'a
« reçue dans son lit : maintenant pour mettre le comble
«à ses faveurs, que mon seigneur roi daigne écouter
(1) Voyez Éclairciss. et observ. ( Notes.)
8 HISTORIA FRANCORUM ,, LIB. IV.
ut uxoris suce sororem acciperet, dicamus. Cum jam
Ingundem in conjugio accepisset, et eam unico amore
diligeret, suggestionem ab ea accepit, dicente : « Fecit
« dominus meus de ancilla (1) sua quod libuit, et suo
« me strato (2) adscivit : nunc ad complendam merce-
« dem, quid famula tua suggerat, audiat dominus meus
« rex. Precor ut sorori mese, serve vestre, utilem
« atque habentem (5) virum ordinare dignemini, unde
« non humilier, sed potius exaltata servire fidelius
« possim. » Quod ille audiens, cum esset. nimium
luxuriosus, in amorem Aregundis incenditur (4), et
ad villam in qua ipsa residebat dirigit, eamque sibi in
matrimonio sociavit. Qua accepta, ad Ingundem re-
diens, ait : « Tractavi mercedem illam implere, quam
« me tua dulcedo expetiit. Et requirens virum divi-
« tem atque sapientem, quem tue sorori deberem
« adjungere , nihil melius quam meipsum inveni. Ita-
« que noveris, quia eam conjugem accepi , quod tibi
« displicere non credo. ».At illa : « Quod bonum,
« inquit, videtur in oculis domini mei faciat : tantum
« ancillatua cum gratia regis vivat. » Guntharius vero,
Chramnus atque Childericus vivente patre mortui sunt.
Exitum vero Chramni in posterum scribemus (5).
Alboinus (6) quoque rex Langobardorum Chlotsin-
(1) [In cod. Clun. deest de ancilla sua.]
(2) Corb., suum stratui ad... [Clun., suo me stratui.] —* Sic et
Reg. B et Cam.
(3) Id est divitem; Reg. et editi 2, habilem.
(4) * In amore Aregundis incedit; Weg. B et Corb.
(5) * Scripsimus, Cam. ; scribimus, Corb.
(6) * Co " Bell, Æ/boënus. [1ta Dub. et Clun.] — * 4dibenus,
Reg. B.
E
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 9
« ce que sa servante lui demande. Je vous prie de vou-:
« loir bien chercher pour ma sœur, votre esclave, un
« homme capable et riche, qui m'éléve au lieu de m'a-
« baisser (1), et me donne les moyens de vous servir
« avec plus d’attachement encore. » A ces mots, Clotaire,
déjà trop enclin à la volupté, s'enflamme d'amour pour
Arégonde , se rend à la campagne où elle résidait , et se
l'attache par le mariage. Quand elle fut à lui , il retourna
prés d'Ingonde, et lui dit : « J'ai travaillé à te procurer
« cette supréme faveur que m'a demandée ta douce per-
« sonne; et en cherchant un homme riche et sage qui
« méritát d’être uni à ta sœur, je n'ai trouvé rien de
« mieux que moi-méme (2). Sache donc que je l'ai prise
« pour épouse; je ne crois pas que cela te déplaise. »
— « Ce qui parait bon aux yeux de mon maître, répondit-
« elle, qu'il le fasse : seulement que ta servante vive tou-
« jours en grâce avec le roi! » Gonthaire, Chramne et
Childéric moururent du vivant de leur père. Nous racon-
terons plus tard la fin de:Chramne. Quant à Chlotsinde,
la fille du roi , elle fut l'épouse d’Alboin, roi des Lombards.
Injuriosus, évêque de Tours, mourut la dix-septième
année de son épiscopat (3). Baudin, autrefois domesti-
que (4) du roi Clotaire, lui succéda : ce fut le seizième
depuis la mort de saint Martin.
(0) Ah! Seigneur, songez-vous que toute autre alliance
Fera honte aux Césars , auteurs de ma naissance?
( Britannicus , act. tt, sc. 3.)
(2) .….. Je vous nommerais, madame, un autre nom,
Si j'en avais quelqu'autre au-dessus de Néron.
(Ibid. )
(5) En 549.
(4) Voyez Éclairciss. et óbserv. (Note à.)
10 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
dam (1) filiam regis accepit. Obiit autem Injuriosus
episcopus urbis Turonice decimo et septimo episco-
patus sui anno : cui (2) Baudinus, ex domestico
Chlothacharii regis, successit, decimus-sextus post
exitum beati Martini.
IV. Chanao quoque Britannorum comes tres fra-
tres suos interfecit. Volens autem adhuc Macliavum
interficere, comprehensum atque catenis oneratum
in carcere retinebat. Qui per Felicem (5) Namneti-
cum episcopum a morte liberatus est. Post heec juravit
fratri suo , ut ei fidelis esset : sed nescio quo casu sa-
cramentum inrumpere voluit : quod Chanao sentiens,
iterum eum persequebatur. At ille, cum se evadere
non posse videret , post alium comitem regionis illius
fugit, nomine Chonomorem (4). Is cum sentiret per-
secutores ejus adpropinquare, sub terra eum in lo-
culo (5) abscondit, componens desuper ex more tu-
mulum, parvumque ei spiraculum reservans, unde
halitum resumere posset. Advenientibus autem per-
secutoribus ejus dixerunt : « Ecce hic Macliavus mor-
« tuus atque sepultus jacet. » Quod illi audientes, atque
gaudentes , et super tumulum (6) bibentes , renuntia-
verunt fratri eum mortuum esse. Quod (7) ille au-
(1) * Chlodisindam, €am.
(2) [Dub., Baudenus ex domestico Clothari... Chano quoque.]
—* Baudenus, Reg. B. — Post obitum, Corb. Reg. P, Cam.
(5) [Dub., Namnetiæ episc.]
(4) Regm., Clonomorem.
(5) * Loco, Reg. B.
(6) * Tumulum illum, Cam. Reg. B.
(7) " Quod, deest in Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 11
IV. Vers ce temps, Chanaon, comte des Bretons , tua
trois de ses fréres. Voulant tuer encore Macliau, il le fit
saisir, charger de chaines, et garder dans une prison.
Celui-ci fut délivré de la mort par l'entremise de Félix,
évéque de Nantes. Ensuite il jura à son frére de lui
être fidèle; mais je ne sais à quelle occasion, il voulut
rompre ses engagemens. Chanaon s’en douta, et le per-
sécuta de nouveau, Macliau voyant qu'il ne pouvait échap-
per, s’enfuit chez un autre comte de ce pays, nommé
Chonomor. Ce dernier, pressentant l'approche des persécu-
teurs, le cacha sous terre dans un caveau, et, par-dessus,
éleva un tombeau comme pour un mort, en y ménageant
un petit soupirail par oü le captif püt respirer. Les enne-
mis arrivent ; on leur dit : « Tenez, Macliau est mort;
« c'est ici qu'il est enterré. » A cette nouvelle, ceux-ci se
livrérent à la joie, burent sur le tombeau méme , et an-
noncérent à son frére qu'il était mort. Alors Chanaon
s'empara de tout son royaume. (Il faut savoir que les
Bretons ont toujours été sous la dépendance des Francs
depuis la mort de Clovis; et ils sont appelés comtes et
non rois) (1). Cependant Macliau, se relevant de dessous
terre , se retira dans la ville de Vannes, où il fut ton-
suré et ordonné évêque. Après la mort de Chanaon, il
apostasia, et ayant laissé croître ses cheveux, il reprit
(1) Voyez Eclairciss. et observ. (Note c.)
12 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. |
diens, regnum ejus integrum accepit : nam semper
Britanni (1: sub Francorum potestate post obitum
regis Chlodovechi fuerunt, et comites, non reges
appellati sunt. Macliavus autem de sub terra consur-
gens, Veneticam urbem expetiit, ibique tonsura-
tus (2), et episcopus ordinatus est. Mortuo autem
Chanaone (3), hic apostatavit, et demissis capillis ,
uxorem quam post clericatum reliquerat, cum regno
fratris (4) simul accepit : sed ab episcopis excommu-
nicatus est : cui qualis fuerit interitus, sequenter
scribemus (5). Obiit autem Baudinus episcopus anno
sexto episcopatus sui : in cujus locum (6) Guntharius
abbas subrogatur, decimus-septimus post transitum
sancti Martini.
V. Denique (7) cum beatus Quintianus, sicut supra
diximus , ab hoc mundo migrasset , sanctus Gallus in
ejus cathedram , rege opitulante, substitutus est. Hu-
jus tempore cum lues illa , quam inguinariam vocant,
per diversas regiones desæviret, et maxime tunc Are-
latensem provinciam depopularetur, sanctus Gallus
non tantum pro se, quantum pro populo suo, trepidus
erat. Cumque diu noctuque Dominum deprecaretur ,
ut vivens plebem suam vastari non cerneret, per vi-
(1) * Brittani , Corb. Reg. Z.
(2) * Tonsorat... Corb. Reg. B.
(3) Chonooné, Corb.
(4) [Clun., fratris sui accepit.]
(5) * Scribimus, Corb. Reg. B.
(6) * Loco, Corb. Reg. B.
(7) Deest hoc caput in codicibus Vatic., Corb., Bellov., Colb. ct
Reg. [deest etiam in Dub. sicut et duo sequentia.] * Et in Reg. 8
et Cam. — S. Galli vita habetur inter Vitas Patrum, cap. 6.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 13
son épouse, qu'il avait abandonnée en entrant dans la
cléricature , et avec elle le royaume de son frére. Mais il
fut excommunié par les évéques; et nous dirons plus
tard quelle fut sa mort (1). L'évéque Baudin mourut dans
la sixième année de son épiscopat (2). A sa place fut
substitué l'abbé Gonthaire, le dix-septiéme depuis la mort
de saint Martin.
. V. Lorsque le bienheureux Quintien eut quitté ce
monde, comme nous l'avons dit plus haut (3). Saint
Gall (4), avec l'appui du roi, lui succéda dans sa chaire
épiscopale. De son temps, la maladie nommée ingui-
naire sévit dans diverses contrées, et dépeupla surtout
la province d'Arles. Saint Gall tremblait moins pour lui
que pour son peuple, et, jour et nuit, demandait avec
instance au Seigneur de ne pas voir, lui vivant, son trou-
peau ravagé. Une nuit, il eut une vision : Un ange du
Seigneur, dont les cheveux et les vétemens étaient aussi
blancs que la neige, lui apparut et lui dit : « Tu fais
«bien, ó évêque, de: supplier ainsi le Seigneur pour ton
« peuple! Ta priére a été entendue : ton peuple ct toi ,
(1) Liv. v, chap. 16.
(2) En 552.
(5) Liv. i, chap. 2, 12.
(4) C'était l'oncle paternel de notre historien,
14 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
sum noctis apparuit ei angelus Domini, qui tam cæ-
sariem quam vestem. in similitudine nivis candidam
efferebat. Et ait ad eum : « Bene enim facis, ó sacer-
« dos, quod sic Dominum pro populo tuo supplicas :
« exaudita est enim oratio tua; et ecce eris cum
« populo tuo ab hac infirmitate liberatus, nullusque
« te vivente in regione ista ab hac strage deperiet.
« Nunc autem ne timeas : post octo vero annos time. »
Unde manifestum fuit, transactis his annis, eum à
seculo discessurum. Expergefactus autem , et. Deo
gratias pro hac consolatione agens, quod eum per
coelestem nuntium confortare dignatus est, Roga-
tiones illas instituit, ut media Quadragesima psal-
lendo, ad basilicam beati Juliani martyris itinere pe-
destri venirent. Sunt autem in hoc itinere quasi stadia
trecenta sexaginta. Tunc etiam in subita contempla-
tione parietes vel domorum vel ecclesiarum signari
videbantur. Unde a rusticis hec scriptio Thau voca-
batur. Cum autem regiones alias, ut diximus , lues
illa consumeret, ad civitatem Arvernam, sancti Galli
intercedente oratione, non adtigit. Unde ego (1) non
parvam censeo gratiam, qui hoc meruit, ut pastor
positus oves suas devorari, defendente Domino, non
videret. Cum autem ab hoc mundo migrasset, et
ablutus in ecclesiam deportatus fuisset, Cato presbyter
continuo a clericis de episcopatu laudes accepit; et
omnem rem ecclesiæ, tamquam si jam esset episco-
pus, in suam redegit potestatem : ordinatores removet,
ministros respuit, cuncta per se ordinat.
(1) Sic Regm. cum Bad.; ceteri, unde hec non.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 15
a vous serez exempts de cette maladie; personne ici, de
« ton vivant, ne périra par la peste. Pour le moment, ne
« crains rien ; mais dans huit ans tu as tout à craindre. »
Ce qui annoncait clairement qu'aprés ce nombre d'années
il sortirait de ce monde. Gall, réveillé, rendit gráces à
Dieu de ce qu'il avait daigné le consoler et le fortifier par
son messager céleste; et il institua de nouvelles rogations :
au milieu du caréme , on devait se rendre à pied, en chan-
tant, à la basilique de Saint-Julien martyr (1); or le
chemin à parcourir est de 360 stades. On vit aussi , à cette
époque, paraître tout à coup des signes sur les murs des
maisons et des églises. Ces caractéres étaient appelés
thau(2) par les habitans des campagnes. Ainsi cette peste,
qui dévastait les autres pays, grâce aux prières et à l'in-
tercession de saint Gall, n'atteignit pas la ville de Cler-
mont (3). Ce n'est pas, selon moi, une légère grâce pour
ce pasteur de n'avoir pas vu ses brebis dévorées ; mais le
Seigneur les défendait.
Lorsqu'aprés sa mort on l'eut lavé (4) et transporté
dans l’église, le prêtre Caton fut tout de suite salué évêque
par le clergé; et, comme s'il fût déjà en possession , il
s'empara de tous les biens de l'église; éloigna les admi-
nistrateurs, renvoya les officiers (5), et régla tout par
lui-méme.
(1) A Brioude, environ 12 lieues de Clermont, sud.
(2) Thau ou tau, ancien mot gaulois pour désigner une croix, s'il
faut en croire Ducange (Gloss., au mot T'au). C'est le nom grec du T,
qui est lui-méme la représentation d'une croix.
(5) Voyez Éclairciss. et observ. (Note d.)
(4) Usage de ce temps. Voyez liv. t, ch. 5, et liv. iv, ch. 57 et 45.
(5) Ministri episcoporum , c'étaient les archiprétres et les archidia-
cres. (Ducange, Gloss.)
16 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
VI. Episcopi (1) tamen qui advenerant ad sanctum
Gallum sepeliendum , postquam eum sepelierant ,
dixerunt Catoni presbytero : « Videmus quia te ele-
« git pars maxima populorum : veni, consenti nobis,
« et benedicentes consecremus te ad episcopatum.
« Rex vero parvulus est, et si qua tibi adscribitur
« culpa, nos suscipientes te sub defensione nostra ,
« cum proceribus et primis regni Theodobaldi regis
« agemus, ne tibi ulla excitetur injuria; nos quoque
«in tantum fideliter crede, ut spondeamus pro te
« omnia, etiam si damni aliquid supervenerit, . de
« nostris propriis facultatibus id reddituros. » At ille
cothurno vane conflatus gloriæ , ait : « Nostis enim
« fama currente , me ab initio ætatis meæ semper re-
« ligiose vixisse, vacasse jejuniis , eleemosynis delecta-
« tum fuisse, continuatas sæpius exercuisse vigilias ,
« psallentio vero jugi crebra perstitisse statione noc-
« turna. Nec me Dominus Deus meus patitur hac or-
« dinatione privari, cui tantum famulatum exhibui.
« Nam et ipsos clericatus gradus canonica sum semper
« institutione sortitus. Lector decem. annis fui, in
« subdiaconatus officio quinque annis ministravi ,
« diaconatui vero quindecim annis mancipatus fui,
« presbyterii autem jam honore viginti annis potior.
« Quid enim mihi nunc restat , nisi ut episcopatum ,
« quem fidelis servitus promeretur, accipiam? Vos
« igitur revertimini ad civitates vestras, et si quid
« utilitati vestrae competit , exercete : nam ego cano-
« nice adsumturus sum hunc honorem. » Hac au-
(1) Deest hoc cap. in Vatic., Bel., Corb., Colb. et Reg. —* Et in
Reg. Z et Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 17
VI. Les évêques qüi étaient venus pour ensevelir saint
Gall, ce devoir rempli, dirent au prétre Caton : « Nous
« voyons que la plus grande partie du peuple t'a choisi :
« viens, fais cause commune avec nous, et nous te béni-
« rons , nous te sacrerons évêque. Le roi est un enfant ;
« si on t'en impute la faute , nous te prendrons sous notre
« protection, ét nous traiterons avec les grands et les
« premiers du royaume de Théodebald, afin qu'il ne te
«soit fait aucun tort. Nous-rnémes , crois-en nos pro-
« messes, nous fious engageons, si tu éprouvais quelque
« dommage, à t'indemniser de nos propres biens.» Mais
lui, enflé par la fumée d'une vaine gloire, répondit : « Vous
« l'avez appris par la renommée : depuis mon jeune áge
«jai toujours vécu saintement : je me suis livré aux
« jeünes; j'ai trouvé mon plaisir dans l'aumóne; je me
« suis souvent exercé à de longues veilles ; j'ai passé sou-
« vent des nuits entières à chanter les cantiques de l'Église;
«aussi le Seigneur men Dieu ne permet pas que je sois
«privé de cet honneur, áprés avoir tant fait pour son
« service. J'ai obtenu les degrés de la cléricature par les
« lois canoniques : j'ai été dix ans lecteur; cinq ans j'ai
« rempli les fonctions de sous-diacre ; quinze ans j'ai.
« été attaché aux devoirs du diaconat; depuis vingt ans
« je possède la dignité de la prétrise. Que me reste-t-il,
« sinon de recevoir l'épiscopat que mérite la fidélité de
« mes services? Retournez donc dans vos cités, et faites
« ce que vous croirez utile à vos intéréts; car pour moi
« je veux que mon élection soit réguliére (1).» A ces mots
les évéques se retirérent en maudissant sa vanité.
(1): Ou canonique, c'est-à-dire approuvée par le roi. Voyez le chap.
suivant, .
M. 2
18 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
dientes episcopi, et in eum vanam gloriam exse-
crantes , discesserunt.
. VII. Igitur (1) cum consensu clericorum ad episco-
patum electus, cum adhuc non ordinatus cunctis
ipse praeesset, Cautino archidiacono diversas minas in-
tendere coepit , dicens : « Ego te removebo , ego te
« humiliabo, ego tibi multas neces impendi præci-
« piam. » Cui ille : « Gratiam, inquit , tuam, domine
« piissime, habere desidero; quam si mereor, unum
« tbi beneficium præstabo. Sine ullo enim labore
« tuo, et absque ullo dolo , ego ad regem pergam ,
« et episcopatum tibi obtinebo, nihil petens, nisiut
« promerear gratiam tüam. » At ille suspicans eum
sibi velle inludere, hac valde despexit. Hic vero cum
se cerneret humiliari, atque calumniae subjici, lan-
guore simulato, et per noctem civitatem egrediens ,
Theodobaldum regem petiit, adnuntians transitum
sancti Galli. Quod ille audiens , vel qui cum eo erant,
convocatis sacerdotibus apud Mettensem civitatem ,,
Cautinus archidiaconus episcopus ordinatur. Cum au-
tem venissent nuntii Catonis presbyteri, hic jam
episcopus erat. Tunc ex jussu regis traditis ei clericis,
et omnibus qua hi de rebus ecclesie exhibuerant ,
ordinatisque qui cum eo pergere deberent episcopis,
ét camerariis, Árvernos eum direxerunt. Qui a cle-
ricis et civibus libenter exceptus , episcopus Arvernis
est datus, Grandes postea inter ipsum et Catonem
presbyterum inimicitiæ orte sunt : quia nullus un-
quam potuit flectere Catonem , ut episcopo suo sub-
(1) Et hoc caput deest in mss. supradictis.
4
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 19
VE. Ayant donc été élu évéque, du consentement des
clercs, et se mettant à la tête des affaires avant d'avoir
été reconnu (1), il fit plusieurs menaces à l'archidiacre
Cautin : « Je te suspendrai de tes fonctions, je t'humi-
« lierai, je te ferai souffrir mille morts, » — « Trés pieux
«seigneur, lui répondit Cautin, je désire tes bonnes
« grâces; si je les obtiens, je te rendrai uñ service ; sans
«qu'il t'en coûte aucune peine, sans fraude de ma part,
«j'irai trouver le roi, et j'en obtiendrái la confirmation
« de ton épiscopat. Je ne veux d'autre récompense que tes
« bonnes grâces. » Caton pensant qu'il voulait le tromper,
méprisa ces paroles. Mais celui-ci se voyant abaissé, ca-
lomnié, feignit une maladie, et sortant la nuit de la ville,
se rendit auprès du roi Théodebald, à qui il annonça la
mort de saint Gall. A cette nouvelle, le roi ou plutôt ceux
qui l'entouraient, convoquèrent une assemblée de prélats
à Metz; et l'archidiacre Cautin fut ordonné évéque : quand
arrivèrent les messagérs du prêtre Caton, la nomination
était faite. Alors, par ordre du roi, on livra à Cautin les
cleres qui avaient apporté le message, et tout ce qu'ils
avaient apporté des biens de l'église. On lui adjoignit des
chambriers (2) et des évêques pour l'accompagner, et on
l'euvoya à Clermont. Accueilli favorablement par le clergé
et le peuple, il fut donc établi leur évéque. Ensuite de
grandes inimitiés s'élevérent entre lui et le prêtre Caton;
(1) Voyez Kolairciss. et observ. (Note e.) sur l'élection des évéques.
(2) Ou cameriers, dénomination encore en usage à la cour de Ronie.
Ces chambriers que le roi donne au nouvel évéque pour l'accompagner
dans son diocése, sémblent étre des officiers attachés à sa personne
pour le service de l’intérieur, des hommes sur qui il püt compter en
venant prendre possession d'un épiscopat qu'un autre lui disputait.
Ducange l'explique par cubicularius; Biguon, également. Voyez la
note de Ruimart , liv.'v1, chap. 45. i
20 HISTORIA FRANCORUM, LIP. IV.
ditus esset. Nam et divisio clericorum facta ‘est, et
alii Cautino episcopo erant subditi, alii Catoni pres-
bytero : quod eis fuit maximum detrimentum: Cau-
tinus autem episcopus videns eum nulla ratione posse
flecti, ut sibi esset subditus, tam ei quam amicis ejus,
vel quicumque ei consentiebant , omnes res ecclesiæ
abstulit, reliquitque eos inanes ac vacuos. Quicum-
que tamen ex. ipsis ad eum convertebantur, iterum
quod perdiderant , recipiebant.
VIII. Regnante vero Agilane apud Hispaniam, cum
populum gravissimo dominationis suze jugo adtereret,
exercitus imperatoris Hispanias est ingressus, et ci-
vitates aliquas pervasit. Interfecto autem Agilane,
Athanagildus (1) regnum accepit. Qui multa bella
contra ipsum exercitum postea egit, et eos plerum-
que devicit; civitatesque, quas male pervaserant, ex
parte auferens de potestate eorum.
IV. Theodobaldus vero cum jam adultus esset, Vul-
detradam (2) duxit uxorem. Hunc Theodobaldum fe-
runt mali fuisse ingenii, ita ut iratus cuidam , quera
suspectum de rebus suis habebat, fabulam fingeret ,
dicens : « Serpens ampullam vino plenam reperit ;
« per hujus enim.(3) os ingressus, quod intus habe-
(1) Regm. [et Clun.] cum Bad., Athanagel, dur, mendose. [ Cod.
Dub., regnum ejus accepit.] — " Sic et Corb.
(2) Sic Bec. et Reg. ; alii W'aldetrudam, aut Vuldotradam. * Valde-
thradam, Corb. ; Faltetradam, Bell; Vuldedradam, Reg. B.— Hzc
fuit Wachonis Langobardórum regis altera filia, Wisegardis Theode-
berti uxoris soror, de quibus Paulus, lib. 1, cap. 21.
(3) * Ruin. et Bouq. habebant, per cujus os ; at nobis favent Corb.,
Bell., Colb., Reg. 4; Cam. : in Reg. 8 hec videntur fuisse, sed erasa.
YS vd
TECA NA;
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* RO
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D
HISTOIRE DES FRANS LIV. IV. € 91
et personne ne put obtenir de ce dernier de se soumettre
à son évéque. Il s’opéra méme une division entre les clercs,
dont les uns se soumettaient à l'évéque Cautin, les autres
au prétre Caton; ce qui leur causa un grand préjudice.
L'évéque Cautin voyant qu'il n'y avait aucun moyen de
l'amener à la soumission, lui retira les biens ecclésiasti-
ques, tant à lui qu'à ses amis et à ses partisans, et les
laissa entièrement dépouillés : mais ceux qui revenaient
à lui recouvraient ce qu'ils avaient perdu.
VIIL Sous le règne d'Agila, en Espagne, comme ce
prince écrasait le peuple du poids de sa domination, une
armée de. l'empereur entra dans ee pays (1) et s'empara
de quelques villes. Puis Agila ayant été tué (2), Athana-
gilde fut maitre du royaume : mais il eut lui-même à
soutenir plusieurs guerres contre cette armée romaine, la
, Vainquit souvent, et lui enleva en partie les villes dont
:\ elle s'était emparée par surprise.
: . IX. Théodebald devenu adulte, épousa Vultrade. On
J dit que ce Théodebald était un esprit méchant; et un
jour, irrité contre ‘un personnage qu'il soupconnait de
s'étre enrichi à ses dépens, il imagina cette fable : «Un
«serpent, lui dit-il, ayant trouvé une bouteille pleine
« de vin, se glissa par l'ouverture et but avidement tout
« ce qu'elle contenait. Gonflé par tant de vin, il ne pou-
« vait plus sortir par où il était entré. Le propriétaire du
« vin étant survenu, et voyant l'animal se consumer en
« vains efforts, lui dit : Rejette d'abord ce que tu as
"ER QAI XI GUT UU TUER
(1) Voyez Éclairciss.; et observ. ( Nóte f. )
(2) En 554.
22 HISTORIA ÉRANCORUM, LIB. rv.
« batur avidus hausit : a quo inflatus vino, exire per
« aditum quo ingressus fuerat , non valebat. Veniens
« vero vini dominus, cum ille exire niteretur, nec
« posset , ait ad serpentem : Eyome prius quod inglu-
« tisti, et tunc poteris abscedere liber. » Qua fabula
magnum ei timorem atque odium præparavit. Sub eo
enim et Buccellinus (1), cum totam Italiam in Fran-
corüm regnum redegisset , à Narsete interfectus est :
Italia ad partem imperatoris capta; nec fuit qui eam
ultra reciperet. Sub hujus (2) tempore uvas in arbore
quam sambucum (5) vocamus , absque vitis conjunc-
tione natas vidimus : et flores ipsarum arborum , quee
nigra, ut nostis, grana proferre solitae sunt, race-
morum grana dederunt. Tunc et in (4) circulum
lune (5) quinta stella ex adverso veniens introisse visa
est. Credo hec signa mortem ipsius regis adnuntiasse.
Ipse vero valde infirmatus , a cinctura deorsum se ju-
dicare non poterat (6). Qui paullatim decidens (7),
septimo régnt sui anno mortuus est, regnumque ejus
(1) * Buccelenus, Corb., Cam. — Narsite, Corb., Reg. JJ.
(2) * Sub eo t., Reg. B.
‘ ($) Sanucum, Corb. ; Mor. s., saucum. [Ita Dub. et Clun.] —
* Quæ nostis ut nigr. gr., Corb.
(4) * Et, deest in Corb. et Cam. ; in, deest in Reg. B.
(5) * Quidam mss. dant : lunæ quinta stella; [ita Clun.] alii,
stellam. — Quinta stella, Corb., Colb., Reg. 4; Reg. PD, Bell., ubi
recentiori manu a, in æ mutatum est. Ruin. et D. Bouq., ste//a quinta.
(6) * Ruin., D. Bouq. et editi, se volutare. Cod, Regm., diu non
poterat stare. At codd. Corb., Bec., Colb., Reg. 4; Dub., Clun.,
Reg. B et Cam., habent se judicare; quod, licet barbarum , vocabu-
lum recipere in textum non dubitavimus. Bell., se judecare, at e trans-
versa linea signatum est ut mendosum. Forte hoc verbum valet per-
inde ac, sui esse compos, vel quidpiam simile.
(7) * Decedens, Reg. B ; incedens , Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 23
« avalé, et alors tu pourras sortir librement (1). » Cette
fable inspira à cet homme une grande crainte, et en
méme temps une grande haine pour le roi. Sous son régne,
Bucelin (2), aprés avoir soumis toute l'Italie à la domi-
nation des Francs, fut tué par Narsés : l'Italie retourna
à l'empereur, et personne depuis ne la recouvra (3). De
$0n temps nous vîmes croître des raisins sur l'arbre appelé
sureau , sans qu'aucune vigne y fût jointe; et les fleurs
de cet arbre , qui produisent ordinairement, comme vous
savez, des graines noires, se changérent en grappes.
Alors aussi, une étoile venant à l'opposite de la lune,
parut-entrer dans son:disque (4). Ces signes, je pense,
annoncérent la mort du roi. En effet, il tomba griève-
ment malade, au point que de la ceinture aux pieds il
ne pouvait faire le moindre mouvement; et, s’affaiblissant
peu à peu, il mourut la.septiéme année de son régrie (5).
(1) Voyez le méme sujet, Horat., epist. 1, 7, vers. 29, et La Fontaine,
liv. ut, 17. . '
(2) En 554, selon Valois. Voyez liv. ur, chap. 52. Sur l'expédition
de Bucelin et de Leutharis, voyez surtout Agathias.
(3) L'auteur veut dire probablement ,' personne ne la recouvra
pour le compte des Francs : car on sait que peu d'années après, elle
fut enlevée presque entièrement aux empereurs par les Lombards. 1l
parait, quoi qu'en dise ici Grégoire, qu'une partie de l'Italie resta,
quelque temps du moins, à nos rois, voyez liv. 1x, chap. 20, et liv. x,
chap. 3.
(4) Le texte dit : la cinquième étoile, ce qui ne parait former aucun
sens, à moins qu'on ne l'entende de la cinquième planète. C'est Mars
en suivant cet ordre : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Ju-
piter, Saturne. — Circulus ne peut signifier ici que le-disque; qu'y
aurait-il eu d'étonnant de voir une étoile dans la vaste orbite de la
lune? — Si l'on admet /unc quinte : ce séra le croissant de la lune,
au cinquiéme jour.
(5) En 555, si l'on met la mort de Théodebert, en 548, d'après la
Chron. de Marius. (D. Bouq., liv. 11, chap. 16.)
94 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.
* Chlothacharius rex accepit, copulans Vuldetradam (1)
uxorem ejus strato suo. Sed increpitus a sacerdotibus,
reliquit eam, dans ei Garivaldum ducem, dirigens-«
que (2) Arvernis Chramnum filium suum.
X. Eo (5) anno rebellantibus Saxonibus, Chlotha-
charius rex, commoto contra eos exercitu, maximam
eorum partem delevit, pervagans. totam Thoringiam
ac devastans, pro eo quod Saxonibus solatium præ- '
buissent (4).
XI. Decedente (5) vero ,apud urbem Turonicam
Gunthario episcopo, per emissionem, ut ferunt,
Cautini episcopi, Cato presbyter ad. gubernandam
Turonice urbis ecclesiam petebatur. Unde factum
est, ut conjuncti clerici, cum Leubaste martyrario (6)
et abbate, cum magno apparátu Arvernum propera-
rent. Cumque Catoni regis voluntatem patefecissent,
suspendit eos a responso paucis diebus. Hi vero re-
gredi cüpientes, dicunt : « Pande nobis voluntatem
« tuam , ut sciamus quid debeamus sequi : alioquin
.« revertimur ad propria. Non enim nostra te volun-
(1) [Clun., Zuldetradam stratui suo.] —" Stratui, Corb., Reg.B,
Cam. :
(2) Regm., dirigens Arvernis ad filium. suum Chramnum. —* Ar-
vernum, Corb., Reg. B: |
(5) Hoc caput deest in Reg. et Colb. * Et in Reg. B.
(4) Aliquot, suppetias præstüissent. [ Dub., solatium præbuisset.]
*Sic et Cam. — Nonnulli pro totam Thoringiam, habent, T'ornacum,
T'horingiam. | Ita Clun.]
(5) Hoc caput non habent Corb. et Bell. [Non habet etiam Dub.]
* Nec Cam. — Vero deest in Reg. 2.
(6) * Martyr. et abb., desunt in Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 25
Clotaire recueillit son royaume, et admit dans son lit
Vultrade son épouse : mais blámé par les évêques, il la
quitta, et lui donna en mariage le duc Garivald (1): puis
il envoya son fils Chramne en Auvergne:
X. Cette année, les Saxons s'étant révoltés (2), le roi
Glotairc leva une armée, marcha contre eux, détruisit
la plus grande partie de leurs forces, et parcourant la
Thuringe; la dévasta tout entière, puer qu'elle avait
fourni des secours aux Saxons.
XI. L'évéque de Tours , Gonthaire, étant mort, des
émissaires de l'évéque Cautin, dit-on, firent demander
le prétre Caton pour le gouvernement de cette église :
de sorte que le clergé, joint à Leubaste, martyraire(3) et
abbé, se rendirent en grand appareil à la ville de Cler-
mont ; et quand ils eurent exposé à Caton la volonté du
roi, celui-ci les tint en suspens quelques jours sans leur
donner de réponse : mais comme ils désiraient s'en re-
tourner, ils lui disent : « Fais-nous connaitre ta volonté
« pour que nous sachions à quoi nous en tenir; autrement
«nous retournons chez nous, car ce n'est pas par un
« effet de notre volonté que nous sommes venus te cher-
« cher; c'est d'aprés un ordre du roi.» Mais Caton , tou-
jours amoureux d'une vaine gloire, réunit une foule de
pauvres à qui il donna le mot pour s'écrier : « Pourquoi
(1) C'était Garibald ou Garipald, duc de Bavière. (Paul diacre,
liv. 1, chap. 217; liv. m, chap. 29. — D. Bouq., liv. ", p. 654. 656.)
(2) Voyez Éclairciss. et observ. (Note g.)
(3) Le martyraire était chargé de veiller sur les reliques des martyrs,
et peut-être à l'entretien des pauvres de l’église. (Ruinart.)
96 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
« tate expetivimus , sed regis preeceptione. » At ille,
ut erat vanæ glorie cupidus, adunata pauperum ca-
terva , clamorem dari precepit his. verbis : « Cur nos
« deseris, bone pater, filios, quos nunc usque edu-
« casti? Quis nos cibo potuque reficiet, si tu abieris?
« Rogamus ne nos relinquas, quos alere consuesti, »
Tunc ille conversus ad clerum C 1) Turonicum, ait:
« Videtis nunc, fratres cavissimi, qualiter heec mul-
« titudo pauperum me diligit : non possum eos relin-
« quere et ire vobiscum. » Istud hi responsum acci-
pientes , regressi sunt Turonis. Cato autem amicitias
cum. Chramno nexuerat, promissionem ab eo .acci-
piens, ut si contigerit (2) in articulo temporis illius
regem mori Chlothacharium, statim ejecto Cautino
ab episcopatu, iste præponeretur ecclesie. Sed qui
cathedram beati Martini contemtui habuit , quam vo-
luit non accepit : impletumque ést in eo quod David
cecinit, dicens : JVoluit benedictionem , et prolon-
gabitur ab eo.. Erat enim vanitatis cothurno elatus,
nullum sibi.putans in sanctitate haberi præstantio-
rem. Nam quadam vice conducta pecunia mulierem
clamare fecit:in ecclesia, quasi per energiam, et.se
sanctum magnum, Deoque carum confiteri , Cautinum
autem episcopum omnibus sceleribus criminosum, in-
dignumque qui sacerdotium debuisset adipisci.
XII. Denique (5) Cautinus, adsumto episcopatu, ta-
lem se reddidit, ut ab omnibus exsecraretur, vino
(1) * Clericum, Reg. B.
(2) * Contingeret, Reg. B.
(5) Hoc caput deest in Vatic., Corb., Bell., Reg. et Colb. (Deest
etiam in Dub.] —* Et in Reg. B et Cam. :
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 27
« nous abandonner, bon père, nous tes enfans que tu as
« élevés jusqu'à ce jour? qui nous donnera désormais à
€boire et à manger, si tu t'en vas? Nous t'en prions, ne
« quitte pas ceux que tu as nourris constamment. » Alors
se tournant vers le clergé. de Tours, « Vous voyez, leur
« dit-il, trés chers fréres, combien me chérit cette multi-
«füde de pauvres; je ne puis les abandonner, ni partit
«avec vous. » Ceux-ci ayant reçu cette réponse, retour-
nèrent à Tours: Or Caton avait contracté des liaisons avec
Chramne , et en avait reçu la promesse que si le roi
Clotaire venait à mourir, Cautin serait dégradé, et lui-
méme mis.à la téte de cette église. Mais celui qui dédaigna
la chaire de saint Martin n'obtint pas celle qu’il désirait :
et en cela fut accomplie la prophétie de David, lorsqu'il
dit: // a pas voulu: la bénédiction, et elle s’éloignera
de lui (1). En effet, cet homme portait la vanité jusqu'à
l'arrogance, et ne pensait pas que personne le surpassát
en réputation de sainteté. Un jour il paya une femme
pour erier dans l'église,.comme si elle était inspirée,
qu'elle: le reconnaissait pour un grand saint, pour un
homme chéri de Dieu, tandis que.Cautin était souillé de
tous les crimes, et indigne de l'épiscopat qu'il avait
obtenu.
XII. Cependant Cautin, devenu évêque, se conduisit
de manière à mériter l'exécration générale. Il s'adonnait
au vin outre mesure; et souvent il se plongeait tellement
dans la boisson, que quatre hommes avaient peine à l'em-
(1) Psaume 108, vers, 18.
28 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
ultra modum: deditus. Nam plerumque in tantum in-
fundebatur potu, ut de convivio vix a quatuor por-
taretur. Unde factum est, ut epilepticus' fieret. in
sequenti : quod sepius populis manifestatum :fuit.
Erat enim et avaritiæ in tantum incumbens, ut cujus-
cumque possessionis fines ejus termino adhæsissent, in-
teritum sibi putaret, si ab eisdem aliquid non minuisset :
et a majoribus quidem cum rixa et scandalo auferebat,
a minoribus autem violenter diripiebat. Quibus et
a quibus, ut Sollius (1) noster ait, nec dabat pretia
contemnens, nec accipiebat instrumenta desperans.
Erat enim tunc temporis Anastasius presbyter,
ingenuus genere, qui per chartas gloriose me-
morie Chrotechildis regine proprietatem aliquam
possidebat : quem plerumque conventum episcopus
rogabat humiliter ac suppliciter , ut ei chartas supra-
dictæ reginæ daret, sibique possessionem hanc sub-
deret : sed ille cum voluntatem sacerdotis sui implere
differret, eumque episcopus. nunc blanditiis provo-
caret, nunc minis terreret ; ad ultimum invitum urbi
exhiberi precepit, ibique impudenter teneri : et,
nisi instrumenta daret , injuriis adfici , et fame necari
jussit. Sed ille virili repugnans spiritu, numquam præ-
buit instrumenta , dicens , satius sibi esse ad tempus
inedia tabescere , quam sobolem in posterum miseram
derelinqui. Tunc ex jussu episcopi traditur custodi-
bus, ut nisi has chartulas proderet, fame necaretur.
Erat enim ad basilicam sancti Cassii (2) martyris crypta
(1) Bad., Solinus; sed nostra leciio melior. Hic quippe Apollinaris
Sidonius designatur, qui et dicebatur Caius Sollius.
(2) De Cassio, vide supra, lib. 1, cap. 31.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 29
porter de table; en sorte qu'il devint par la suite épilep-
tique; et plusieurs fois le peuple fut témoin de ses accès.
Il était en outre excessivement livré à l'avarice ; et quelle
que füt la terre dont les limites touchaient à la sienne,
il se croyait mort s'il ne s'en appropriait quelque partie;
l'enlevant aux plus forts avec des procès et des querelles,
l'arrachant aux plus faibles par la violence. Et, comme le
dit notre compatriote Sidoine Apollinaire, par mépris,
il ne payait pas, et se open in il n'obtenait pas
les MG )
En effet, il existait alors un prétre nommé Anastase ,
d'origine libre, qui, par une charte de.la reine Clotilde,
d'heureuse mémoire , possédait une propriété. Plusieurs
fois l’évêque était venu le trouver, le priant et le suppliant
de lui remettre.les chartes de la reine, et de lui abandonner
sa propriété; mais comme le prêtre différait d'acquiescer
au désir de son évêque, celui-ci, après avoir essayé tantôt
de le séduire par des caresses, tantót de l'effrayer par des
menaces, lui ordonna de se présenter, malgré lui, à la ville,
et l'y fit retenir. contre toute pudeur, avec ordre, s'il ne
livrait ses titres, de l'accabler de mauvais traitemens, et
de le faire mourir de faim. Mais Anastase résista-coüra-
geusement et refusa toujours les titres, disant qu'il valait
mieux pour lui d'étre consumé par la faim, dans le temps
présent, que de laisser ses enfans (2) malheureux pour
toujours. Alors, par l'ordre de l'évéque, il est remis à des
gardiens, et condamné, s'il ne remet ses chartes, à mourir
(1) Voyez Éclairciss. et óbserv. ( Note h.)
' (2) On sait qu'alors beaucoup d'hommes mariés entraient dans le
saint ministère: On voit par ce passage qu'il leur était: permis de
30 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.
antiquissima abditissimaque , ubi erat sepulcrum ma-
gnum ex marmore Pario, in quo grandævi cujusdam
hominis corpus positum videbatur. In hoc sepulcro
super sepultum vivens presbyter sepelitur, operitur-
que lapide, quo prius sarcophagum fuit obtectum ,
datis ante ostium custodibus.. Sed custodes fidi quod
lapide premeretur, cum esset hyems, accenso igne,
vino sopiti calido obdormiunt. At presbyter, tam-
quam novus Jonas , velut de ventre inferi, ita de con-
clusione tumuli Domini misericordiam flagitabat; Et
quia spatiosum erat, ut diximus, sarcophagum, etsi
se integrum vertere non poterat, manus tamen in
parte qua voluisset libere extendebat. Manabat enirn
ex ossibus mortuis , ut ipse referre erat solitus, foetor
letalis , qui non solum externa , verum etiam interna
viscerum quatiebat. Cumque pallio aditus narium
obseraret, quamdiu flatum continere poterat, nihil
pessimum sentiebat : ubi autem se quasi suffocari pu-
tabat, remoto paullulum ab ore pallio, non modo
per os, aut per nares, verum etiam per ipsas, ut ita di-
cam, aures odorem pestiferum hauriebat. Quid plura?
Quando Divinitati, ut credo, condoluit , manum
dexteram ad spondam sarcophagi tendit, reperitque
vectem , qui decedente opertorio , inter ipsum ac la-
bium sepulcri remanserat. Quem paullatim commo-
vens , sensit cooperante Dei adjutorio , lapidem amo-
veri. Verum ubi ita remotus fuit, ut presbyter caput
foras edüceret , majorem quo totus egredereturaditum
liberius patefecit. Interea operientibus nocturnis te-
nebris diem , nec adhuc usquequaque diffusis , aliud
cryptæ ostium petit : erat enim seris fortissimis cla-
visque firmissimis obseratum : verumtamen non erat
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 31
de faim. Dans la basilique de Saint- Cassius martyr était
une erypte antique et profonde; là se trouvait un vaste
tombeau de marbre de Paros , où avait été déposé le corps
d'un grand (1) personnage. Dans ce sépulcre, le prétre
est enseveli vivant sur le mort; on place sur lui une
pierre qui servait de couvercle au sarcophage , et on met
des gardes à l'entrée du souterrain. Mais ceux-ci comptant
sur la pierre qui le couvrait, allument du feu (car on
était en hiver), et, assoupis par du vin chaud, s'endor-
ment profondément..Le prétre, nouveau Jonas , du fond
de son tombeau fermé, ainsi que des entrailles de l'en-
fer (2), invoquait la miséricorde de Dieu; et comme le
sarcophage était, je le répète, assez spacieux, quoiqu'il
ne püt s'y retourner entièrement, cependant il pouvait
étendre librement les bras dans tous les sens comme il le
voulait. Des os du mort, c’est lui-même qui le racontait
ensuite, s'exhalait une odeur pestilentielle, qui, non
seulement frappait les sens, mais pénétrait jusqu'au fond
des entrailles. Lorsqu'il cachait ses narines de son man-
teau, et tant qu'il pouvait retenir sa respiration, il ne
sentait rien.de trop insupportable ; mais quand, de peur
d'étouffer, il écartait un peu le rhanteau de son visage, il
aspirait non seulement par la bouche et par les narines ,
mais, si j'ose le dire, par les oreilles mêmes, cette
atmosphère cadavéreuse. Que dirai-je de plus? quand
Dieu, je pense, l'eut pris en pitié, le captif étendit la
songer encore aux intéréts de leur famille. Voyez encore, liv. v,
chap. 35.
(1) Grandævus semble pris dans le sens de senior. Aimoin le tra-
duit par cujusdam magni hominis.
(2) C'est l'expression méme de Jonas dans sa prière ; chap; 2, vers. 5.
39 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. t
ita levigatum, ut inter tabulas adspicere homo non
posset. Ad hos aditus presbyter caput reclinat, ad-
vertitque hominem viam prætereuntem. Hunc, licet
voce tenui, vocat. Exaudit ille, nec mora, securem
manu tenens, sudes ligneas, quibus sere contine-
bantür, incidit, aditumque presbytero patefecit. At
ille de nocte (1) consurgens, ad domum pergit , satis
virum obsecrans, ne de eo cuiquam aliquid enarraret.
Domum igitur suam ingressus , inquisitis chartis, quas
ei memorata regina tradiderat, ad Chlothacharium
regem defert , indicans qualiter ab episcopo suo vivens
sepulture fuerat mancipatus. Stupescentibus autem
omnibus, et dicentibus, numquam vel Neronem, vel
Herodem tale facinus perpetrasse, ut homo vivens.
sepulcro .reconderetur, advenit ad Chlothacharinm
regem Cautinus episcopus : sed accusante presbytero,
victus confususque discessit. Presbyter autem, acceptis
a rege preceptionibus, res suas ut libuit defensavit ,
posseditque, ac suis posteris dereliquit. In Cautino
autem. nihil sancti, nihil pensi fuit : de oranibus
enim scripturis, tam ecclesiasticis quam secularibus ,
adplene immunis fuit. Judæis valde carus ac subditus
erat, non pro salute, ut pastoris cura débet esse sol-
licita, sed pro comparandis speeiebus , quas cum hic.
blandiretur, et illi se adulatores manifestissime de-
clararent, majori quam: constabant pretio venumda-
bant (2) : :
(1) [Clun., de nocte præteriens.]
(2) Chesn. et Freh., venumdabat.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 33
main droite vers le bord du monument, et y trouva une
barre de fer qui était restée dans une fente entre le cou-
vercle et les parois du tombeau. En la remuant peu à
peu il sentit, avec l'aide de Dieu, la pierre se reculer; et
quand elle fut assez écartée pour que le prétre püt sortir
la tête au-dehors, il agrandit l'ouverture de manière à y
passer tout entier sans obstacle. En ce moment , les ténè-
bres de la nuit obscurcissaient le jour, mais n'étaient pas
encore répandues partout. Anastase court à une autre
porte de la crypte : elle était fermée par de fortes serrures,
et consolidée. par d'énormes clous; mais elle n'était pas
tellement unie dans son ensemble, qu'on ne püt voir par
les interstices des planches. Le prétre se penche vers ces
ouvertures et apercoit un passant : il l'appelle, quoique
d'une voix exténuée. Celui-ci l'entend, et sans tarder, avec
une hache qu'il tenait à la main, il coupe les piéces de
bois auxquelles étaient attachées les serrures et ouvre une
issue au prétre. Anastase s'échappe à la faveur de la
nuit, et se rend à son domicile, aprés avoir instamment
prié son libérateur de ne parler de ce fait à personne. De
retour.chez lui, il recueille les chartes que lui avait
octroyées la reine Clotilde, et les porte au roi Clotaire,
en lui dénonçant comment i avait été enseveli vivant par
son évéque. Lorsque tous étaient encore stupéfaits de ce
récit, et avouaient que jamais Néron ni Hérode n'avaient
commis un tel forfait , d'enfermer un homme vivant .dans
un sépulcre, l’évêque Cautin vint trouver le roi Clotaire;
mais accusé par le prétre, il s'en retourna convaincu et
couvert de confusion. Anastase, muni de diplómes du
roi, défendit son bien aisément, en jouit librement,
et le transmit à sa postérité. Cautin n'avait ni religion ni
respect humain : complétement étranger aux saintes Écri-
I. 5
34 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
XIII. Chramnus (1) vero his diebus apud Arver-
num residebat : multæ enim cause tunc per eum
inrationabiliter gerebantur; et ob hoc acceleratus
est (2) de mundo : multum enim maledicebatur a po-
pulo. Nullum autem hominem diligebat, a quo con-
silium bonum utileque posset accipere; nisi collectis
vilibus personis ætate juvenili fluctuantibus, eosdem
tantummodo diligebat (5), eorumque consilium au-
diens, ita ut filias senatorum, datis preceptionibus ,
eisdem vi detrahi (4) juberet. Firminum a comitatu
urbis graviter injuriatum abegit, et Salustium Evodii
filium subrogavit. Sed Firminus cum socru sua eccle-
siam petiit. Erant autem Quadragesimae dies : et Cau-
tinus episcopus in Brivatensem dioecesim (5) psal-
(1) Hoc caput deest in Reg. et Colb. * Et in Reg. 8. — Confer illud
cum cap. 66, lib. 1, de Gloria Mart.
(2) Sic mss. Editi vero, celerius ablatus est.
(3) Sic iidem mss. At editi habent, collectas viles personas ætate
juvenili fluctuantes fovebat et diligebat: — * Cam. habet, ætatisque
juvenilis.
(4) Ed., datis prædationibus, seu, dans prædonibus, eisdem vi
detrahi, etc. — * Ruinart et D. Bouq. habebant, eisdem videntibus
trahi j.; sed mss. repugnant : inter quos Corb., qui habet ipse, vi
detrahi j.; etsi hoc precipue suam lectionem tuebantur Æ et Z.
Bell., eidem.
(5) Diæcesis, hic pagum designat ; nam Brivas, ubi celebris ecclesia
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 35
tures et aux lettres profanes, il était cher aux juifs, dont il
se faisait le serviteur, non pour les amener au salut, comme
doit le faire la tendre sollicitude d'un pasteur pour son
troupeau, mais pour en acquérir certains objets de prix :
et comme il les recherchait avec empressement, et que
les juifs étaient ses adulateurs déclarés, ils les lui ven-
daieñt plus cher qu'ils ne coûtaient.
XIII. Cependant Chramne, dans ces jours-là , résidait
à Clermont, où il commettait beaucoup d'actions dérai-
sonnables, et c'est pourquoi il fut retiré promptement de
ce monde : aussi le peuple le maudissait. Il n'avait aucun
ami qui pâût lui donner des conseils bons et utiles : mais
réunissant des personnes de vile condition et dans la fou-
gue de la jeunesse, il les adoptait exclusivement pour amis
et pour conseillers , leur livrait des filles de sénateurs,
et donnait même des diplômes pour les faire enlever de
force. Il dépouilla Firmin du comté de la ville aprés
l'avoir grandement outragé, et lui substitua Saluste ,
fils d'Evodius. Firmin se réfugia dans l'église avec sa
belle-mèré On était alors en carême, et l'évéque Cautin
devait se rendre en procession à la paroisse de Brioude ,
selon l'usage établi par saint Gall, comme nous l'avons
dit plus haut (1). L'évéque sortit donc de la ville vi-
vement affligé, et craignant d'éprouver en route quel-
que accident, car le roi Chramne lui faisait aussi des
menaces (2). Tandis qu'il était en route, le roi envoya
(1) Chap. 5.
(2) N'oublions pas que son antagoniste Caton était le protégé de
Chramne, chap. 11. Le roi Chramhe, dit-il. Ce titre de roi est sou-
vent donné par l'auteur aux fils de rois. Voyez liv, n1, chap. 22, en
36 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
lendo adire disposuerat, juxta institutionem sancti
Galli , sicut supra scripsimus. Egressus est igitur
episcopus ab urbe cum magno fletu, metuens ne ali-
quid in itinere adversi perferret : intendebat. enim
eL ipsi rex Chramnus minas. Qui dum iter ageret ,
misit rex Imnacharium et Scaptharium primos de
latere suo , dicens : « Ite, et vi abstrahite Firmi-
« num Cæsariamque socrum ejus de ecclesia. » Disce-
dente (1) vero episcopo cum psallentio, sicut supra
memoravimus, hi qui missi fuerant a Chramno, in-
grediuntur ecclesiim , ac Firminum Cæsariamque
variis. conlocutionum dolis mulcere tentant. Verum
ubi diutissime alia ex aliis deambulantes per ecclesiam
colloquuntur, et in hoc qui confugerant intenderent
ex animo que dicebantur, ad regias (2) edis sacre,
quae tunc reseratæ fuerant, adpropinquant. Tunc Im-
nacharius Firminum, Scaptharius (5) Caesariam ad-
prehensos inter brachia ab ecclesia ejiciunt, paratis
pueris qui susciperent : quos statim in exsilium direxe-
runt. Sed die altera depressis somno custodibus, ipsi
se liberos sentientes, ad beati Juliani basilicam con-
fugiunt, et sic ab exsilio liberantur : res tamen eorum
fisco conlatæ sunt. Cautinus autem episcopus, cum
suspectus esset quod. et ipse (4) injuriaretur, ac me-
S. Juliani , ex dicecesi erat Árvernensi. Litaniz institutio, de qua hic
Gregorius, babetur supra cap. 5, quod tamen deest in pluribus mss.
(1) Aliquot manuscripti et editi, descendenté. [Ita Clun.]
(2) Id est portas. Corb., ad reias.... Regie etiam erant valvæ seu
cancelli quibus presbyterium claudebatur. — * Corb. infra : reseratæ
fuerunt.
(3) In Bec. semel prior Zmnacrius, semper vero alter Captarius di-
cuntur,
(4) [Dub., ipsi injuriaretur.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 37
Imnachaire et Scapthaire, les premiers de ses affidés (1),
en leur disant : «Allez, et arrachez par force de l'église
« Firmin et Césarie sa belle-mère. » Lors donc que l'évêque
s'éloignait avec la procession, comme il a été dit plus
haut, lés émissaires de Chramne entrent dans l'église , et
cherchent à amuser Firmin et Césarie par les artifices
d'une conversation variée. Aprés avoir parlé fort long-
temps de choses et d'autres, tout en se promenant dans
l'église, tandis que les réfugiés prétaient toute leur atten-
tion à ce qu'on leur disait, ils s'approchent des portes du
sanctuaire, qui avaient été ouvertes. Alors Imnachaire
saisissant Firmin dans ses bras, et Scapthaire, Césarie , ils
les jettent hors de l'église, entre les mains de serviteurs
apostés pour les saisir, et sur-le-champ les envoient en
exil. Le secomd jour leurs gardiens s'étant endormis,
ceux-ci se sentirent libres, et se réfugièrent dans la basi-
lique de Saint-Julien; ils furent ainsi délivrés de l'exil,
mais leurs biens furent confisqués. Quant à l’évêque
Cantin, soupconnant le coup dont il était menacé, il par-
courait le chemin dont il a été question, ayant près de
lui un cheval tout sellé, lorsqu'il apercut derrière lui des
cavaliers suivant la même direction et cherchant à l'at-
teindre. « Malheur à moi! dit-il; ces hommes sont envoyés
« par Chramne pour me saisir.» Puis, s'élancant sur son
cheval, il laisse la procession , et pressant sa monture à
coups d'éperons, parcourt seul tout le chemin jusqu'au
parlant de Théodobert, du vivant de Théodoric son père : et liv. v,
chap. 5o, il donne le titre de reine à Rigonthe.
(1) En latin, de latere suo. Nous avons dans Marculfe, liv. 1, ch. 4».
une formule où sont nommés des russi de latere regis. Le titre de
légat a latere s'est conservé, comme on «ait, aux envoyés de la cour
de Rome. Voyez aussi liv. v, chap. 29.
38 HISTORIA FRANCORUM, LIB, IV.
moratum iter terens equum haberet stratum, vidit
post tergum homines venientes cum caballis, qui ad
occursum ejus veniebant , et ait : « Væ mihi ! quia hi
« sunt quos Chramnus direxit ad me comprehenden-
« dum. » Et asscenso (1) equite, relicto psallentio ,
solus usque in porticum basilicæ sancti Juliani, ambo-
bus (2) urgens calcaneis cornipedem, pene exanimis
percurrit. Sed nos hac narrantes, Sallustii senten-
tiam , quam in detractores (5) historiographorum pro-
tulit, memoramus. Ait enim-: « Árduum videtur res
« gestas scribere : primum , quod facta dictis exæ-
« quanda sunt : deinde quia plerique delicta, quae
« reprehenderis, malevolentia et invidia dicta pu-
« tant. » Sed coepta sequamur.
XIV. Igitur Chlothacharius post mortem Theodo-
baldi cum regnum Francie suscepisset, atque illud
circumiret , audivit a suis iterata (4) insania efferves-
cere Saxones, sibique esse rebelles; et quod tributa
quae annis singulis consueverant ministrare, contern-
nerent reddere. His incitatus verbis, ad eos dirigit.
Cumque jam prope terminum illorum esset, Saxones -
legatos ad eum mittunt, dicentes : « Non enim.sumus
« contemtores tui, et ea quae fratribus ac nepotibus
« tuis (5) reddere consuevimus, non negamus; et
« majora adhuc , si quæsieris, reddemus. Unum tan-
(1) [Dub., ascenso equo.)
(2) * Ambis, Corb., Cam.
(3) * Détractoribus, Cam. ; protulit, deest ibid., et in Corb. — Infra,
qua delicta reprehend., Cam.
(4) * Initerata, Corb. Reg. B. — Supra, uterque eum pro illud.
(5) * Tuis deest in Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 39
portique de la basilique de Saint-Julien, oü il arrive à
demi mort. Mais en faisant ce récit nous nous rappelons
cette pensée de Salluste, qui est sa réponse aux détrac-
teurs de l'historien (1) : « Il semble difficile d'écrire les
« actions des hommes; d'abord parce qu'il faut élever le
«langage à la hauteur des faits, ensuite parce que la
« plupart attribuent à la malveillance et à l'envie le récit
« des fautes que vous blámez. » Mais poursuivons.
XIV. Clotaire, aprés la mort de Théodebald, devint
roi de la France (2); et comme il parcourait ce royaume,
il apprit de ses sujets que les Saxons, transportés d'un
nouvel accés de folie, s'étaient révoltés et refusaient de
lui remettre les tributs qu'ils avaient coutume de payer
tous les ans. Animé par ces paroles il marche contre eux.
Lorsqu'il était prés de leurs frontières, les Saxons lui
envoient des ambassadeurs chargés de lui dire : « Nous
« n'avons pas de mépris pour toi; ce que nous avions
« coutume de payer à tes frères et à tes neveux (3), nous ne
(1) Sallust., Catilina, chap. 5. Notre auteur parait s'excuser de ne
raconter que des crimes.
(2) Voyez Éclairciss. et observ. (Note i.) .
(3) Valois pense qu'il faut lire fratri, au lieu de fratribus; puisque
des trois rois d'Austrasie auxquels succède Clotaire, un seul, Thierri,
était son frére; les deux autres, ses neveu et petit-neveu. Mais le
Saxons pouvaient ne pas savoir au juste la filiation de ces trois princes,
et les regarder comme frères, ou comme neveux de Clotaire.
40 HiSTORIA FRANCORCM, LIB. IV.
« tum exposcimus, ut sit pax, ne tuus exercitus et
« noster populus conlidatur. » Hzc audiens Chlotha-
charius rex, ait suis : « Bene loquuntur hi homines :
« non (1) incedamus super eos, ne forte peccemus.
« in Deum. » At illi dixerunt : « Scimus enim eos
« mendaces , nec omnino quod promiserint (2) im-
« pleturos : eamus super eos. » Rursum Saxones ob-
tulerunt medietatem facultatis sue , pacem petentes.
Et Chlothacharius rex ait suis : « Desistite, quaeso, ab
« his hominibus, ne super nos Dei ira concitetur. »
Quod illi non adquieverunt. Rursum Saxones obtu-
lerunt vestimenta, pecora, vel omne corpus facultatis
suae, dicentes : « Haec omnia tollite cum medietate
« terra nostre . tantum uxores et parvulos nostros
« relinquite liberos, et bellum inter nos non commit-
« tatur. » Franci autem nec hoc adquiescere volue-
runt. Quibus ait Chlothacharius rex (5) : « Desistite,
« quaeso, desistite ab hac intentione. Verbum enim
« directum non habemus : nolite ad bellum ire, in
« quo disperdamini. Tamen si abire (4) volueritis
« spontanea voluntate, ego non sequar. » Tunc illi
ira commoti contra Chlothacharium. regem , super
eum inruunt, et scindentes tentorium ejus, ipsum
quoque (5) conviciis exasperantes , ac vi detrahentes ,
interficere voluerunt, si cum illis abire differret. Heec
(1) [Dub., non ingrediamur.]
(2j * Corb., promiserunt.
(3) * Hiec omnia : Franci autem... rex, desunt in Reg. Z.
(4) * Ruin. et D. Bouq. habebant eo ire... et infra, fuit cum eis. At
nostra lectioui favent plurimi mss., Corb., Bec., Colb., Reg. 4; Dub.
Reg. Z et Cam. Sic quoque habent plerique editi
(5) * Ipsumque, Corb., Reg. J.
L
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 41
«te le refusons pas, nous te donnerons méme plus si tu
« l'exiges ; nous ne demandons qu’une chose, c’est que la
«paix subsiste; c'est que ton armée ne vienne pas se
« heurter contre notre peuple.» À ces mots, Clotaire dit
aux siens : « Ces hommes parlent bien; n'allons point les
« attaquer de peur de pécher contre Dieu. » Mais ceux-ci
répondirent : « Nous savons qu'ils sont des menteurs et
« qu'ils ne rempliront aucunement leurs promesses : mar-
« chons contre eux. » Les Saxons demandérent eucore la
paix en offrant la moitié de ce qu'ils possédaient ; et le roi
Clotaire dit aux siens : « Cessez, je vous prie, d'en vouloir
« à ces hommes de peur d'attirer sur nous la colére de
« Dieu. » Mais ils ne l’écoutèrent pas; les Saxons vinrent
encore offrir des vétemens, des troupeaux, et méme toutes
leurs richesses, en disant : « Prenez tout cela avec la moi-
« tié de notre pays; laissez-nous seulement nos femmes et
«nos jeunes enfans, mais qu'il n'y ait point de guerre
« entre nous. » Les Francs rejetérent encore tout accom-
modement : « Cessez, je vous en conjure, leur dit le roi
« Clotaire ; renoncez à vos projets; nous n'avons pas pour
« nous le bon droit : ne veuillez pas marcher à une guerre
« où vous trouveriez votre perte; que si vous voulez abso-
« lument partir, pour moi, je ne vous suivrai pas. » Alors
ceux-ci, irrités contre le roi Clotaire, se jettent sur lui,
déchirent sa tente en l'accablant de reproches, et l'en
arrachent de force, bien décidés à le tuer s'il tardait à
marcher avec eux (1). A cette vue Clotaire partit avec
eux malgré lui. Mais quand le combat fut engagé, ils
furent taillés en pièces par leurs adversaires; et des deux
cótés il périt tant de monde, qu'on n'aurait pu ni évaluer
(1) Voyez Éclairciss. cl observ. (Note L.)
42 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
videns Chlothacharius , invitus abiit cum eis. At illi ,
inito certamine , maxima ab adversariis internecione
cæduntur : tantaque ab utroque exercitu multitudo
cecidit, ut nec æstimari , nec numerari penitus possit.
Tunc Chlothacharius valde confusus pacem petiit, di-
cens se non sua voluntate super eos venisse. Qua
obtenta, ad propria rediit.
XV. (1) Turonici autem audientes regressum fuisse
regem de caede Saxonum, facto consensu (2) in Eufro-
nium presbyterum , ad eum pergunt, dataque sugge-
stione , respondit rex : « Preceperam enim, ut Cato
« presbyter illic ordinaretur : et cur est spreta jussio
« nostra? » Responderunt ei (3) : « Petivimus enim
« eum, sed noluit venire. » Hzc illis dicentibus ,
advenit subito Cato presbyter deprecans regem, ut
ejecto Cautino ipsum Arverno juberet institui. Quod
rege inridente, petiit iterum ut Turonis ordinaretur,
quod ante despexerat. Cui rex ait : « Ego primum
« præcepi, ut Turonis (4) te ad episcopatum conse-
« crarent : sed quantum audio, despectui habuisti
« ecclesiam illam; ideoque elongaberis a dominatione
« ejus : » et sic confusus abscessit. De sancto vero Eu-
fronio interrogans , dixerunt eum nepotem esse beati
Gregorii (5), cujus supra meminimus. Respondit rex :
(1) Deest hoc caput in Bellov. et Corb. [Deest etiam in Dub. ]
* Et in Cam. |
(2) * In Eufronio presbytero, Reg. B. :
(3) * Responderuntque, Reg. B.
(4) * Turonici, Reg. B.
(5) Lingonensis scilicet episcopi, de quo supra, lib. ut, cap. 19,
et inter Vitas Patrum , cap. 7, etc.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 43
ni compter le nombre des morts. Alors Clotaire confus
demanda la paix, disant que ce n'était pas de sa propre
volonté qu'il les avait attaqués; l'ayant obtenue, il revint
dans ses états.
XV. Apprenant que le roi était revenu de cette san-
glante expédition en Saxe, ceux de Tours qui avaient fait
un accord (1) pour élire évêque le prêtre Eufrone, vin-
rent trouver Clotaire, et lui exposèrent leur demande.
“Mais, dit le roi, j'avais ordonné que le prêtre Caton
«füt établi évéque de cette ville; pourquoi nos ordres
« n'ont-ils pas été exécutés? » Ils lui répondirent : « Nous
«lavons demandé, mais il n'a pas voulu venir (2). »
Comme ils disaient ces mots, arrive tout à coup le prêtre
Caton, priant le roi de rejeter l'évéque Cautin et de le
faire à sa place évêque de Clermont. Le roi ayant accueilli
cette demande avec dérision, Caton lui demanda d’être
nommé à Tours; faveur qu'il avait refusée précédemment.
Alors le roi luj, dit : « J'avais d'abord ordonné que l'on te
« sacrât évêque de Tours ; maïs, à ce que j'apprends, tu
«as dédaigné cette église; ainsi jamais tu n'en seras le
«maître ; » et Caton se retira tout confus. Comme le roi
faisait plusieurs questions sur le compte de saint Eu-
frone, on lui dit qu'il était le neveu du bienheureux Gré-
goire, dont nous avons parlé plus haut (3). Le roi ré-
(1) Voyez Éclairciss. et observ. (Note m )
(2) Voyez chap. 11.
(3) Voyez liv. ut, chap. 19.
44 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
« Prima hæc est et magna generatio. Fiat voluntas
« Dei, et beati Martini : electio compleatur, » Et data
praceptione , octavus-decimus post beatum Martinum
sanctus Eufronius ordinatur (1) episcopus.
XVI. Chramnus vero apud (2) Arvernis diversa ,
ut diximus, exercebat mala, semper adversus Cauti-
tum episcopum invidiam tenens. Eo tempore graviter
ægrotavit , ita ut capilli ejus a nimia febre deciderent.
Habebat autem tunc secum virum magnificum, et in
omni bonitate perspicuum (5), civem Arvernum, Asco-
vindum (4) nomine, qui eum vi ab hac malitia que-
rebat avertere, sed non poterat. Habebat enim et
Leonem Pictavensem, ad omnia mala perpetranda
gravem stimulum , qui nominis sui (5) tamquam leo
erat in omni cupiditate sævissimus. Hic fertur qua-
dam vice dixisse, quod Martinus et Martialis confes-
sores Domini nihil fisci viribus (6) utile reliquissent.
Sed statim percussus a virtute confessorum , surdus
et mutus eífectus, amens est mortuus. Venit enim
miser ad basilicam sancti Martini Turonis, celebra-
(1) * Ordinatus est, Reg. B.
(2) [Clun., apud Arvernum.] * Arvernus, Corb., Reg. B.
(8) * Et omnibus perspicuum, Bell., Corb.
(4) Sic omnes mss. præter Bec. cum Ed. ubi 4nscovindum. * Ascoun-
dum, Reg. B. — Paulo infra, [in cod. Dub. deest «/.]
(5) * Apud Rain. et D. Bouq., qui secundum nominis sui interpre-
tationem tanquam leo, etc., quod sane lucidum magis. At repugnant
mss. Corb., Bell, Colb., Reg. 4: Reg. Z, Cam. qui habent : qui
nominis sui tanquam leo.
6) * F'iribus , pro juribus quod habebat 7t, assumpsimus ex autori-
tate codd. Corb., Bell., Colb., Reg. 4; Reg. #, Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 45
pondit : «C'est là la premiére et la plus belle noblesse.
« Ainsi soit faite la volonté de Dieu et de saint Martin!
« que l'élection s'accomplisse. » Et d'aprés l'ordre qu'il en
donna par un diplóme, saint Eufrone fut ordonné évéque,
le dix-huiti&me depuis saint Martin.
XVI. Cependant Chramne , comme nous l'avons dit,
commettait toutes sortes de violences en Auvergne, et
était toujours l'ennemi déclaré de l'évéque Cautin. En ce
temps il fut dangereusement malade, et ses cheveux tom-
bèrent par suite d'une fièvre violente. Il avait alors près
de lui un homme généreux et distingué par toutes les
vertus : c'était un citoyen de Clermont nommé Ascovinde,
qui cherchait à le détourner de toutes ses forces de cette
disposition à faire le mal, mais sans pouvoir y réussir ;
car prés de Chramne était aussi un certain Léon de
Poitiers, violent aiguillon pour le pousser à tous les
excés. Bien digne de son nom, il déployait la cruauté d'un
lion pour satisfaire tous ses désirs. On prétend qu'un jour
il dit que Martin et Martial, ces confesseurs du Seigneur,
n'avaient laissé au fisc rien qui vaille. Mais aussitôt,
frappé par la vertu des saints confesseurs, il devint
sourd et muet, et mourut en démence. Le malheureux
s'était rendu dans la basilique de Saint-Martin de Tours,
y avait prié pendant la nuit (1), avait offert des pré-
sens; mais la vertu accoutumée du saint ne daigna pas
descendre sur lui, et il s'en retourna infirme comme il
était venu. Chramne quittant Clermont vint à Poitiers.
(1) Vigilias en cet endroit, comme en beaucoup d'autres, me parait
signifier des nuits passées en prières, plutôt que la récitation de l'office
appelé Vigiles, ce qui ne convenait qu'aux hommes de l'église.
46 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
vitque vigilias , dedit munera : sed non eum respexit
virtus consueta : cum ipsa enim qua venerat infirmi-
tate, regressus est. Chramnus autem ab (1) Arvernó
regressus , ad Pictavis civitatem venit. Ubi cum in
magna potentia resideret, seductus (2) per malorum
consilium, ad Childebertum patruum suum transire
cupit, patri insidias parare disponens. Ille vero do-
lose quidem, sed (5) suscipere illum promittit, quem
monere spiritaliter debuerat, ne patri exsisteret ini-
micus. Tunc per occultos nuntios inter se conjurati ,
contra Chlothacharium unanimiter conspirant (4).
Sed nec memor fuit Childebertus , quod quotienscum-
que adversus fratrem suum egit, semper confusus
abscessit. Chramnus vero hoc foedere inito, Lemovi-
cino rediit, et illud, per quod prius ambulaverat in
regno patris sui, in sua dominatione redegit. Tunc
Arvernus populus infra muros tenebatur inclusus, et
diversis infirmitatibus oppressus graviter interibat.
Porro Chlothacharius rex duos filios suos, id est Cha-
ribertum et Guntchramnum , ad eum dirigit. Qui per
Arvernum venientes , audientesque quod in Lemovi-
cino esset , usque ad montem , quem Nigrum nomine
dicunt, accedunt, eumque reperiunt. Figentesque
tentoria , contra se resederunt, mittentes legationem,
ut res paternas, quas male pervaserat, reddere de-
beret : sin autem aliud , campum præpararet ad bel-
lum. Cumque (5) ille patri subditum se esse confin-
(1) [Clun., ab Arvernis] — * Mutem, deest in Corb., Reg. B, et Cam.
(2) * Sed victus, Cam.
(5) * Se, Reg. B.
(4) * Conspirarent, Reg. B,
(5) * Cum, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 47
Tandis qu'il y résidait avec toute la puissance d'un maître,
séduit par les conseils des méchans, il désira passer du
cóté de Childebert son oncle; car il songeait à ourdir un
complot contre son père. Childebert, avec une arrière-
pensée il est vrai, lui promit cependant de le recevoir,
tandis qu'il aurait dû l'avertir charitablement (1) de ne pas
se faire l'ennemi de son père. Aprés s'étre entendus par
des messages secrets ils conspirent contre Clotaire. Mais,
Childebert oubliait que chaque entreprise formée contre
son frére (2) avait tourné toujours à sa confusion. Ce traité
conclu, Chramne rétoürna dans le Limosin, et réduisit
sous sa domination les. portions du royaume de son père
qu'il avait parcourues précédemment. Alors le peuple de
Clermont était tenu renfermé dans les murs de la ville,
et périssait accablé de diverses maladies. Clotaire envoya
vers lui deux de ses fils , Charibert et Gontran : ceux-ci
vinrent en Auvergne, et apprenant qu'il était en Limo-
sin, s'avancérent jusqu'au lieu appelé la montagne Noire,
où ils le trouvèrent. Ayant dressé leurs tentes, ils s'éta-
blissent én.sa présence, et lui envoient des députés, lui
enjoignant dé restituer les biens paternels qu'il avait usur-
pés, sinon, qu'il se préparát à combattre. Chramne, fei-
gnant d'étre encore soumis à son pére, leur dit : «Je ne
« pourrai me dessaisir de tout le pays que j'ai parcouru ;
(1) Spiritaliter. La qualité d'oncle, de Childebert à l'égard de
«Chramne, justifie-elle cette expression ? N’aurait-il pas été son père
spirituel, ou parrain ? |
(2) Par exemple, lorsqu'il avait voulu enlever l'Auvergne à Thierri ;
1, 9 : lorsque, réuni à Théodebert, il allait combattre contre Clo- :
taire ; i11, 28 : lorsque, de concert avec le méme Théodebert, il garda
tout l'argent que leur avait donné Théodat; et que Clotaire s'en
' dédommagea en s'emparant, pour lui seul, des trésors de Clodomir ;
i, 3r.
48 ‘ HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
geret , diceretque : « Omne quod circumivi laxare non
o
« potero , sed sub mea hoc potestate cum gratia patris
« mei cupio retinere. » Illi ut prelium hoc inter ipsos
dijudicaret, postulant. Cumque moto utrique exer-
citu cum magno armorum apparatu ad bellum con-
venissent, subito exorta tempestas cum gravi corus-
catione atque tonitruo, eos ne pugnarent inhibuit.
Redeuntes autem (1) ad castra, Chramnus dolose
per extraneam personam patris mortem fratribus pro-
nuntiat. Eo enim tempore bellum contra Saxones,
quod supra diximus, gerebatur. At illi timentes, cum
summa velocitate Burgundiam redierunt. Chramnus
vero cum exercitu post eos dirigens, usque civitatem,
Cavillonensem venit, eamque obsidens adquisivit.
Exinde usque Divionense castrum pertendit, ibique
cum die dominico advenisset , quid gestum fuerit di-
cam (2). Erat ibi tunc sanctus Tetricus (5) episco-
pus, cujus in superiori libello memoriam fecimus.
Positis clerici (4) tribus libris super altarium , id est
Prophetiæ, Apostoli, atque Evangeliorum, oraverunt
ad Dominum, ut Chramno quid eveniret ostenderet :
aut si ei (5) felicitas succederet , aut certe si regnare
posset, divina potentia declararet : simulque unam
habentes conniventiam (6) , ut unusquisque in libro
(1) * Autem, deest in Reg. B.
(2) * Dicamus , Cam.
(5) * Theodericus , Reg. B.
(4) [Dub., positis a clericis.]
(5) * Eis, Cam.
(6) Corb., Bec. et Bell., conJubentiam. [Ita Dub, Clun., coniben-
tiam.] * Reg. B, conventionem.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 49
« mais avec la gráce de mon pére, je désire le conserver
«sous mon pouvoir.» Ses fréres demaudérent que le
combat décidát entre eux. Déjà de part et d'autre les
deux troupes nombreuses et bien armées se disposaient
à l'attaque, lorsque tout à coup une tempête accompagnée
d'éclairs et de tonnerre suspendit le combat. Comme on
rentrait dans les camps, le rusé Chramne fit annoncer
à ses frères, par un étranger, la mort de leur père; car
à cette époque avait lieu la guerre contre les Saxons
dont j'ai parlé plus haut (1). Ceux-ci, alarmés, retoür-
nérent promptement en Bourgogne. Chramne les ayant
suivis avec son armée, s'avanca jusqu’à Châlons, l'as-
siégea et s'en rendit maitre; puis il poussa jusqu’à la
forteresse de Dijon, où il arriva un dimanche. Là, se
passa un fait que je vais raconter : il s'y trouvait alors
l'évêque saint Tétricus, dont nous avons fait mention (2)
dans un précédent ouvrage; les clercs ayant placé trois
livres sur l'autel, les Prophétes, l'Apótre, les Évangiles,
prièrent le Seigneur de découvrir à Chramne le sort qui
l'attendait : s'il devait réussir, ou du moins régner un
jour, ils suppliaient la puissance divine de le faire con-
naitre; en méme temps ils:convinrent entre eux de lire
chacun à la messe, le passage qu'ils auraient trouvé à l'ou-
verture du livre. Ils ouvrent donc d'abord le livre des
Prophètes, et tombent sur ces paroles : J'en arracherai la
haie, et elle sera livrée au pillage; au lieu de porter de
(1) Voyez chap. 10. 14.
(2) Tétricus n'est pas nommé dans le livre précédent de cette his-
toire. A l'index du livre de Gloriá Confessorum, le chap. 107 est inti-
tulé ; de Sancto Tetrico episc. Lingonensi. Mais dans le corps de
l'ouvrage il n'en est pas question.—Il en est fait aussi mention dans le
livre de Vitis Patrum ; et plus bas, v, 5.
i. 4
50 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
quod primum aperiebat , hoc ad missas etiam legeret.
Aperto ergo primo omnium Prophetarum libro, repe-
riunt : Zuferam maceriam ejus, et erit in desolatio-
nem : pro eo quod. debuit facere uvam, fecit autem
labruscam. Reseratoque Apostoli libro, inveniunt :
Ipsi enim diligenter scitis , fratres, quia dies Domini
sicut fur in nocte veniet (1). Cum dixerint : Paz et
securitas , tunc repentinus illis superveniet interitus ,
sicut dolores parturientis , et non effugient (2). Do-
minus autem per Evangelium (5) ait : Qui non audit
verba mea, adsimilabitur viro stulto, qui ædificavit
domum. suam. super arenam : descendit pluvia, ad-
venerunt, flumina , flaverunt venti et inruerunt in
domum illam , et cecidit, et facta est ruina ejus
magna. Chramnus vero ad basilicas (4) ab antedicto
sacerdote susceptus est, ibique comedens panem, ad
Childebertum pertendit. Infra tamen muros Divio-
nenses non est permissus intrare. Fortiter tunc rex
Chlothacharius contra Saxones decertabat. Saxones
enim, ut audierunt (5), per Childebertum commoti ,
atque indignantes contra Francos superiori anmo,
exeuntesque de regione sua in Franciam venerumt,
(1) Sic Corb. et Bell.; alii cum editis nocte, ita veniet. * Sic et
cod. Reg. 2. [Sic Dub. et Clun.] Regm. infra, tunc repentinus ve-
niet interitus. [Ita Clun.] —* Dixerit, Reg. 8.
(2) Hic desinit codex Regius À, quamvis initio hujus libri index
omnium ipsius capitum habeatur, et non sit lacerus. Tum proxime
subjungitur Reginonis Chronicon eadem omnino manu, qua Grego-
rii libri, conscriptum.
(3) * In evangelio, Cam.
(4) Colb., basilicam.
(5) Sic Corb. et Bell.; alii plerique, ut adserunt. [Ita Clun. ]
* Sic et Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 5t
bons raisins elle n'a donné que de mauvais fruits (x).
Le livre de l'Apótre ouvert leur offre ces mots : Vous
savez bien, mes frères, que le jour du Seigneur viendra
comme un voleur dans la nuit. Lorsqu'ils auront dit :
Paiz et sécurité, la mort fondra sur eux tout d'un coup
comme les douleurs de l'enfantement sur une femme,
et ils ne pourront l'éviter (2). Enfin le Seigneur dit,
par son Évangile : Celui qui n'écoute pas mes paroles
est comparable à un insensé qui édifie sa maison sur le
sable : la pluie est tombée, les torrens se sont précipités,
les vents ont soufflé contre elle avec violence, et elle
s’est écroulée, et la ruine en a été grande (3)aChramne,
accueilli dans les basiliques par l’évêque Tétricus, y
mangeait son pain (4); puis il se dirigea vers Childe-
bert; mais il ne lui fut pas permis d'entrer dans les murs
de Dijon. Le roi Clotaire combattait alors vigoureuse-
ment contre les Saxons. En effet, les Saxons soulevés
par Childebert, comme on l'apprit depuis, et indignés
contre les Francs pour les ravages de l'année précé-
dente (5), étaient sortis de leur pays, avaient attaqué la
France (6), et s'étaient avancés jusqu'à la ville de Divi-
(1) Isai., v. 5, 4.
(2) I Thess., v. 2, 5.
(3) Saint Matth., vii. 26, 27.
(4) Expression biblique, pour dire : Vivait misérablement, comme
un pauvre qui n’a que du pain à manger. — Les basiliques dont il est
question ici sont peut-être celles de Saint-Bénigne et de Saint-Jean,
alors en dehors de la ville; depuis, dans l’intérieur (Ruinart). Saint-
Bénigne est maintenant la cathédrale de Dijon, érigé en évèché
en 1731. |
(5) L'expédition rapportée chap. 10. La seconde guerre, dont il
est question ici, est celle qui a été racontée chap. 14.
(6) La France transrhénane, ou la limite orientale de l'Austrasie,
Voyez chap. 14. (Note 7.)
59 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
et usque ad Divitiam (1) civitatem prædas egerunt ,
nimiumque grave (2) scelus perpetrati sunt.
XVII. Tunc ChramnusjamacceptaWilicharii (5) filia,
Parisiusaccedens, secum Childebertum regem constrin-
git in fide atque caritate, jurans se patri esse certissi-
mum inimicum. Childebertus autem rex, dum Chlo-
thacharius contra Saxones decertaret, in campaniam
Remensem accedit, et usque (4) Remis civitatem prope-
rans, cuncta prædisatque incendio devastavit. Audierat
enim fratrem:suum a Saxonibus fuisse peremtum , et
regno suo cuncta subjici estimans, quæ adire potuit
universa pervasit.
XVIII. Tunc et Austrapius dux Chramnum me-
tuens , in basilicam sancti Martini confugit : cui tali
in tribulatione posito non defuit divinum auxilium.
Nam cum Chramnus ita eum constringi jussisset, ut
nullus illi alimenta prebere præsumeret, et ita arctius
custodiretur, ut nec aquam quidem ei haurire liceret,
quo facilius compulsus inedia, ipse sponte sua de
basilica sancta periturus exiret; accedens quidam vas-
culum illi cum aqua (5) semivivo detulit ad potan-
dum. Quo accepto, velociter judex loci advolavit
ereptumque de manu ejus, terre diffudit. Quod velox
(1) Sic Corb., Bell. [Dub. et Clun.] Colb. habet Mustiam. Editi ut
plurimum Nutiam. * Reg. B, Niustiam.
(2) Alii, grande.
(3) * Sic fere omnes mss. Ruin. et D. Bouq. maluerunt Wiliacharü.
[Clun., acceptam Wiliacharii filiam , Parisius accessit.)
(4) [Cod. Dub., usque Remus.]
(5) [Dub. et Clun., cum aqua sine vino.] Simevivo, Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 53
tia (1) en pillant, et en ponant partout des traces de leur
fureur.
XVII. Chramne ayant pris en mariage’ la fille de
Wilichaire (2), se rendit à à Paris, et s'attacha le roi Childe-
bert comme complice et comme ami, er lui jurant qu'il
était l'ennemi déclaré de son père. Childebert, tandis que
Clotaire combattait contre les Saxons, entra dans la
campagne rémoise, et s'avanca jusqu'à la ville de Reims,
pillant et brûlant tout le pays. En effet, il avait oui dire
que son frére avait été tué par les Saxons; et pensant dés
lois que tout lui était soumis, il envahit tous les pays où
il put pénétrer.
XVHI. Dans le même temps, le duc Austrapius craignant
la colére de Chramne, se réfugia dans la basilique de
Saint-Martin ; dans une telle tribulation le secours de
Dieu ne lui manqua pas. En effet, Chramne l'avait fait
resserrer de maniére que personne n'osait lui porter des
alimens; et garder si étroitement, qu'il ne lui était pas
méme permis de puiser de l'eau : il voulait que, pressé
par la faim, le malheureux se décidát de lui-méine à sortir
de la sainte basilique quoique sür de périr à l'instant. En
cet état, quelqu'un s'approchant d'Austrapius demi-mort,
lui présenta un vase d'eau pour boire : il le prit; aussitôt
accourut le juge de l'endroit, qui le lui arracha desmains
et le répandit à terre. Mais la vengeance de Dieu et du
saint évéque outragé suivit de prés : le méme jour, ce
(1) Voyez Éclairciss. et observe. (Note n.)
(2) Duc d'Aquitaine. (Aimoin, 11, 30.) La fille s'appelait Chalda.
(Gest. Franc., chap. 28.)
54 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
Dei ultio, et beati antistitis virtus est subsecuta. Ea
namque die judex, qui ista (1) gesserat, correptus a
febre , nocte media exspiravit; nec pervenit in crasti-
num ad illam horam, qua in basilica sancti poculum
de manu excusserat fugitivi. Post illud miraculum ,
omnes ei opulentissime quae erant necessaria detule-
runt. Redeunte autem in regnum suum rege Chlo-
thachario, magnus cum eo est habitus. Tempore vero
ejus, ad clericatum accedens apud Sellense castrum (2),
quod in Pictava habetur dioecesi, episcopus ordina-
tur (5) : futurum ut decedente Pientio antistite, qui
tunc Pictavam regebat ecclesiam, ipse succederet. Sed
rex Charibertus in aliud vertit sententiam. Denique
cum Pientius episcopus ab hac luce migrasset, apud
Parisius civitatem Pascentius , qui tunc abbas erat. ba-
silicæ sancti Hilarii, ei succedit, ex jussu regis Chari-
berti, clamante Austrapio sibi hunc redhiberi (4)
locum : sed parum ei jactati profuere sermones. Ipse
quoque regressus ad castrum suum, mota super se
Theifalorum (5) -seditione, quos sepe gravaverat,
lancea sauciatus crudeliter vitam finivit. Dioeceses vero
suas ecclesia Pictava recepit.
XIX. Tempore (6) quoque Chlothacharii regis ,
(1) [Dub. et Clun., qua ista gesserat.] * Sic et Corb. — Infra, istud
mirac., Corb. et Reg. B.
(2) * Sellensim, Reg. B; Sellensem, Corb.
(3) "Episcopus, addidimus ex mss. Corb., Bell., Clun., Colb., Reg. Z.
(4) Regm., reddi debere. Bec., redeberi. | Clun., reddere debere.]
* Corb., redebere.
(5) * Chefalorum, Cam.
(6) Deest hoc caput in Corb. et Bellov., [deest etiam in cod. Dub.]
indicatur inter capita libri quarti in cod. Reg. * Deest et in Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IY. 55
juge coupable, saisi de la fièvre, expira dans la nuit; il
ne put arriver au lendemain, à cette heure où, dans la
basilique du saint, il avait arraché le vase des mains du
fugitif. Après ce miracle tous s'empressérent de fournir
abondamment aux besoins d'Austrapius; et quand le roi
Clotaire revint dans son royaume, il fut en grand honneur
prés de lui. Du vivant de ce roi, il prit l'habit de clerc,
et fut ordonné évêque au château de Selle, dans le
diocèse de. Poitiers (1), avec promesse qu'à la mort de
l'évêque Pientius, qui dirigeait alors l'église de Poitiers ,
il lui succéderait. Mais le roi Charibert en décida autre-
ment. Quand l'évéque Pientius eut quitté le séjour de ce
monde, Pascentius, abbé de Saint-Hilaire, se trouvant
alors à Paris, lui succéda par l'ordre du roi Charibert ,
malgré les réclamations d'Austrapius, qui revendiquait
cette place. Mais ses plaintes et ses cris furent inutiles.
Il retourna donc à son château de Selle; et là , ayant par
ses exactions soulevé contre lui les Teifales (2), il fut
blessé. d'une lance et périt misérablement. L'église de
Poitiers rentra em possession de ses paroisses (3).
XIX. Au temps de Clotaire, un élu de Dieu, Médard,
(1) L'abbaye de Selle ou Celles, prés de Melle en Poitou. (Deux-
Sévres. )
(2) Teifales, peuple barbare originaire de Scythie, cantonné en
Gaule, dans le Poitou, au ve siècle, et qui a donné son nom à la ville
de Tifauges, sur la Sèvre. .
(3) Ces paroisses étaient le château de Selle, et quelques autres pa-
roisses, dont on avait formé comme un diocèse provisoire pour Austra-
pius, eu attendant qu'il suecédát à Pientius; à sa mort, il était juste
qu'elles fussent réunies à l'évéché dont elles avaient été distraites.
56 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
sanctus Dei Medardus episcopus, consummato boni (1)
operis cursu, et plenus dierum , sanctitate præcipuus,
diem obiit. Quem Chlothacharius rex cum summo ho-
nore apud Suessionas civitatem sepelivit , et basilicam
super eum fabricaye coepit; quam postea. Sigibertus
filius ejus explevit, atque composuit. Ad cujus beatum
sepulcrum vidimus (2) vinctorum compedes atque ca-
tenas disruptas confractasque jacere; quæ usque hodie
in testimonium virtutis ejus, ad ipsum beati sepul-
crum reservantur. Sed ad superiora redeamus.
XX. Childebertus igitur rex ægrotare coepit , et
cum diutissime apud Parisius lectulo decubasset, obiit :
et ad basilicam beati Vincentii, quam ipse construxe-
rat, est sepultus. Cujus regnum et thesauros Chlotha-
charius rex accepit : Vultrogottham (5) vero et filias
ejus duas, in exsilium posuit. Chramnus autem patri
repræsentatur, sed postea infidelis exstitit. Cumque
se cerneret evadere non posse, Britanniam petiit (4) :
ibique cum Chonobro (5) Britannorum comite, ipse
vel uxor ejus, ac filiæ latuerunt. Wilicharius autem so-
cer ejus (6) ad basilicam sancti Martini confugit. Tunc
(1) [Clun., bonis operibus. Infra, Sessonas, et sic deinceps.]
(2) * Divinus, Reg. B.
(3) * Wulthroghatam, Reg. B; Vulthogothram, Cam.
(4) * Brittannias, Reg. B ; expetiit, Cam. ; Brittania petiit, Corb.
(5) Alii, Coonobro. Corb., Chonoo. Et sic in isto capite legitur bis,
tam pro Chonober, quam pro Chonobro. Sed et supra in cap. 4, ejus-
dem lib. iv, pro Chanaone legitur in. eodem Corb., Chonoone, quam-
quam idem alias dicitur Chanao. [Dub., Chonoobry. Jess Chonoo-
ber.] * Chonobrio, Reg. B; Chonoobro, Cam.
(6) Corb. et Bell., W'ilicharius autem sacerdos ad.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 57
évêque, d'une sainteté exemplaire, mourut après une vie
remplie de jours et de bonnes œuvres. Le roi Clotaire le
fit ensevelir en grande pompe dans la ville de Soissons,
et commença la construction d’une basilique sur $on tom-
beau, qui fut achevée et dotée par son fils Sigebert. Au
tombeau de ce bienheureux, nous avons vu se rompre,
se briser et tomber les fers et les chaînes de plusieurs
captifs; et on les garde jusqu'à ce jour, auprès de son
sépulcre, comme monument de sa puissance. Mais reve-
nons aux faits précédens. ;
XX. Cependant le roi Childebert tomba malade, et
aprés avoir gardé long-temps le lit, il mourut à Paris (1),
et fut enterré dans la basilique de Saint-Vincent (2), qu'il
avait construite lui- méme. Clotaire s'empara de son
royaume et de ses trésors; quant à Ultrogothe et ses
deux filles (3), il les envoya en exil. Chramne se repré- .
senta devant son père, mais il viola encore sa foi; et se
voyant sans ressource , il s'enfuit en Bretagne auprès du
comte Chonobre (4), où il resta caché avec-sa femme et
ses filles; et Wilichaire, son beau-père, se réfugia dans
la basilique de Saint-Martin. Alors cette basilique, en
(1) An 558.
(2) Qui fut depuis Saint-Germain-des-Prés.
($) Ultrogothe, sa veuve. Ses deux filles étaient, Chrotberge et
Chrotsinde. (Ruin.) .
(4) Le ms. de Corbie le nomme Chonoo ; et au chap. 4, au lieu de
Chanaone, il met Chonoone, quoique ailleurs il l'écrive Chanao : ce
qui peut faire présumer que c'est le méme personnage. L'4rt de
vérifier les Dates a adopté cette opinion : Canao, ou Conobre, y est-il
dit. Ne trouverait-on pas plus de ressemblance entre Conobre et
Chonomère, autre roi dont il est aussi question chap. 4? On sait qn'il
y a de grands rapports pour la prononciation entre b et m.
58 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
sancta basilica a peccatis populi ac ludibris qua in
ea fiebant , per Wilicharium conjugemque ejus suc-
censa est, quod non sine gravi suspirio (1) memora-
us. Sed et civitas Turonica ante annum jam igni
consumta fuerat, et tote ecclesiæ in eadem con-
structæ, desertæ relictae sunt (2). Protinus beati Mar-
tini basilica, ordinante Chlothachario rege, stanno (5)
cooperta est, et in illa, ut prius fuerat, elegántia
reparata. Tunc duæ acies locustarum apparuerunt, quee
per Arvernum atque Lemovicinum (4) transeuntes, ut
ferunt, Romaniacum campum venerunt, in quo,
prelio (5) magno inter se acto , maxime sunt conlisæ.
Chlothacharius autem rex, contra Chramnum fren-
dens, cum exercitu adversus eum in Britanniam di-
rigit. Sed nec ille contra patrem egredi timuit. Cum-
que in uno campo conglobatus uterque resideret
exercitus, et Chramnus cum Britannis contra patrem
aciem instruxisset, incumbente nocte a bello cessa-
tum est. Ea quoque nocte Chonober (6) comes Bri-
tannorum dicit ad Chramnum : « Injustum censeo te
« contra patrem tuum debere egredi. Permitte me hac
« nocte, ut inruam super eum, ipsumque cun toto
« exercitu prosternam. » Quod Chramnus, ut credo ,
virtute Dei præventus, fieri non permisit. Mane autem
(9) [Clun., suspicione.]
(2) * Desaratæ, Reg. B : relicte , deest ini Corb. et Cam.
(3) * Mb stagno, Corb., Reg. B ; Cam.
(4) * Corb., Lemajecinum ; Bell., Limovicinum. — Ambo et Dub.
et Cam., Romanicum campum. — Reg. B, ut fecerunt.
(5) | Clun. ., pralium magnum inter se àctum.] — " Magno, d. in
Cam. ; prelium inter se actum, Corb., Reg. B.
(6) * Chonoober, Reg. B; Cam. : Pone: Corb., ut supra.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 59
punition des péchés du peuple et des impiétés qui s'y
commettaient , fut brûlée par Wilichaire et son épouse, ce
que nous ne rappelons qu'avec un profond soupir. Déjà
la cité de Tours, moins d’un au auparavant, avait été
consumée par le feu, et toutes les églises qu'elle renfer-
mait étaient restées désertes. Aussitôt, la basilique de
Saint-Martin , par les soins du roi Clotaire, fut couverte
d'étain, et rétablie dans sa beauté première. Alors paru-
rent deux armées de sauterelles, qui traversant, dit-on,
l'Auvergne et le: Limosin, s'arrêtèrent sur la plaine de
Romagnat (1), et là, se livrant un combat terrible, se
détruisirent mutuellement. Cependant le.roi Clotaire, fu-
rieux contre Chramne, s'avanca en Bretagne avec une
armée pour le: combattre, et celui-ci ne craignit pas de
marcher contre son père. Déjà les deux armées étaient en
présence, concentrées dans une même plaine, et Chramne
avec les Bretons avait rangé ses troupes en bataille contre
son père, lorsque l’arrivée de la nuit suspendit le combat:
Dans cette nuit, Chonobre, comte des Bretons, dit à
Chramne : «Je. trouve injuste que tu marches contre
« ton-père : laisse-moi , cette nuit méme , fondre sur lui,
« et l'accabler avec toute son armée. » Mais Chramne
aveuglé, comme je le crois, par la volonté divine, ne
voulut point y consentir. Le matin, les deux princes
mettent en mouvement leur armée, et s'empressent. de
combattre l'un contre l'autre. Le roi Clotaire marchait
comme un nouveau David, allant combattre son fils Ab-
salon; il pleurait et s'écriait ; « Seigneur, regarde - moi
« du haut du ciel, et juge ma cause, car je suis indigne-
« ment outragé par mon fils. Vois, et juge-nous avéc équité;
(1) Village près de Clermont (Puy-de-Dôme).
60 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
facto, uterque commoto exercitu ad bellum contra se
properant. Ibatque Chlothacharius rex tamquam no-
vus David contra Absalonem filium pugnaturus , plan-
gens atque dicens : « Respice, Domine, de coelo, et
«judica causam meam, quia injuste a filio injurias
« patior. Respice (1), et judica juste; illudque impone
« judicium, quod quondam inter Absalonem et pa-
« trem ejus David posuisti. » Confligentibus (2) igitur
pariter, Britannorum comes terga vertit, ibique et
cecidit. Denique Chramnus fugam iniit, naves in mari
paratas habens : sed dum uxorem et filias suas liberare
voluit, ab exercitu patris oppressus, captus atque
ligatas est. Quod cum Chlothachario regi nuntiatum
fuisset , jussit eum cum uxore et filiabus igni consumi :
inclusique in tugurio cujusdam pauperculi (5), Chram-
nus super scamnum extensus orario suggillatus est ;
et sic postea super eos incensa casula, cum uxore et
filiabus interiit.
XXI. Rex vero Chlothacharius anno quinquage-
simo-primo (4) regni sui, cum multis muneribus li-
mina beati Martini expetiit, et adveniens Turonis ad
sepulcrum antedicti antistitis, cunctas actiones quas
fortasse negligenter egerat replicans, et orans cum
grandi gemitu, ut pro suis culpis beatus confessor
Domini misericordiam exoraret , et ea qua inrationa-
(1) * Respice, d. in Cam. ; respice, Domine , Corb.
(2) * Corb., [Dub., Clun.] Reg. B, confligentes etenim pariter...
Corb., Cam., ibique cecidit.
(5) Alii, ut Corb., inclusitque... [Clan., inclususque... pauperculæ.]
* Reg. B, pauperculee.
(4) [Clun., quinquagesimo regni.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 61
«el que ton jugement soit celui que tu prononcas entre
« Absalon et son pére David. » On combattit des deux
cótés avec une ardeur égale; le comte des Bretons plia,
et fut tué. Chramne prit la fuite : il avait sur la mer des
vaisseaux tout préparés ; mais tandis qu'il voulait mettre
en süreté sa femme et ses filles, il fut surpris par l'armée
de son père, saisi et enchainé. Le roi Clotaire, à cette
nouvelle, ordonna qu'il fût brülé avec sa femme et ses
fille. On les enferma dans la cabane d'un pauvre, et
Chramne étendu sur un banc fut étranglé avec un mou-
choir. Ensuite on mit le feu à la cabane, et ainsi sa femme
et ses filles périrent avec lui (1).
XXL Le roi Clotaire, la cinquante-uniéme année de
son règne, vint pour visiter le séjour de Saint-Martin
avec de grands présens : arrivé à Tours, il se rendit au
tombeau du saint évêque, et là; repassant dans sa mé-
moire toutes les fautes qu’il avait pu commettre par né-
gligence, il suppliait , avec de profonds gémissemens, le
bienheureux confesseur d'implorer pour ses péchés la
miséricorde du Seigneur, et de lui obtenir par son inter-
cession le pardon de ses erreurs. A son retour, la cinquante-
uniéme année de son régne, tandis qu'il chassait dans
la forêt de Cuise (2), il fut saisi de la fièvre, et ramené
(1) An 560. ( Chron. de Marius.)
(2) La forêt de Compiègne.
62 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
biliter commiserat, suo obtentu dilueret. Exin re-
gressus (1), quinquagesimo-primo regni sui anno, dum
in Cotia silva (2) venationem exerceret, a febre cor-
ripitur , et exinde Compendium villam rediit : in qua
. cum graviter vexaretur a febre, aiebat : « Wa! Quid
« putatis, qualis. est ille rex coelestis, qui sic tam
« magnos reges interficit? » In hoc enim tædio positus,
spiritum exhalavit. Quem quatuor filii sui cum magno
honore Suessionas deferentes, in basilica beati Me-
dardi sepelierunt. Obiit autem post unum decurrentis
anni diem, quo Chramnus fuerat interfectus.
XXII. Chilpericus vero post patris funera, thesau-
ros , qui in villa Brinnaco (5) erant congregati , acce-
pit, et ad Francos utiliores petiit, ipsosque muneribus
mollitos sibi subdidit. Et mox Parisius ingreditur,
sedemque Childeberti regis occupat : sed non diu hoc
ei licuit possidere; nam conjunoti fratres ejus eum
exinde repulere : et sic inter se hi quatuor, id est Cha-
ribertus , Guntchramnus; Chilpericus , atque Sigiber-
tus, divisionem legitimam faciunt : deditque sors Cha-
riberto regnum Childeberti, sedemque habere Parisius :
Guntchramno vero regnum Chlodomeris , ac tenere
sedem Aurelianensem : Chilperico vero regnum Chlo-
thacharii patris ejus, cathedramque Suessionas (4)
(1) * Exhinc regresso, Reg. B.
(2) * Corb., Dub., Reg. B, in Cotiam sylvam... et exinde Com-
pendio villa ; Dub., inde; Cam., Gætiam sylvam.
(5) Alii, Brannaco. * Sic et Cam. [Clun., Brannacum.] * Corb. et
Reg. B, Brinnacum.
(4) * Suessionis, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 63
dans sa maison de Compiègne. Cruellement tourmenté
par la fièvre, il s'écriait : « Ah! que pensez-vous que
« soit ce roi du ciel, qui tue ainsi les plus grands rois!»
C'est dans ces tristes pensées qu'il rendit l'ame. Ses quatre
fils, l'ayant fait transporter à Soissons en grande pompe,
l'ensevelirent dans la basilique du bienheureux Médard.
Or il mourut aprés un an d'intervalle, le méme jour
que Chramne avait été tué (1).
XXII. Chilpéric, aprés les funérailles de son pére,
s'empara des trésors qui étaient amassés dans la maison
royale de Braine (2), s'aboucha avec les Francs les plus
capables de le servir, et se les gagna par des présens.
Bientót il entre dans Paris, et occupe le siége du roi
Childebert : mais il ne put le posséder long-temps; car
ses frères se réunirent pour l'en chasser; et alors les
. quatre fréres, c'est-à-dire Charibert, Gontran, Chilpéric
et Sigebert firent du royaume un partage légal : le sort
donna à Charibert le royaume de Childebert, et Paris
pour siége de sa puissance; à Gontran, le royaume de
Clodomir, et Orléans pour capitale; à Chilpéric, le
royaume de son pére Clotaire, avec sa capitale, Soissons;
(1) An 56:. — C'est là le sens généralement adopté; cependant la
phrase latine semble dire : un an et un jour après le meurtre de
Chramne. C'est l'opinion de plusieurs savans distingués.
(2) Braine-sur- Vesle, entre Soissohs et Reims. ( Aisne; arr. de
Soissons.)
64 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
habere : Sigiberto quoque regnum Theuderici, se-
demque habere Remensem ( 1).
XXIII. Nam post mortem Chlothacharii regis
Chuni (2) Gallias adpetunt; contra quos Sigibertus
exercitum dirigit, et gesto (5) contra eos bello, vicit
atque fugavit : sed postea rex eorum amicitias cum
eodem per legatos meruit. Dum autem (4) cum eis
turbatus esset Sigibertus , Chilpericus frater ejus Re-
mis pervadit, et alias civitates , quæ ad eum pertine-
bant, abstulit. Ex hoc enim inter eos, quod pejus
est, bellum civile surrexit. Rediens autem Sigibertus
victor a Chunis, Suessionas civitatem occupat , ibique
inventum Theodobertum , Chilperici regis filium, ad-
prehendit, et in exsilium transmittit. Accedens au-
tem contra Chilpericum , bellum commovit : quo
victo (5) atque fugato, civitates suas in suam domi-
nationem restituit. Theodobertum vero filium illius ,
apud Ponticonem villam custodiri jussit per annum
integrum ; quem postea , ut erat clemens, muneribus
ditatum patri reddidit sanum : dato tamen sibi sacra-
mento , ne umquam contra eum agere deberet : quod
postea peccatis facientibus est inruptum.
(1) Sic omnes mss. et editi , excepto unico Chesnio, qui habet Met-
tensem. Verum quidem est in cod. Colb. qui olim fuit monasterii
S. Arnulfi Mettensis, hodie legi Mettensem ; sed id ab aliquo nebu-
lone factum est, qui , detrito priori vocabulo, istud substituit.
(2) Alii, Hunni.
(5) [Clun., gestum contra eos bellum.] * Sic et Corb. et Reg. B.
(4) * Corb. et [Dub., dum autem cum eis esset , turbatus est Sigi-
bertus.] — Chilperici expeditionem refert ad an. 567. Valesius,
lib, 1x, Rerum Franc., p. 11.
(5) [Clun., quem victum atque fugatum.] " Sed hactenus satis sit
varietates casuum notare.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 65
à Sigebert , le royaume de Théodéric, et Reims pour y
établir son séjour (1).
XXIIL Aprés la mort du roi Clotaire, les Huns atta-
quérent les Gaules; Sigebert marcha contre eux avec
une armée, leur fit la guerre, les vainquit et les mit
en fuite : mais plus tard, leur roi, par ses ambassadeurs,
obtint l'alliance de Sigebert. Tandis que ce prince était
inquiété par cette guerre, son frére Chilpéric (2) envahit
Reims, et lui enleva d'autres villes de son domaine. De là
surgit entre eux, ce qui est plus fâcheux encore, une
guerre civile. Sigebert, revenu vainqueur des Huns, s'em-
pare de Soissons, y trouve Théodebert , fils du roi Chil-
péric, le prend, et l'envoie en exil. Puis, s'avancant contre
Chilpéric, il lui livra bataille; et l'ayant vaincu et mis
en fuite, il rentra en possession des villes qui étaient à
lui. Quant à son fils Théodebert, il le fit garder pri-
sonnier une année entiére dans'sa maison royale de
Pontion (3); puis, comme il était clément, il le ren-
voya à son père, sans aucun mal, et avec de riches présens;
mais il lui avait fait promettre par serment de ne ja-
mais rien entreprendre contre lui. Engagement qui fut
violé par le jeune prince à cause de ses péchés.
(1) Voyez Éclairciss. et observ. ( Note o.)
(2) Valois, liv. x de son histoire, rapporte cette expédition de
Chilpéric à l'an 567.
(3) Ponthion,, ancienne. maison royale, aujourd'hui village, sur POr-
nain, prés de Vitry-le-Brülé, en Pertois. (Marne, arr. de Vitry.)
I. 5
66 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
XXIV. Cum autem Guntchramnus rex regni par-
tem, sicut fratres sui, obtinuisset, amoto Ágroe-
cula (1) patricio, Celsum patriciatus honore donavit,
virum proeerum statu, in scapulis validum, lacerto
robustum, in verbis tumidum , in responsis opportu-
num , juris lectione peritum : cui tanta deinceps ha-
bendi cupiditas exstitit, ut sepius ecclesiarum res
auferens, suis ditionibus subjugaret. Nam cum audisset
quadam vice Esaiæ prophete lectionem in ecclesia
legi (2), in qua ait : Væ his qui jungunt (5) domum
ad domum , et agrum ad agrum copulant usque
ad terminum loci, exclamasse fertur : « Incongrue
« hoc : væ mihi et filiis meis! » Sed reliquit filium,
qui absque liberis functus, maximam partem facul-
tatis ecclesiis , quas pater exspoliaverat , dereliquit.
XXV. Guntchramnus autem rex bonus (4) primo
Venerandam , cujusdam suorum ancillam , pro concu-
bina thoro subjunxit, de qua Gundobadum filium
suscepit. Postea vero Marcatrudem (5), filiam Ma-
gnarii, in matrimonium accepit. Gundobadum (6) vero
fillum suum Aurelianis transmisit. /Emula autem
Marcatrudis, post habitum filium, in hujus mortem
(1) Sic Bell. et Bec. cum edit. at Corb., Regm. et Colb., Agricola.
* Sic Reg. B. [Dub. Agræcola.] * Sic Cam.
(2) * Corb., legere.
(3) * Conjungunt, Corb., Reg. B.
(4) * Bonus, d. in Reg. B.
(5) Colb. et [ Clun.] Mercatrudem. "Sic et Reg. B. — De Ma-
gnario, seu Magnachario, infra, lib. v, cap. 17. — [Dub., filiam
Mangneharii. ]
(6) Regm., Gundebaudum ; Colb. et Reg. B, Gundebadum; Alii,
Gundebaldum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 67
XXIV. Le roi Gontran ayant obtenu , comme ses fréres,
sa portion de royaume, destitua Agrécula le Patrice (1),
et donna sa dignité à Celsus, homme de haute stature,
aux épaules larges, au bras vigoureux, fier dans son lan-
gage, toujours prêt à répliquer, habile dans la connais-
sance du droit, Par la suite, son avidité pour s'enrichir
fut telle qu'il enlevait souvent les biens des églises pour
ajouter à ses possessions. Un jour, ayant entendu lire à
l'église une leçon d'Isaie , où ce prophète s'exprime ainsi :
Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison et joi-
gnent une terre à une terre jusqu'à ce que l'espace leur
manque (2). ll s'écria, dit-on : «Ces mots sont bien
« inconvenans : malheur à moi et à mes fils!» Du reste
il laissa un fils, qui, mourant sans enfans, légua la plus
grande partie de son bien aux églises que son pére avait
dépouillées. |
XXY. Le bon roi Gontran prit d'abord pour concu-
bine Vénérande, servante d’un de ses hommes, et en
eut un fils nommé Gondebaud. Ensuite il épousa Mar-
catrude fille de Mágnacaire : puis il envoya son fils Gon-
debaud à Orléans. Mais Marcatrude ,, jalouse de cet enfant,
quand elle fut elle-même mère d'un fils, projeta de le
faire périr, et pour cet effet lui fit, dit-on, passer du
poison dans un breuvage. L'enfant étant mort , elle-
(1) La diguité de Patrice , dans le royaume de Gontran venait des
rois Bourguignons, qui l'avaient reçue des empereurs, et se plaisaient à
en porter le titre. Sous les rois francs, ce titre fut donné au premier
officier qui gouvernait ces provinces, au nom du roi. Il semble par
ce passage et d'autres encore (chap. xui), qu'il n'y avait qu'un Patrice
dans tout le royaume de Bourgogne. Son autorité pourrait alors sc
comparer à celle des Maires du Palais.
(2) Isaie; v. 8.
68 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
grassatur (1) : et transmissum, ut aiunt, venenum in
potum, occidit (2). Quo mortuo, ipsa judicio Dei
filium suum quem habebat perdidit, et odium regis
incurrit , dimissaque ab eodem , non multo post tem-
pore mortua est. Post quam rex (3) Austrechildem (4),
cognomento Bobylam, accepit, de qua iterum duos
filios habuit, quorum senior Chlotharius, junior
Chlodomeris dicebatur.
XXVI. Porro Charibertus (5) rex Ingobergam ac-
cepit uxorem, de qua filiam habuit, quz postea in
Cantiam (6), virum accipiens, est deducta. Habebat
tunc temporis Ingoberga in servitium suum duas
puellas pauperis cujusdam filias , quarum prima voca-
batur Marcovefa (7), religiosam vestem habens : alia
vero Merofledis; in quarum amore rex valde detine-
batur : erant enim, ut diximus (8), artificis lanarii
filie. Æmula ex hoc Ingoberga , quod a rege dilige-
rentur, patrem earum secretius operari fecit, futu-
rum ut dum hec rex cerneret, odio filias ejus haberet :
(1) Que sequuntur usque ad hzc verba capitis sequentis, Æractis
a Leontio episcopo , desunt in Bec., Colb., Regm. * Et in Reg. B.
(2) Sic Corb. et Bell. pro transmisso... veneno. Ed. in potum ei
dari curavit. [Dub., in potum ei dicavit. Clun., in potu ædificavit :
mendose.] * Ædificavit, Cam.
(3) * Rer, d. in Cam.
(4) Sic Corb. Alii, Austrigildem. [Clun., Austrigildem.... Bobiam.|
Apud Chesn., cognomento Bobilanam. Bell., Bobillam. [Ita Dub.]
(5) Corb. et Bell., mendose Sigibertus : alii, Haribertus.
(6) Prisci editores habebant Zngantia, quasi nomen mulieris, et
quidem ex vetustissimis codicibus. Corb. habet /nganthia : Bell.,
Inganthiam.
(7) Bell., Marocovefa. * Corb., Marchovefa.— Infra, Mereflidis, Cam.
(8)Sic omnes mss. et editi, præter Chesn., qui habet, ut dicebatur.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 69
méme, par le jugement de Dieu, perdit son fils, encourut
la haine du roi, qui la renvoya; et mourut peu après.
Le roi épousa ensuite Austrechilde surnommée Bobyla,
dont il eut deux fils : l'ainé se nommait Clotaire; le plus
jeune, Clodomir.
XXVI. Le roi Charibert prit pour femme Ingobergé,
dont il eut une fille (1) qui plus tard, en prenant un mari,
fut emmenée dans le royaume de Kent. Ingoberge avait
alors à son service deux jeunes personnes, filles d'un
pauvre artisan : l'une, nommée Marcoviève, portait l'habit
religieux; la seconde s'appelait Mérofléde; et le roi en était
éperdument amoureux : or, elles étaient filles, comme
nous l'avons dit (2), d'un ouvrier en laine. Ingoberge, ja-
louse de l'affection qu'elles inspiraient au roi, fit travailler
leur père dans son intérieur, espérant que le roi, en le
voyant, prendrait ses filles en aversion ; et tandis qu'il était
à l'ouvrage, elle appela le roi. Celui-ci , espérant voir quel-
que chose de curieux, regarde, et l'apercoit de loin travail-
lant aux laines pour le service du palais. A cette vue, irrité,
il délaissa Ingoberge et prit Méroflède. Il eut encore une
(1) C'est Aldeberge ou Berthe, qui, mariée à Éthelbert, roi de
Kent, travailla à le convertir au christianisme ainsi que tout son
peuple. Il en est encore question plus. bas, liv. rx, chap. 26. Voyez en
outre, Beda, liv. ix, chap. 25, Guillaume de Malmesbury et les autres
chroniqueurs d'Angleterre.
(2) 11 a dit seulement qu'elles étaient filles d'un homme pauvre :
pour lui, artificis lanarii, et pauperis, auront paru à peu près syno-
nymes.
*
70 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
quo operante vocavit regem. Ille autem sperans ali-
quid novi videre , adspicit hune eminus lanas (1) re-
gias componentem : quod videns, commotus in ira,
reliquit Ingobergam , et Merofledem accepit. Habuit
et aliam puellam opilionis, id est pastoris ovium (2),
filiam , nomine Theudechildém, de qua et fertur filium
habuisse, qui ut processit ex alvo, protinus delatus
est ad sepulcrum. Hujus regis tempore, apud urbem
Sanctonicam Leontius, congregatis provincie suæ
episcopis, Emerium ab episcopatu depulit, adserens
non canonice eum füisse hoc honore donatum. De-
cretum enim regis Chlothacharii habuerat , ut absque
metropolitani-(5) consilio benediceretur, qui non erat
præsens. Quo ejecto, consensum fecere in Heraclium,
tune Burdegalensis urbis presbyterum; quod regi Cha-
riberto subscriptum propriis manibus, per nuncu-
patum presbyterum transmiserunt. Qui veniens Tu-
ronis , rem gestam beato Eufronio pandit, deprecans
ut hoe consensum subscribere dignaretur; quod vir
Dei manifeste respuit. Igitur postquam presbyter Pa-
risiäcæ urbis portas ingressus regis praesentiam adiit ,
heec effatus est : « Salve, rex gloriose. Sedes enim
« apostolica eminentie tus salutem mittit uberri-
«am. » Cui ille : « Numquid, ait, romanam (4)
L —
(1) Sic Corb. et Bell. Editi plerique, lascias.
(2) Hac verba, id est pastoris ovium, desiderantur in editis : sant
autem in codd. Corb., Bellov., Palatino. [Dub. et Clun.] Hzc vero in
Bell. dicitur Teudegildis. Regm., Teotigildis. Ed. Theudegildis,
seu Teodegildis. (In Dub., Theodogildis ; in Clun., T'heodigildis, et
infra, Theotigildis.] —— * Theudogildem. Cam.
(5) * Metropolis, Cam.
(4) Sic Bell. [Dub. et Clun.] * Corb., tu Romanam, inde ceteri cum
HISTOIRE. DES FRANCS, LIV. IV. 71
autre jeune fille, nommée Theudéchilde, dont le pere était
» berger, c'est-à-dire gardeur de brebis, et en eut, dit-on,
m. fils, qui, au sortir du sein de la mère, fut porté de
suite au tombeau. — .
Au temps de ce roi, Léonce (1 mes réuni à Saintes
les évêques de sa province, dégrada Émère de l'épiscopat,
sous prétexte qu'il n'avait pas été régulièrement revêtu
de cet honneur, En effet, il avait obtenu un décret du
roi Clotaire pour être ordonné sans le consentement du
métropolitain, qui était absent, Quand ils l'eurent rejeté,
ils firent un accord (2) en faveur d'Héraclius, alors prêtre
de Bordeaux; et aprés l'avoir signé de leurs propres mains,
ils le transmirent au roi Charibert par le prêtre en question.
Celui-ci, arrivé à Tours, fit connaitre au bienheureux
Eufrone tout ce qui s'était passé, en le priant de daigner
signer cet accord : mais l'homme de Dieu s'y refusa net-
tement. Lors donc que le prêtre fut entré dans Paris,
il se présenta devant le roi, et lui dit : « Salut, roi glo-
« rieux. Le siége apostolique envoie à ton éminence le
«salut le plus abondant.» — « Eh quoi! reprit le roi,
« viens-tu de Rome, pour nous apporter le salut du pape
« de cette ville (3)?»—« C'est le père Léonce, votre
(1) Évéque de Bordeaux, métropolitain de la seconde Aquitaine , .
dont Saintes était un évéché suffragant. Ce concile de Saintes est de
562, selon Pagi et D. Labat; de 566, selon Baronius; de 564, selon
d’autres. — Léonce et Émére ont été loués ensemble par Fortunat ,
liv. 1, n° 12. Le premier est honoré comme un saint à Bordeaux, le
15 novembre. Il ne faut pas le confondre avee un autre Léonce plus
ancien, également évéque de Bordeaux, et loué aussi par Fortunat,
liv. 1v, n° 9. ( Ruin.) ]
(2) Voyez chap. xv. (Note sur ce mot.)
(3) Cette demande dii roi, à propos de l'expression sedes aposto-
lica, prouve que si ce titre était commun: à tous les évêques, il de
72 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
« adisti urbem, ut papæ illius nobis salutem deferas?
« Pater, inquit presbyter, tuus Léontius cum pro-
« vincialibus suis salutem tibi mittit, indicans Æmu-
« lum (1), » (sic enim vocitare consueverant Eme-
rium in infantia sua ) « ejectum ab episcopatu pro eo
« quod, praetermissa canonum sanctione, urbis Sanc-
« tonicæ episcopatum ambivit. Ideoque consensum ad
« te direxerunt, ut alius in loco ejus substituatur :
« quo fiat, ut dum transgressores canonum regulariter
« arguuntur , regni vestri potentia ævis prolixioribus
« propagetur. » Hæc eo dicente, frendens rex eum a
suis conspectibus extrahi jussit, et plaustro spinis
oppleto imponi desuper , et in exsilium protrudi præ-
cepit, dicens : « Putasne quod non est super quisquam
« de filiis Chlothacharii regis, qui patris facta custo-
« diat, quod hi episcopum , quem ejus voluntas ele-
« git, absque nostro judicio projecerunt? » Et statim
directis viris religiosis , episcopum in loco restituit ,
dirigens etiam quosdam de camerariis suis, qui exactis
a (2) Leontio episcopo mille aureis, reliquos juxta
possibilitatem condemnarent episcopos : et sic princi-
pis (3) est ultus injuriam. Post (4) hec Marcovefam ,
Merofledis (5) scilicet sororem , conjugio copulavit.
Pro qua causa a sancto Germano episcopo excommn-
ed., T'uronicam. — Infra pro pater... tuus, éd. cum Bec., patris...
tui. [Ita Dub.] * Et Corb. -
(1) * Corb. [et Clun., Cymulum, forte pro Simulum.]
(2) 4, d. in Corb. et Beg. B.... infra iidem habent, condemnavit.
(5) Sic mss. Ed. vero habent, patris. Corb., Regm. [et Clun.]
Principis est ulta injuria. * Sic Reg. B et Cam. [Dub., et sic pressa
est atque ulta injuria.]
(4) * Charibertus vero rex post h. Reg. B.
(5) Aliquot mss. et ed. mendose, Marcovei dote
HISTOIRE. DES FRANCS, LIV. IV. 73
« sujet, dit le prétre, .qui, réuni aux évéques de sa pro-
vince, vous envoie le salut; il vous donne avis qu'Émule »
Té 'est ainsi qu'ils avaient. pris l'habitude de nommer
Émère dans son enfance) «a été rejeté de l’épiscopat,
« parce qu'au mépris des formes canoniques, il a obtenu,
« par intrigue , l'évéché de Saintes. Or ils vous ont en-
_« voyé l'acte de leur accord pour qu'un autre soit mis à
« sa place ; afin qu'en condamnant régulièrement les trans-
« gresseurs des canons, la puissance de votre royauté se pro-
« page dans une longue suite de siècles. » Il parlait encore,
que le roi furieux le fit jeter hors de sa présence , et ordonna
qu'il fût placé sur un chariot rempli d'épines , et trainé
en exil, en disant : « Crois-tu donc qu'il ne reste plus
« un seul des fils de Clotaire qui veuille maintenir les actes
« de son pére, pour que ces évéques rejettent, sans nous
« consulter, celui que sa volonté avait choisi? » Aussitôt
il envoya des hommes de religion pour réintégrer l'évéque,
et quelques uns de ses chambriers, qui devaient, aprés
avoir exigé de l'évêque Léonce mille pièces d'or, punir
les autres évêques selon leurs moyens. Et c'est ainsi qu'il
punit l'outrage fait au roi.
Ensuite Charibert épousa Mi vibe; sœur de Méro-
fléde. Pour ce motif, ils furent tous deux excommuniés
par l’évêque saint Germain. Mais comme le roi refusait
de s'en séparer, elle mourut frappée par le jugement de
Dieu. Peu après le roi Charibert, lui-même, décéda (1).
venait cependant dés lors plus particulier à l’évêque de Rome. Le, titre
de Pape ne lui appartint exclusivement qu'à dater de Grégoire VII.
(1) An 567. — Fortunat a fait l'éloge de Charibert (vi, 4), en quoi
il ne s'accorde pas avec notre auteur, qui ne parle que de ses défauts.
Mais Fortunat a loué tout le monde. Dans la pièce suivante il parle
74 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
micatus uterque est. Sed cum eam rex relinquere
nollet, percussa judicio Dei obiit. Nec multo post eb.
ipse rex post eam decessit Charibertus (1 1): cujus post
obitum Theudechildis, una regmarum ejus, nuntios
ad Guntchramnum regem dirigit , se ultro offerens
matrimonio ejus. Quibus rex hoc reddidit in responsis :
« Accedere ad me ei non pigeat cum thesauris suis (2).
« Ego enim accipiam eam, faciamque magnam. in
« populis, ut scilicet majore mecum honore quam
« cum germano meo, qui nuper defunctus est, potia-
« tur. » At illa gavisa, collectis omnibus , ad eum pro-
fecta est. Quod cernens rex ait : « Rectius est enim ,
«ut hi thesauri penes me habeantur, quam post .
« hanc, quæ indigne germani mei thorum adivit. »
"Tunc ablatis multis, paucis relictis, Arelatensi eam
monasterio destinavit. Hæc vero ægre adquiescens je-
juniis ac vigiliis adfici , per occultos nuntios Gotthum
quemdam advocat (5), promittens quod si se in His-
panias deductam conjugio copularet, cum thesauris
suis de monasterio egrediens, libenti eum animo se-
queretur. Quod ille, nihil dubitans , repromisit. Cum-
que hzc collectis rebus, factisque voluclis (4), a
coenobio pararet egredi, anticipavit voluntatem ejus
industria abbatisse : deprehensaque fraude, eam gra-
viter casam custodie mancipare precepit, in qua
usque ad exitum vitæ presentis, non mediocribus
adtrita passionibus , perduravit.
(1) * Charibertus, d. in Corb., Reg. J et Cam. — Infra, 7'heo-
degildis, Reg. B. à
(2) * Hujus cap. finis, seq. integr. et subseq. initium usque ad hac
verba : condignam sibi, desunt in Reg. D.
(3) Alii, * Quos inter Corb., adivit. | Ita Dub. et Clun.] * Et Cam.
(4) AL, volucris. [Ita Dub. et Clun.| * Et Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 75
Aprés sa mort, Theudéchilde, une de ses femmes, en-
moya des messagers à Gontran, se proposant à lui pour
épouse. Le roi lui fit répondre : « Qu'elle ne craigne
« pas de venir à moi avec ses trésors; je la recevrai, je
« la ferai grande aux yeux des peuples, et elle sera. plus
« en honneur auprès de moi qu'avec défent mon frère. »
Celle-ci, joyeuse, réunit tout ce qu'elle possédait, et
partit. pour aller le trouver. A cette vue, le roi dit :
«ll vaut mieux que ces trésors soient en mon pouvoir,
« qu'à la disposition de cette femme, qui n’était pas digne
« du lit de mon frére. » Et lui enlevant une grande partie
dé ses richesses, 11 lui laissa peu de chose, et l'envoya
dans un monastère d'Arles. Celle-ci, souffrant avec peine
les jeünes et les veilles qui l'aecablaient , fit, par des mes-
sages secrets, des propositions à un Goth, lui promettant
que, s’il s'engageait à la conduire en Espagne et à l'épouser,
elle sortirait du monastère avec ses trésors, et le suivrait
volontiers. Celui-ci lui promit tout sans hésiter. Déjà elle
avait rassemblé ses effets, apprété ses valises; et se pré-
parait à sortir de la commawanté, lorsque l'activité de
labbesse prévint ses projets, et- découvrit son manége.
Aprés-une rude correction, elle la fit garder dans une
prison où elle resta, jusqu'à la fin de sa vie, soumise à de
sévères châtimens.
d'une Théodechilde, reine de France; mais les savans pensent que
c’est une autre que l'épouse de Charibert. (Extrait de Ruinart. )
76 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
XXVII. Porro Sigibertus rex, cum videret quod
fratres ejus indignas sibimet uxores acciperent, et pen,
vilitatem suam etiam ancillas in matrimonium socia-
rent, legationem in Hispaniam mittit, et cum multis
muneribus Brunichildem (1) Athanagildi regis filiam
petiit. Erat enim puella elegans opere, venusta ad-
spectu, honesta moribus atque decora, prudens consilio,
et blanda conloquio. Quam pater ejus non denegans ,
cum magnis thesauris antedicto regi transmisit. llle
vero, congregatis senioribus secum, præparatis epulis,
cum immensa letitia atque jocunditate eam accepit
uxorem. Et quia arianz legi subjecta erat, per præ-
dicationem sacerdotum, atque ipsius regis commoni-
tionem (2) conversa, beatam in unitate confessa Tri-
nitatem credidit, atque chrismata est, que in nomine
Christi catholica perseverat (5).
XXVIII. Quod videns Chilpericus rex, cum jam
plures haberet uxores, sororem ejus Galsuintham (4)
expetiit , promittens per legatos se alias relicturum ;
tantum condignam sibi, regisque (5) prolem mere-
(1) [Dub., Adtanagildi.] * Corb., Brunechildem.
(2) Sic Colb. [Dub. et Clun.] Editi habent, commotionem. Bad.,
communionem.
(3) Sic Corb., Bec. et Bell., et recte quidem : nam scribente Gre-
gorio adhuc in vivis erat, que anno 614, discerpta fuit. Editi , per-
severavit. [Ita Clun.] Colb., permansit.
(4) Corb., Bell. et Freh. al., Galsuendam, et infra , nam Galsuenda
ætate seniore a Brunechilde erat. [Ita Dub. nisi quod habet, se-
nior a Brunicilde. Clun., senior a Brunichilde.] " Sic et Corb. Reg. B
Galswindanea,... a Brunihilde.
(5) * Regis, Corb.; regiamque, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 77
XXVII. Le roi Sigebert (1); voyant ses fréres choisir
des épouses indignes de leur rang; et s'abaisser méme
jusqu'à s'unir en mariage à des servantes, envoya une
ambassade en Espagne, avec de riches présens, pour de-
mander Brunehaut (2), fille du roi Athanagilde. C'était
une jeune fille d'une tournure élégante, d'un aspect gra-
cieux ; honnéte et distinguée dans ses manières, sage par
le conseil, aimable dans la conversation. Son père accueillit
la demande, et l'envoya au roi Sigebert avec de grands
trésors. Celui-ci, ayant réuni les seigneurs de son royaume,
et préparé de grands festins, la reçut pour épouse au
milieu des fétes et de l'allégresse universelle. Elle était
soumise à la croyance arienne; mais des prédications
d'évéques, et les avertissemens du roi lui-même l'eurent
bientót convertie; elle crut, et confessa la bienheureuse
"Trinité réunie en un seul Dieu; elle recut l'onction
sainte (3), et, devenue catholique, elle persévére encore
aujourd'hui dans la foi du Christ.
XXVIII A cette vue (4), Chilpéric, quoiqu'il ‘eût
déjà plusieurs femmes, demanda sa sœur Galsuinthe,
promettant, par ses ambassadeurs , qu'il abandonnerait
les autres ; mais qu'on voulüt bien lui accorder une épouse
digne de lui, une fille de roi. Athanagilde, acceptant ces
(1) An 566.
(2) Par analogie avec d'autres noms du méme genre, il faudrait
dire Brunechilde ; mais nous nous sommes fait une loi d'employer les
dénominations ordinairement en usage : Clovis, Clotilde, Brunchaut,
Clermont , etc.
(3) C'est-à-dire, fut baptisée. Ce mot pourrait aussi s'entendre de
la confirmation, que l'on recevait alors immédiatement aprés le ba
téme. 3
(4) Au 567.
78 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
retur accipere. Pater vero ejus has promissiones aeci-
piens filiam suam, similiter sicut anteriorem, ipsi
cum magnis opibus destinavit. Nam Galsuintha ætate
senior quam Brunichildis erat. Quae cum ad Chilperi-
cum regem venisset, cum grandi honore suscepta ,
ejusque est sociala conjugio : a quo etiam magno
amore diligebatur. Detulerat enim secum magnos the-
sauros, Sed per amorem Fredegundis , quam prius ha-
buerat, ortum est inter eos grande scandalum. Jam
enim in lege catholica conversa fuerat , et chrismata.
Cumque se regi quereretur assidue injurias perferre (1),
diceretque nullam se dignitatem cum eodem habere ,
petiit ut, relictis thesauris, quos secum detulerat, li-
beram (2) redire permitteret ad patriam. Quod ille
per ingenia dissimulans , verbis eam lenibus demulsit.
Ad extremum eam (5) suggillari jussit a puero, mor-
tuamque reperit in strato. Post cujus obitum Deus
virtutem magnam ostendit. Lychnus (4) enim ille, qui
fune suspensus coram sepulcro ejus ardebat , nullo tan-
gente, fune disrupto in pavimentum conruit : et fugiente
ante eum duritia pavimenti, tamquam in aliquod
: molle elementum descendit, atque medius (5) est suffos-
sus, nec omnino contritus : quod non sine grandi (6)
miraculo videntibus fuit. Rex autem cum eam mor-
tuam deflesset, post paucos dies Fredegundem recepit
(1) * Perferri, Reg. B.
(2) * Corb. [Dub. et Clun., libera redire permitteretur.] Sic et
Reg. Z.
(3) * Enim suggilare, Corb., Reg. B. .
(4) * Licinus, Reg. B.
(5) [Dub., medius est suffusus.] * Sic et Cam.
(6) Alii cum edit., magno. " Sic Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 79
promesses, lui envoya sa fille comme la précédente, éga-
lement.avec de grandes richesses. Galsuinthe était l'ainée
de Brunehaut. Arrivée auprès de Chilpéric , elle fut reçue
avec grand honneur, et jointe à lui par le mariage : elle
en recevait méme de grandes marques d'amour; car elle
avait apporté avec elle de grands trésors. Mais l'ameur
de Frédégonde, une des premières femmes de Chilpéric,
occasiona entre eux de violens débats. Déjà Galsuinthe
avait été convertie à la foi catholique et baptisée. Comme
elle se plaignait au roi d'étre continuellement outragée,
et de ne pas partager avec lui la dignité de son rang, elle
lui demanda, pour prix des trésors qu'elle avait apportés
et qu'elle lui abandonnait, de la renvoyer libre dans son
pays. Celui-ci , dissimulant par artifice, l'apaisa avec des
paroles caressantes. Enfin il la fit étranglér par,un es-
clave, et la trouva morte dans son lit. Aprés sa mort,
Dieu fit connaitre sa vertu d'une maniére éclatante. En
effet , une lampe suspendue par une corde brülait devant
son tombeau ; la corde s'étant rompue sans que personne
y touchát, la lampe tomba sur le pavé; et le pavé per-
dant sa dureté, elle descendit comme dans une matière
molle, et s'enterra à demi, sans se briser: ce qui parut
un grand miracle à tous les assistans. Quand le roi eut
' pleuré sa mort, il épousa Frédégonde, aprés un inter-
valle de peu de jours. Aprés une telle action, ses fréres,
imputant à ses ordres secrets la mort de la reine, le re-
jettent du tróne. Chilpéric avait alors trois fils d'Audo-
vère, sa première épouse : Théodebert, dont nous avons
parlé plus haut (1), Mérovée et Clovis. Mais revenons à
notre sujet.
(1) Voyez chap. 25.
80 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
in matrimonio. Post quod factum , reputantes ejus (1)
fratres, quod sua emissione antedicta regina fuerit
interfecta, eum de regno dejiciunt. Habebat autem
tunc Chilpericus tres filios de Audovera priore regina
sua : id est Theodobertum (2), cujus supra memini-
mus, Merovechum atque Chlodovechum. Sed ad coepta
redeamus.
XXIX. Chuni vero iterum in Gallias venire cona-
bantur : adversus quos Sigibertus cum exercitu dirigit,
habens secum magnam multitudinem virorum for-
tium. Cumque confligere deberent, isti magicis ar-
tibus instructi, diversas eis fantasias ostendunt , et eos
valde superant. Fugiente autem exercitu Sigiberti ,
ipse inclusus à Chunis retinebatur , nisi postea, ut erat
elegans et versutus, quos non potuit superare virtute
prælii, superavit arte donandi. Nam datis muneribus
foedus cum rege iniit, ut omnibus diebus vite sue
nulla inter se prælia commoverent : idque ei magis ad
laudem , quam ad aliquod pertinere opprobrium justa
ratione pensatur. Sed et rex Chunorum multa mu-
nera regi Sigiberto dedit : vocabatur autem Gaga-
nus (5). Omnes enim reges gentis illius hoc appellan-
tur nomine.
XXX. Sigibertus vero rex, Arelatensem urbem ca-
(1) Bell., ei. [Dub., reputantes ei fratres, quod sua immissione.]
—* Hac verba : post quod..... regina, desunt in Reg. B;— infra,
a regno ejiciunt, Reg. B.
(2) * T'eotberctum.... Hludovechum, Reg. B. — Idem postea : nunc
ad.... Infra, Huni.
(3) Sic Bec. cum editis aliquot. Regm., Garganus; alii, Chaganus
aut Caganus. — * Enim Caganus, Reg. B; enim Gaganus, Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 81
XXIX. Cependant les Huns faisaient de nouveaux ef-
forts pour pénétrer en Gaule (1). Sigebert marcha contre
eux avec une armée composée d'un grand nombre de
braves ; mais au lieu de combattre, leurs ennemis, instruits
dans la magie, leur firent apparaitre des formes fantas-
tiques, et eurent sur eux un grand avantage. Sigebert,
abandonné de son armée en fuite, fut pris par les Huns,
et serait resté leur prisonnier, si plus tard, gráce à ses ma-
nières aimables et adroites, il n'eüt subjugué par sa mu-
nificence ceux qu'il n'avait pu vaincre par les armes dans
un combat. En effet il s’attacha leur roi par des présens,
et conclut avec lui une alliance, sous la condition que
jamais, leur vie durant, ils ne prendraient les armes l'un
contre l'autre; et cet événement est-regardé, à juste titre,
comme plus glorieux que déshonorant pour Sigebert. De
son cóté, le roi des Huns lui fit beaucoup de présens. Il
s'appelait Gagan (2), ce qui est le nom de tous les rois
de ce peuple.
XXX. Le roi Sigebert, voulant s'emparer de la ville
(1) An 566. ( Ruin.) .
(2) L'auteur. semble avoir pris le nom de la dignité pour un nom
d'homme. Celui qu'il appelle Jto/ des Huns , était dans leur langue
un Chagan , ou un Khan.
i". 6
82 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
pere cupiens, Arvernos commoveri precepit. Erat
enim tunc Firminus comes urbis illius, qui cum ipsis
in capite abiit. Sed et de alia parte Audovarius (1)
cum exercitu advenit , ingressique urbem Arelaten-
sem, sacramenta pro parte Sigiberti regis exegerunt.
Quod cum Guntchramnus rex comperisset, Celsum
patricium cum exercitu illuc dirigit; qui abiens Aven-
nicam urbem abstulit, Accedens autem Arelatem , et
vallans eam, impugnare exercitum Sigiberti, qui in-
fra muros continebatur, coepit. Tunc Sabaudus epi-
scopus dixit ad eos : « Egredimini foras, et inite cer-
« tamen , quia non poteritis sub murorum conclusione
« degentes , neque nos, neque urbis istius subjecta
« defendere. Quod si vos Deo propitio illos devinci-
« tis, nos fidem quam promisimus custodiemus : si
« vero illi contra vos invaluerint, ecce reseratas repe-
« rietis portas; ingredimini ne pereatis. » Hoc illi
dolo delusi, egressi foras, bellum parant. Sed superati
ab exercitu Celsi , fugam ineunt (2), venientesque ad
urbem portas reperiunt obseratas (5). Cumque exer-
. citus à tergo jaculis feriretur (4), operireturque lapi-
dibus ab urbanis, ad amnem Rhodanum dirigunt ,.
ibique parmis superpositi, ulteriorem ripam expetunt.
Sed multos ex his violentia amnis direptos enecavit ,
fecitque Rhodanus tunc Arvernis, quod fecisse quon-
dam Simois (5) legitur de Trojanis.
(1) Sic vet. mss. Regm. [et Clun.,] Ædovagrius. Editi, 4doua-
rius, aut Kudouarius. * Eudovarius, Reg. B.
(2) [Quz sequuntur usque ad caput 51, desunt in Clun.] — * Zniunt,
Reg. J. — Supra, ingrediemini ne per... Reg. B.
(3) Qua sequuntur usque fere ad finem cap. 58, desunt in Regm.
(4) Aliquot mss. cum ed., foderetur. * Sic Reg. B et Cam.
(5) * Corb , [Dub.] Reg. £, Simoes.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 83
d'Arles, fit marcher contre elle les Arvernes ; et Firmin,
alors comte de cette cité, partit à leur téte. D'une autre
part, Audovaire survint avec une armée, et étant entrés
dans la ville d'Arles, ils en exigérent des sermens de fidélité
pour le compte du roi Sigebert. Le roi Gontran, à cette
nouvelle, y envoie avec une armée le patrice Celsus, qui
s'empara en route de la ville d'Avignon. Arrivé prés
d'Arles, il én forma le siége, et commença d'attaquer
l'armée de Sigebert, qui était renfermée dans l'enceinte
des murs. Alors l’évêque Sabaudus dit à ceux-ci : «Sortez,
«combattez; vous ne pourrez , en restant enfermés dans
'« ces murs, nous défendre, nous et tout ce qui est soumis
« à cette ville. Si par la protection de Dieu vous étes vain-
« queurs, nous vous garderons la foi jurée; si vos. ennemis
«sont les plus forts, vous trouverez les portes ouvertes.
« Entrez-y pour ne pas périr.» Trompés par cette ruse,
ils sortent pour combattre; mais, vaincus par l'armée de
Celsus, ils prennent la fuite, et se dirigent vers la ville,
' dont ils trouvent les portes fermées. Frappés par les jave-
lots de l'armée qui les poursuivait , accablés par les pierres
des habitans de la yille, ils se dirigent vers le Rhóne, et
là, se faisant des nacelles de leurs boucliers, ils chérchent
à gagner l'autre rive. Mais plusieurs périrent eimportés
par la violence du fleuve, et le Rhóne fut pour les Arvernes
ce que le Simois avait été pour les Troyens , comme il est
dit en ces vers :
84 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
NERO Ie TU ME : . . Correpta sub undis
Scuta virum, galeasque (1), et fortia corpora volvit...
Apparent rari nantes in gurgite vasto.
Qui vix natandi (2), ut diximus , impulsu, parma-
rumque adjuti adminiculo , litoris alterius plana con-
tingere potuerunt. Qui nudati à rebus, ab equiti-
bus (5) destituti , non sine grandi contumelia patriae
restituti sunt. Firmino tamen (4) et Audovario disce-
dendi via indulta est. Multi ibi tunc viri ex Arvernis,
non solum torrentis impetu rapti , verum etiam gla-
diorum ictibus sunt prostrati. At sic Guntchramnus
rex recepta urbe illa, juxta consuetudinem bonitatis
sue ;, Avennicam ditionibus fratris (5) sui restituit.
XXXI. Igitur in Galliis magnum prodigium (6) de
Taureduno castro apparuit, quod super Rhodanum
fluvium in monte collocatum erat. Qui cum per dies
amplius sexaginta nescio quem mugitum daret, tan-
dem scissus atque separatus mons ille ab alio monte
sibi propinquo, cum bominibus (7), ecclesiis, opi-
busque ac domibus in fluvium ruit, exclusoque (8)
(1) * Scuta virorum Galliasque, Reg. B; cetera desunt. — In Corb.,
natantes.
(2) * Fix nandi, Reg. B et postea, ulterius.
(5) * Alii, equis [ita Dub.].
(4) Editi quidam, Firmino tantum. — * Tantum Adovario… in-
duta, Reg..B ; — infra Corb. et Bellov., magni ibi tunc viri. " Sic et
Reg. B.
(5) Sic mss. omnes : plerique tamen editi habent patris.
(6) [Cod. Clun., de Tauredune castro apparuit : super Rhodanum
enim fluvium collocatum erat. Dub., super Rhotanum enim fluvium
collocatum erat.] —" In monte, d. in Corb. et Reg. 2.
(7) * Omnibus ovibus, Reg. B. .
(8) [ Clun., exclusaque.... littora.] " Sic Corb., Reg. Z et Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 85
* Il roule sous ses ondes les casques des guerriers, leurs bou-
« cliers, et leurs corps généreux... — Quelques hommes appä-
« raissent nageant au milieu du vaste abime (1). »
Ainsi, malgré leurs efforts pour fendre les eaux, malgré
le soutien que leur prétaient leurs boucliers, ils ne purent
qu'avec peine atteindre à la plaine de la rive opposée;
et dépouillés de tout, privés de chevaux, ils rentrèrent
dans leur patrie couverts de honte. On laissa cependant
à Firmin et à Audovaire la liberté de se retirer. En cette
occasion, beaucoup d'Arvernes périrent, non seulement
entrainés par le courant , mais percés par le glaive. Ayant
ainsi repris cette ville, Gontran , toujours fidéle à son ca-
ractére de bonté, rendit Avignon à son frére.
XXXI. En Gaule, un grand: prodige eut lieu au fort
de Tauredunum (2), situé sur une montagne qui dominait
(1) Virg. JEn., 1, 104, 105 et 122. Mais on sait que, dans le dernier
vers, il est question d'un naufrage en pleine mer.
(2) Labbe croit le fort Z'auredunum placé vers l'endroit où est à
présent la perte du Rhóne, cinq lieues au-dessous de Geneve. D'aprés
la chronique de Marius d'Avenches, qui assigne à ce fait l'an 565, il
semblerait que l'accident-eut lieu au-dessus de Genève, et agrandit
ainsi le lac Léman jusqu'à cette ville. Voici son texte : « Mons validus
« Tauretunensis, in territorio Vallensi, ita subito ruit, ut castrum cui
« vicinus erat, et vicos, cum omnibus ibidem babitantibus oppres-
« sisset; et lacum in longitudine sx millium et latitudine xx millium,
« ita totam movit, ut egressus utraque ripa, vicos antiquissimos....
« vastasset.... et pontem Genavacum, molinas et homines per vim
« dejecit, et Genava civitate ingressus plures homines interfecit. »
Ainsi, selon cet auteur, la montagne est dans le Valais; elle tombe
dans le lac qui se déborde, et inonde Genéve. Le récit de Grégoire
de Tours parait conforme à cette interprétation. Au contraire, si l'on
suppose que l'événement eut lieu au-dessous de la ville, alors ce sont
les eaux du Rhône qui, resserrées par les niontagnes de ses deux rives,
se gonflent, remontent jusqu'à Genève, et l'inondent en se mêlant aux
eaux du lac, qui, lui-méme, se déborde par suite de ce refoulement
extraordinaire. Mais, outre qu'aucun mot dans notre auteur n'indiquc
86 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
amnis illius litore, aqua retrorsum petiit. Locus ete-
nim ille ab utraque parte a montibus conclusus erat,
inter quorum angustias torrens defluit (1). Inundans
ergo superiorem partem, que ripe insidebant (2)
operuit atque delevit. Adcumulata enim aqua (5) erum-
pens deorsum , inopinatos reperiens homines, ut de-
super fecerat, ipsos enecavit, domos evertit , jumenta
delevit, et quæ cuncta litoribus illis insidebant, usque
ad Jenubam (4) civitatem, violenta atque subita inun-
datione diripuit atque subvertit. Traditur a multis
tantam congeriem inibi aquæ fuisse, ut in antedictam
civitatem super muros ingrederetur. Quod dubium
non est, quia, ut diximus, Rhodanus in locis illis
inter angustias montium defluit, nec habuit in latere,
cum fuit exclusus , quo se diverteret (5). Commotum-
que montem qui descenderat adsemel erupit, et. sic
cuncta delevit. Quod cum factum fuisset, triginta
monachi, unde castrum ruerat , advenerunt, et terrám
illam , que monte diruente remanserat , fodientes, ees
sive ferrum reperiunt. Quod dum agerent , mugitum
montis, ut prius fuerat , audierunt. Sed dum a seva
cupiditate retinentur, pars illa quae nondum (6) rue-
rat, super eos cecidit, quos operuit atque interfecit ,
nec ultra inventi sunt, Similiter et ante cladem At-
*
(1) * Parte.... defluit, desunt in Reg. Z.
(2) * Sic plerique editi, et cod. Corb. Ruin., habebat insidebat.
(3) * Mddcumulans.:. atque, Reg. B ; Accomula, Corb.
(4) Sic Bell. Editi plerique cum Bec., Jonabam; Colb., | Dub.] et
Chesn., Genuam. * Ita Reg. J. Corb. Jenuvam. [Clun., januam civi-
tatis, mendose.]
(9) * Ferteret, Reg. B; deverteret, Corb.
(6) * Non deruerat, Corb. Qua mundi rucrat... nec ultra inventos,
Reg. Z.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 87
de Rhône. Après avoir fait entendre pendant plus de soixante
jours une espèce de mugissement, cette montagne se dé-
tachant et se séparant d'un autre mont contigu, avec les
hommes, les églises, les terres et les maisons qui la cou-
vraient, se précipita dans le fleuve, et, lui barrant le
passage entre ses rives qu’elle obstruait, refoula ses eaux
en arrière; car en cet endroit le terrain, fermé de part
et d'autre par des montagnes, ne laisse qu'un étroit défilé
par où s'échappe le torrent. Alors le fleuve, inondant la
partie supérieure de son cours, couvrit et dévasta tout
ce qui était sur ses rives. Puis cette masse d’eau, se pré-
cipitant dans la partie inférieure, surprit les habitans
comme elle avait fait plus haut, les tua, renversa les mai-
sons, détruisit les animaux, et le long des rivages jusqu'à
Genéve emporta et entraina tout par la violence de cette
inondation subite. Plusieurs racontent que là les eaux
s'amoncelérent au point d'entrer dans cette ville par-
dessus les murs. Ce qui est croyable, parce que, comme
nous l'avons dit, le Rhóne en cet endroit coule resserré
entre deux montagnes; et qu'arrété dans son cours, il
ne trouva pas sur ses rives d'ouverture pour écouler ses
que les eaux amoncelées vont toujours en remóntant jusqu'à Genève,
n'est-ce pas placer l'accident un peu trop loin pour produire un pareil
effet, que de le supposer à cinq lieues au-dessous? D'ailleurs, avant de
dire que Genève est submergée, l'auteur a dit que les eaux comprimées
par l'obstacle et s'élevant sans cesse, ont enfin débordé par-dessus la
montagne. Dès lors elles ne peuvent plus remonter, puisqu'elles ont
trouvé un écoulement. On peut donc croire que eette partie du Rhône
était au-dessus de Genève, et au sortir du lac. Il faudrait trouver dans
les monumens antérieurs à cette époque, la preuve que Geneve était
à quelque distance du Léman. La Table de Peutinger l'en place assez
loin, il est vrai; mais elle ne peut faire autorité pour les positions
topographiques; elle ne s'occupe que: des routes , et des distances des
villes entre elles.
'
88 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
vernam , magna regionem illam prodigia terruerunt:
Nam plerumque tres aut quatuor splendores magni
circa solem apparuerunt, quos (1) rustici soles voca-
bant, dicentes : « Ecce tres vel quatuor soles in coelo. »
Quadam tamen vice in calendis octobribus (2), ita
sol obscuratus apparuit , ut nec quarta quidem pars in
eodem lucens remaneret , sed teter atque decolor ap-
parens, quasi saccus videbatur. Nam et stella, quam
quidam cometem vocant, radium tamquam gladium
habens, super regionem illam per annum integrum
apparuit, et coelum ardere visum est, et multa alia
signa apparuere. In ecclesia vero Arverna , dum ma-
tutinæ celebrarentur vigiliæ in quadam festivitate ,
avis corydalus (3), quam alaudam vocamus , ingressa,
omnia luminaria que lucebant, alis superpositis in
tanta velocitate exstinxit, ut putares ea in unius ho-
minis manu posita , aqua fuisse submersa; in sacrario
autem sub velo transiens, cicindelum (4) exstinguere
voluit; sed ab ostiariis prohibita, atque occisa est.
Simile et in basilica beati Andreæ de lychnis lucenti-
bus avis alia fecit. Jam vero adveniente ipsa clade,
tanta strages de populo illo (5) facta est per totam re-
gionem illam, ut nec numerari possit quantæ ibidem
ceciderint legiones. Nam cum jam sarcofagi (6) aut
tabulæ defecissent , decem aut eo amplius in una humi
(1) * Quod, Corb., Reg. B.
(2) * Octobris, Reg. B.
(3) Corb. et Bec., Coredallus. | Ita Dub. et Clun.] * Et Cam., Colb.,
Coradallus. Sic et Reg. B; — idem, Alodam.
(4) Sic Corb. et Bell.; alii et plerique editi, cicindelem. " Sic Reg. B.
[Clun., cecindelim.]
(5) * Illo, d. in Corb. et Reg. Z.
(6) * Sarcofaga , Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 89
eaux. Puis, quand il eut une fois débordé par-dessus la
montagne abattue, il submergea tout le pays. Aprés cet
événement, trente moines vinrent au lieu oü s'était écroulé
le fort, et, en fouillant la terre qui était restée aprés la
chute de la montagne, ils y trouvèrent de l'airain.et du
fer. Tandis qu'ils étaient occupés à ce travail, ils enten-
dirent la montagne mugir comme elle avait fait aupa-
ravant ; mais ils furent retenus par un excès d'avarice, et
la partie restée intacte tomba sur eux, les engloutit, les
tua, et les fit disparaitre pour toujours. De méme, avant
là calamité qui affligea l'Auvergne, de grands prodiges ef-
frayérent cette contrée. Souvent on vit autour du soleil
trois ou quatre météores lumineux que les paysans appe-
laient des soleils, en disant : « Voilà trois ou quatre soleils
« au ciel. » Une fois, aux calendes d'octobre, le soleil se
montra tellement obscurci , qu'il n'en restait pas le quart
‘de lumineux; mais sombre et décoloré, il ressemblait à
un sac de poil (1). Une étoile, que quelques personnes
appellent cométe, et qui avait un rayon semblable à une
épée, se montra une année entière au-dessus de ce pays;
le ciel parut tout en feu, et on vit plusieurs autres pro-
diges. Dans l’église même de la ville, tandis qu'on chan-
tait matines un jour de féte, un de ces oiseaux huppés,
que nous nommons alouette, y étant entré, éteignit avec
ses ailes toutes les lumiéres, si promptement qu'on les
aurait crues placées dans la main d'un seul homme
et plongées dans l'eau toutes à la fois. Puis, pénétrant
dans le sanctuaire par-dessous le voile, elle voulut en
éteindre la lampe (2); mais elle en fut empéchée par les
(1) Expression de l' Apocalypse, v1, 14. Saccus cilicinus.
(2) Le mot cicindelus est expliqué dans le chap. 56.
90 HISTORIA FRANCORUM. LIB. IV.
fossa sepeliebantur. Numerata (1) sunt autem quadam
dominica in una beati Petri basilica trecenta defunc-
torum corpora : erat enim et ipsa mors subita. Nam
nascente in inguine aut in ascella vulnere in modum
serpentis , ita inficiebantur homines illi (2) a veneno,
ut die altera aut tertia spiritum exhalarent. Sed et
sensum vis illa veneni auferebat ab homine. Tunc et
Cato presbyter mortuus est. Nam cum de hac lue
multi fugissent (5), ille tamen populum sepeliens, et
missas dicens viritim (4), numquam ab eo loco dis-
cessit. Hic autem presbyter multæ humanitatis, et satis
dilector pauperum fuit : et credo, hec causa ei, si
quid superbi; habuit, medicamentum fuit. Cautinus
autem episcopus, cum diversa loca, hanc cladem ti-
mens, circumisset , ad civitatem regressus est; et hanc
incurrens, parasceve (5) passionis dominicae obiit.
Nam ipsa hora et Tetradius (6) consobrinus ejus mor-
tuus est, Tunc et Lugdunum, Biturix , Cavillonum (7)
atque Divionum ab hac infirmitate valde depopulata
sunt.
(1) * Numerati, Corb., Cam., Reg. Z. — Pro trecenta, Reg. 2,
habet'ac, quasi ex abbréviatione ria c.
(2) Sic Bell. at Bec. cum plerisque edit., ita inficiebatur homo
ille. Corb. ,et alii, interficiebatur. [Ita Dub. et Clun. paulo post,
cxhalaret.] * Sic Cam. Reg. Z, autem sic habet; i/a ut iriterficiebantur
homines illi a v. u. d. a et tertia s. exalarent : — infra, Capto presb.
(5) * De- hac clade m. fugissent, Corb. et Bell.; de hac luce...
fuissent, Reg. B. :
. (4) Corb., Bell., Colb. et aliquot editi viriliter, quod idem hic sonat.
[Dub., virilitim.]
(5) * H«c inc...., Corb., Reg. B. — Parasceven , iidem.
. (6) * Thetradius, Corb. Tegradius, Cam. — Infra, Ludonum, Bi-
torex, Cavillorum, Divinione, Reg. B. Corb. hab., Bitorex.
' (7) Sic mss. cum Chesn. plerique edit., Cavallonum. [Clan., Ca-
valonus atquc Divion.| Bad., Cabilo.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 91
portiers (1), et enfin tuée. Dans la basilique de Saint-
André, un autre oiseau, se jetant sur les lampes allumées,
en fit tout autant. Et quand survint enfin la calamité,
la mortalité fut si grande parmi le peuple de cette contrée,
qu'on ne saurait compter combien de légions d'hommes
il y périt. Comme on manquait déjà de cercueils et de
planches, on enterrait dix personnes, et méme plus, dans
la méme fosse. Un dimanche, on compta, dans la seule
basilique de Saint-Pierre, trois cents corps de personnes
défuntes. Or la mort était subite. Il naissait à l'aine ou
à l'aisselle une plaie semblable à un serpent , et le venin
empoisonnait si promptement les malades, que le second
ou le troisième jour ils rendaient l’âme. En outre, la force
du poison ótait le sentiment. Alors mourut le prétre
Caton. Plusieurs s'étaient enfuis par crainte de la peste,
mais lui ensevelissait les morts, disait une messe pour
chaque victime, et ne voulut jamais quitter son poste.
Ce prêtre était fort humain et charitable pour les pauvres;
et s'il eut quelque orgueil, cette mort, je crois, put lui
servir d'expiation. Quant à l'évéque Cautin, aprés avoir,
par crainte de la* maladie, erré en divers lieux, il rentra
dans la ville; et frappé à l'instant, il mourut le vendredi
saint. À la méme heure, mourut Tétradius son cousin.
Alors Lyon, Bourges, Chälon, Dijon, furent cruellement
ravagés par cette peste.
(1) Portiers, le moindre des quatre ordres mineurs, qui sont :
acolyte, lecteur, exorciste, portier.
92 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.
XXXII. Erat (1) tunc temporis apud Randanense
monasterium civitatis Arvernicæ presbyter praeclarae
virtutis, Julianus nomine, vir magnæ abstinentiæ ,
qui neque vinum neque ullum pulmentum utebatur ,
cilicio omni tempore sub tunicam habens, in vigiliis
primus (2), in oratione assiduus; cui inergumenos
curare, cæcos illuminare, vel reliquas infirmitates de-
pellere per invocationem Dominici nominis, et signa-
culum. sanctæ crucis facile erat. Idem cum stando
pedes ab humore haberet infectos, et ei diceretur,
cur contra possibilitatem corporis semper staret , di-
cere cum joco spirituali erat solitus : « Faciunt opus
« meum, dum et vita comes est , nec me eorum susten-
« tatio, Domino jubente, relinquit (5). » Nam vidimus
eum quadam vice in basilica beati Juliani martyris
inergumenum verbo tantum curasse : quartanariis et
aliis febribus sepe per orationem remedia conferebat.
Qui sub hoc tempore luis, dierum atque virtutum
plenus ex hoc mundo est adsumtus in requie.
XXXIII. Transiit (4) tunc et abbas monasterii ip-
(1) Hoc caput et quinque sequentia desunt in edit. et in mss. quam-
vis in capitum indice in mss. Beccensi.et Regiomontensi et in editione
per Judocum Badium procurata indicentur. [Desunt quoque in Cod.
Dub,] * Et in Codd. Reg. Z et Cam. In vet. editis et scriptis post
cap. 41 aut. 42, habetur cap. 47. Hzc autem habemus ex mss. cod.
sacri monasterii Casinensis, ab annis 700 exarato. Et quidem stylus
et modi loquendi , casuum mutationes , sicut et ea quz complectuntur,
Gregôrii nostri genium sapiunt ; Vitam santi Nicetii a se ipso scriptam
laudat cáp. 56.
(2) [ Clun., in wigilüs promtus.]
(5) [Clun., relinquet.]
: (4) [Deest hoc caput in cod. Clun.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV, IV. 93
XXXII. Il existait alors au monastère de Randan (1),
en Auvergne, un prêtre célèbre par sa vertu, nommé
Julien , d'une telle abstinence qu'il ne faisait usage que
de pain et d'eau; couvert en tout temps d'un cilice sous
sa tunique ; le premier à l'office de la nuit; et toujours en
priére. Guérir les possédés, rendre la lumiére aux aveu-
gles, et chasser les autres infirmités par l'invocation du
nom du Seigneur et le signe de la croix, était pour lui
chose facile. Comme il se tenait debout malgré un abcés
qui. lui rongeait les pieds, et qu’on lui demandait pour-
quoi il restait toujours debout quand la faiblesse de son
corps s'y refusait, il répondait en plaisantant dans un
sens spirituel : «Ils font mon ouvrage tant que la vie est
« avec moi, et leur appui ne me manque pas, car Dieu le
« veut ainsi. » Nous le vimes une fois dans la basilique de
Saint-Julien martyr, guérir un possédé avec un seul mot.
Souvent par la prière il apportait remède à des fièvres
quartes ou d'une autre nature. En ce temps de peste, il
fut enlevé de ee monde, plein de jours et de vertus, pour
reposer en paix.
XXXIII. Alors mourut aussi l'abbé de ce même monas-
tére;il eut pour successeur Sunniulfe, hommesimple autant
que charitable; car souvent il lavait lui-même les pieds
de ses hôtes , et les essuyait de ses mains. Il n'avait qu'un
défaut, c'était à force de supplications et non par la crainte
qu'il dirigeait le troupeau qui lui était confié. Il racontait
souvent que, dans une vision , il avait été conduit auprés
d'un fleuve de feu où venait se plonger une foule de gens
(1) Randans est maintenant une petite ville d'Auvergne. (Puy-de-
Dôme, arr. Riom.)
94 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
sius , cui Sunniulfus (1) successit , vir totius simplici-
tatis et caritatis. Nam plerumque hospitum pedes ipse
abluebat , manibusque i ipse tergebat : unum tantum,
quod gregem commissum non timore, sed supplica-
tione regebat. Ipse quoque referre erat solitus, duc-
tum se per visum ad quoddam flumen igneum, in quo
ab una parte litoris concurrentes populi ceu apes ad
alvearia mergebantur; et erant alii usque ad cingu-
lum, alii vero usque ad ascellas , nonnulli usque men-
tum, clamantes cum fletu se vehementer. aduri. Erat
enim et pons (2) super fluvium positus ita angustus,
ut vix unius vestigii latitudinem recipere posset. Ap-
parebat autem et in alia parte litoris domus magna
extrinsecus dealbata. Tunc iis qui cum eo erant, quid
sibi hec velint interrogat. At illi dixerunt : « De hoc
« enim ponte przecipitabitur , qui ad distringendum
« commissum gregem fuerit repertus ignavus; qui vero
« strenuus fuerit, sine periculo transit, et inducitur
« laetus in domum quam conspicis ultra. » Hzc au-
diens a somno excutitur, multo deinceps monachis
severior apparens.
XXXIV. Quid etiam apud quoddam monasterium
eo tempore actum sit, pandam : nómen autem mo-
nachi (5) , quia superest, nominari nolo , ne cum hac
scripta ad eum pervenerint , vanam incurrens gloriam
reviliscat. Quidam juvenis, ad monasterium veniens ,
(1) Bad. in titulo, de Symnulpho abbate. Regm. et Bec., de Som-
niulfo abbate.
(2) * Ruin., fons, manifesto, seu ipsiüs, seu mss. Casinensis errore.
(3) In capitulorum indice, in mss. et in Bad. legitur, de Bürdega-
lensi monacho.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. AV. 95
accourant de l'une des rives, comme des abeilles vers
leur ruche ; les uns étaient enfoncés jusqu'à la ceinture,
d'autres jusqu'aux aisselles, quelques uns jusqu'au men-
ton, tous criant avec douleur qu'ils étaient cruellement
brülés. Or il y avait sur le fleuve un pont si étroit qu'un
pied pouvait à peine y tenir dans sa largeur. Sur l'autre
rive se montrait une grande maison blanchie par dehors.
Suuniulfe demande à ceux qui l'accompagnaient ce que
tout cela signifiait ; ils lui répondirent : « Il sera précipité
« de ce pont, quiconque aura été trouvé faible dans la
« conduite de son troupeau; mais l'homme ferme passe
« sans danger, et est introduit joyeux dans la maison que
«tu vois à l'autre bord.» En entendant ces mots il se
réveilla, et dans la suite il se montra beaucoup plus
sévére à l'égard de ses moines.
XXXIV. Je dirai aussi ce qui arriva dans un monastére
vers la méme époque. Quant au nom du moine, comme il
vit encore, je le tairai de peur qu'en lisant cet écrit il
ne concoive un sentiment de vanité qui diminuerait son
niérite. Un jeune homme vint au monastére, et se recom-
manda à l'abbé pour vivre dans le service de Dieu. L'abbé
lui fit plusieurs objections : que la discipline de l'endroit
était sévère, et qu'il ne pourrait remplir ses devoirs dans
toute leur étendue. Le jeune homme promit, au nom du
Seigneur, de les remplir tous; ainsi il fut reçu par l'abbé. |
96 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
abbati se commendavit, ut in Dei servitio degeret;
Cni ille cum multa objiceret, dicens durum esse sert
vitium illius loci, nec omnino tanta possit implere
quanta ei injungebantur; se omnia impleturum in
nomine Domini pollicetur. Sicque .collectus est ab
abbate. Factum est autem post paucos dies, dum in
humilitate atque sanctitate se in omnibus exhiberet ,
ut expellentes monachi de horrea annonas, quasi coros
tres , ad solem siccare ponerent, quas huic custodire
præcipiunt. Cum autem reficientibus aliis ; hic ad cus-
todiam resideret annone , subito nubilatum est coe-
lum, et ecce imber validus cum rumore venti festinus
ad annone congeriem appropinquabat. Quod cernens
monachus quid agere (1), quid facere nesciebat, Trac-
tans autem , quod si ceteros vocaret , præ multitudine
hoc recondere (2) in horrea non valerent, cuncta
postposita , ad orationem convertitur, Dominum de-
precans, ne super triticum illud imbris illius gutta -
descenderet. Quod cum se terre dejiciens exoraret ,
divisa est, nubes, et circa annonam pluvia valde dif-
fusa est, nullum granum. tritici (5), si dici fas est,
humectans. Cumque reliqui monachi cum abbate heec
consentientes (4), velociter ut annonam colligerent
advenissent, cernunt hoc miraculum , requirentesque
custodem , inveniuntque haud procul arenæ dejectum
orántem. Quod videns abbas , se post eum posternit ,
et pertranseunte pluvia , consummata oratione vocat
(1) [Clun., quid ageret, quid faceret.]
(2) [Idem , recondere ante pluviam in |
(3) [In cod. Clun. desunt, nullum granum tritici, si dici fas est,
humectans.] ;
(4) [Clun., Acc sentientes:]
jS SMS, LIV. IV. 97 .
modèle d'humilité et de sainteté , il tre ee moin
irant lés du grenier, en mirent environ
*, le ciel tout à coup se couvrit de nuages; à)
> pluie, accompagnée d'un vent bruyant, s'ap-
10 cette vue le moine ne savait plus
: mais réfléchissant que s'il
e il re et supplie Dieu de ne faire
tomber sur le blé aucune goütte de cette pluie. Tandis
qu'il priait ainsi, prosterné à terre, la nuée se divisa, et
une pluie abondante tomba tout autour du monceau sans
qu'aucun grain, pour ainsi dire, füt seulement mouillé.
Cependant les autres moines , avec l'abbé , comprenant le
péril, accouraient en grande háte pour mettre le blé à
l'abri : ils sont témoins du miracle, et s'étant mis à la
recherche du gardien, ils le trouvent prés de là, prosterné
dans le sable et en priére. A eette vue l'abbé s'incline
derrière lui; et quand la pluie fut passée ; sa prière finie,
il lui ordonne de se relever, puis le fait saisir et frapper
de verges, en disant : « Il faut, mon fils, t'élever humble-
« ment. dans la crainte et le service du Seigneur, et ne
« pas te glorifier par des miracles et des vertus (2); » et
(1) Le corus contenait trente modius, et le modius de froment pou-
vait valoir, du temps de Charlemagne, environ cinquante-six litres.
(B. G.)
(2) Il faut entendre ici par vertus, une espèce de puissance surna-
turelle; comme il a dit plusieurs fois, la vertu de saint Martin.
IL, 7
98 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
ut surgeret : quem adprehensum verberibus agi prze-
cepit, dicens : « Oportet enim te, fili, in timore et
« servitio Dei humiliter crescere; non prodigiis atque
« virtutibus gloriari : » reclusumque in cellulam sep-
tem dies, eum sicut culpabilem jejunare præcepit,
quo ab eo vanam gloriam, ne ei aliquod impedimen-
lum generaret, averteret, Nunc autem idem mona-
chus, ut a fidelibus viris cognovimus, in tanta absti-
nentia est devotus, ut diebus quadragesimae nullum
alimentum panis accipiat, nisi tantum die tertia ple-
num calice (1) thisinæ hauriat. Quem Dominus oran-
tibus, usque vitae consummationem , ut sibi placeat,
custodire dignetur.
XXXV. Defuncto igitur, ut diximus, apud Arver-
num Cautino episcopo , plerique intendebant propter
episcopatum, offerentes multa , plurima promittentes.
Nam Eufrasius presbyter, filius quondam senatoris
Ennodi (2), susceptas à Judæis species magnas, regi
per cognatum suum Beregesilum misit, ut scilicet
quod meritis obtinere non poterat, præmiis obtine-
ret. Erat quidem elegans in conversatione , sed non
erat castus in opere; et plerumque inebriabat bar-
baros, sed raro reficiebat egenos. Et credo haec causa
obstitit, ut non obtirieret, quia non per Deum, sed
per homines adipisci voluit hos honores. Sed nec illud
potuit immutari, quod Dominus per os sancti Quin-
tiani locutus est : « Quia non surgit (5) de stirpe Hor-
(1) [Clun., calicem thissinc... orantibus vobis.]
(2) Savaro legit, Euvodi. Sic pro Ævodi scriptam hoc nomen
passim in veteribus codd. occurrit. [Clun., Fovodi... Beregiselum.]
(5) [In. cod. Clun., non surget... Hortensii.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 99
il. le. tint enfermé dans sa cellule pendant sept jours, le
condamnant à jeüner comme un coupable, pour éloigner
de lui tout sentiment de vaine gloire capable de mettre
obstacle à sa perfection. Aujourd'hui ce méme moine,
comme nous l'ont appris quelques fidèles, a poussé l'absti-
nence à un tel point, que dans le caréme il ne mange
pas méme de pain, et boit seulement tous les trois jours
une coupe pleine de tisane. Daigne le Seigneur, nous l'en
prions, le conserver dans cet état de sainteté jusqu'à la
fin de sa vie!
XXXV. L'évéque Cautin étant donc mort à Clermont,
comme nous l'avons dit, il se présenta un grand nombre
de prétendans à l'épiscopat ; offrant beaucoup, promettant
plus encore. Le prêtre Eufrasius, fils du feu sénateur
Ennodius, se procura chez des Juifs beaucoup d'objets
précieux, et les envoya au roi par son parent Bérégésile ,
espérant obtenir par des présens ce qu'il ne pouvait at-
‘tendre de son mérite. Il était aimable dans ses manières,
mais peu réservé dans ses actions; souvent il enivrait
des Barbares , mais rarement secourait les indigens; et ce
qui l'empécha, je crois , de réussir, c'est qu'il voulut étre
redevable de cet honneur aux hommes plutót qu'à Dieu.
D'ailleurs, elle ne pouvait étre changée, cette parole
que Dieu prononça par la bouche de saint Quintien : « De
« la race d'Hortensius (1) il.ne sort personne pour régir
« l’église de Dieu.» Les clercs s'étant donc réunis dans
l'église de Clermont, Avitus, archidiacre, après avoir
(1) Malédiction prononcée par saint Quintien contre Hortensius et
sa maison , parce qu'il n'avait pas voulu lui accorder la grâce d'un de
ses parens. ( Vit. Patrum, cap. 4.)
100 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
« tinzi, qui regat ecclesiam Dei. » Congregatis igitur
Avitus archidiaconus clericis in ecclesia Arverna
multa (1) quidem promisit, sed tamen, accepto con-
sensu, ad regem petiit; voluitque ei tunc Firminus(2),
qui in hac civitate comes positus fuerat, impedire :
sed ipse non abiit. Amici autem ejus, qui in hac causa
directi fuerant, rogabant regem, ut saltem una Domi-
nica præteriret, ut hic non benediceretur ; quod si
propalaretur, mille. aureos regi darent : sed rex his
non annuit. Factum est ergo ut congregatis in unum
civibus Arvernis, beatus Avitus, qui tunc temporis,
ut diximus, erat archidiaconus, a clero et populo
electus cathedram pontificatus acciperet : quem rex in
tanto honore (5) dilexit, ut parumper rigorem cano-
nicum præteriens, in sua eum præsentia benedici
juberet, dicens : « Merear de manu ejus eulogia (4)
« accipere. » Hæc enim in gratia fecit, ut apud Metten-
sem urbem benediceretur. Idem, accepto episcopatu,
magnum se hominibus praebuit, justitiam populis tri-
buens, pauperibus opem , viduis solatium, pupillisque
maximum adjumentum. Jam si peregrinus ad eum
advenerit, ita diligitur, ut in eodem se habere et
patrem recognoscat et patriam : qui cum magnis vir-
tutibus floreat, ét omnia qua Deo sunt placita ex
toto corde custodiat, iniquam in omnibus exstirpans
. luxuriam, justam Dei (5) inserit castitatem.
(1) Legendum putat Ruin., nulla.
(2) [Clun., voluitque tunc Firminus, qui... comitatum potitus fuerat.
Deest, ei.]
(5) [Clun., amore dilexit.]
(4) [Clun., eulogias.]
(5) [In cod. Clun. deest, Dei.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 101
fait, à la vérité, beaucoup. de promesses, fut élu, et
muüni de leur accord se rendit auprès du roi. Firmin, qui
était alors comte de cette cité, voulut y mettre obstacle,
mais il ne partit pas lui-méme : des amis, qu'il avait en-
voyés dans cette intention , suppliaient le roi de laisser
passer au moins un dimanche avant le sacre d'Avitus; s'ils
obtenaient ce délai, ils promettaient au roi mille sous
d'or (1) , mais le roi ne voulut rien accorder. Ainsi, dans
une réunion des citoyens de l'Auvergne, le bienheureux
Avitus , alors archidiacre, comme je l'ai dit, fut élu par
le clergé et le peuple à la chaire de pontife; et le roi eut
pour lui tant d'estime et d'affection que, s'écartant un peu
de la rigueur canonique, il voulut qu'il füt sacré en sa
présence, en disant : « Je veux mériter de recevoir de sa
« main le pain de bénédiction (2); » et il lui accorda la
faveur d’être sacré à Metz. Ce méme Avitus , aprés avoir
recu l'épiscopat , se montra.toujours grand aux yeux des
hommes, juste envers les peuples; il fut le bienfaiteur des
pauvres , le consolatéur des veuves , le plus ferme appui
des orphelins. S'il recoit un étranger, il lui témoigne tant
d'affection qu'il lui fait retrouver en lui-méme un pére
et une patrie. Ainsi distingué. par de grandes vertus,
il observe de tout son cœur les commandemens de Dieu ;
et combattant dans tous les hommes le goût des plaisirs
criminels, y substitue la chasteté que Dieu nous enseigne.
(x) Remarquez que l'on essaie de corrompre le roi par l'appát de
l'or comme un simple particulier. Cela avait donc lieu souvent, c'était
le vice général.
(2) Eulogiés peut signifier : 1*. le sacrement de l'Eucharistie; 2°. les
pains dont on prenait une portion pour la consécration ; 5*. des pains
bénits, que les évéques et les prétres se donnaient réciproquement ,
et par suite, lés pains benits distribués au peuple, etc. Voyez le Glos-
saire de Ducange.
102 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
XXXVI. Decedente vero apud Parisius, post syno-
dum illam qua Saffaracum expulit, Sacerdote Lug-
dunensi episcopo, sanctus Nicetius ab ipso, sicut in
libro vitae ejus scripsimus, electus suscepit episcopa-
tum, vir totius sanctitatis egregius, castæ conversa-
tionis. Caritatem vero, quam apostolus cum omnibus,
si possibile esset, observare (1) precepit, hic possi-
biliter ita in cunctis exercuit, ut in ejus pectore ipse
Dominus, qui est vera caritas, cerneretur. Nam etsi
commotus contra aliquem pro negligentia fuit, ita
protinus emendatum recepit, tanquam si non fuisset
offensus. Erat enim castigator delinquentium, poeni-
tentiumque remissor, eleemosynarius atque strenuus
in labore : ecclesias erigere, domos componere , serere
agros, vineas pastinare diligentissime studebat. Sed
non eum he res ab oratione turbabant. Hic, viginti
duobus annis sacerdotio ministrato, migravit ad Do-
minum : qui nunc magna miracula ad suum tumulum
exgrantibus prestat. Nam de oleo cicindeli (2), qui
ad ipsum. sepulcrum quotidie accenditur, cæcorum
oculis lumen reddidit, demones de obsessis corpori-
bus fugat, contractis membris restituit sanitatem , et
omnibus infirmis: magnum in hoc tempore habetur
presidium. Igitur Priscus episcopus, qui ei successe-
rat, cum conjuge sua Susanna coepit persequi ac in-
terficere multos dé his, quos vir Dei familiares habue-
rat, non culpa aliqua victos, non in crimine com-
probatos, non furto deprehensos, tantum inflammante
malitia invidus, cur ei fideles fuissent. Declamabat
(1) [Clun., observari.]
(2) [Clun., cicindelis.... lumen reddit.]
|
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 103
.XXXVL Sacerdos, évêque de Lyon, étant mort à
is aprés le synode oü fut dégradé Saffaracus (1), saint
et, choisi par lui, comme nous l'avons écrit dans le
de sa vie (2), fut élevé à l'épisco omme re-
-commandable par la sainteté et la chasteté de ses mœurs.
Quant à la charité que l'Apótre ordonne d'observer en-
vers tous , s'il est possible, il l'exerca selon son pouvoir à
l'égard de tous, si ardemment, que l'on voyait dans son
cœur le Seigneur lui-même, qui est la vraie charité. S'il
était ému contre quelqu'un pour sa négligence, il le
recevait en grâce aussitôt après la faute réparée, comme
Sil n'y avait pas eu d'offense; car sil punissait les
fautes, il pardonnait au repentir. Large en aumónes ,
actif au travail, il s'occupait avec ardeur à ériger des
* églises, à construire des maisons, à ensemencer des
champs , à planter des vignes; mais tous ces soins ne le
détournaient pas de la prière: Aprés vingt-deux ans
passés dans l'exercice du sacerdoce, il retourna dans le
sein du Seigneur : et maintenant il opére de grands mi-
racles en faveur de ceux qui prient sur son tombeau ;
car l'huile de la lampe qui brûle chaque jour auprès
de son sépulcre rend la lumière aux aveugles, chasse les
démons du corps des possédés, guérit les membres des
paralytiques, en un mot est encore à présent un grand
secours pour tous les malades. Or l'évéque Priscus, qui
lui avait succédé, d'accord avec Susanne son épouse (3),
( 1) Concile i1 de Paris, en 555, selon Sirmond; Concil. Gall.; eu 55r,
selon Lecointe. ( Ruin. )
(2) De Vitis Patrum, cap. 8. ,
(3) Certains évéques, comme on le voit ici, gardaient leurs fetumes :
les plus pieux s'en séparaient. ( Voyez chap. 12, note 3.)
104 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
multa blasphemia ipse cum conjuge de sancto Dei :
cum diu multoque tempore observatum fui
me — crm ut mulier domum not
grederet esie (1), hec cum puellis etiam
cellula,'in qua viri beati (2) quieverant, introi
Sed pro his commota tandem divina majestas ulta est^
in familia Prisci episcopi. Nam conjux ejus daemone
arrepta, dimissis crinibus per totam urbem insana
vexabatur, et sanctum Dei, quem sana negaverat, ami-
cum Christi confessa , ut sibi parceret declamabat.
Episcopus ille a typo quartanæ (5) correptus tremo-
rem incurrit. Nam cum typus ille recessisset, hie
semper tremens habebatur ac stupidus. Filius quoque, .
omnisque familia decolor esse videbatur ac stupida :
ut nulli sit dubium, eos a sancti viri virtute percussos. t
Semper enim Priscus episcopus ejusque familia con-
tra (4) sanctum Dei nefariis vocibus oblatrabant, ip-
sumque sibi amicum esse dicentes, quicumque de eo
improperia evomuisset. Jusserat enim in. primordio
episcopatus sui ædificium domus ecclesiastice exaltari ;
et diaconus quem sæpe propter facinus adulterii sanc-
tus Dei, dum esset in corpore, non solum a commu-
nione removerat, sed etiam sepius cædi præceperat,
et numquam ei (5) ad emendationem ducere potuit,
hic ascendens super tectum domus illius, cum dete>
gere coepisset, ait : « Gratias tibi ago, Jesu-Christe
* quod post mortem iniquissimi Nicetii super hunc
TR ———
+ (1) [1n Clun. deest. ecclesie. ]
(2) [Clun., vir beatus quieverat.]
(5) [Idem, {po quartano.
(4) [In Clun. deest contra. |
(5) [Clun., eum ad emend. reducere. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. I 10
se mit à persécuter et à faire périr plusieurs ux K
avaient été dans la familiarité du saint hom i
les punir de quelque faute, d'un crime; d' l, aprés
les avoir convaincus ou pris sur le fait, quement
par malice et par jalousie de ce qu'ils lui avaient été atta-
chés. Lui et sa femme se répandaient en blasphémes
contre le saint de Dieu; et malgré la coutume observée
depuis long-temps sous les précédens évéques, de ne
permettre l'entrée de la maison épiscopale à aucune femme,
celle-ci, avec de jeunes filles, entrait méme dans la cel-
lule où reposaient les bienheureux. Mais enfin la majesté
divine outragée se vengea sur la famille de l'évéque Pris-
cus; car son épouse, possédée du démon, courait comme
une furieuse par toute la ville, les cheveux épars; et, con-
fessant que le saint qu'elle avait outragé dans son bon
sens était l'ami du Christ, elle le priait à grands.cris de
lui pardonner. Quant à l’évêque, frappé d'une fièvre
quarte, il fut saisi d’un tremblement continuel ; car, l'ac-
cès passé, il restait toujours tremblant et comme stupide.
Son fils également, et toute sa famille, avait l'air hagard :
et le e décolóré : c'était, il n’en faut pas douter, la
vertu du saint homme qui les avait frappés. En effet,
Priscus et sa famille ne. cessaient de vomir des impréca-
tions contre le saint de Dieu, et déclaraient leur ami qui-
conque se répandait en invectives sur son compte. Priscus
avait ordonné, au commencement de son épiscopat , que
l'on exhaussát les bátimens de la maison épiscopale; et
un diacre que souvent, pour crime d'adultére, le saint
homme, de son vivant, avait excommunié et méme fait
frapper de verges, mais qui n'avait jamais vonlu s'amen-
der, monta sur le toit de cette maison; et quand il eut
commencé à le découvrir : «Je te rends grâce, Jésus-
ISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.
promerui. » Adhuc verba in ore pen-
im subductus a pedibus ejus robur (1)
t, cecidit ad terram, crepuitque et mor-
tuus est. &utem episcopus vel conjux ejus multa
contra rationem agerent, apparuit cuidam sanctus per
somnium, dicens : « Vade, et dic Prisco ut emendetur
« ab operibus malis, et fiant opera ejus bona. Mar-
« tino (2) quoque presbytero dices : Quia consentis his
« operibus , castigaridus eris : et si emendare perver-
« sitatem tuam nolueris , morieris. » At ille evigilans,
locutus est diacono cuidam, dicens : « Vade, quaeso ,
« eó quod sis amicus in domo episcopi, et heec loquere
« sive episcopo, sive Martino presbytero. » Promisit
se diaconus elocuturum, sed retractatus (5) noluit ea
fari. Nocte autem cum se sopori. dedisset, apparuit ei
sanctus, dicens : « Cur non dixisti qua tibi abbas
« locutus est? » et clausis pugnis coepit guttur ejus
cedere. Mane autem facto, inflatis faucibus cum
" magno dolore, accessit ad viros, et omnia quee au-
. ierat intimavit. At illi parvipendentes ea ie-
rant, phantasiam somniorum esse dixerunt. inus
vero presbyter (4) statim in febre et ægrotans coniva-
luit; sed cum semper (5) adulatorie episcopo loque-
retur, et consentirét in malis actibus ac blasphemiis
(1) [Clun., rubor. Paulo post deest crepuitque. ]
(2) [Idem, Martiano, sic infra.] .
(3) [Idem, retractans.]
(4) [Idem, statim inruit a febre.] ‘
(5) Hæc in cod. Clun., ita se habere monuerat Ruin. ; que autem
ipsius textus habebat, utpote nullo sensu, ablegavimus : secum semper
adoratorio épiscopo loqueretur, et consenliret et in malis.
HISTOIRE DÉS FRANCS, LIV. IV. 107
« Christ, s'écria-til, de ce qu'après la mort descet injuste
« Nicet j'ai obtenu de pouvoir fouler aux vé toit
«qui le couvre.» A peine ces paroles dE
bouche, que la poutre sur laquelle il se t - 3
soüs ses pieds; et; tombant à terre, il s'y DRE mourut.
Au milieu de toutes ces folies de l'évéque et de sa femme,
le saint apparut en songe à quelqu'un, et lui dit : « Va
« dire à Priscus qu'il s'amende pour tout le mal qu'il a
« fait, et qu'il accomplisse enfin de bonnes œuvres. Tu
« diras aussi au prêtre Martin : Comme tu approuves de
« telles actions, tu encourras un châtiment ; et si tu ne
« veux te corriger de ta perversité, tu mourras.» Cet
homme, en s'éveillant, s'adressa en ces termes à un cer-
tain diacre : « Va, je t'en prie, puisque tu es un ami (1) dans
« la maison de l’évêque, et répète ces paroles soit à l'évé-
« que, soit au prétre Martin.» Le diacre promit de parler,
mais il changea d'avis, et n'en voulut rien faire. La nuit,
aprés qu'il se fut livré au sommeil, le saint lui apparut
en lui disant‘: « Pourquoi n'as-tu pas répété ce que t'avait
« dit l'abbé? et il'se mit à lui frapper la gorge à coups de
poing. Le lendemain le diacre, la gorge douloureusement
enflée, alla trouver ces deux hommes, et leur confia tout
ce qu'il avait entendu. Mais ceux-ci n'en tinrent compte,
et lui dirent que ce n'était qu'une illusion et un rêve; Le
prêtre Martin , alors attaqué par la fièvre, et malade,
recouvra d'abord la santé : mais comme il parlait toujours
en flatteur à l'évéque, et applaudissait à ses mauvaises
actions et à ses blasphèmes contre le saint, il retomba
dans ses accès de fièvre, et rendit Fesprit*
(Q) nissan cuite nt: un hôte, où un
domestique; un homme de la maison. ( B. G.)
108 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
quæ in sanctum evomebant, iterum in febre redactus
spiritum exhalavit.
XXXVII. Sanctus vero Friardus hoc nihilominus
tempore, quo sanctus Nicetius, obiit plenus dierum,
sanctitate egregius, actione sublimis, vita nobilis; de
cujus miraculis quaedam in libro, quem de vita ejus
scripsimus, memoravimus. In cujus transitu adveniente
Felice episcopo, cellula tota contremuit ; unde non
ambigo aliquid ibidem fuisse angelicum, quod sic locus
ille ipso transeunte tremuerit. Quem episcopus ab-
luens, atque dignis vestimentis involvens, sepulturae
mandavit.
XXXVIII. Ergo, ut ad historiam recurramus (1),
mortuo apud Hispaniam Athanagildo rege, Leuva cum
Leuvieldo (2) fratre regnum accepit. Defuncto igitur
Leuvane, Leuvieldus frater ejus totum regnum occu-
pavit. Qui, uxore mortua, Gunthsuentham (5) regine
Brunichildis matrem accepit, duos filios de prima
uxore habens, quorum unus Sigiberti, alius Chilperici
filiam desponsavit. Ille quoque inter eos regnum æqua-
liter divisit, interficiens omnes illos qui reges interi-
mere consueverant, non relinquens ex eis mingentem
ad parietem.
(1) Omnes mss. preter Bec. habent : Ergo ut ad historiam re-
curramus, aut, redeamus. Editi vero ut plurimum : Eo autem tempore
mortuo. — Infra Corb., Athanieldo. Editi aliquot, 4thanoldo. [Clun.,
Atthanaheldo.] * Athaeldo, Reg. B et Cam.
(2) * Leuvigildus, appellatur Leovildus, in inscriptione antiqua
quam exhibere supersedimus. — Corb., sic habet, Athanieldo, Leu-
veldo frater regnum, etc.
(3) Editi cum Bec., Gunsventham, al. Grandiswintham. [Dub.,
Guthsuendam.] * Reg. J, Gradiswintam ; — Corb., Brunechildis.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 109
XXXVII. Dans le méme temps que saint Nicet, mou-
rut saint Friard, vieillard d'une sainteté éminente, tou-
jours grand dans ses actions, noble par toute sa conduite,
et dont nous avons rappelé quelques miracles dans notre
livre sur sa vie (1). Au moment de sa mort, comme
l'évéque Félix arrivait, toute sa cellule trembla : et je ne
doute pas qu'il n'y eüt quelque chose d'angélique dans.ce
tremblement, occasionné par sa mort. L'évéque lava son
corps, l'enveloppa de vétemens convenables, et lui ren-
dit les honneurs de la sépulture.
XXX VIII..Pour en revenir au cours de notre histoire,
le roi Athanagilde étant mort en Espagne (2), Liuva,
avec son frére Leuvigilde, lui succéda au tróne : et aprés
la mort de Liuva, Leuvigilde fut seul possesseur de tout
le royaume. Ayant perdu sa femme, il épousa Gonthsuinde,
mèrè de la reine Brunehaut. Il avait alors , de sa première
épouse, deux fils, dont l’un fut fiancé avec la fille de
Sigebert, l’autre avec celle de Chilpéric (3). Puis il par-
tagea également son royaume entre eux, et fit périr tous
ceux qui avaient pris la coutume de tuer les rois, sans
laisser de cette race (4) rien qui fût en vie.
(1) Wie des Pères, chap. 10.
(2) En 567. Leuvigilde fut associé au trône, en 568 ou 69, par Liuva,
qui lui céda alors l'Espagne, et ne se réserva que la Septimanie. Liuva
mourut en 572. (Isidor. Hispal., Art de verifier les Dates.)
(5) L'un, Herménégilde, épousa Ingonde; l'autre, Recared, ne
fut que fiancé avec Rigonthe, fille de Chilpéric. ( Voyez liv. vi,
chap. 18, 54, 45.)
(4) Mingentem ad parietem. Expression souvent employée dans
110 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
XXXIX. Defuncto (1) igitur apud urbem Constan-
tinopolitanam Justiniano imperatore , Justinus ambi-
vit (2) imperium, vir nimiæ avaritize. deditus , con-
temtor pauperum, senatorum exspoliator : cui tanta
fuit cupiditas, ut arcas juberet fieri ferreas, in quas
numismatis aurei talenta (3) congereret : quem etiam
ferunt in hæresim Pelagianam dilapsum. Nam non
post multum tempus exsensus (4) effectus , Tiberium
Caesarem. sibi adscivit ad defensandas provincias suas,
hominem justum, eleemosynarium , æquum (5) dis-
cernentem , obtinentemque (6) victorias; et, quod
omnibus supereminet bonis, etiam (7) verissimum
christianum. Denique Sigibertus rex legatos ad Justi-
num (8) imperatorem misit, pacem petens, id est
Warinarium (9) Francum, et Firminum (10) Arver-
(1) Hoc caput in Corb., Bellov. et Colb., habetur post caput se-
quens. [Ita in Dub. et Clun.] * Et in cod. Reg. B et Cam.
(2) Habuit, Reg. B, et mox : in omni avaritia, Reg. B et Cam.
(5) Sic editi. Corb. et Colb., in quibus numismata auri. [Clun., in
quibus nomismata auri.] * Reg. B, in quibus nummismata auri ta-
lenta.
(4) Sic Corb., Bec. et Bell.; que vox familiaris est Gregorio. Ed.
et Paul. Diac, lib. m, cap. 11, habent amens. [Clun., exsensus
effectus, Tiburtium... ad defendendas.... equalem discernentemque
victorias.] * Ex sensu, Reg. B.
(5) * Æquitatem, Corb ; æquiter, Reg. B et Cam. — discernen-
temque, Reg. B.
(6) [Cod. Dub., obtinentemque verissimum Christianismum.] * Obti-
nentemque deest, Reg. B.
(7) * Esse ver., Corb., Reg. B; ecce, Cam.
(8) Sic Corb. et Bell. Editi vero cum Colb, et Bec., ad Justinianum.
* Sic et Reg. Z.
(9) [Clun., Warnarum.] * Warmarium, Cam.
(10) " Firmum, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 111
XXXIX. L'empereur Justinien étant mort (1) dans la
ville de Constantinople, Justin obtint l'empire par brigue.
C'était un homme d'une avarice outrée , méprisant les
pauvres, s'enrichissant des dépouilles des sénateurs. Telle
était sa cupidité, qu'il fit construire des coffres en fer
pour y entasser des milliers de pièces d'or (2). On dit
aussi qu'il tomba dans l'hérésie de Pélage. Peu de temps
après, ayant perdu le sens, il s'associa à l'empire, pour
défendre ses provinces, Tibére , homme juste, charitable,
sage, discret ; habile à remporter des victoires, et, ce qui
est au-dessus de tons réti sie trés. orthodoxe.
Sigebert envoya à ren EA es ambassadeurs
pour demander la paix: c'était Warinaire, Franc de nation,
et Firmin d'Auvergne. Prenant leur chemin par mer, ils
se rendirent à Constantinople, parlèrent à l'empereur, et
obtinrent de lui ce qu'ils demandaient. Cependant ils.ne
rentrérent en Gaule que l'année suivante. Ensuite Antio-
che. et Apamée, deux trés grandes villes d'Égypte et de
Syrie (3), furent prises par les Perses, et leurs habitans
emmenés captifs. Alors la basilique de saint Julien d'An-
tioche, martyr, fut consumée par un violent incendie. Ce-
pendant des Persarméniens (4) vinrent trouver l'empereur
l'Ecriture , poor dire qu'on ne laisse ni hommes, ni chiens, ( Aois,
liv. #°, chap. 25, vers. 22; iv. 9. 8, etc.)
(1) En 565.
(2) En latin, des talens, mesure de poids, valant plus à 5o livres.
(3) On sait que ces villes sont toutes deux en Syrie.
(4) Les Persarméniens sont mentionnés dans Procope ( Guerre des
Goths, liv. iv, chap. 2). D’après la description qu'il fait des peuples
de cette contrée, on voit qu'ils doivent être placés au nord-est de
l'Arménie, resserrés au nord par l'Ibérie, au sud par la Perse, à la-
quelle, par suite de leur position, ils devaient étre souvent assujettis ;
ce qui leur a donné leur nom. Valois croit que ce nom était commun
119 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
num. Qui euntes evectu (1) navali, Constantinopoli-
tanam sunt urbem ingressi, locutique cum imperatore,
quie petierunt obtinuerunt. Ad sequentem tamen an-
num (2) in Galliam sunt regressi. Post heec autem
Antiochia Egypti, et Appamia Syrie , maximæ civi-
tates , a Persis captæ sunt, et populus captivus abduc-
tus. Basilica tunc sancti Juliani Antiochensis martyris
gravi incendio concremata est. Ad Justinum autem (5)
imperatorem Persæ-Armeni cum magno serici in-
texti pondere venerunt , petentes amicitias ejus, atque
narrantes se im i Persarum esse'infensos. Vene-
rant enim. ad AUN ejus, dicentes : « Sollicitudo
« imperialis sciscitatur, si foedus initum cum eo custo-
« diatis intactum. » Respondentibus illis, omnia ab
his pollicita inlibata servari; dixerunt legati : « In hoc
« apparebit vos ejus amicitias custodire, si ignem, ut
« ille veneratur (4), et vos veneremini. » Respondente
populo nequaquam se hec facturum, ait episcopus
qui coram erat: « Quee est-in igne deitas (5), ut vene-
« rari queat? quem Deus ad usus hominum procreavit,
« qui fomentis accenditur, aqua restinguitur, adhi-
« bitus urit, neglectus (6) cout » Hec et his si-
(1) * Ejecto, Reg. B.
(2) Corb. et Bell., in alium annum in Gallis: [Dub. et Clun., in
alium lamen anis in Qul A ^ In alio tamen anno , Reg. Bi
alium annum, Cam.
(3) Sic Colb. at Corb., Persiani. Bec., ad Justinianum... Persesiri
Armeni. Ceteri edit., ad Justinianum autem imp... cum magno auri
pondere, [Clun., Persi Armeni... Syrici intexto.] * Persi, Reg. B;
Persarum iniquum, Cam. (Ibi in margine , legati, recens additum est.)
(4) [Clun., veneratur, adoraveritis.] * Sic Corb., Reg. Bet Cam.
' (5) * In igne , deest apud Corb.
(6) Alii , at ubi erit neglectus. — * Supra : quo f. acceditur... uri,
Reg. 2.
HISTOIRE DES. FRANCS, LIV: IV. 113
Justin , apportant une grande quantité de tissus de soie,
et lui demandérent son amitié, en lui racontant leurs
sujets de haine contre l’empereur des Perses. En effet il
leur avait envoyé.des ambassadeurs chargés de leur dire :
« L'empereur inquiet vous demande si vous conserverez
« fidèlement l'alliance contractée avec lui. » Ils répondirent
qu'ilsexécuteraient ponctuellement tout cequ'ilslui avaient
promis. « Eh bien, reprirent les députés; vous lui donnerez
« une preuve évidente de votre attachementet de votre fidé-
« lité, si vous adorez le feu, comme il l'adore lui-même. »
Le peuple répondit qu'il ne le ferait jamais, et l’évêque,
qui était présent , ajouta : « Quelle puissance divine réside
« dans le feu, pour qu'il mérite d'étre adoré? Dieu l'a
« créé pour les besoins de l’homme ; il se soutient par les
« alimens qu'on lui donne, s'éteint par l'eau, brüle les
« objets dont on l'approche, et s'amortit faute d'entre-
« tien.» Tandis que l'évéque exposait ces raisons et d'an-
tres semblables , les députés furieux l'accablent d'injures
et le frappent à coups de báton. Le peuple, à la vue de
son évéque couvert de sang, se jette sur les députés, les
saisit, les tue; et, comme nous l'avons dit, alla solliciter
l'amitié de l'empereur Justin.
à tous les peuples de la grande Arménie, parce qu'elle était soumise
aux Perses. Mais Procope ne dit pas que cette dénomination füt corn-
mune à tous les peuples de l'Arménie ; car ailleurs il nomme les Armé-
niens en général. Chez lui les Persarméniens semblent donc une por-
tion d'un grand peuple, qui aurait été soumise aux Perses; et, dans
le méme endroit, il les oppose à une autre portion du méme peuple,
soumise aux Romains. Reste la, plus grande partie de l'Arménie, qui
fut, il est vrai, quelquefois soumise à l'influence soit des Romains,
soit des Perses, mais qui resta toujours à peu prés indépendante, jus-
qu'à la conquéte des Turcs au xiv* siècle.
IL. ' 8
114 HISTORIA FRANCORUM ,. LIB. IV.
milia episcopo prosequente, legati furore succensi,
actum conviciis fustibus cedunt. Cernens autem po-
pulus sacerdotem suum sanguine cruentatum , super
legatos inruunt, manus injiciunt, interimuntque :
et, sicut diximus , hujus imperatoris amicitias pe-
tierunt (1).
. XL. Palladius autem Brittiani (2) quondam comitis -
ac Cæsariæ filius, comitatum in urbe (5) Gaballitana,
Sigiberto rege impertiente, promeruit, sed orta in-
tentio (4) inter ipsum et Parthenium episcopum ,
valde populum conlidebat. Nam plerumque cónviciis,
ac diversis opprobriis, ac criminibus obruebat episco-
pum, pervadens res ecclesie, spoliansque homines
ejus. Unde factum est, ut hac intentione crescente,
cum ad presentiam jam dicti principis properassent ,
et diversa sibi invicem objectarent, mollem episco-
pum, effeminatum Palladius vocitaret : « Ubi sunt
« mariti tui, cum quibus, stuprose ac turpiter vivis? »
Sed hzc in sacerdotem verba prolata divina conféstim
ultio subsequens abolevit. Nam anno sequenti semo-
tus (5) a comitatu Palladius Arvernum regressus est ;
Romanus vero comitatum ambivit. Factum est autem,
^ (1) Imperü.... perierunt, Reg. B.
(2) Cod. Bellov. et Corb., Britani ; alii, Brittanni. [Clun., Biciani.]
Editi veteres, Brictiani. Porro caput istud deest in Bec. et Bad. licet
ibidem in capitum indiculo memoretur.
(5) Editi plerique mendose, Gallicana. Corb., Cailitana. |Clun.,
Gabalitana.]| — * Gallitana, Reg. 5.
(4) Sic mss. et infra, pro contentione, quod habent editi. [Cod. Dub,,
contentio.|
(5) * Remotus, Corb., Reg. B ; comitatum abivit, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 115
XL. Palladius, fils de Brittianus autrefois comte, et de '
Césarie , obtint du roi Sigebert le titre de comte dans la
ville de Gabale (1); mais il s'éleva. entre lui et l'évêque
Parthénius une dispute qui causa.de grands maux au
peuple. Souvent le comte accablait l'évéque de reproches,
d'injures, d'accusations infamantes; envahissait les biens
de l'Église, et en dépouillait les possesseurs. Cette ini-
mitié croissant de jour en jour, ils allérent trouver le roi ;
et comme en sa présence ils se reprochaient mutuelle-
ment divers crimes, Palladius traita l'évéque d'homme
mou et efféminé : « Oü sont, disait-il, tes maris avec
« qui tu vis dans le désordre et l'infamie? » Mais la ven-
geance divine détruisit bientót ces reproches adressés à
un évêque. Car l'année suivante, Palladius, dépouillé de
son comté, retourna en Auvergne : et Romain brigua son
titre. Un jour s'étant rencontrés tous deux dans Clermont,
comme ils se disputaient au sujet de leurs prétentions à
cette place, Palladius entendit quelqu'un dire que le roi
Sigebert avait dessein de le faire tuer : mais on reconnut
que ce bruit était faux, et semé exprés par Romain. Ce-
(1). Nous traduisons ainsi, plutôt que d'employer det "nom moderne
Javols, puisqu'il. n'est pas bien prouvé que ce village représente ,-par-
sa position, l'ancienne ville des Gabales. ( Voferx notre tome 1, p. 69,
not. 1, et p. 562, not. z.)
116 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
ut quadam die in urbe Arverna uterque conjungeretur,
et altercantibus inter se pro hac actione comitatus ,
audivit Palladius se a Sigiberto rege debere interfici :
sed falsa hæc et maxime a Romano emissa deprehensa
sunt. Tunc ille timore perterritus, ita in angustiam
gravem redactus est, ut minaretur se propria dextera
perimere. Cumque a matre vel a cognato suo Firmino
intente adtenderetur, ne perficeret quod mente amara
conceperat, per intervalla horarum elapsus a matris
adspectu, ingressusque cubiculum, accepto spatio
solitudinis, evaginato gladio (1), cornuaque ensis
pedibus calcans, acumen ad pectus erexit, impressus-
que desuper, gladius ab una ingressus mamilla in (2)
spatulam dorsi regressus est : erectusque iterum, simi-
liter altera, mamilla perfossus cecidit, et mortuus est.
Quod non sine diaboli opere perfectum scelus mirati
sumus (5) : nam prima eum plaga interficere potuit ,
si non diabolus sustentaculum præbuisset, quo (4)
hzc nefanda perageret. Currit mater exanimis, et
supra filii corpusculum orbata collabitur, atque omnis
familia voces planctus emittit. Verumtamen ad mo-
nasterium Chrononensem (5) delatus sepulturze man-
datur, sed non juxta christianorum cadavera positus,
(1) * Reg. B hic barbare verba excripsit aut omisit : Accep. spatio
5. evaginat gladius ab una ingressus, etc.
(2) [Cod. Dub., in spadolam dorsi egressus est, et retractus iterum,
similiter in alia mamilla perfossus, cecidit mortuus.] —* Egressus
est, Reg. B. Corb., ingressusque desuper.... egressus est.
(3) * Quod sine diabalus ope, Reg. B.... ; mirati sunt, Cam.
(4) * Quod, Corb., Reg. B. .
(5) Sic appellatur in Bellov. et Corb. In Colb. et apud Chesn.,
Chronensium , plerique alii editi, PE — * Chromensim ,
Reg. 8.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 117
pendant Palladius effrayé tomba dans de telles angoisses,
qu'il menacait de se donner la mort de sa propre main.
Comme sa mère et son beau-frère (1) Firmin le surveil-
laient de près pour qu'il ne püt exécuter le projet formé
dans l'amertume de son cœur, il s'échappa quelques in-
stans hors de la présence de sa mère, eñtra dans sa cham-
bre à coucher, et saisissant le moment oü il était seul , il
tira son épée, appuya les pieds sur les cornes de la
poignée , en dirigea la pointe contre sa poitrine ; et pesa
dessus : le glaive, entré par ‘une mamelle, ressortit: par
l'épaule ; il se .releva cependant, et se perçant de même
l'autre mamelle, il tomba , et mourut. Chose étonnante ,
et qui ne put se faire que par l'œuvre du diable : car le
premier coup devait le tuer, si le diable ne l'eüt soutenu
pour qu'il poussât jusqu'au bout son dessein criminel. Sa
mère accourt à demi morte, et se jette sur le corps. de
ce fils qu'elle a perdu; tandis que toute la maison: fait en-
tendre des cris de douleur. On le porta au monastère de
Cournon (2), où il fut enseveli, mais non pas auprès des
chrétiens , et sans obtenir l'honneur d'une ínesse. Certai-
nement ses malheurs n'eurent point d'autre cause que
l'outrage fait à un éréque:
(1) Césarie était la belle-mère de Firmin, chap. 13.
(2) Cournon, près de Clermont, à l'est. (Puy-de-Dôme, arr. de
Clermont.)
118 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
sed nec missarum solemnia meruit : quod non. ob
aliam causam (1), nisi ob injuriam episcopi, heec ei
evenisse probatur.
XLI. Alboinus (2) vero Langobardorum rex, qui
Chlothosindam (5), regis Chlothacharii filiam, habebat,
relicta regione sua, Italiam cum omni illa Langobar-
dorum (4) gente petiit. Nam commoto exercitu, cum
uxoribus et liberis abiere, illuc commanere delibe-
rantes. Quam regionem ingressi, maxime per septem
annos pervagantes , spoliatis ecclesiis, sacerdotibus
interfectis , in suam redigunt potestatem. Mortua au-
tem Chlothosinda, uxore Alboini, aliam duxit conju-
gem, cujus patrem ante paucum tempus interfecerat.
Qua de causa mulier in odio semper virum habens,
locum operiebatur (5) in quo posset injurias patris
ulcisci : unde factum est, ut unum ex famulis concu-
piscens, virum veneno necaret (6). Quo defuncto,
cum famulo abiit : sed adprehensi, pariter interfecti
sunt. Langobardi deinceps alium super se regem
statuunt.
XLII. Eunius quoque, cognomento Mummolus (7),
.
(1) * Non ab alia nisi ob..., Corb.; non aliam nisi ob injur..., Cam.
(2) * Alboenus, Corb.; Albuinus, Reg. B. ^
(3) * Choldswindam.... Hlodharii, Reg. B ; Chlodosindam.... Chlo-
tari, Corb., Cam. EM
(4) Editi complures, cum quatuor millium Longobardorum.
(5) *Opperiebat, Corb. ; opericbat, Reg. B.
(6) [Clun., veneno malificaret.] — * Fenenum cdificaret, Reg. B;
virum venenum adificaret, Corb. .
(7) * Mummulus, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. — 110
XLI. Alboin, roi des Lombards, qui avait pour femme
Chlotsinde, fille du roi Clotaire, abandonna son pays, et
marcha vers l'Italie avec toute la nation des Lombards (1).
En effet, ils mirent leur armée en mouvement , emme-
nant avec eux leurs femmes. et leurs enfans, dans l'inten-
tion d'y fixer leur séjour. Arrivés dans cette contrée, ils
la parcoururent dans tous les sens pendant sept années,
pillant les églises, tuant les évéques, et la réduisirent
entièrement sous leur domination. À la mort de Chlotsinde,
Alboin épousa une autre femme dont il avait tué le père
peu de temps auparavant. Aussi cette femme le détesta
toujours; et elle n'attendait que l'occasion de venger son
père. Enfin, s'étant éprise d'un de ses serviteurs, elle
empoisonna son mari (2); et après sa mort s'en alla avec
son amant; mais on les saisit, ct on les fit mourir tous
deux. Les Lombards se choisirent ensuite un autre roi.
XLII. Eunius, surnommé Mummol, recut du roi Gon-
tran le patriciat : mais je crois devoir reprendre de plus
(1) Son départ de Panuonie eut lieu le 2 avril 568, selon les Dates.
Marius place son entrée en Italie, en 569; et en effet, Milan ne fut
pris que le 4 septembre de cette année.
(2) 573. Il s'agit ici de Rosamonde , fille de Cunibert roi des Gé-
pides. Après la mort d'Alboin, elle se donna à Helmigise ; que plus
tard elle voulut aussi empoisonner ; mais celui-ci ayant bu à moitié le
poison , la forca de prendre le reste, et ils moururent ensemble. Paul
Diacre, 1. 27. n. 28, 29. Le successeur d'Alboin fat Clepb, mort
cn 575
120 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
a rege Guntchramno patriciatum promeruit : de cujus
militie origine, altius quedam repetenda putavi. Hic
etenim, Peonio (1) patre ortus, Autisiodorensis (2)
urbis incola fuit. Peonius vero hujus municipii comi-
. tatum regebat. Cumque, ad renovandam actionem,
munera regi per filium transmisit (5) , ille, datis rebus
paternis, comitatum patris ambivit (4) , supplantavit-
que genitorem , quem sublevare debuerat. Ex hoc (5)
vero gradatim proficiens, ad majus culmen evectus
est. Igitur prorumpentibus Langobardis in Gallias ,
Amatus patricius (6), qui nuper Celsi successor exsti-
terat, contra eos abiit, commissoque bello terga vertit,
ceciditque ibi. Tantamque tunc stragem Langobardi
feruntur fecisse de Burgundionibus, ut non possit
colligi numerus occisorum ; oneratique præda discesse-
runt iterum in Italiam. Quibus discedentibus, Eu-
nius, qui et Mummolus, arcessitus a rege, patriciatus
culmen meruit. Inruentibus iterum. Langobardis in
Gallias, et usque Mustias Calmes (7) accedentibus ,
(1) Editi aliquot, Pœænio. Colb., Pionio, * Cam., Pænio. Corb., a
Peonio.
(2) * Muthisiod..., Corb. ; Ausisiodorensis, Reg. Z.
(3) * Transmisisset , Reg. B, Cam.
(4) “ Abivit, Reg. B.
(5) [Cod. Clun. Ex hac vero pass hic polus ]— * Infra, ef- .
Jectus, Reg. B.
(6) Editi plerique, Armatus Pericius, qui nuper Celsi successor.
Concurruntque ibi. Sed apud Paulum Diaconum , lib. m, cap. 5, di-
citur quoque, Amatus patricius. — * Infra, processer, Beg. B; sed
linea deest a prorumpentibus ad Celsi.
(7) Sic Bellov. At Corb. [et Clun.] Musticas-calmes. Bec., Mutias-
calmes. Editi nonnulli, Musciascalmes.. [Dub., Musciascalmes...
Ebreionense.] * Muscias.... Ebredonensus, Beg. B; Büredsnen--
sem, Corb. Vide Paul. Diac., lib. rit, cap. 4.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 121
haut l'origine de son élévation. Fils de Péonius, il était
habitant d'Auxerre. Or Péonius était le comte de cette
ville. Ayant envoyé son fils au roi avec des présens pour
obtenir le renouvellement de son titre, Mummol ‘offrit
les présens, brigua le comté pour lui-même, et supplanta
ainsi son père, dont il aurait dû être le soutien. De là,
s'avancant par degré, il parvint enfin au comble des hon-
neurs. En effet, comme les Lombards avaient fait une
irruption en Gaule, le patrice Amatus, qui venait de
succéder-à Celsus, marcha contre eux; et ayant engagé
le combat, prit la fuite, et périt. Et les Lombards firent
alors, dit-on, un tel massacre des Bourguignons, qu'on
ne saurait compter le nombre des morts (1). Chargés de
butin, ils se retirérent en Italie. Lorsqu'ils se retiraient,
Eunius, qui est aussi Mummol , appelé par le roi, reçut
la dignité suprême du patriciat. Nouvelle ‘irruption des
Lombards en Gaule (2), qui s'avancent jusqu'à Musties
calmes (3), prés de la cité d'Embrun. Mummol met son
armée en mouvement, et s'y porte avec les Bourguignons.
Il investit les Lombards avéc son armée, et au moyen
d'un vaste abattis, s'ouvrant un chemin à travers une forêt
(1) En 571.
(2) En 572. — Ces dates sont de Ruinart. Il est difficile d'assigner
une date précise à chacune de ces irruptions. D. Bouquet pense qu'elles
eurent lieu de 530 (année de la mort de Celsus, selon Marius) à 576.
Marius place à l'an 574 une grande défaite éprouvée par les Lombards
prés de Bex en Valais. Est-ce celle-ci que Grégoire, mal informé, a
placée prés d'Embrun? ce qui est certain, c'est que Grégoire ne parle
pas de celle de Bex, ni Marius de célle d'Embrun; ou bien Æbredu-
nensis civitas est-il ici pour Ebredunense castrum, Yverdun? Dans
ce cas, il sérait plus facile de faire accorder les deux historiens.
(5) Peut-être les Chamousse , liéu à peu de distance d'Embran, au
nord. C'est moins qu'un village.
122 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.
quod adjacet civitati Ebredonensi, Mummolus exer-
citum movet , et cum Burgundionibus illuc proficisci-
tur. Circumdatisque Langobardis cum exercitu, factis
etiam concidibus (1), per devia silvarum inruit super
eos; multos interfecit , nonnullos cepit, et regi di-
rexit. Quos ille per loca dispersos custodire precepit,
paucis o per fugam elapsis, qui patriæ
nuntiarent.
XLIII. Fueruntque.in hoc prelio Salonius (2) et
Sagittarius fratres, atque episcopi, qui non cruce
coelesti muniti , sed galea aut lorica seculari armati ,
multos manibus propriis , quod pejus est, interfecisse
referuntur. Hæc prima Mummoli in certamine vic-
toria fuit. Post haec Saxones, qui cum Langobardis in
Italiam venerant, iterum prorumpunt in Gallias, et
infra territorium Regense , id est apud Stablonem (5)
villam, castra ponurit, discurrentes per villas urbium
vicinarum, diripientes praedas, captivos abducentes,
vel etiam cuncta vastantes: Quod cum Mummolus
comperisset , exercitum movet, inruensque super eos,
multa ex his millia interfecit, et usque ad vesperam
cædere non destitit, donec nox finem faceret. Igna-
ros (4) enim repererat homines, et nihil de his que
accesserunt autümantes. Mane autem facto statuunt
Saxones exercitum, preeparantes se ad bellum : sed,
(1) Cundibus convicibus, Reg. B.
(2) Editi aliquot, Salvinus, quod sic legerent pro Salunius, ut in
Colb. * Et Reg. Z. Hoc cap. non distinguitur in Cam., nec in Corb.
(5) Sic veteres mss. Chesn.,; Staplonem. | Clun., terminum Regen-
sim et apud Staplonem.| * Stíaponnem, Reg. &
(4) * Fgnarans, Reg. B
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 193
impraticable, il fondit sur eux , en tua beaucoup, et en
prit quelques uns qu'il envoya au roi. Celui-ci les dis-
persa en différens lieux, et les fit garder à vue; trés peu
seulement, qui échappérent par la fuite, annoncèrent ce
désastre dans leur patrie.
XLIII. Dans ce combat se trouvèrent deux frères, Sa-
lone et Sagittaire , tous deux évêques, qui, non pas munis
de la croix céleste, mais armés du casque et de la cuirasse
du siècle, tuèrent , dit-on, ce qui est pis encore , plusieurs
ennemis de leurs propres mains. Telle fut la premiére vic-
toire de Mummol en bataille rangée. Ensuite les Saxons,
qui étaient entrés en Italie avec les Lombards, firent de nou-
veau-irruption dans les Gaules, et campérent auprès de
Stablon (1), village du territoire de Riez. Ils parcoururent
les campagnes des villes voisines, pillant les richesses,
emmenant des captis, et ravageant toüt. Mummol l'ayant
appris, se mit en marche avec son armée, et fondant, sur
eux , leur tua plusieurs milliers d'hommes; et ne cessa. de
les massacrer jusqu'au soir, que la nuit mit fin au car-
náge. En effet il les avait surpris à l'improviste, et ne se
doutant nullement de ce qui leur arriva. Le matin , les
Saxons réorganisent leur armée, et se préparent à la
guerre; mais aprés quelques messages échangés de part
et d'autre, ils firent la paix, donnérent des présens à
Mummol, et abandonnant tout leur butin et leurs pri-
(1). Ou £stoublon , entre Riez et Digne. ( Basses- Alpes, arrond
Digne.)
124 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
intercurrentibus nuntiis, pacem fecerunt; datisque
muneribus Mummolo, relicta universa regionis præda
cum captivis, discesserunt (1); jurantes prius quod
ad subjectionem regum, sólatiumque Francorum, re-
dire deberent in Gallias. Igitur regressi Saxones in
Italiam, adsumtis secum uxoribus et parvulis, vel
omni supellectile facultatis, redire in Gallias desti-
nantes (2), scilicet ut a Sigiberto rege collecti, in
loco unde egressi fuerant , stabilirentur. Feceruntque
ex se duos, ut aiunt, cuneos : et unus quidem per
Niceam urbem, alius vero per Ebredunensem venit,
illam revera tenentes viam, quam anno superiore te-
nuerant; conjunctique sunt in Avennico (5) territorio.
Erat enim tunc tempus messium , et locus ille maxime
fructus terre sub divo (4) habebat, nec quicquam ex
his domi incole recondiderant. Denique accedentes
in areas (5) , segetes inter se dividunt; colligentesque
ac triturantes, frumenta comedebant , nihil ex his eis
qui laboraverant relinquentes. Verum postquam , ex-
pensis fructibus, ad litus Rhodani amnis accesserunt,
ut, transacto torrente, regno se (6) regis Sigiberti
. (1) Editi ita comma apponunt, ut Saxones cum captivis discessisse
videantur; at ex Paulo Diacono, lib. int, cap. 5, patet has voces cum
captivis esse precedentibus conjungendas, cum ipse habeat, relictis
captivis et universa preda in Italiam revertuntur. Vide et ejusdem
Pauli cap. 6 et 8.
(2) [Clun., in Gallis destinant: Erat tunc vernum tempus. Media
desunt.] — * Distinant, Reg. B.
(3) Sic mss. Editi vero cum Bec., habent, Arvernico. At series fac-
torum probat non eos adhuc Rhodanum transisse. Nobis favet Frede-
garius, cap. 68. [Dub., Avennio.]
(4) Editi, dio. — * Mox nec quaquam, Reg. B.
(5) * Areas, d. in Reg. B.
(6) * Se, d. Reg. 2.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 125
sonniers, ils se retirérent, âvec serment de revenir en
Gaule pour vivre soumis à ses rois, et comme auxiliaires
des Francs. Les Saxons, étant donc rentrés en Italie, pri-
. rent avec eux leurs femmes, leurs enfans et tout ce qu'ils
possédaient, dans le dessein de revenir en Gaule, afin
que Sigebert les recueillit, et les établit de nouveau dans
le pays qu'ils avaient abandonné. Ils se partagérent, selon
leur expression, en deux coins, dont l'un s'achemina par
la ville de Nice, l'autre par Embrun, en suivant la méme
route qu'ils avaient prise l'année précédente ; et tous les
deux se réunirent sur le territoire d'Avignon. C'était alors
le temps de la moisson : en ce lieu surtout étaient beau-
coup de grains exposés à l'air, que les habitans n'avaient
pu. encore rentrer. Les Saxons s'approchent de ces meules
de blés, se partagent la moisson, l'enlévent, battent et
mangent le grain, sans rien laisser à ceux qui avaient
pris toute la peine. Quand, aprés avoir tout consommé,
ils arrivèrent sur les bords du Rhône avec l'intention
de passer ce torrent, et d'entrer dans le royaume de
Sigebert, Mummol vint à leur rencontre, et leur dit :
« Vous ne passerez pas ce torrent. Comment? vous avez
« dévasté les contrées du roi mon maître , enlevé les mois-
« sons, pillé les troupeaux, incendié les maisons, coupé .
« les oliviers et les vignes! vous ne passerez pas outre,
« avant d'avoir fait satisfaction à ces peuples que vous avez
« entiérement dépouillés : sinon vous n'éviterez pas mon
« bras; je ferai peser mon glaive sur vous, sur vos épouses
« et vos petits enfans ; et je vengerai ainsi l'injure faite au
« roi Gontran mon maitre. » Les Saxons, saisis de crainte,
donnèrent pour se racheter plusieurs milliers de pièces d'or.
On leur permit de passer le fleuve; ét ils parvinrentainsi en
Auvergne. On était alors en printemps. Là, ils niontraient
196 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
conferrent, occurrit eis Mummolus, dicens : « Non
« transibitis torrentem hunc. Ecce regiones domini
«mei regis depopulastis, collegistis segetes, pecora
« devastastis (1), tradidistis domus incendiis , oliveta
«ac vineta succidistis : non ascendetis , nisi satisfa-
« ciatis prius his quos exiguos reliquistis : alioquin
« non effugietis manus meas, nisi ponam gladium
« super vos et uxores et parv ulos vestros, et ulciscar
« injuriam. domini mei Guntchramni regis. » Tunc
illi timentes valde, dantes multa numismatis (2) aurei
millia. pro redemtione sua, transire permissi sunt :
et sic Arvernis pervenerunt. Erat tunc vernum tem-
pus. Proferebant ibi regulas (3) æris incisas pro auro;
quas quisque videns, non dubitabat aliud , nist quod
aurum probatum. atque examinatum esset :. sic enim
coloratum ingenio nescio quo fuit. Unde nonnulli
hoc dolo seducti.(4) , aurum dantes et ces accipientes,
pauperes facti sunt. Hi vero ad Sigibertum regem
transeuntes, in.locum, unde prius egressi. fuerant ,
stabiliti sunt. '
*
XLIV. In (5) regno autem Sigiberti regis, remoto
ab honore Jovino, rectore Provincie, Albinus in loco
ejus subrogatur. Magnam (6) inter eos inimicitiam
hac causa gessit. Igitur advenientibus ad cataplum
(1) Plerique editi addunt, trucidastis. — * Antea, depopuláti estis,
Reg. B.
(2) Cod. Corb., nurnismata auri.
(3) Alii habent, zegu/as. [Clun., proferebant hi regulas ære.]
(4) " Ducti, Reg. B.
(5) Hoc caput deest in Corb., Bellov. [ct Dub.] * Et in Cam.
(6) * Magnam enim... congessit, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 127
de petits morceaux de cuivre gravés comme s'ils étaient
d'or; et chacun , en les voyant , ne doutait pas que ce ne
füt de l'or reconnu bon par le titre et par le poids ; tant
ils étaient colorés habilement par je ne sais quel procédé.
Il en résulta que plusieurs, trompés par cet artifice,
donnant de l'or, et recevant du cuivre, tombèrent dans
la pauvreté. Quant aux Saxons, étant parvenus jusqu'à
Sigebert , ils furent établis dans le lieu d’où ils étaient
sortis d'abord.
XLIV. Dans le royaume de Sigebert , Jovin gouver-
neur de la Provence fut destitué, et Albin mis à sa place:
ce qui occasionna entre eux de grandes inimitiés. Un jour
des vaisseaux venus des pays d'outremer ayant abordé
au port de Marseille, les hommes de l'archidiacre Vigile
dérobérent à l'insu de leur maitre soixante-dix vases vul-
gairement nommés orgues ( 1), remplis d'huile et de matière
onctueuse. Le négociant s'étant aperçu de la soustraction ,
fit des recherches actives sur le lieu qui recelait les objets
volés. Dans le cours de ses perquisitions, il entend dire .
(1) Les orques étaient des espèces d'amphores, destinées particu-
Kèrement à contenir de l'huile. ( Voyez Ducange, Glossaire latin, au
mot orca. ) t ,
128 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
Massiliensium navibus transmarinis (1), Vigilii archi-
diaconi homines septuaginta vasa, quee vulgo orcas (2)
vocant, olei liquamini 5) furati sunt, nesciente
domino. Negotiator aut um re c
atam fuisse, inquirere diligenter coepit,
a loco fuisset reconditum. Hæc inquirens ,
odam quod (4) homines Vigilii archidiaconi
perpetrassent. Perveniunt hæc ad archidiaconem, qui
inquirens et inveniens , nequaquam publicare, sed
excusare suos coepit, dicens : « Numquam de domo
« mea egressus est, qui tale (5) auderet. admittere. »
Taliter, inquam, excusante archidiacono , tiator
ad Albinum pergit; causam exserit, eti nem
in crimine fraudis hujus mi sat. Die autem
sancto Natalis Dominici , episcopo in ecclesia adve-
niente, archidiaconus indutus alba adest, episcopum,
ut mos est, invitans ad altare debere procedere (6),
ac solemnitatem diei sancti opportuno debere tem-
pore celebrare. Nec mora, Albinus (7) de sede exsi-
liens, adprehensum archidiaconem detrahit, pugnis
calcibusque caedit (8), et custodia carcerali coartat (9).
(1) In plerisque editis, Advenientibus transmarinis; Cetera omissa
sunt. * Sic et Reg. P.
(2) Colb., arcas; sed retinenda nostra lectio. Orca quippe vasis est
species usitata. :
(5) * Que, d. in Reg. B.
(4) [Clun., quia hoc homines.] * Reg. B, quia hoc omnes.
(5) [Clun., talia auderet admittere. Taliter ins excusante. |
* Sic Reg. Z.
(6) [Clun., deberet procedere... deberet tempore.]
(7) * Reg. B, Albuinus ; supra, Albinus : et initio PAIE
(8) * Cecidit, Reg. B.
(9) Plerique editi Archidiaconum codrctat; ceteris omissis.
,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 129
que les hommes de l'archidiacre Vigile avaient fait le coup.
La nouvelle en vient aux oreilles de l'archidiacre , qui re-
rc découvre la véri is au lieu de la publier, il
stifier ses gens : « Jamais, dit-il, i sorti
:.« de ma maison uh homme capable d'une n.5
L'archidiacre se justifiant donc ainsi, le t và
trouver Albin , lui explique la cause , et ae irchi-
diacre de éoilplieité; Or le saint jour dé Noël ; au moment
où l'évêque entrait dans l'église , l'archidiacre revêtu d'une
ui, selon la coutume (1), l'invitantà
célébrer au moment requis la
+ à l'instant, Albin s'élance de
"archidiacre, le frappe du
resserrer dans une prison. Ni
» ni les plus distingués par leur
naissance, ni les i
ne purent obtenir de lur: .qu il voulût bien recevoir dés
cautions pour l'archidiacre, le laisser célébrer ce saint jour - T.
avec les autres, et différer son accusation (2). Ainsi, sans. V
respect pour cette sainte solennité, il ne craignit pas de
saisir en-ce jour un ministre des autels. Que dirai-je de
plus? 1l condamna dime qeu à que _ sous d’or.
(1) Au moment: où l'évéque célébrant allait entrer dans l'église ,
l'archidiacre allait à sa rencontre avec le clergé en aube, et des thuri-
féraires portant l'encensoir tout fumant, Voyez Mabillon., Lüurgie
gallicane, liv. 1 , chap. 7. (Ruin.) |
(2) On se rappelle comment, douze siècles plus tard , l’arresiation
brusque et sabs jugement préalable, quoique avec-des formes plus
modérées , d'un personnage éminent dans l’Église, revêtu de ses habits
pontificaux , wn jour de grande solennité , causa un vif émoi parmi-le
clergé, et déplut généralement à-ceux méme qui donnaient tort au
prélat.
n. | e
ations unanimes d'ün peuple entier a
130 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
Pro quo numquam obtinere potuerunt, nec episco-
pus, nec cives, nec ullus major natu, nec ipsa vox
' totius populi adclamantis, ut datis fidejussoribus, diem
sanctum archidiacono liceat cum reliquis celebrare,
atque accusatio (1) ejus in posterum debere audiri :
sed nec ob ipsa sacrosancta sollemnia metum habuit ;
ut ministrum Dominici (2) altaris tali in die non au-
deret adripere. Quid plura? Quatuor millibus solido-
rum archidiaconem condemnavit : qui in præsentia
regis Sigiberti veniens, quadrupla naine inse-
quente Jovino , composuit.
XLV. Post heec tres (5) Langobardorum duces, id est
Amo, Zaban , ac Rhodanus, Gallias inrupere. Et Amo
quidem, Ebredunensem carpens viam, usque Macho-
villam (4) Avennici territorii, quam Mummolus mu-
nere meruerat regio, accessit; ibique fixit tentoria.
Zaban vero per Diensem (5) descendens urbem, usque
(1) [Clun., Accusatio cause in posterum deberet.] " Accusatio
causæ, Reg. B.
(2) * Domini, Reg. D; supra, ob, deest; infra, non, deest.
(9) * Hoc cap. non disting. in Cam. — Tres deest in Reg. Z.
(4) Sic duo mss. veteres Corb. et Bellov. ; ceteri cum editis, Ma-
chao-villam, preter Colb., in quo vox villam desideratur. Paulus Diac.,
lib. 1, cap. 8, habet sicut veteres mss., Machovillam. [Clun., Ma-
chaovillam.]| — * Villam av. ter., desunt in Reg. Z:
(5) Alii editi, Deensem. (Clun. Deinsim.] * Deinsem, Reg. 8.
Bell. habet F'erdunensem, et Corb., Virdunensem. Et quidem Fre-
herus in margine monet, in mss. scilicet Palatino, haberi Virdunen-
sem. Unde Valesius existimat duo hanc urbem nomina habuisse,
latinum unum, Deam scilicet, alterum Gallicum, quod est Virdu-
num. ldem auctor alio in loco observat in provincia fluvium esse,
nomine Verdunum, vulgo Verdon, ex quo forte locus aliquis hic
desiguatus nomen habuerit. Paulus Diac., lib. ui, P. 8, ubi de hac
ipsa irruptione loquitur, habet Diensem.
e.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. ly. 131
Mais, appelé en présence du roi Sigebert, il paya lui-
méme, par composition , à l'instigation de Jovin, une
somme quadruple à l'archidiacre.
XLV. Ensuite trois ducs de Lombards , Amon, Zaban,
Rhodan, firent irruption dans les Gaules (1). Amon pre-
. nant sa route par Embrun s'avanca jusqu'à Machoville (2),
dans le territoire d'Avignon , que le roi avait donné en
présent à Mummol, et y établit ses tentes. Zaban, des-
cendant par Die, vint jusqu'à Valence, et y placa son
camp : Rhodan attaqua la ville de Grenoble, et y dressa
ses pavillons. Or Amon subjugua la province d'Arles avec
le cercle des villes qu’elle renferme , et s'avancant jusqu'au
champ de pierres qui avoisine Marseille (3), il dépouilla
tout le pays d'hommes et de troupeaux, Il se préparait
aussi à faire le siége d'Aix; mais ayant reçu des habitans
viugt-deux livres d'argent, il se retira, Quant à Rhodan et
à Zaban, ils traitérent de même les lieux où ils se pré-
sentèrent. À cette nouvelle Mummol mit son armée en
(1) C'étaient trois des trente ducs qui se partagèrent l'autorité après
la mort de Cleph, en 575.
(2) Peut-étre Maucoil, lieu au nord d'Avignon, dans l'ancienne
principanté d'Orange ( Vaucluse, arr. Orange). Expilly, Dictionn.
de la Gaulc, croit que c'est Ménerbe (arr. Apt).
(3) C'est le territoire appelé la Crau, en Provence,
e
132 Hi TORIA FRANCORUM, LIB. IV.
Valentiam venit ; ibique castra posuit. Rhodanus au-
tem Gratianopolitanam (1) urbem adgressus est, ibi- .
que papiliones extendit. Et Amo quoque Arelatensem
debellavit provinciam, cum urbibus quee circumsitæ
sunt, Et usque ipsum Lapideum campum , qui adjacet
urbi Massiliensi, accedens (2), tam de pecoribus, quam
de hominibus denudavit : Aquensibus autem obsidio-
nem paravit, de quibus viginti duabus libris argenti
acceptis, abscessit. Sicque et Rhodanus ac Zaban in
locis quibus accesserant fecerunt. Quae cum Mummolo
perlata fuissent, exercitum movit, et Rhodano, qui
Gratianopolitanam urbem debellabat , occurrit. Sed
cum Iseram (3) fluvium exercitus laboriose transiret ,
nutu Dei, animal amnem ingreditur, vadum ostendit;
et sic populus (4) in ulteriorem ripam egreditur. Quod
videntes Langobardi, nec morati, evaginatis gladiis
hos adpetunt. Commissoque bello, in tantum eæsi
sunt, ut Rhodanus sauciatus lancea ad montium ex-
celsa confugeret. Exinde cum quingentis viris qui ei
remanserant, per devia silvarum prorumpens, ad
Zabanem pervenit, qui tunc urbem Valentiam obsi-
debat ; narravitque ei omnia quæ acta fuerant. Tunc
datis pariter cunctis in predam , ad Ebredunensem
urbem regressi sunt : ibique eis cum innumero exer-
citu Mummolus in faciem venit. Commissoque prælio,
Langobardorum phalangæ usque ad internecionem
(1) * Enim, Corb., Reg. B et Cam. pro etiam. — Gratiopolitanam,
Reg. 2.
(2) Bell., Accipiens tam.
(5) Sic Corb. et Bellov, ; alii Eseram ant Isaram, vel cum adspira-
tione, Heseram, Here. * Sic Reg. B. [Clun., Eseram.] * Sic Cam.
(4) " Populus libere in, Reg. B et Cam.
HISTOIRE DES FRANCS; LIV. IV. 133
mouvement , et marcha à la rencontre de Rhodan, qui
serrait de prés la ville de Grenoble. Mais comme son
armée traversait l'Isére avec difficulté, un animal, guidé
par la volonté de Dieu, entre dans le fleuve, et leur mon-
tre ün gué; ainsi l'armée parvint à l'autre rive. A cette
vue, les Lombards, sans hésiter, tirent leurs glaives, les
attaquent, et le combat s'engage. Les Lombards furent
taillés en pièces, et Rhodan, blessé d'un coup de lance, -
s'enfuit sur les montagnes. De là , s'échappant à travers
des foréts impraticables avec cinq cents hommes qui. lui
étaient restés, il alla rejoindre Zaban , qui assiégeait alors
Valence, et lui raconta tout ce qui s'était passé. Alors,
ayant tout. ravagé indistinctement, ils retournèrent vers
Embrun. Mais là Mummol se présente devant eux avec une
armée innombrable. La bataille se livra; les phalanges
des Lombards furent entiérement détruites , et les chefs
rentrèrent presque seuls en Italie. Leur fuite les. porta
jusqu'à Suze, dont les habitans les reçurent fort mil , sur-
tout parce que Sisinnius, maître de la milice pour l'empe-
reur (1), résidait dans cette ville. En présence de Zaban,
un esclave prétendu de Mummol remit une lettre à Si-
sinnius, et le salua au nom de'Mummol, en disant :
« Le voici lui-même tout près d'ici. » À ces mots Zaban
se retira précipitamment, et quitta la ville. Quand Amon
eut appris ces nouvelles, il partit, en ramassant tout ce
qu'il put trouver de butin sur sa route; mais, arrêté par
(1) Ces mots nous prouvent que les Lombards n'étaient pas encore
maîtres absolus de tout le pays, puisque dans certaines villes résidaient
encore des officiers de l'empereur. Et cependant, il y avait donc-comme
trève et accord entre eux, puisqu'un duc des Lombards, fugitif, entre
dans une ville où réside un officier d'une autorité aussi étendue qu'un
maítre de la milice?
134 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
cess , cum paucis duces in Italiam sunt regressi.
Cumque usque Sigusium (1) urbem perlati fuissent,
et eos incole loci dure susciperent, præsertim cum
Sisinnius, magister militum a parte imperatoris, in hac
urbe resideret : simulatus Mummoli puer in conspectu
Zabanis, Sisinnio litteras protulit (2), salutemque
ex nomine Mummoli dedit, dicens : « En ipsum in
« proximo. » Quod audiens Zaban, cursu veloci ab
urbe ipsa digressus praeteriit. His auditis, Amo, col-
lecta omni preda in itinere, proficiscitur : sed (5),
resistentibus nivibus; relicta preda, vix cum paucis
erumpere potuit. Exterriti enim erant virtute Mum-
moli.
XLVI. Multa enim Mummolus bella gessit , in
quibus. victor exstitit. Nam post mortem Chariberti,
cum Chilpericus Turonis ac Pictavis pervasisset ,. quae
Sigiberto regi per pactum (4) in partem venerant,
conjunctus rex ipse cum Guntchramno fratre suo,
Mummolum eligunt, qui has urbes ad eorum (5)
dominum revocare deberet. Qui Turonis veniens ,
fugato exinde Chlodovecho Chilperici filio, exactis
a populo ad partem regis Sigiberti: sacramentis ,
Pictavos accessit. Sed Basilius ac Sigharius (6), Pictavi
cives, collecta multitudine , resistere voluerunt : quos
(1) Alii, Siosium.
(2) [Clun., protulit dicens. Media desunt.]
(3) [Dub., resistentibus relicta præda.] * Sic Reg. B et Cam.
(4) * Hariberti.... pecatum, Reg. B.
(5) Alias, verum. * Ut Reg. Z et Cam. (Dub. et Clun., ad vcrum
dominium. Paulo post, exacta... sacramenta, Pictaeum.]
(6) Ed. al., Siagrius. Regm. [et Clun.] Pasilius ác Siagrius.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 135
lesneiges, il abandonna sa capture, et put à peine s'échap-
per avec peu de monde. Car la valeur de Mummol les
avait frappés d'effroi.
XLVI. En effet Mummol conduisit plusieurs guerres
dont il sortit vainqueur. Aprés la mort de Charibert,
comme Chilpéric s'était emparé de Tours et de Poitiers,
qui, par suite d'une convention, étaient échus en partage
à Sigebert, ce roi joint à Gontran son frére fit choix de
Mummol pour rendre ces villes à leur véritable maitre.
Celui-ci, arrivé à Tours, en chassa Clovis, fils de Chil-
péric; exigea du peuple serment de fidélité pour Sigebert,
puis se dirigea vers Poitiers. Basile et Sighaire , citoyens
de cette ville, réunissant une multitude de partisans,
voulurent lui résister : mais Mummol les ayant cernés
de toute part, les surprit, les écrasa, les détruisit ; et fnar-
chant vers Poitiers, en exigea le même serment. En voilà
assez pour le moment sur Mummol ; nous dirons le reste
€n son lieu. |
136 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
de diversis partibus circumdatos oppressit, obruit,
interemit; et sic Pictavos accedens , sacramenta exegit.
Hæc interim de Mummolo dicta sufficiant (1) : reliqua
in posterum sunt digerenda.
XLVIL De Andarchii (2) vero interitu locuturus ,
prius genus ordiri placet et patriam. Hic igitur, ut
adserunt, Felicis (3) senatoris servus fuit; qui ad
obsequium domini deputatus, ad studia litterarum
cum eo positus, bene institutus (4) emicuit. Nam de
operibus Virgilii, legis Theodosianæ libris; arteque
calculi adplene eruditus est. Hac igitur scientia tumens ,
despicere dominos (5) coepit : et se patrocinio Lupi
ducis, cum ad urbem Massiliensem ex jussu regis
Sigiberti accederet, commendavit. De qua regressus,
hunc secum abire (6) precepit, insinuavitque eum
diligenter Sigiberto regi, atque ad serviendum tra-
didit. Quem ille per loca diversa dirigens, locum
prebuit militandi. Ex hoc quasi honoratus habitus ,
Arvernum venit; ibique cum, Urso, cive urbis ejus,
amicitias inligat. Interim, ut erat acris ingenii, filiam
ejus desponsare desiderans, loricam, ut ferunt, in
(1) Reliqua, etc., ad finem capitis desunt in omnibus fere mss. —
* Non in Reg. Z2, qui habet dicenda; et supra, pro Pictavos, Pec-
catavum. :
(2) Corb. et Bell., Andarci; sed eum infra A4ndarchium: appellant.
Colb., Anparchi. * Ut Reg. 8. [Dub., Andarchi. Infra, Andarcius.
Clun., loquamur.] — *-Infra pro ordiri, Rog. B, habet ordine ; Corb.,
ordire.
(5) Colb. cum plerisque editis, Facilis.
(4) [Zastructus, Dub.] * Et Cam.
(5) * Dominum , Reg. B.
(6) Corb. et Bell., haberc. [Wa Dub.] —" Huc secum audire, Reg. 5.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 137
XLVII. Comme je vais parler de la mort d'Andarchius ,
je crois devoir rappeler d'abord son origine et sa patrie.
Esclave du sénateur Félix, à ce qu'on assure, et destiné
au. service particulier de son maître (1), il fut appliqué
avec lui à l'étude des lettres, et profita de cette excellente
éducation; car il apprit à fond les ouvrages de Virgile,
les livres du code Théodosien et l'art du calcul (2). Enflé
de cette science, il commença à mépriser ses maîtres, et
se recommanda au patronage du duc Loup, quand celui-ci
se rendit à Marseille par ordre du roi Sigebert. Le duc,
à son départ de cette ville, lui ordonna de le suivre, et
mit tous ses soins à lui obtenir les bonnes gráces de Sige-
bert , à qui il le céda pour son service. Ce prince l'envoya *
dans diverses missions, et lui donna occasion de combattre.
Regardé dés lors comme un personnage en dignité (3), il
(1) Ceci suppose que Félix était encore enfant, et qu'on voulait lui
former un esclave pour l'aider, au besoin, de ses connaissances, en
faisant élever avec lui ce jeune Andarchius.
(2) Remarquez les élémens d'une bonne éducation d'alors : Virgile,
le code, le calcul; on est encore loin du Trivium et du Quadrivium
des xi* et xui* siècles: On sait que le Code Justinien, alors trés
récent, ne fut connu en France qu'en 1157. L'étude des lois se faisait
dans le Code Théodosien, publié en 435 par Théodose-le-Jeune. On
cessa d'en faire usage à la fin de la seconde race. (Hénault, 4brégé
chronol., an 1137.)
(5) En latin Honoratus. C'était un titre v ipndél à ceux qui géraient
les affaires civiles et publiques au.nom du prince. Voyez les Notes de
Valois sur Ammien Marcellin, et Ducange dans son Glossaire.
( Ruin. )
138 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
libellari quo chartæ abdi solitæ sunt, recondit , dicens
mulieri, conjugi utique Ursi : « Quia multitudinem
« aureorum meorum amplius quam sexdecim millia
« in hoc libellari reconditam (1) tibi commendo; quod
« tuum esse poterit, si mihi filiam tuam preestiteris
« desponsari. » Sed
— Quid non mortalia pectora cogis,
Auri sacra fames ?
Promisit mulier hec simpliciter credens , absente
viro, huic desponsari puellam. At ille regressus ad
regem, præceptionem ad judicem loci exhibuit, ut
puellam hanc suo matrimonio sociaret , dicens : « Quia
« dedi arrham in desponsatione ejus. » Negavit autem
vir ille, dicens : « Quia neque te (2) novi unde sis,
« neque aliquid de rebus tuis habeo. » Qua intentione
pullulante, ac vehementius increscente, Andarchius
expetiit Ursum regis presentia arcessiri (3). Cumque
venisset apud villam Brennacum (4), requirit homi-
nem alium, Ursum nomine, quem ad altarium clam
adductum jurare fecit, ac dicere : « Per hunc locum
« sanctum et reliquias martyrum beatorum, quia, si
«filiam meam tibi in matrimonio non tradidero ,
« sexdecim (5) millia solidorum tibi satisfacere non
(1) * Charte ad te sunt... qui multi... conditum tibi..., Reg. B ; et
infra, quia mortal.... Corb.; qui mortalia ; idem supra et Bell. ; qua
arte abdi solite s.
(2) * Te d. in Reg. Z.
(3) * Expedit Ursum presentiam arcessire, Reg. B. — Supra, in-
sistente, pro iricrescente, Corb.
(4) Colb., Brinna. [Dub., Brinnacum. Clun., venisset Brennacum.]
(5).* Sex, Reg. £. — Infra, personam qui loqueb..., ut Corb.—
V'identes.... fecitque desunt in Reg. P. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 139
vint à Clermont, et là, contracta amitié avec Ursus, citoyen
de cette ville. Bientôt, avec son caractère entreprenant ,
il désira épouser sa fille, et cacha, dit-on, sa cuirasse
dans un secrétaire, où l'on a coutume de serrer les pa-
piers ; puis il dit à la femme d'Ursus : « Je te recommande
« toutes mes piéces d'or renfermées dans ce secrétaire ; il
«yen a plus de seize mille , et elles pourront epi
« tenir, si tu me donnes ta fille en mariage. »
Que ne peux-tu sur les cœurs des mortels, exécrable soif
de l'or!
La femme simple et crédule promit, en l'absence de son
mari, de lui donner sa fille. De retour auprés du roi,
Andarchius obtint un privilége qu'il alla-montrer au juge
du lieu, pour qu'il le mariát avec la jeune fille : « J'ai,
« disait-il , donné des arrhes pour l'épouser. » Mais le père
refusa, en disant : « Je ne sais qui tu-es, et je n'ai rien
« à toi. » Comme la querelle se prolongeait et s'échauffait
vivement, Andarchius demanda qu'Ursus comparüt de-
vant. le roi. Arrivé à Braine, il alla à la recherche d'un
autre homme, également nommé Ursus, qu'il amena se-
crétement devant un autel, et lui fit prononcer ce serment :
« Je jure par ce lieu saint et les reliques des bienheureux
« martyrs, que, si je ne te donne pas ma fille en mariage,
« je te ferai satisfaction, en te comptant sans délai seize
« mille sous d'or. » Des témoins se tenaient cachés dans
la sacristie , entendant ce qu'il disait, mais ne voyant pas
sa personne. Alors Andarchius apaisa Ursus par de douces
paroles, et fit si bien qu'il retourna dans sa patrie sans
avoir vu le roi. Lors de son départ, Andarchius présenta
, au roi l'écrit contenant la formule du serment qu'il avait
ainsi obtenu, et lui dit : « Ursus a écrit:en ma faveur
140 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
« morabor, » Stabant enim testes in sacrario , auscul-
tantes occulte verba loquentis, sed personam que
loqueretur penitus non videntes. Tunc Andarchius
demulsit verbis lenibus Ursum, fecitque eum sine
regis presentia reverti ad patriam. Factoque ex
hoc (1) juramento, breve sacramentorum regi illo
protulit discedente, dicens (2) : « Hæc et heec mihi
« Ursus scripsit : et ideo gloria vestræ praeceptionem
« deposco, ut filiam suam mihi tradat in matrimonio.
« Alioquin mihi liceat res ejus possidere, donec, sexde-
« cim millibus solidorum acceptis, me ab hac causa
« removeam. » Tunc adeptis præceptionibus, Arver-
num rediit : ostendit judici jussionem regis (3). Ursus
autem se in Vellavum (4) territorium contulit. Cum-
que rés ejus huic consignarentur, et hic in Vellavum
accessit. Ingressusque unam. Ursi domum, coenam
sibi praecepit praeparari, atque aquas quibus abluere-
tur calefieri jubet. Sed cum servi domus minime rudi
domino parerent, alios fustibus, alios virgis cædit; .
nonnullis capita percutiens sanguinem elicuit. Turbata
ergo familia, preparatur coena, abluitur hic aquis
calidis , inebriatur vino, et se collocat super stratum.
Erant autem cum eo septem: püeri tantum. Cumque
non minus somno quam vino sepulti altius obdormis-
- . .
(1) [Clun., ex hoc sacramento regi.]
(2) Sic Colb., Bec. et Regm. At Chesn., i/li protulit : alii editi, illo
protulit discedenti. Bellov. brevius, illo protulit, dicens. "Sic et
Corb.
(3) * Regis d.,in Reg. B.
(4) Editi plerique cum Bec. et Colb., Fillavum. Corb., Vellavo.
[ Dub. et Clun., iz Villavo territorio.] Regm. et Bad., Villanum, sic
et infra. — * Zellatio terreturio, Reg. B; Fillavo, Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 141
« telle et telle chose; ainsi je demande à votre gloire un
« ordre pour qu'il me livre sa fille en mariage. Autrement
« que je sois autorisé à posséder ses biens; jusqu'à ce que
« je reçoive seize mille sous ; alors j'abandonnerai cette
« affaire. » Ayant obtenu son privilége, il retourna à Cler-
mont, et montra au juge l'ordre du roi. Ursus se retira
dans le Velay; mais comme ses biens étaient consignés
entre les mains d'Andarchius , celui-ci s'y rendit égale-
ment. Entré dans une maison d'Ursus, il ordonna qu'on
lui préparát à souper, et qu'on lui fit chauffer de l'eau
pour se laver. Mais comme les esclaves de la maison ne
se pressaient point d'obéir à un maître inconnu, il frappa
les uns à coups de bâton, les autres avec des verges ; il
en frappa méme quelques uns à la téte au point de faire
jaillir le sang. Toute la maison ainsi bouleversée, on lui
prépare son souper, il se lave avec de l'eau chaude, s'en-
ivre de vin, et s'étend sur un lit. Il n'avait avec lui: que
sept domestiques, Tandis qu'ils dormaient profondément,
appesantis par le sommeil autant que par le vin; Ursus
ayant réuni ses gens, ferme les portes de la maison, qui
était construite en planches., en prend les clés; défait les
meules de grain qui se trouvaient. auprès , et amoncelle
autour et au-dessus de la maison ces tas de blé qui était
alors en gerbes, de manière à la couvrir entièrement.
Ensuite il y mit le feu en plusieurs, endroits. Déjà des
débris de l'édifice embrasé tombaient sur ces malheureux;
lorsqu'ils se réveillent, et poussent des cris; mais per-
sonne n'y répond; enfin ils furent consumés | par le feu
avec toute la maison. Ursus craignant pour l'avenir. se
réfugia dans la basilique de Saint-Julien (1); puis ayant
(1) À Brioude, en Auvergne, liv. v, chap. 5,45: :
142 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
sent , Ursus (1), congregata familia, ostia domus, quae
erat ex ligneis fabricata tabulis , claudit : acceptisque
clavibus, metas annone quee aderant. elidit; ac circa
domum et supra domum (2) adgregatis his acervis
annona, qua tunc in manipulis erat, ita ut operta
ex his domus cerneretur omnino. Tunc immisso per
partes diversas igne, cum jam super hos infelices
materia ædificii exusta dirueret, excitantur, emittunt
voces (3) : sed non fuit qui exaudiret, donec, tota
domo adusta, ipsos pariter ignis absorberet. Ursus
vero metuens, basilicam sancti Juliani expetiit ; datis-
que regi muneribus , res suas in (4) solidum recepit.
XLVIII. Chlodovechus vero Chilperici filius, de
Turonico ejectus , Burdegalam abiit (5). Denique
cum apud Burdegalensem civitatem, nullo prorsus
inquietante , resideret, Sigulfus quidam a parte Sigi-
berti se super eum objecit : quem fugientem cum
tubis et buccinis, quasi labentem cervum. fugans ,
insequebatur : qui vix ad patrem regrediendi (6) libe-
rum habuit aditum. Tamen per Audegavis regressus,
ad eum rediit. Cum autem intentio inter Guntchram-
num (7) et Sigibertum reges verteretur, Guntchram-
* (1) * Ursus deest in Corb., Reg. B et.Cam. — Infra Bell., mettras
- (2) Corb., Bell. [Dub., adgregat acervos.] * Sic Reg. B et Cam.
(3) Alii, excitantur ad emissas voces. | Dub., excitantur voces. Sic
Corb., qui habet supra, diruerent. Reg. B, deverterent.... emissas.]
(4) * Corb., Bell. [Dub. et Clun.] Reg. B et Cam., in soliditate.
(5) * Burgondialem, Reg. B, Burdigala, Corb. —
(6) * Corb., Reg. B, regredi.
' - (7) Censet Valesius, et post eum Cointius, legendum esse Chil-
pericum. Nam Gregorius ibi et capitibus sequentibus de bello in-
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 143
fait des présens au roi, il recouvra la totalité de ses
biens.
XLVIII. Clovis, fils de Chilpéric (1), chassé de Tou-
raine , se retira à Bordéaux. Tandis qu’il séjournait dans
cette ville, sans que personne l’inquiétât le moins du
monde, Sigulf, du parti de Sigebert, s'éleva contre lui, et
l'ayant contraint de fuir, il le poursuivit au son des trom-
pettes et des clairons comme un cerf aux abois. Le jeune
prince put à peine trouver un passage pour retourner
auprés de son pére : enfin, étant revenu par Angers, il
le rejoignit. Comme un différend s'était élevé entre les rois
Gontran (2) et Sigebert, le roi Gontran réunit à Paris
tous les évéques de son royaume, afin qu'ils. décidassent
entre les deux sur la justice de leurs prétentions; mais
comme la discorde civile faisait de rapides progrés, ils
négligérent, en punition de leurs péchés, d'écouter les
conseils des évêques. Chilpéric furieux fit envahir par
(x) Ce chapitre est comme la suite du 46*.
(2) H semble qu'il faut lire plutôt Chilpéric, puisque la guerre eut
lieu ensuite entre lui et Sigebert, et que Gontran voulut servir de
médiateur : mais les manuscrits s'y opposent. — Cette assemblée est
peut-être le quatrième concile de Paris, en 573.
144 ^ — HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
nus rex apud Parisius omnes episcopos regni sui
congregat, ut inter utrosque quid veritas haberet,
edicerent. Sed, ut bellum civile in majore pernici-
tate (1) cresceret, eos audire, peccatis facientibus ,
distulerunt. Chilpericus autem rex in ira commotus,
per Theodobertum filium suum seniorem, qui, a Sigi-
berto aliquando adprehensus, sacramentum dederat (2)
ut ei fidelis esset, civitates ejus pervadit, id est
"Turonis et Pictavis, et reliquas citra (5) Ligerim.
sitas. Qui Pictavis veniens, contra Gundobaldum (4)
ducem pugnavit. Terga autem vertente (5) exercitu
partis Gundobaldi , magnam ibi stragem de populo
illo fecit. Sed et de Turonica pegione maximam par-
tem (6) incendit, et, nisi ad tempus manus dedissent,
totam continuo debellasset (7). Commoto autem exer-
citu, Lemovicinum , Cadurcinum, vel reliquas illorum
provincias (8) pervadit , vastat, evertit ; ecclesias
ter Chilpericum et Sigibertum moto loquitur : ad quos in pacem
revocandos Guntramnus episcopos suæ ditionis Parisios convenire
procuravit. Religio tamen fuit id mutare , cum Guntchramnum omnes
editi simul et mss. habeant.
(1) [Clun., pertinacitate.] |
(2) Supra cap. 25, plerique editi cum on mss. habent quon-
adprehensus, «etc.
(5) [Clun., circa Ligerem.] * Reg. 2, Ligarem. — Supra Cam. »
Toronus.
(4) Bell, Corb. [et Dub.,] ^Gundoaldum. Reg., ont
al, Guntwaldum. * Ut Reg. B.
(5) * Fertendo.... partes, Reg. B; vertenti exercitum, Corb.
(6) Alii, Tujonicem regionem maxima ex parte. * Reg. B item;
sed ez deest. De Turonicam regionem maximam partem, Corb. Quae
sequuntur sic refert Regm. E nisi se ad tempus dedissent.....
devastasset.
(7) [Clun., devastasset.]
(8) Corb. et Bell., ///larum propinquas. Sic Reg. B et Gi [Clun.,
HISTOIRE DES FRANGS , LIV. IV. 145
Theodebert , son. fils aîné, qui pris autrefois par Sige-
bert (1) lui avait fait serment de lui rester fidèle, les
villes de son frère, c'est-à-dire Tours et Poitiers , et les
autres cités en decà de la Loire (2). Arrivé à Boitieri; il
combattit contre le duc Gondebaud, et ayant mis son
armée en fuite, il fit un grand carnage de ce peuple. Il
incendia en grande partie le territoire de Tours ; et si les
habitans ne s'étaient rendus pour le moment, ‘4 aurait
dévasté tout le pays d'un bout à l'autre. Puis , se remet-
tant en marche avec son armée, il entre dans le Limosin,
le Quercy, et les autres provinces voisines, les ravage et
les désole; incendie les églises, enléve les vases et les
ornemens sacrés, tue les clercs, détruit les monastères
d'hommes, insulte ceux de filles, et fait un désert de toute
la contrée. Et l'on entendit alors dans les églises des
gémissemens plus douloureux qu'au temps de la perse
cution de Dioclétien.
(1) Chap. 23.
(2) En decà, relativement à Tours, où écrit Origin: c'est-à-dire
sur la rive gauche.
I. 10
146 HISTORIA FRANCORUM , LIB. TV.
incendit , ministeria detrahit, clericos interficit, mo-
nasteria virorum dejicit; puellarum deludit (1), et
cuncta devastat : fuitque illo in tempore pejor in
ecclesiis gemitus, quam tempore persecutionis Dio-
cletiani.
XLIX. Et (2) adhuc obstupescimus et admiramur,
cur tantæ super eos plage inruerant : sed recurramus
ad illud, quod parentes eorum egerunt, et isti perpe-
trant. Illi, post praedicationem sacerdotum , de fanis
ad ecclesias sunt conversi; isti quotidie de ecclesiis
pradas detrahunt. Illi sacerdotes Domini ex toto
corde venerati sunt, et audierunt; isti non solum
non audiunt , sed etiam persequuntur. llli monasteria
et ecclesias ditaverunt; isti cas diruunt ac subvertunt.
Quid de Latta (5) monasterio referam , in quo beati
Martini habentur reliquie ? Cum ad eum unus cuneus
hostium adventaret, et fluvium , qui propinquus est,
transire disponeret ut monasterium exspoliaret , cla-
maverunt monachi dicentes : « Nolite, o barbari ,
« nolite huc (4) transire : beati enim Martini istud est
« monasterium. » Hzc audientes eorum (5) multi,
compuncti a Dei timore, regressi sunt. Viginti tamen
ex ipsis, qui non metuebant Deum, neque beatum
confessorem honorabant, ascendentes navem, illuc
illarum. provincias.] Bad., reliquas provincias. Regm., reliquas illa-
rum partium civitates. Bec., illarum urbium provincias.
(1) Sic mss., at editi plerique puellas, Freh. al. Longe et in-
fra cum Bec., persecutoris.
(2) Hoc caput deest in Bell, Corb. [et Dub.] * E Cam.
(3) Colb. [et Clun.,] *et Reg. B, Lata. Bec., de Lettat.
(4) * Hunc , Reg. B.
(5) * Forum d. in Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 147
XLIX. Et, stupides que nous sommes, nous nous
étonnons des plaies qui les ont frappés! Mais rappelons-
nous et ce qu'ont fait leurs péres, et ce que font aujour-
d'hui les enfans. Ceux-là, aprés la prédication des évéques,
quittérent leurs temples pour les églises : ceux-ci en-
lévent chaque jour les trésors des églises. Ceux-là ont
vénéré de tout leur cœur les prêtres de Dieu, et ont
écouté leur parole; ceux-ci, loin de les écouter, les
persécutent. Ceux-là ont enrichi les monastères et les
églises ; ceux-ci les. pillent et les détruisent. Que
dirai-je du monastére de la Latte (1), oü sont des
reliques du bienheureux Martin? Comme une troupe
d'ennemis s'en approchait, et se disposait à passer un
fleuve du voisinage pour piller le monastère, les moines
s'écrièrent : « Barbares, gardez-vous de passer outre;
« car ce monastère est au bienheureux Martin. », À
ces mots, plusieurs, pénétrés de la crainte du Sei-
gneur, s'en retournérent : mais vingt d'entre eux, qui
étaient sans crainte pour Dieu, sans respect pour le
saint confesseur, montent dans un vaisseau, passent à
l'autre bord, et, stimulés par l'ennemi du genre hu-
main, frappent les moines, bouleversent le monastère,
et en pillent les richesses : puis, les ayant réunies en
(x) Peut-être dans l'endroit où est le village de Ciran-la-late. (Indre-
et-Loire, arrond. de Loches.) (Ruin.})
148 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
transgrediuntur, et inimico stimulante , monachos
cadunt, monasterium evertunt, resque diripiunt :
de quibus facientes sarcinas, navi imponunt. In-
gressique fluvium , protinus vibrante carina hue
illucque feruntur. Cumque amisso solatio remorum ,
hastilibus lancearum in fundum alvei defixis remeare
conarentur, navis sub pedibus eorum dehiscit, et
uniuscujusque ferrum , quod contra se tenebat , pec-
tori defigitur, transverberatique cuncti a propriis
jaculis interimuntur. Unus tantum (1) ex ipsis, qui
eos increpabat, ne ista committerent, remansit in-
læsus. Quod si hoc quis fortuitu evenisse judicat ,
cernat unum insontem plurimis evasisse de noxiis.
Quibus interfectis , monachi ipsos et res suas ex alveo
detrahentes, illos sepelientes , res suas domui resti-
tuunt.
. L. Dum heec agerentur, Sigibertus rex (2) gentes
illas, quz ultra Rhenum habentur, commovet , et
bellum civile ordiens, contra fratrem suum Chilpe-
ricum ire destinat.. Quod audiens Chilpericus , ad
fratrem. suum. Guntchramnum legatos mittit. Qui
conjuncti pariter foedus imeunt, ut nullus fratrem
suum perire sineret. Sed cum Sigibertus gentes illas
adducens venisset, et Chilpericus de alia parte cum
suo exercitu resideret, nec haberet rex Sigibertus
super fratrem suum iturus , ubi Sequanam (5) fluvium
(1) * Tamen, Reg. B.
(2) Col., Sigibertus tres gentes, etc.
(5) Sic mss. omnes, preter Colb. et Chesn., * et Reg. Z, qui
habent Segonam , quasi hic Sagona sive Arar, vulgo Ja Saône, desi-
gnaretar. Editi veteres habent quoque Sequanam. Et quidem ex Gre-
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 149
paquets, ils les mirent sur un bateau. Quand ils fu-
rent au milieu du fleuve, le bateau agité les porta cà
et là. Privés du secours des rames, ils enfoncérent le
bois de leurs lances dans le lit du fleuve pour tácher
de reprendre leur route; quand tout à coup le vaisseau
s'entrouvrit sous leurs pieds, et le fer, que chacun te-
nait près de soi, leur entra dans la poitrine, et tous
périrent ainsi transpercés par leurs propres javelots.
Un seul parmi eux, qui pár ses reproches voulait les
détourner d'une telle action, resta sans blessure. Si quel-
qu'un regarde cet événement comme l'effet du hasard,
qu'il songe, qu'entre plusieurs coupables, un seul échappa,
qui était innocent. Après leur mort, les moines les re-
tirérent de l'eau avec leurs effets, les ensevelirent, et
replacèrent dans leur maison tout ce qui était à eux.
L. Tandis que ces choses se passaient, le roi Sige-
bert mit en mouvement les peuples d'au-delà du Rhin,
et commenca la guerre civile en marchant contre son
frère Chilpéric. Chilpéric, à cette nouvelle, envoya des
ambassadeurs à Gontran. Ils se réunirent, et convin-
rent par un traité qu'aucun des deux ne laisserait périr
son frère. Sigebert, étant donc arrivé avec ces peu-
plades, apprit que Chilpéric était lui-même à la tête
d'une armée; mais comme il n'avait aucun moyen de
passer la Seine pour aller attaquer son frére, il intima
à son frére Gontran un ordre ainsi conqu : « Si tu ne me
« permets de passer le fleuve dans la partie que le sort.t'a
« donnée, je marcherai contre toi avec toute mon armée. »
Gontran effrayé conclut un traité avec lui, et lui livra le
passage. Chilpéric, s'apercevant que Gontran l'avait aban-
150 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
transmearet , fratri suo Guntchramno mandatum mit.
tit, dicens : « Nisi me permiseris per tuam sortem
«hunc fluvium transire, cum omni exercitu meo
'« super te pergam. » Quod ille timens, foedus cum
eodem iniit, eumque transire permisit. Denique sen-
tiens Chilpericus, quod Guntchramnus, scilicet re-
licto eo ad Sigibertum transisset, castra movit, et
usque Avallocium (1) Carnotensem vicum abiit. Quem
Sigibertus insecutus, campum sibi praeparari petiit.
Ille vero timens, ne conliso utroque exercitu, etiam
regnum eorum conrueret (2), pacem petiit, civitatesque
ejus, quas Theodobertus male pervaserat , reddidit,
deprecans ut nullo casu culparentur (5) earum habi-
tatores, quos ille injuste igni ferroque opprimens
adquisierat. Vicos quoque, qui circa Parisius erant,
maxime tunc flamma consumsit ; et tam domus quam
res relique ab hoste direptæ sunt, ut etiam et captivi
ducerentur. Obtestabatur enim rex, ne hæc fierent;
sed furorem gentium, quæ de ulteriore Rheni amnis
parte venerant, superare non poterat : sed omnia
patienter ferebat, donec redire posset ad patriam.
Tunc ex gentilibus (4) illis contra eum quidam mur-
muraverunt, cur se a certamine subtraxisset. Sed
gorii lib, u, de Mirac. sancti Martini, cap. 7, patet hic legendum esse
Sequanam. De hac re vide etiam lib. 1, de Gloria Martyrum cap. 72:
(1) In plerisque mss. et editis scribitur Æ/ocium. Bec., ad F'alo-
cium |Dub., ad Avalocum. Clun., 4valotium Carnotensium]. * Reg.
B, ad Avalocium Carnoctensim. Corb., Carnotinensem. ,
(2) * Ne consilio utroque, Corb. Ille vero petit ne... corruet,
Reg. J.
, (3) * Culparent.... adprimens, Weg. B ; adprimens, Corb,
(4) * Gentibus, Corb., Reg. B, Cam.; infra, cursu pro cur se,
Reg. £.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 151
donné pour Sigebert, décampa, et se retira jusque dans
le bourg d'Avaloc (1) près de Chartres. Sigebert, l'ayant
poursuivi, lui demanda jour pour le combat ; mais Chil-
péric, craignant que les deux armées en se détruisant
n'amenassent aussi la ruine de leurs royaumes, demanda
la paix , et rendit les villes injustement envahies par Théo-
debert, en priant que dans aucun cas les habitans n'en
fussent inquiétés , puisque c'était par le fer et le feu
qu'il les avait soumis et rangés sous son obéissance (a).
À cette époque, les villages qui entouraient Paris furent
en grande partie consumés par les flammes; les maisons
et tout ce qu'elles contenaient fürent saccagées par l'en-
nemi, et les habitans emmenés captifs (3). Le roi con-
jurait qu'on n'en fit rien ; mais il ne pouvait maitriser
la fureur de ces peuples venus d'outre Rhin. ll prit
donc le mal en patience, jusqu'à ce qu'il püt regagner
sa patrie. Alors quelques uns de ces paiens murmurè-
rént contre lui, de ce qu'il s'était soustrait au combat (4).
Mais lui, toujours intrépide, monte à cheval, se pré-
sente aux mécontens, et les apaise par de douces paroles.
Plus tard il en fit lapider un grand nombre. On ne peut
méconnaître encore ici la vertu de saint Martin, qui
(1) Probablement Aluye, sur le Loir. (Eure-et- idi, arr. Chà- -
teaudun.) (Ruin.)
(2) Remarquons ce sentiment de justice dans ces temps barbares et
de la part de Chilpéric.
(3) Quoique Paris appartint par indivis aux trois frères, il parait
que tout le pays d'alentour était à Chilpéric. Voyez Greg., vi, 37;
vu, 6.
(4) La phrase latine pourrait également bien s'entendre et se tra-
duire ainsi : Quelques uns de ces barbares murmurèrent contre lui de
ce qu'il les avait empéchés de combattre.
152 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
ille, ut erat intrepidus, ascenso equo, ad eos dirigit ,
e verbis lenibus demulsit, multos ex eis postea
lapidibus obrui precipiens. Sed nec hoc sine beati
Martini fuisse virtute ambigitur (1), ut hi sine bello
pacificarentur : nam in ipsa die, qua hi pacem fece-
runt, tres paralytici ad beati basilicam sunt directi (2).
Quod in sequentibus libris, Domino juvante, disse-
remus.
+
LI. Dolorem enim ingerit (3) animo ista civilia bella
referre. Nam post annum iterum Chilpericus ad
Guntchramnum fratrem suum legatos mittit, dicens :
« Veniat frater mecum (4), et videamus nos, et paci-
« ficati persequamur Sigibertum inimicum nostrum. »
Quod cum fuisset factum , seque vidissent ac mune-
ribus honorassent , commoto Chilpericus exercitu
usque Remis accessit, cuncta incendens atque debel-
lans. Quod audiens Sigibertus, iterum convocatis (5)
gentibus illis , quarum supra memoriam fecimus,
Parisius venit, et contra fratrem suum ire disponit ,
mittens nuntios Dunensibus (6) et Turonicis, ut
contra Theodobertum ire deberent. Quod illi dissi-
mulantes , rex Godegiselum et Guntchramnum duces
(1) * Ambitur, Reg. B.
. (2) Horum trium paralyticorum curationem refert Gregorius lib. ir,
Mirac. sancti Martini, cap. 5, 6 et 7. — * Reg. B, erecti. — Infra, ju-
bente, Corb., Reg. B et Cam.
(5) * Ingenerat, Cam.
(4) Alias, Meus. Ita Corb., [Dub. et Clun.] * Reg. 8 et Cam.
post, nos deest in Reg. Z....
(5) * Convocantibus , Cam.
. (6) [Clun., Dugnensibus vel Turonicis.... Godigisilum]. * Vel To-
rinicis, Reg. B. '
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 153
leur inspira de faire la paix sans combat; car le jour
méme où la paix fut conclue, trois paralytiques pré-
sentés à la basilique du bienheuréux se levèrent debout.
Nous le prouverons (1) en détail, si Dieu le permet,
dans les livres suivans.
LI. C'est une grande douleur pour mon áme de rap-
peler ces guerres civiles. Un an aprés, Chilpéric envoie
de nouveau des députés à son frère Gontran pour lui
dire : « Que mon frére vienne me trouver; voyons-nous,
« faisons la paix, et poursuivons Sigebert notre ennemi. »
Ce qui fut fait : après une entrevue, où ils se firent
des présens, Chilpéric, à la tête d'une armée, s'avanca
jusquà Reims, brülant et saccageant tout sur son pas-
sage. A cette nouvelle, Sigebert appelle de nouveau
ces peuples dont nous avons parlé plus haut, vient
à Paris, et se dispose à marcher contre son frère : en
méme temps, il envoie l'ordre aux habitans du Dunois
et de la Touraine de s'avancer contre Théodebert. Mais,
comme ils ne se pressaient pas d'obéir, le roi mit à
leur tête les ducs Godegisil et Gontran, qui levèrent
une armée, et se hâtèrent d’aller à sa rencontre. Théo-
debert, abandonné des siens, resta avec peu de monde ;
cependant il ne craignit pas d'accepter le combat. L'en-
gagement eut lieu; Théodebert vaincu fut abattu sur
le champ de bataille, et, souvenir douloureux, son
corps inanimé fut dépouillé par les.ennemis ; mais, re-
(1) C'est-à-dire nous prouverons, non le miracle des trois paraly-
tiques, mais l'influence de saint Martin dans les affaires du mionde.
154 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
in capite dirigit. Qui commoventes exercitum, adver-
sus eum pergunt. At ille derelictus a suis, cum paucis
remansit : sed tamen ad bellum exire non dubitat.
Ineuntes autem. prelium, Theodobertus evictus (1)
in campo prosternitur, et ab hostibus exanime corpus,
quod dici dolor est , spoliatur. Tunc ab Arnulfo (2)
quodam collectus, ablutusque ac dignis vestibus est
indutus, et ad Ecolismensem (5) civitatem sepultus.
Chilpericus vero cognoscens , quod iterum se Gunt-
chramnus cum Sigiberto pacificasset, se infra Torna-
censes muros cum uxore et filiis suis communivit.
LII. In eo anno fulgor per coelum discurrisse visus
est (4), sicut quondam ante mortem Chlothacharii
factum vidimus. Sigibertus vero, obtentis civitatibus
illis, quae citra (5) Parisius sunt positæ, usque Ro-
thomagensem urbem accessit , volens easdem urbes
hostibus cedere. Quod ne faceret, a suis prohibitus
est. Regressus inde, Parisius est ingressus : ibique ad
eum Brunichildis cum filiis venit. Tunc Franci , qui
quondam ad Childebertum adspexerant seniorem, ad
Sigibertum legationem mittunt, ut ad eos veniens,
derelicto Chilperico, super seipsum regem stabilirent.
Ille vero hac audiens, misit qui fratrem suum in supra
Q) * Victus, Reg. B.
- (2) Corb., Colb., Bec. [et Clun.] * Et Cam. cum Chesn., 4unuifo
[Dub., Unulfo. ]
(3) Corb., Bell. et Freh., Colosinensem. Colb., Ecolunensem. Bec.
et Mor. s., Ecolinensem. | Dub., Ecolonensim. Clun., Ecolisinensim.]
* Reg. B, Ecolunensim.
(4) Sic Corb. ; alii cum editis , fulgur.... visum est, [Ita Dub.] post,
Hrotogamensim, Reg. B.
(5) (Clun, circa Parisius]. * Sic Reg. B et Cam.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 155
cueilli par un certain Arnulf, qui le lava et le cou-
vrit de vétemens honorables , il fut porté à Angoulême,
et y reçut la sépulture. Chilpéric, apprenant que Gon-
tran s'était réconcilié de nouveau avec Sigebert, s’enferma
dans les murs de Tournay avec sa femme et ses fils,
et s'y fortifia,
LII. Cette année, on vit des feux parcourir le ciel,
comme nous avons vu qu'il arriva autrefois avant la mort
de Clotaire. Sigebert, ayant pris les villes situées en deçà
de Paris (1), s'avanca jusqu'à Rouen, dans l'intention
de les abandonner aux ennemis (2); mais il en fut
détourné par ses fidéles. A son retour, il entra dans
Paris, oü Brunehaut vint le trouver avec ses fils. Alors
les Francs, autrefois sujets de Childebert l'ancien , en-
voyérent une ambassade à Sigebert, pour qu'il vint à
eux , et fût élu leur roi à la place de Chilpéric. Sigebert ,
à cette proposition , envoya une armée pour assiéger son
frère dans la ville nommée ci-dessus, songeant à sy
rendre lui - méme en grande háte. Le saint évéque Ger-
main lui dit : « Si tu pars sans avoir intention de tuer
«ton frère, tu reviendras vivant et vainqueur ; mais
(1) En decà, pour ceux de Tours, c'est-à-dire à l'ouest, entre Paris
et Rouen. |
(2) C'est-à-dire les barbares d'outre Rhin qui le suivaient, ennemis
ou étrangers pour les peuples de la Gaule romaine.
156 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.
memorata civitate obsiderent, ipse illuc properare
deliberans (1). Cui sanctus Germanus episcopus dixit :
« Si abieris, et fratrem tuum interficere nolueris ,
« vivus et victor redibis; sin autem aliud cogitaveris,
« morieris. Sic enim Dominus per Salomonem dixit :
« Foveam quam fratri tuo parabis, in eam conrues. »
Quod ille, peccatis facientibus, audire neglexit (2).
Veniente autem illo ad villam cui nomen est Victo-
riacum (5), collectus est ad eum omnis exercitus,
impositumque super clypeo sibi regem statuunt. Tunc
duo pueri cum cultris validis, quos vulgo scrama-
saxos (4) vocant, infectis veneno , maleficati a Frede-
gunde regina, cum aliam causam suggerere (5) simula-
rent, utraque ei latera feriunt. At ille vociferans atque
conruens, non post multo spatio emisit spiritum.
Ibique et Charegisilus cubicularius ejus conruit : ibi
et Sigila, qui quondam ex Gotthia venerat, multum
laceratus est : et postea ab Chilperico rege compre-
hensus, incensis cum cauteriis candentibus omnibus
jancturis, ac membratim separatus (6), crudeliter
vitam finivit. Fuit autem Charegisilus ille tam levis
opere, quam gravis cupiditate : de minimis consur-
£ens, magnus per adulationes cum rege effectus est :
competitor rerum aliénarum, testamentorumque ef-
(1) [Dub., deliberat].
(2) [Clun., audire noluit].
(3) [Dub., Z'icturiaco]: * Victuria, Cam. Victuriacus, Corb.
(4) Regm., Scramazos. Colb., Chramasaxos. * Reg. B, Chra-
mazxasos.
(5) * Ruin. et-Bouq., se gerere; at suggerere, habent omnes fere
mss. — Reg. Z, infra, simulaverint. Cam. supra, malefici.
(6), Corb., separatis. — " Supra, incensus, Cam. , infra, 4rigyselus,
Cam. : Harigisilus, Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 157
« si tu as un autre dessein , tu mourras. En effet , le Sei-
« gheur a dit par la bouche de Salomon : S tu prépares
«une fosse à ton frère, tu y tomberas le premier (1). »
Mais le roi, en punition de ses péchés, refusa de l'écou-
ter. Arrivé à une maison royale nommée Vitry (2), toute
l'armée se rassembla autour de lui, et l'ayant placé
sur un bouclier, ils l'établirent roi au-dessus d'eux.
Alors deux serviteurs armés de forts couteaux, vulgai-
rement nommés scramasaxes ; dont la pointe était
empoisonnée , séduits par les maléfices de la reine Fré-
dégonde, s'approchent du roi, sous un autre prétexte;
et lui percent les deux côtés à la fois. Sigebert pousse
un cri, tombe; et peu aprés rendit l'esprit (3). Là,
périt aussi Charégisil, son chambellan; là, fut aussi
grièvement blessé Sigila (4), venu autrefois de Gothie.
Plus tard , étant tombé entre les mains de Chilpéric, on
lui brüla toutes les jointures avec un fer rouge, et,
perdant tous ses membres l'un aprés l'autre, il mou-
rut dans des tourmens affreux. Quant à Charégisil ,
c'était un homme aussi léger dans sa conduite. que
vaste dans ses désirs : sorti des derniers rangs, il
était devenu puissant auprés du roi par ses flatteries ;
avide du bien d'autrui, violant les testamens, il périt
de maniére à ne pouvoir, aux approches de la mort,
remplir ses volontés, lui qui avait si souvent détruit
les dernières volontés des autres.
(1) Prov. xxvi, 27.
(2) Vitry, sur la Scarpe. (Pas-de-Calais, arr, Arras.)
(3) En 575, selon les Dates, et les autrés savans. Marius, dans sa
chronique, place sa mort en 576.
(4) Voyez Éclairciss. et observ: ( Note p.)
158 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.
fractor : cui talis fuit vitæ exitus, ut non mereretur
voluntatem propriam morte imminente complere (1) ,
qui aliorum voluntates sepe destruxerat. Chilpericus .
autem in ancipiti casu defixus, in dubium habebat,
an evaderet, an periret , donec ad eum missi velt
de fratris obitu nuntiantes. Tunc egressus a Tornaco
cum uxore et filiis eum vestitum apud Lambros (2)
vicum sepelivit. Unde postea Suessionas in: basilica
sancti Medardi, quam ipse ædificaverat, translatus ,
secus Chlothacharium patrem suum sepultus est. Obiit
autem quarto decimo regni sui anno, setate quadrage-
naria. À transitu ergo Theudeberti senioris usque ad
exitum Sigiberti, supputantur anni viginti novem (5).
Inter exitum vero Sigiberti et nepotis sui Theodoberti,
fuere dies decem et octo. Mortuo autem Sigiberto ,
regnavit Childebertus filius ejus pro eo.
A principio (4) usque ad diluvium, anni bis mille
ducenti quadraginta duo. À diluvio autem usque ad
Abraham, anni nongenti quadraginta duo (5). Ab
Abraham véro usque ad egressum filiorum Israel ex
Ægypto, anni quadringenti sexaginta duo (6). Ab
egressu filiorum Israel ex Ægypto usque ad ædifica=
tionem templi Salomonis, anni quadringenti. octo-
ginta. Ab ædificatione ergo templi usque ad desola-
(1) * Voluntate propria mortem-eminentem, Cam.
(2) Fo: Labrum dinis —" Infra, Sethonas, pro Suessionas,
Cam.
(3) Corb. et Colb., — xxvii, [Ita Dub. In Clun., anni xviij,
mortuo vero éigiberto. Media desunt. ] * Reg. P, xxvii. pro Sigibert
Corb. et Reg. J, habent ejus.
(4) * À p. autem mundi, Reg. B.
(5) [Clun., ncccexn].
(6) Colb., cccctu. Bec., cccexru.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 150
Gependant Chilpéric ; dans la situation la plus cri-
tique, attendait en suspens l'arrét de son salut ou de
- sa mort, quand des messagers vinrent lui annoncer la
mort de son frère. Alors il sortit de Tournay avec sa
' femme et ses fils, et par son ordre, Sigebert, couvert
des derniers vétemens; fut enseveli dans le bourg de
Lambres (1). De là, transporté plus tard à Soissons
dans la basilique de Saint- Médard qu'il avait construite
lui-méme, il fut enterré auprès de Clotaire son père.
Il mourut la quatorzième année de son régne, âgé de
quarante ans. De la mort de Théodebert l'ancien jusqu'à
celle de Sigebert , on compte vingt-neuf ans (2). Entre
la mort de Sigebert et celle de son neveu Théodebert ,
il s’écoula dix-huit jours. Aprés Sigebert , son fils Chil-
debert régna à sa place.
Depuis le commencement du monde jusqu'au déluge,
il y a deux mille deux cent quarante-deux ans. Du déluge
à Abraham, neuf cent quarante-deux ans. D'Abraham à
la sortie d'Égypte, quatre cent soixante-deux. De la sortie
d'Égypte à la construction du temple de Salomon , quatre
cent quatre-vingts. De la construction du temple à sa
désolation et à la transmigration du peuple à Babylone,
trois cent quatre-vingt-dix ans. De la transmigra-
tion à la passion du Seigneur, six cent soixante-huit.
De la passion du Seigneur à la mort de saint Martin,
quatre cent douze ans. De la mort de saint Martin,
(1) Sur la Scarpe , prés de Douai. (Nord. )
(2) Voyez Éclairciss. et observ. (Note q.)
^
160 HISTORIA FRANCORUM LIB. IV.
tionem. ejus, et transmigrationem. in Babyloniam ,
anni trecenti nonaginta (1). À transmigratione igitur
usque ad passionem Domini , anni sexcenti sexaginta-
octo (2). A passione Domini usque ad transitum sancti
Martini , anni quadringenti et duodecim. A transitu
sancti Martini usque ad transitum Chlodovechi regis,
anni centum duodecim. A transitu Chlodovechi regis
usque ad transitum Theudeberti , anni triginta-
septem (5). A transitu Theudeberti (4) usque ad
exitum Sigiberti, anni viginti novem. Qui sunt si-
mul anni quinquies mille septingenti septuaginta-
quatuor (5).
EXPLICIT LIBER QUARTUS (6).
(1) Sic codd. Bell. et Corb., quem numerum ita scribunt cccrxr.
Regm., Bec., [Clun.] et Bad., habent cccxr. Colb. et Chesn., cccrxi;
alii editi, cccrx. * Reg. B, cccox. Ut videtur, pro ccexc.
(2) Corb., Colb., Chesn. et Bad., pcxrviu. * Sic et Reg. B; nullus
est numerus in codice Regm.
(3) Cod. Colb., xxxiv. * Sic et Reg. 7.
(4) * Theotbercti ‘supra, Theotbrecti, Reg. B.
(5) Sic mss. cum Bad., qui computus congruit singulis articulis, ut
habentur in nostro textu. Ceteri tamen editi habent, quadraginta-
quatuor. * Corb. et Reg. B, quod sunt s. a. vwr : nccuxxun. Tantum.
— Hic in Bell. et Corb. codd. addita sunt quasi ultimum libri, sep-
timum et octavum libri vii capita, quibus discedentibus, etc.; unde
huc impacta, nescio.
'(6) “In Reg. 3 hzc verba sunt post indiculum capitum libri v, qui-
bus additur : incipit liber v.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 161
à celle de Clovis, cent douze ans. Dela mort de Clovis
à celle de Théodebert , trente- sept ans. De la mort de
Théodebert à celle de Sigebert, vingt-neuf ans. Ce qui
fait en somme cinq mille sept cent soixante - quatorze
ans (1).
FIN DU LIVRE QUATRIÈME.
(1) Voyez Étclairciss. et observ. (Note r.)
LIBER QUINTUS.
INCIPIUNT CAPITULA LIBRI QUINTI:
1. De Childeberti junioris regno et de matre cjus. — 2. Quod
Merovechus Brunichildem accepit uxorem. — 3. Bellum contra
Chilperieum ; et de malitia Rauchingi. — 4. Quod Roccolenus
Turonis venit, — 5. De episcopis Lingonicis, et Namnetico.
— 6. De Leonaste , archidiacono Biturigo. — 7.. De Senoch re-
clauso. — 8. De sancto Germano, Parisiorum episcopo. — 9. De
Caluppane reclauso. — 10, De Patroclo reclauso. — 11. De Judæis
conversis per Avitum episcopum. — 12. De Brachiône abbate.
— 13. Quod Mummolus Lemovicas vastavit. — 14. Quod Me-
rovechus tonsoratus ad basilicam Sancti Martini confugit. —
15. Bellum inter Saxones et Suevos. — 16. De interitu Ma-
cliavi. — 17. Quod Guntchramnus rex filios Magnacharii
interfecit , suosque perdidit ; et de dubietate Pasche. — 18. De
ecclesia. Cainonensi ; et quod Guntchramnus rex cum Childe-
berto conjunctus est. — 19, De Prætextato episcopo; et interitu
Merovechi. — 20. De eleemosynis Tiberii. — 21. De Salonio
et Sagittario episcopis, — 22. De Winnoco Brittone. — 23. De
obitu Samsonis, filii Chilperici. — 24. De prodigiis ostensis.
— 95. Quod Guntchramnus-Boso filias suas de basilica Sancti
Martini abstulit; et Chilpericus Pictavis invasit. — 96. De
interitu Daconis et Dracoleni (1). — 27. Quod exercitus in Bri-
' tannias abiit. — 28. De ejectione Salonii et Sagittarii, — 29. De
descriptionibus a Chilperico impositis. — 30. De vastatione
Britannorum. — 31. De imperio Tiberii, — 32. De insidiis
Britannorum. — 33. De basilica Sancti Dionysii injuriata per
(1) Corb., Dacoleni ct Dratgleni ducis.
LIVRE CINQUIEME.
SOMMAIRES DES CHAPITRES DU LIVRE CINQUIÈME.
1. Avénément au trône de Childebert le jeune ; ce qui arrive à sa
mère. — 2. Mérovée épouse Brunehaut. — 3. Guerre contre
Chilpérie; méchanceté de Rauching. — 4. Arrivée de Roc-
colen à Tours. — 5. Des évêques de Langres et de Nantes.
— 6. Léonaste , archidiacre de Bourges.— 7. Le reclus Sénoch.
— 8. Saint Germain , évêque de Paris, — 9. Le reclus Caluppa.
— 10. Le reclus Patrocle. — 11. Conversion de plusieurs Juifs
par l’évêque Avitus. — 12. L'abbé Brachion. — 13. Ravage du
Limosin par Mummol. — 14. Mérovée tonsuré se réfugie dans
la basilique de Saint-Martin. — 15. Guerre entre les Saxons
et les Suéves. — 16. Mort de Macliau. — 17. Le roi Gontran
tue les fils de Magnacaire, et perd ses propres enfans; doute
sur l'époque de la Páque. — 18. De l'église de Chinon ; alliance
de Gontran avec Childebert. — 19. L'évéque Prétextat; mort
de Mérovée. — 20, Aumónes de Tibére. — 21. Les évéques
Salone et Sagittaire. — 22. Winnoc le Breton. — 23. Mort
de Samson , fils de Chilpéric. — 24. Prodiges; apparitions. —
25. Gontran-Boson enlève ses filles de la. basilique de Saint-
Martin ; Chilpéric envahit Poitiers. — 26. Mort de Dacon et
de Dracolen. — 27. Expédition en Bretagne. — 28. Dégrada-
tion des évêques Salone et Sagittaire. — 29. Impôts nouveaux -
établis par Chilpéric. — 30. Ravages des Bretons. — 31, Règne
de Tibère. — 32. Perfidie des Bretons. — 33. La basilique de
Saint-Denis profanée à l'oceasion d'une femme. — 34. Prodiges.
— 35. Dysenterie; mort des fils de Chilpéric, — 36. De la
reine Austrechilde. — 37. De l’évêque Héraclius et, du comte
Nantin. — 38. Martin, évêque de Gallice. — 30.. Persécution
des chrétiens en Espagne, — 40. Mott' de^ Glovis. — 41. Les
164 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
mulierem. — 34. De prodigiis. — 35. De dysenterie morbo ,
et filiis Chilperici mortuis. — 36. De-Austrechilde regina. —
37. De Heraclio episcopo , et Nantino comite, — 38. De Mar-
tino, Galliciensi episcopo. — 39, De persecutione christianorum
in Hispaniis. — 40. De interitu Clodovechi. — 41. De Elafio
et Eunio episcopis, — 42. De legatis Galliciensibus , ac pro-
digiis. — 43. De Maurilione Cadurcorum episcopo. — 44. De
altercatione cum hæretico. — 45. De his quz Chilpericus
scripsit, — 46. De obitu Agreecule episcopi. — 47. De obitu
Dalmatii episcopi, — 48. De comitatu Eunomii. — 49. De
malitia Leudastis, — 50. De insidiis quas nobis fecit , et qualiter
ipse humiliatus est. — 51. Quz beatus Salvius de Chilperico
pradixit.
PROLOGUS (1).
TxpEr me bellorum civilium diversitates, quae
Francorum gentem et regnum valde proterunt, me-
morare : in quo, quod pejus est, tempus (2) illud ,
quod Dominus de dolorum praedixit initio, jam vide-
mus. Consurgit (5) pater in filium, filius in patrem :
frater in fratrem , proximus in propinquum. Debe-
bant enim eos exempla anteriorum regum terrere,
qui, ut divisi (4), statim ab inimicis sunt interempti.
Quotiens et ipsa urbs urbium, et totius mundi caput ,
iniens bella civilia , ruit (5)! quo cessante, rursum
quasi ex humo surrexit. Utinam et vos; o reges, in
(1) * Hic titulus deest in Corb. et Reg. Z ; ubi prologus ipse pars
cst primi capitis.
(2) * Tempore, Corb., Reg. B.
(3) * Consurget, Reg. B.
(4) * Ut qui divisi, Reg. B,
(5) * Diruit! que, Reg. B; diruit, Corb. et Bell.— Supra, caput
ingens, bella, etc., Corb. et Bell.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 165
évêques Elafe et Eunius. — 42. Ambassade de Gallice; pro-
diges. — 43. Maurilion , évéque de Cahors. — 44. Discussion
. avec un hérétique. — 45. Écrits de Chilpéric. — 46. Mort de
l’évêque Agricola. — 47. Mort de l’évêque Delmace, — 48. Le
comte Eunomius. — 49. Méchanceté de Leudastes. — 50. Piége
* qu’il nous tendit; et quelle fut son humiliation. — 51. Prédic
tion du bienheureux Sauve au sujet de Chilpéric. '
PROLOGUE.
Je souffre à rappeler tant de guerres civiles qui écra-
sent le peuple et l'empire des Francs : et ce qu'il y a
de plus triste, c'est que nous voyons déjà ce temps
prédit par Dieu pour le commencement des douleurs (1):
Le père s'élève contre le fils, le fils contre le père; le
éreontre le frère, le prochain contre le prochain (5).
Ils devaient pourtant étre effrayés par les exemples
des rois précédens, qui furent tués par leurs ennemis
aussitôt que divisés. Combien de fois, la ville des villes, -
la capitale du monde entier, en s'engageant dans les guer-
res civiles, tomba pour ainsi dire; et, quand elles ces-
saient ,'se releva comme de terre! Plût à Dieu que
vous aussi, Ó rois, ne fussiez occupés que de combats
semblables à ceux qui ont exercé vos péres, afin que
les nations, effrayées déjà de votre union, fussent ac-
(1) Matth., 24, 8.
(2) Matth., 10, 21.
166 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
his præliis (1), in quibus parentes vestri desudaverunt,
exerceremini , ut gentes, vestra pace conterritze , vestris
viribus premerentur. Recordamini quid caput victo-
riarum vestrarum , Chlodovechus, fecerit , qui adver-
sos (2) reges interfecit, noxias gentes elisit, patrias
geutes (5) subjugavit; quarum regnum vobis integrum
inlesumque reliquit. Et cum hoc faceret, neque
aurum, neque argentum, sicut nunc est in thesauris
vestris, habebat. Quid agitis? quid quaritis? quid
non abundatis? In domibus deliciæ (4) supercrescunt ;
in promptuariis vinum, triticum , oleumque redun-
dat; in thesauris aurum atque argentum coacervatur.
Unum vobis deest, quod , pacem non habentes (5),
Dei gratia indigetis. Cur unus tollit alteri suum ? cur
alter (6) concupiscit alienum ? Cavete illud quaeso
apostoli : Sz invicem mordetis et comeditis , videte ne
ab invicem consumamini. Scrutamini diligenter vete-
rum scripta , et videbitis quid civilia bella parturiant.
Requirite quid de Carthaginensibus scribat Orosius :
qui, cum post septingentos annos subversam «dicat
civitatem et regionem eorum, addidit : « Que res
«eam tandiu servavit ? concordia. Qua res eam
« post tanta destruxit tempora ? discordia. » Ca-
vete discordiam , cavete bella civilia , qüæ vos po-
pulumque vestrum expugnant. Qui aliud sperandum
erit, nisi, cum exercitus véster ceciderit, vos sine
solatio relicti , atque a gentibus adversis oppressi pro
(1) * Pralia.... exercemini , Corb., Reg. B.
(2) Alii, diversos. * Ut Reg. 7.
(3) * Gentes abest in Corb., Bell. et Reg. 2.
(4) Corb. et Bell., in domibus militie. * In Reg. B, dilitia.
(5) * Habetis.... gratiam , Reg. B.
(6) Alii, alteri suum, cum alter concupiscit alienum.
HISTOIRE, DES FRANCS, LIV. V. 167
cablées par la force de vos armes! Rappelez- vous ce
qu'a fait Clovis, l'auteur de toutes vos victoires; tous
ces rois opposés, mis à mort; ces nations farouches,
écrasées; ces peuples de la Gaule, subjugués. Il vous a
laissé sur tous un empire absolu et puissant; et quand
il exécutait ces grandes choses, il n'avait ni or, ni
argent, comme vous en possédez maintenant dans vos
trésors. Que faites - vous? que voulez-vous? que n'avez-
vous pas en abondance? Dans vos maisons, les objets
de luxe s'entassent en foule : dans vos celliers, regor-
gent le vin, le froment et l'huile : dans vos trésors,
sont des monceaux d'or et d'argent. Une seule chose
vous manqué, parce que la paix n'est pas entre vous :
c'est la grâce de Dieu. Pourquoi l'un enleve- t-il à l'autre
ce qui lui appartient? Pourquoi l'autre convoite-t-il ce
qui n'est pas à lui? Écoutez, je vous en prie, ec que
dit l'apótre : S vous vous mordez et vous dévorez
les uns les autres, prenez garde que vous ne vous
consumiez les uns les autres (1). Parcourez attenti-
vement les écrits des anciens, et vous verrez les maux
qu'enfantent les guerres civiles. Recherchez dans Orose
ce qu'il dit des Carthaginois (2) : après avoir écrit que
leur ville et leur empire furent détruits aprés sept cents
ans d'existence, il ajoute : « Qui les a maintenus si long-
« temps ? la concorde. Qui les a détruits aprés une si
« longue durée ? la discorde. » Craignez donc la discorde,
craignez les guerres civiles, qui vous détruisent, vous
(1) Galat., 5, 15.
(2) Orose, liv. iv, surtout à partir du chap. 6, parle longuement
des Carthaginois.
168 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
tinus conruatis ? Si te(1), o rex, bellum civiledelec-
tat, illud quod apostolus in hominem agi meminit ,
exerce, ut spiritus concupiscat adversus carnem, et
vitia virtutibus cedant; et tu, liber, capiti tuo, id est
Christo, servias, qui quondam radici malorum ser-
vieras compeditus.
L. Igitur interempto Sigiberto rege apud Victo-
riacum villam, Brunichildis regina cum filiis Pari-
sius (2) residebat. Quod factum cum ad eam perlatum
fuisset, et conturbata dolore ac luctu, quid ageret
ignoraret , Gundobaldus (5) dux adprehensum Chil-
debertum filium ejus parvulum furtim abstulit :
ereptumque ab irhminenti morte, collectisque gen-
tibus super quas pater ejus regnum tenuerat, regem .
instituit, vix lustro ætatis uno jam peracto : qui die
Dominici (4) Natalis regnare coepit. Anno igitur primo
regni ejus, Chilpericus rex Parisius venit, adprehen-
samque Brunichildem apud Rothomagensem civitatem
in exsilium trusit, thesaurosque ejus, quos Parisius
detulerat, abstulit; filias vero ejus Meldis (5) urbe
teneri precepit. Tunc Roccolenus (6) cum Cenoman-
(1) *. Tibi, Reg. B et Cam.
(2) * Parisius deest in Corb. 7. .
(3) Sic editi cam Regm. mss. plerique Gundovaldus. Corb., Gun-
dovaldus rex. * Reg. B, Gundoaldus. Cam., ignorabat, Gundoaldus.
(4) " Dominica , talis regn., Reg. B.
(5) Sic Regm. et Bad.; Bec., Meledum* Corb. et Bell., Meledus. [Ita
Dub. et Clun.] * Et Reg. 8. Camer., JVeHedus. Editi plerique, Meledis :
vulgo, Meaux.
(6) Alii, Rucculenus. Regm., Rotolenus. Bec., Ruccolenus, et infra
cap. 4. Ruccolinus, seu Rutulenus. [Clun., Rucolenus.... cum Ceno-
mannis.] — " Corb. et Reg. B, Toronus ut semper. Camer., Cinno-
mannicis.
HISTOIRE DES- FRANCS, LIV. V. 169
et votre peuple. Qu'espérer encore, sinon qu'aprés la
perte de vos.armées, restés seuls et sans secours, vous ne
tombiez accablés bientôt par les nations ennemies? O roi!
si tu aimes tant la guerre civile, exerce-toi à celle qui se
livre dans l'homme, selon l'apótre (1). Que Z'esprit s"élove
contre la chair; que les vices cédent aux vertus! Libre
alors, sers ton chef, qui est le Christ, toi qui, enchaîné,
servais l'auteur de tout mal. ,
L Lorsque Sigebert fut tué à Vitry, la reine Bru-
nehaut résidait alors à Paris avec ses enfans.- Quand
cette nouvelle lui arriva, troublée par la douleur et les
larmes, elle ne savait que faire : mais le duc Gonde-
baud s'empara de Childebert, son jeune fils, l'emporta
secrètement ; et, l'ayant ainsi soustrait à. une mort cer-
taine, il réunit les peuples sur lesquels son pére avait
régné , et le fit proclamer roi, à peine ágé d'un lustre : ce
fut le jour méme de Noël que Childebert commença de
régner (2).
Or, la premiére année de son régne (3), le roi Chil-
péric vint à Paris, y saisit Brunehaut, l'envoya en exil à
Rouen, et s'empara des trésors qu'elle avait apportés à
Paris. Quant à ses filles, il les fit retenir à Meaux. Dans
ce temps Roccolen vint à Tours avec les hommes du
Maine, enleva du butin, et commit plusieurs crimes. Nous
rappellerons plus bas (4) comment, en punition de ses
(1) Galat., 5, 17. Grégoire ne présente pas ici la pensée de l'apótre.
Saint Paul dit seulement que les désirs de l'esprit et de la chair sont
opposés.
(2) Ce fut le jour où il fat reconnu solennellement : car, d’après
l'épitaphe de Césarie, il régnait depuis le 8 décembre. (D. Bouquet.)
(3) An 556.
(4) Chap. 4.
170 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
nicis Turonis venit, et prædas egit, et multa scelera
fecit : quod in sequenti qualiter a virtute beati Martini
pro tantis malis que gessit, joco (1) interit ,
memorabimus.
II. Chilpericus vero filium suum Merovechum cum
exercitu Pictavis dirigit. At ille relicta ordinatione
patris (2), Turonis venit, ibique et dies sanctos Pa-
schæ tenuit. Multum enim regionem illam exercitus
ejus vastavit. Ipse vero, simulans ad matrem suam ire
velle, Rothomagum petiit : et ibi Brunichildi reginae
conjungitur, eamque sibi in matrimonio sociavit. Haec
audiens Chilpericus, quod scilicet contra fas legemque
canonicam uxorem patrui accepisset, valde amarus,
dicto citius ad supra memoratum oppidum dirigit. At
illi cum hæc cognovissent, quod eosdem separare
decerneret, ad basilicam sancti Martini, qua super
muros civitatis ligneis tabulis fabricata est, confugium
faciunt. Rex vero adveniens, cum in multis ingeniis
eos exinde auferre niteretur, et illi, dolose eum pu-
tantes facere, non crederent, juravit eis dicens : « Si,
inquit ; voluntas Dei fuerit (5), ipse hos separare non
conaretur. » Haec illi sacramenta audientes (4), de
basilica egressi sunt; exosculatisque et dignanter ac-
ceptis, epulavit cum eis. Post dies vero paucos, ad-
sumto secum rex Merovecho, Suessionas (5) rediit.
(1). * Percussus deest in Corb. et Bell.
(2) * Patris d. in utroque.
(5) Plerique editi cum Bec. [et Clun.] , foret. Bad., foret, ipse vos
separare non conarer. " In Corb., si deest, et infra, non quoquc
deest; in Reg. B, et ipse.
(4) Alii , accipientes. Et infra Colb., epulatus est cum eis. * In Corb.,
cum eis deest.
(5) Alii, Sessiones, eL inferius. Regm. vero et Bec., Sessionis. |Dub.,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 171
excès, frappé par la vertu de saint Martin, il périt misé-
rablement.
II. Chilpéric dirigea son fils Mérovée , avec une armée,
sur Poitiers : mais celui-ci, négligeant les ordres de
son père, vint à Tours, où il passa les fêtes de Pâques,
et son armée commit de grands ravages dans le pays.
Pour lui, feignant de vouloir aller trouver sa mère (1),
il se rendit à Rouen; là, il se lia avec la reine Bru-
nehaut , et se l'associa par les liens du mariage. A cette
nouvelle, Chilpéric, furieux de ce qu'au mépris des lois
divines et canoniques, il avait épousé la femme de son
oncle, se dirige aussitót vers cette ville. Ceux-ci, ap-
prenant qu'il voulait les séparer, se réfugièrent dans une
basilique de Saint-Martin construite en bois, sur les
murs de la ville. Le roi arrive, et par beaucoup de pa-
roles artificieuses s'efforce de les tirer de là; mais comme,
bien convaincus de ses intentions perfides, ils refusaient
de le croire, il leur dit avec serment : « Si telle est la
« volonté de Dieu, je ne chercherai pas à les séparer. »
Quand ils eurent entendu ce serment, ils sortirent de.la
basilique. Chilpéric les embrassa, les reçut avec honneur,
et mangea méme avec eux : mais peu de jours aprés, il
prit avec lui Mérovée et retourna à Soissons.
(1) Audovére , qui avait été aun par Chilpéric dans un mona-
stère du Mans. ( Aimoin, ui, 6 et 15.)
172 HISTORIA FRANCORUM. LIB. V.
HI. Cum autem ibidem commorarentur, collecti
aliqui de Campania , Suessionas urbem adgrediuntur,
fugataque ex ea Fredegunde regina atque Chlodo-
vecho, filio Chilperici, volebant sibi subdere civita-
tem. Quod ut Chilpericus rex comperit , cum exercitu
illuc direxit, mittens nuntios ne sibi injuriam face-
rent; et excidium de utroque eveniret exercitu. Illi
autem, h«c negligentes, præparantur ad bellum :
commissoque prelio , invaluit pars Chilperici , atque
fugavit partem sibi adversam, multos ex ea strenuos
atque utiles viros prosternens ; fugatisque re a $
Suessionas ingreditur. Quee postquam acta sunt,
propter conjugationern Brunichildis, suspectum frs
bere coepit Merovechum filium suuni, dicens hoc præ-
lium (1) ejus nequitia surrexisse : spoliatumque ab
armis, datis custodibus , libere custodiri precepit ,
tractaris quid de eo in posterum ordinaret. Godinus
autem , qui a sorte (2) Sigiberti se ad Chilpericum
transtulerat, et multis ab eo muneribus locupletatus
est,-caput belli istius fuit ; sed in campo victus, pri-
mus fuga dilabitur. Villas - vero, quas ei rex a fisco in
territorio Suessionico indulserat, abstulit et basilicze
contulit beati Medardi. Ipse deque Godinus, non post
multum tempus repentina morte præventus, interiit.
Cujus conjugem Rauchingus (3) accepit, vir omni
Sessionas y sic infra. Clun., Sessonas.] * Reg. B et Cam., Sessionas.
Inde medio evo dicebatur Sessons, ut videre est in Ludovici IX
Vita a regine Margarete confessore conscripta.
(1) * Corb. et Bell., hcc prelia.
{2) [Clun., a parte]: * Reg. B, e sorte.
(3) Alii, Hauchinchus. [Dub., Raucincus. Clun., Rauchincus.]
* Reg. B, Rauhingus ; post, vir abest.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 173
III. Tandis qu'ils y étaient, quelques hommes de la
Champagne, s'étant réunis, attaquent la ville de Soissons;
ils: voulaient en chasser Frédegonde et Clovis, fils de
Chilpéric, et s'emparer de la ville. Chilpéric à cette nou-
velle (1) y marcha avec une armée, et les avertit par des
messagers de ne point l'attaquer, de peur que les deux
armées n'éprouvassent uné grande perte, Sourds à ses
remontrances , ceux-ci se p'éparèrent au combat. La ba-
taille se livra; Chilpéric eut l'avantage , enfonca le parti
contraire, leur tua .un certain. nombre d'hommes utiles
et courageux, mit en fuite le reste et rentra dans Sois-
sons. Aprés cet événement, Mérovée, à cause de son
mariage avec Brunehaut , devint suspect à son pére, qui
lui reprochait d'être par sa perfidie la cause de cette
guerre; en conséquence, l'ayant dépouillé de ses armes,
il lui donna des gardiens pour veiller sur lui quoiqu'il le
laissát libre, songeant à ce qu'il devait en ordonner plus
tard. Or le véritable auteur de cette guerre était Godin,
qui du parti de Sigebert était passé à Chilpéric, et en
ävait recu beaucoup d'honneurs et de richesses (2) ; mais
vaincu sur le champ de bataille, il fut le premier à s'en-
fuir. Le roi lui óta les terres du fisc qu'il lui avait données
(1) Il n'y était donc pas, comme semblent le dire les premiers mots
du chapitre. Peut-étre veut-il dire que Chilpéric y faisait son séjour
habituel depuis qu'il avait ramené Mérovée ; mais il pouvait s'en ab-
senter quelquefois; et ce fut pendant une de ces absences que les
Champenois attaquérent la ville.
(2) Probablement il voulait retourner à Childebert, et avait éxcité
une guerre contre Chilpéric pour le trahir; c'est pour cela qu'il s'en-
fuit dés le commencement de la bataille : ce qui n'avait pas empéché
Chilpéric de remporter la victoire. L'anteur nomme ensuite le réfé-
rendaire Siggo, qui, après la mort de Sigebert, s'était de méme atta-
ché à Chilpéric; puis le quitta pour Childebert.
174 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
vanitate repletus, superbia tumidus, elatione proter-
vus : qui se ita cum subjectis agebat, ut non cognos-
ceret in se aliquid humanitatis habere, sed ultra mo-
dum humane malitie atque stultitie (1) in suos
desæviens, nefanda mala gerebat. Nam si ante eum,
ut adsolet, convivio urentem (2) puer cereum tenuis--
set , nudari ejus tibias faciebat, atque tamdiu (5) in hís
cereum comprimi , donec lumine privaretur : iterum,
cum inluminatus fuisset, similiter faciebat, usque
dum tote tibie famuli tenentis exurerentur, Quod
si vocem emittere, aut se de loco illo alia in parte
movere (4) conatus fuisset , nudus illico gladius im-
minebat : fiebatque ut, hoc flente, iste magna leetitia
exsultaret. Aiebant enim quidam, eo tempore duos
de famulis ejus, ut sepe contingit, mutuo se amore
dilexisse, virum scilicet et puellam. Cumque hec di-
lectio per duorum annorum aut eo amplius spatia
traheretur, conjuncti pariter ecclesiam petierunt.
Quod cum Rauchingus comperisset , accedit ad sacer-
dotem loci; rogat sibi protinus reddi suos famulos (5)
excusatos. Tunc. sacerdos ait ad enm : « Nosti. enim
« que veneratio debeat impendi ecclesiis Dei : non
« enim poteris eos accipere, nisi ut fidem facias de
,« permanente eorum conjunctione; similiter et ut de
« omni poena. corporali liberi maneant, repromit-
«tas (6). ». Ât ille, cum diu ambiguus cogitatione
(1) Corb. et Bell., ultra modum atque stultitiæ.
(2) " Corb., Reg. B et Cam., convivio utenti puer.
(3) * Corb. et Bell., tamdiu donec lumine.... media desunt.
(4) * Corb. et Bell., aut de loco movere.
(5) [Dub., famulos. Excusatus tunc].
(6) Exstat ea de re formula apud Bignonium , inter veteres incerti
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 175
dans le territoire de Soissons, et les conféra à la basilique
de Saint-Médard. Godin, lui-même, mourut peu aprés de
mort subite. Sa veuve épousa Rauching, homme rempli
de vanité, bouffi d'orgueil , insolent , traitant ses subal-
ternes comme sil oubliait qu'il était homme; dépassant
toutes les bornés de la malice et de la sottise humaine
dans ses cruautés envers les siens, et commettant des
actions détestables. Si un esclave tenait devant lui , comme
c’est l'usage, un cierge allumé pendant son repas, il lui fai-
sait mettre les jambes à nu, et lé forcait d'y serrer le cierge
avec force, jusqu'à ce qu'il fût éteint. Quand on l'avait
rallumé , il faisait recommencer jusqu'à ce que les jambes
du serviteur fussent toutes brülées : si le malheureux vou-
lait pousser un cri ou changer de place, une épée nue le
menacait à l'instant, et ses pleurs excitaient les transports
de joie de son maitre. Quelques personnes disaient que,
dans ce temps, deux de ses serviteurs , un homme et une
jeune fille , comme il arrive souvent, se prirent.d'amour
l'un pour l'autre. Cette inclination durait depuis deux ans
ou plus encore; ils s'unissent enfin, et se réfugient en-
semble dans l'église. Rauching , l'ayant appris, va trouver
le prétre du lieu, et le prie de lui rendre sur-le-champ
ses deux serviteurs, avec promesse de leur pardonmer.
Alors le prêtre lui dit : « Tu sais quel respect on doit
«avoir pour les églises de Dieu : tes serviteurs ne te
« seront rendus que si tu me garantis ta parole que leur
« union ne sera pas troublée, et me promets en même
«temps de les exempter de toute peine corporelle. »
Rauching, après avoir hésité long-temps en silence sur,
ce qu'il devait faire, se tourna enfin vers le prêtre, et
plaçant ses mains sur l'autel, dit avec un serment : « Ils
« ne seront jamais séparés par moi : au contraire, je ferai
176 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
siluisset, tandem conversus ad sacerdotem, posuit
manus suas super altari cum juramento, dicens :
« Quia numquam erunt a me separandi; sed potius
« ego faciam, ut in hac conjunctione permaneant :
« quia, quamquam mihi molestum fuerit, quod absque
« mei consilii conniventia (1) talia sint gesta, illud
« tamen libens amplector, quod nec hic ancillam alte-
« rius, neque heec extranei servum ácceperit. » Cre-
didit sacerdos ille simpliciter promissioni hominis
callidi, reddiditque homines excusatos. Quibus ille
acceptis , et gratias agens, abscessit ad domum suam :
et statim jussit elidi arborem, truncatamque colum-
nam ejus per capita cuneo scissam (2) precepit exca-
vari : effossaque in altitudine trium aut quatuor pedum
humo, deponi vas jubet in foveam. Ibique puellam
ut mortuam componens, puerum desuper jactari pre-
cepit : positoque opertorio (5); fossam humo replevit,
sepelivitque eos viventes, dicens : « Quia non frus-
« travi juramentum meum, ut non separarentur hi
«in sempiternum. » Qua cum sacerdoti nuntiata
fuissent, illuc. cucurrit velociter; et increpans homi-
nem, vix obtinuit ut detegerentur. Verumtamen pue-
rum vivum extraxit, puellam vero reperit suffoca-
tam. In talibus enim operibus valde nequissimus erat ,
auctoris, quas ipse Bignonianas vocat, num, 22. Vide et ejusdem loc.
cit. notas. — Corporali abest a Corb. et Bell.
(1) Colb. cum aliquot editis, convenientia, Bec., conhibentia. " Reg.
D, que quam mihi.... ut absque convenienti ista sint.... Corb. et Bell.,
ista, |
(2) Corb., ejus per capita cuneos. Chesn., ejus pro capite cuneo.
Bec., columplam.... effossamque , etc.
(3) * Corb., posuit opert.... et; Weg. B, posuitque op.... — Infra ,
illuc deest in utroque.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 177
« en sorte qu'ils restent toujours unis. Quoiqu'il me peine
«que tout ceci soit arrivé sans mon consentement , je
« m'attache avec plaisir à cette pum, que ni le jeune
« homme n'aura épousé la servante autre, ni celle-ci
« l'esclave d'un étranger.» Le prêt ance, crut à
la promesse de cet homme rusé, et es serviteurs,
comptant sur le on. Rauching | ut, le remercia,
et retourna à sa n. Aussitót, par s dre, on coupe
un arbre, dont on abat la téte, et on creuse le tronc avec
un coin; puis dans une fosse pratiquée en terre, profonde
de trois ou quatre pieds, il fit déposer cette piéce de bois
oü était placée la jeune fille comme si elle était morte;
il ordonna qu'on jetát l'esclave sur elle; mit un couvercle
par-dessus, remplit la fosse de terre, et les. ensevelit ainsi
tout vivans. « Je ne manque pas, disait-il, au serment que
« j'ai fait, de ne jamais les séparer. » Quand le prétre apprit
cette nouvelle, il accourut précipitamment; et adtessant
de vifs reproches à cet homme, obtint avec peine de les
découvrir. Il retira le jeune homme encore vivant, mais
la fille était étouffée. Tels étaient les actes que suggérait
à Rauching sa méchanceté. Il ne savait que rire, trom-
per et faire le mal; aussi, aprés de tels crimes commis
pendant sa vie, mourut-il par un crime, comme il l'avait.
mérité; ce que nous raconterons plus tard (1).
Le référendaire (2) Siggo, qui avait tenu le sceau du roi
Sigebert, et que le roi Chilpéric avait engagé à remplir
auprès de lui les mêmes fonctions qu'auprés de son frère,
Bl. —— — —— ——————
(1) Liv. ix, chap. 9.
(2) L'officier qui, sous la première race, signait du sceau royal les
diplômes du roi. On l'appela, le plus ordinairement, chancelier sous
la troisième, Voyez Mabillon, de Re diplomat., lib. n, cap. 11.
HW. 12
178 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
nullam aliam habens potius (1) utilitatem, nisi ir
cachinnis ac dolis, omnibusque perversis rebus. Unde
non immerito taliter excessit a vita, qui talia gessit
cum frueretur hac vita : quod in posterum digesturi
sumus. Siggo quoque referendarius , qui anulum regis
Sigiberti tenuerat, et ab Chilperico rege provoca-
tus (2) erat, ut servitium quod tempore fratris sui
habuerat, obtineret, ad Childebertum regem Sigi-
berti filium, relicto Chilperico, transivit , resque ejus
quas in Suessionico habuerat, Ansoaldus (5) obtinuit.
Multi autem et alii de his qui se de (4) regno Sigi-
berti ad Chilpericum tradiderant, recesserunt. Uxor
quoque Siggonis non post multo temporis spatio
obiit : sed ille aliam rursus accepit.
. IV. His diebus Roccolenus (5) ab Chilperico mis-
sus, Turonis advenit cum magna jactantia, et ultra
Ligerim c ponens, nuntios ad nos direxit, ut
scilicet € um, qui tunc de morte Theodo-
basilica sancta deberemus extra-
c 1 faceremus, et civitatem, et omnia
suburbana ejus, juberet incendio concremari. Quo au-
dito, mittimus ad eum legationem , dicentes hec ab
antiquo facta non fuisse, quæ hic fieri deposcebat ;
sed nec modo permitti posse, ut basilica sancta vio-
(1) Regm., nullam prorsus aliam habens. At in Corb. et Bell. de-
sunt hec, valde nequissimus, etc., usque ad perversis rebus.
(2) Provocatus, id est, promotus. | Dub., prevaricatus.] * Cam.,
privarícarus. j
(3) Sic mss., at plerique editi , 4nsovaldus. [Ita Clun.,] Bec., 4n-
solvaldus. * Reg. B, Anseuvaldus. — Cam. supra, Sessionaco.
f4) [Dub. et Clun., de regione]. " Sic Corb., Bell., Reg. B et Cam.
(5) [Clun., Aucculenus]. — * Corb., ad Chilperico ; missus, deest
in Corb. et Bell. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. — — 179
quitta Chilpéric, et passa du cót hildebert, fils de
Sigebert ; et tous les domaines qu'il a cus dans le
Soissonnais furent donnés à Ansoald. De méme plusieurs
autres de ceux qui avaient passé du royaume de Sigebert
à Chilpéric se retirérent. Peu de temps après mourut la
femme de Siggo; mais celui-ci en prit une autre.
LS
€
é É
IV. Dans ces jours-là ; Roccolen, envoyé par Chilpéric,
vint à Tours plein de jactance, et ayant établi son camp
au-delà de la Loire (1), nous env
ordre de faire sortir de la sainte
l'on accusait alors de la mort
n'obéissions, il menacait de brüler la ville et ses fau-
bourgs. Aprés avoir entendu son message, nous lui en-
voyámes une députation pour lui dire que jamais, de toute -
antiquité, on n'avait rien fait de semblable à ce qu'il de-
mandait, et que maintenant on ne pouvait lui permettre
la violation d'une sainte basilique; qu'un pareil sacri-
lége ne tournerait à bien ni pour lui ni pour le roi , qui
l'en avait chargé; qu'il devait craindre plutót la sainteté
de l’évêque, dont la vertu avait la veille encore guéri
une femme paralytique. Peu sensible à ces menaces,
(1) Au-delà, par rapport à Tours ; sur la riye droite. y
, c v.
,
180 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
laretur : quod si fieret , nec sibi fore prosperum , nec
regi qui haec jussa mandasset; metneretque magis
sanctitatem antistitis, cujus virtus hesterna die para-
lyticam (1) direxisset. Nihil ex his ille formidans,
cum in domo ecclesize ultra Ligerim resideret, domum
ipsam, quee clavis adfixa erat, disfixit (2). Ipsos quo-
que clavos Cenomannici , qui tunc cum eodem adve-
nerant, impletis follibus (5) portant, annonas ever-
tunt, et cuncta devastant. Sed dum hac Roccolenus
agit, a Deo percutitur, morboque regio croceus effec-
tus (4), mandata aspera remittit , dicens : « Nisi hodie
« projeceritis Guntchramnum ducem de basilica, ita
« cuncta virentia quæ sunt circa urbem adteram (5),
« ut dignus fiat aratro locus ille. » Interim advenit
dies sanctus Epiphanie; et hic magis ac magis tor-
queri coepit. Tunc, accepto a suis consilio, amne
transacto , ad civitatem accedit. Denique cum psal-
lentes de ecclesia egressi ad sanctam basilicam propera-
rent, hic post crucem, precedentibus signis, equo
superpositus (6) ferebatur. Verum ubi basilicam sanc-
(1) Colb. cum Chesn., paralytica membra. {Ita Dub.] * Ita Corb.
et Reg. B; Bell. habet paralyticee membra : que videtur vera lectio :
nam mülier paralytica dicitur in lib. i, de Miraculis sancti Martini
cap. 27, ubi hzc eadem historia narratur. — " Infra, Corb. et Reg. B,
nihil his ille form.
(2) Sic Corb. ; alii, dissecat. [ Dub., disfecit.] * Reg. B, adfixerat,
dissicat. Bell., adfixerat.
(5) Folles sunt sacculi scortei, seu ex corio facti. Vide Juvenal,
sat. xit, v. 61. Si reddat veterem cum tota ærugine follem.
(4) [Clun., crochius affectus]. * Cam., croteus eff...
(5) Sic Corb., Bell. et Bec. ; alii cum Chesn., devastabo. * Adte-
ram deest in Reg. B. — Vinc ad hac vcrba capitis 14, multas tamen
pro hac causa, desunt in Cam., folio avulso.
(6). Corb. et Bell. equo superpostto.
3
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 181
comme il résidait dans la maison de l’église au-delà de la
Loire, il détruisit pièce à pièce la maison, qui était formée
de planches attachées avec des clous; et les gens du
Maine qui étaient venus avec lui emportèrent les clous
dans des sacs de cuir, abattirent les blés et ravagèrent
tout. Mais au milieu de ces violences, Roccolen, frappé
de Dieu, fut attaqué de la jaunisse : néanmoins il nous
renvoya des ordres violens ainsi conçus : « Si vous tie
« jetez aujourd'hui le duc Gontran hors de votre basi-
« lique, j'écraserai si complétement tout ce qu'il v a de
«jardins aux environs de la ville, que l'emplacement
« pourra devenir une terre labourable. » Cependant arriva
le saint jour de l'Épiphanie, et ses douleurs devenaient
de plus en plus violentes. Alors, par le conseil des siens,
il passa le fleuve et vint à la ville. Lorsque l'on sortait en
procession de I' église cathédrale pour se rendre à la sainte
basilique, il suivit à cheyal la croix précédée des ban-
nières; mais entré dans la basilique, sa fureur et ses mé-
naces tombèrent. Au retour de l'église, il ne put ce jour-là
prendre aucune nourriture, sa respiration devint. très
génée; puis il partit pour Poitiers. Or on était dans: le
saint temps de carême, et il mangea quantité de lape-
reaux. ll avait préparé pour les calendes de mars des
actes d'impositions arbitraires et de condamnation contre
les citoyens de Poitiers; mais la veille il rendit l'àme :
ainsi s'apaisa son insolent orgueil.
182 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
tam introiit, mox furor minantis intepuit (1) ; regres-
susque ab ecclesia, nihil cibi ea die accipere potuit.
Exinde cum valde anhelus esset, Pictavis abiit. Erant
enim dies sanctae quadragesime, in qua fetus cuni-
culorum saepe comedit. Dispositis vero actionibus,
quibus in calendis martiis cives Pictavos vel adflige-
ret, vel damnaret, pridie animam reddidit; et sic
superbia tumorque (2) quievit.
V. Eo (3) tempore Felix, Namneticæ urbis episco-
pus, litteras mihi scripsit plenas obprobriis , scribens
etiam fratrem meum ob hoc interfectum, eo quod
ipse, cupidus episcopatus, episcopum interfecisset. Sed
ut hac scriberet, villam ecclesie concupivit : quam
cum dare nollem, evomuit in me, ut dixi, plenus
furore, obprobria mille. Cui aliquando ego respondi :
« Memento dicti prophetici : c his qui jungunt do-
« mum ad domum, et agrum ad agrum copulant.
« Numquid soli inhabitabunt terram? O si te habuisset
« Massilia sacerdotem ! numquam naves oleum, aut
« reliquas speciés detulissent, nisi tantum chartam,
« quo majorem opportunitatem scribendi ad bonos
« infamandos haberes. Sed paupertas charte finem
« imponit verbositati. » Immense enim erat cupidi-
tatis atque jactantiæ. Sed ego, ista postponens, ne illi
(1) Colb., increpuit. Bell. et Corb., intrepuit. [Dub., increpuit, re-
gressusque ad ecclesiam,... cum valde nullus esset, Pictavo abüt.
Clan., ad ecclesiam, nihil cibi ea die passus est gustare.] * Reg. B,
increpuit.... ad eccl... nihil lesisset, pro anhelus esset. Corb. et
Bell., nullus esset.
(2) [Clun., superbia tumidus quievit].
(5) Deest hoc caput in Vat., Corb., Bell., Colb. {et Dub.] * Et Reg.
B ; habetur autem in Casin., Bec., Regm., [Clun., ] etc.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV.. V. 183
V. En ce temps Félix, évéque de Nantes, m'adressa
des lettres outrageantes; il allait jusqu'à m'écrire que mon
frére avait été tué parce que, ambitieux de l'épiscopat, il
avait tué son évéque. Son motif pour m'écrire de pareilles
choses, c'est qu'il avait désiré une terre de mon diocése;
et comme je la lui refusais, il vomit contre moi, dans sa
fureur, mille outrages, ainsi que je viens de le dire. Je
lui répondis un jour : « Souviens-toi de la parole du pro-
« phéte (1) : Ma/heur à ceux qui ajoutent maison à mai-
«son, et joignent un champ à un champ! Seront-ils les
« seuls habitans de la terre? Oh! si Marseille t'avait eu
« pour évéque! ses vaisseaux t'auraient apporté non de
« l'huile ou d'autres épices, mais seulement du papier pour
« que tu pusses plus à l'aise écrire contre la réputation des
« gens de bien ; mais le manque de papier met des bornes à
« ton bavardage. » Il était d'une avidité et d'une jactance
extrémes. Mais je m'arréte pour ne pas lui ressembler :
j'expliquerai seulement comment mon frère perdit le jour,
et: quelle prompte vengeance Dieu tira de son meurtrier.
Le bienheureux Tétricus (2), évêque de l'église de Langres,
devenant vieux, chassa le diacre Lampadius, qui avait été
(5) Ísaie, v. 8... " : à t
(2) Dont il a été question liv. 1v, chap. 16.
E
184 HISTORIA FRANCORUM, LIP. V.
similis appaream , illud explicabo qualiter germanus
meus ab hac luce migraverit, et quam velocem in
percussorem ejus Dominus præstiterit ultionem. Con-
senescente beato Tetrico ecclesie Lingonicæ sacer-
dote, cum Lampadium diaconum, quem creditorem
habuit, dejecisset, et frater meus, dum pauperibus,
quos ille male spoliaverat, opitulari cupiens, consen-
sisset in ejus humiliationem , odium ex hoc incurrit.
Interea beatus Tetricus a sanguine sauciatur. Cui
cum nulla medicorum fomenta valerent, conturbati
clerici, et a pastore ut pote destituti, Mondericum
expetunt. Qui a rege indultus, ac tonsuratus , episco-
pus ordinatur, sub ea quidem specie, ut dum beatus
Tetricus viveret, hic Ternodorense castrum ut archi-
presbyter regeret, atque in eo commoraretur : mi-
grante vero decessore, iste succederet. In quo castro
dum habitaret , iram regis incurrit. Adserebatur enim
contra eum, quod ipse Sigiberto regi, adversus fra-
trem suum Guntchramnum venienti , alimenta et mu-
nera præbuisset. Igitur extractus a castro, in exsilium
super ripam Rhodani, in turri quadam arcta atque de-
tecta, retruditur : in qua per-duos fere annos cum
grandi cruciatu commoratur. Obtinente beato Nicetio
episcopo, Lugdunum regreditur; habitavitque cum
eo per duos menses. Sed cum obtinere non posset a
rege ut in locum unde dejectus fuerat restitueretur,
nocte per fugam lapsus ad Sigibertum regem (1) tran-
siit, et apud Arisiténsem (2) vicum episcopus insti-
(1) Sic Casin.; alii, ad Sigiberti regnum. [Ita Clun.]
(2) Regm., Aritensem, sed mendose. Nam aliquot alios Arisitenses
episcopos ex variis auctoribus recenset Valesius in Notitia Galliarum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. . 185
son homme de confiance, et mon frére, par intérét pour
les pauvres qu'il avait injustement dépouillés, avait con-
couru à son humiliation : ce qui lui attira sa haine. Ce-
pendant Tétricus fut frappé d'un coup. de sang. Comme
les secours des médecins n'y pouvaient rien, les clercs,
tout troublés et pour ainsi dire privés de pasteur, deman-
dérent Mondéric : le roi l'accorde : il est tonsuré et or-
donné évêque, à condition que, pendant la vie du bien-
heureux Tétricus, il régirait la ville de Tonnerre en qua-
lité d'archiprétre (1), qu'il y ferait sa résidence, et qu'à sa
mort il lui succéderait. Tandis qu'il habitait dans cette
ville (2), il encourut le mécontentement du roi. On disait
pour l'accuser que, lorsque le roi Sigebert était venu atta-
quer son frère Gontran (3), il avait offert au-premier des
vivres et des présens. Il fut donc tiré de son cháteau, exilé
sur les bords du Rhône , et renfermé dans une tour étroite
et sans toiture, où il passa deux ans en proie à de
grandes souffrances. A la demande du bienheureux évêque
Nisier (4), on lui-permit de revenir à Lyon , et il y resta
deux mois avec lui. Mais ne pouvant obtenir du roi d’être
rétabli dans le lieu d’où il avait été chassé, il s'échappa
de nuit et passa au roi Sigebert, qui l’institua évêque
dans le bourg de Larsat (5), avec juridiction sur quinze
paroisses environ, occupées auparavant par les Goths, et
(1) Voyez un cas semblable, iv, 18.
(2) Castrum est une ville fortifiée ou fermée.
(3) Il s’agit ici probablement de la guerre mentionnée liv. tv, ch. 5o,
et non pas d'une guerre toute récente, telle que l'indiquerait la leçon
du liv. iv, ch. 48, intentio inter Guntchramnum et Sigibertum, etc.
(4) C'est ainsi que se traduit JVicetius dans les Vies des Saints. Nous
avons eu tort, dans le livre précédent, chap. 56, de l'appeler JVicet.
(5) Voyez Éclairciss. et observ. (Note a.)
186 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
tuitur, habens sub se plus minus dioeceses quindecim,
quas primum Gotthi quidam tenuerant, nunc vero
Dalmatius (1) Ruthenensis episcopus vindicabat. Quo
abeunte, iterum Lingonici Silvestrum propinquum ,
vel nostrum, vel beati Tetrici, episcopum (2) expe-
tunt. Sed tamen ut eum peterent, fratris mei hoc
instinctu fecerunt. Interea transeunte beato Tetrico ,
hic tonso capite presbyter ordinatur, accepta omui
potestate de rebus ecclesiæ : qui vero ut benedictio-
nem episcopalem Lugduni accipiat, iter parat. Quee
dum aguntur, ipse, quia jam diu epileptieus erat, ab
hoc morbo correptus ; asperius extra (5) sensum fac-
tus, et. per dies duos assidue dans mugitum, tertia die
spiritum exhalavit. Quibus peractis, Lampadius , ut
superius diximus , ab-honore et facultate privatus , in
odium Petri diaconi cum filio Silvestri conjungitur,
machinans atque confirmans. patrem suum ab. ipso
fuisse maleficiis interfectum. At ille. etate. juvenis,
sensu levis, contra eum commovetur, ipsum impetens
publice. parricidam. Porro ile hec audiens, facto
placito in praesentia sancti Nicetii episcopi, avunculi
matris meæ, Lugdunum dirigitur : et ibi, Siagrio epi-
scopo coram adstante, et aliis sacerdotibus multis,
cum sæcularium (4) principibus, se sacramento exuit, .
numquam se in mortem Silvestri mixtum fuisse. Post
(1)- Regm., sanctus Martinus episcopus. Bad., Matius episcopus.
[Clun., Macius ep. Rutenorurzn.] Ceterum pro nunc vero, legendum
essek tunc vero, aut certé vindicat, pro vindicabat. Valesius in Noti-
tia sua legit tum. 2
(2) Regn., Tetrici episcapi.
(3): [Clun;, ex sensu, corrig. exsensus, ut supra.] * 1v, 39. Sed in
hoc- cod. nil corrigendum ibi censeam.
(4) [ Clun., scecularibus. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 187
que revendiquait alors Delmace, évêque-de Rhodez. Lors
de son départ, ceux de Langres, encore une fois sans
pasteur, demandent pour évêque Silvestre , allié à notre
famille et à celle de Tétricus; et ils firent cette demande
à l'instigation de mon frére. Cependant le bienheureux
Tétricus 'ayant -trépassé , Silvestre fut tonsuré, ordonné
prétre, et investi de tout pouvoir relativement aux biens
de l'église; puis, afin de recevoir à Lyon la bénédiction
épiscopale, il se disposait à se mettre en route lorsque; saisi
d'une attaque d'épilepsie , maladie qui l'affligeait depuis
long-temps, il devint furieux, hors de lui, et aprés avoir
poussé des mugissemens continuels pendant deux jours,
il expira le-troisième. Aprés cet événement, Lampadius ,
dépouillé , comme je l'ai dit, de sa dignité et de ses biens,
sé joignit, en haine du diacre Pierre (1), au fils de Sil-
vestre; et par ses intrigues lui persuada que son ‘père
avait été victime des maléfices de mon frère, Celui-ci,
jeune, irréfléchi, s'élève contre le diaere, et l'accuse pu-
bliquement de parricide. Mon ‘frère, à cette nouvelle,
demande qu'une assemblée se réunisse sous la présidence
de l'évêque saint Nisier, oncle de ma mère; se rend à Lyon,
et là, en:présence de l'évéque Siagrius , de beaucoup
d'autres prétres, et de grands personnages séculiers, il se
justifia par un serment, déclarant n'avoir été pour rien
dans la mort de Silvestre. Mais deux aris aprés; le fils de
Silvestre , excité de nouveau par Lampadius, atteignit le
diacre Pierre sur un chemin, et le tua d'un coup de lance.
Aprés cet accident, son corps fut relevé de terre, trans-
porté à la ville de Dijon, et enseveli auprés de saint
Grégoire notre bisaieul. Quant à l'homicide, il s'enfuit
(1) e frère de Grégoire.
188 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
duos vero annos instigatus iterum a Lampadio filius
Silvestri , adsequutus in via Petrum diaconum, lancea
sauciatum interfecit. Quod cum factum fuisset, de eo.
loco elevatus, et ad Divionense delatus castrum, secus
sanctum Gregorium proavum nostrum sepelitur. Iste
vero homicida fugam iniens, ad Chilpericum regem
transiit, facultatibus suis fisco (1) regis Guntchramni
dimissis. Cumque per diversa vagaretur pro commisso
scelere, nec ei esset locus firmus ad commorandum :
tandem, ut credo, contra eum sanguine insonte ad
divinam potentiam proclamante , in quodam loco dum
iter ageret, innocentem hominem evaginato (2) gladio
interemit. Cujus parentes condolentes propinqui exi-
tum, commota seditione, extractis gladiis, eum in
frusta concidunt, membratimque dispergunt. Talem
justo judicio Dei (5) exitum miser accepit, ut qui pro-
pinquum innocentem interemerat, ipse nocens diutius
non maneret : nem tertio hec ei evenerunt anno.
Denique post transitum Silvestri, Lingonici iterum
episcopum flagitantes, Pappolum, qui quondam ar-
chidiaconus Augustodunensis fuerat, accipiunt. Qui
multa, ut adserunt multi, egit iniqua, qua a nobis
prætermittuntur, ne detractores fratrum esse videa-
mur : tamen qualem is habuerit exitum, non omit-
tam. Anno octavo episcopatus sui, dum dioeceses ac
villas ecclesie cireumiret, quadam nocte dormienti
apparuit illi beatus "Tetricus vultu minaci; cui ita
dicit : « Quid tu, inquit, hic Pappole? Ut quid sedem
( J Regm., suis, que erant ex fisco rcgio dimissis. t
(2) Idem codex , hominem forte gladio interemit.
(3) Editi , juxta judicium Dei. 4
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 189
et passa à Chilpéric, abandonnant ses biens au fisc du roi
" Gontran. Comme; par suite de son crime, il errait çà et
là; sans trouver nulle part un asile sûr; enfin, le sang
innocent, je crois, criant vengeance auprés de la puis-
sance divine, un-jour qu'il marchait au hasard, il tira
son épée et tua un homme inoffensif (1). Mais les parens
du mort, indignés, se réunirent en tumulte, tirèrent leurs
épées, et ayant mis en pièces le meurtrier, dispersèrent
ses membres à l'aventure. Telle fut, par un juste jugement
de Dieu, la fin de ce misérable : assassin d'un innocent
qui lui était allié, il ne pouvait durer encore long-temps;
et en effet sa mort eut lieu trois ans aprés.
Enfin ceux de Langres, aprés la mort de Silvestre,
demandérent encore un évêque ; et on leur donna Pap-
pol , autrefois archidiacre d'Autun. Au rapport de plu-
sieurs, il commit beaucoup d'iniquités; mais nous n'en
dirons rien pour qu'on ne nous croïe pas détracteur de
nos frères : je rappellerai seulement les circonstances de
sa mort. La huitième année de son épiscopat, tandis qu'il
visitait les paroisses (2) et les domaines de son église, une
nuit le bienheureux Tétricus lui apparut en songe, et lui
dit d'un air menacant : « Que fais-tu ici, Pappol? pourquoi
« souilles-tu ma chaire épiscopale? pourquoi envahis-tu les
« biens de l'Église, et disperses-tu les brebis qui m'ont été
« confiées? Retire-toi ; abandonne ce siége, et va-t'en bien
«loin de ce pays.» Et en prononcant ces paroles, il le
frappa violemment à la poitrine d'une baguette qu'il tenait
(1) Quelle idée a notre auteur de la justice et de la Providence
divine! Pour avoir moyen de punir un premier crime, Dieu permet
qu'il en soit commis un second. Il est vrai que le premier homme tué
n'était rien moins que le frère d'un évéque.
(+) Dicceses signifie ici paroisses : voyez hiv. 1v, chap. 18.
!
190 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« meam polluis? ut quid ecclesiam pervadis? ut quid
« oves mihi creditas sic dispergis? Cede loco, relinque
« sedem , abscede longius a regione. » Et hec dicens,
virgam quam habebat in manu, pectori ejus cum ictu
valido impulit. In quo ille evigilans, dum cogitat quid
hoc esset, fixa (1) in loco illo defigitur, ac dolore
maximo cruciatur. In hoc igitur angore (2) manens,
abhorret cibum potumque, et mortem jam sibi proxi-
mam -præstolatur. Quid plura? Tertia die cum. san-
guinem ore projiceret, exspiravit : exinde elatus Lin-
gonas, est sepultus. In cujus locum Mummolus abbas ,
quem Bonum cognomento vocant, episcopus substi-
tuitur. Quem multi magnis laudibus prosequuntur ,
dicentes eum esse castum , sobrium , moderatum, ac
in omni bonitate promtissimum , amantem justitiam ,
caritatem. omni intentione diligentem. Qui, accepto
episcopatu, cognoscens quod Lampadius multum de
rebus fraudasset ecclesie, ac de spoliis pauperum,
agros, vineasque, vel mancipia congregasset, eum ab
omni: re nudatum a preesentia suá jussit abigi. Qui
nünc, in maxima paupertate degens , manibus propriis
victum quærit. Hæc de his sufficiant.
VI. Anno vero (5) quo supra, id est, quo, mortuo
Sigiberto, Childebertus filius ejus regnare coepit, multæ
(x) Sic Regm. Ed. vero cum Bec. [et Clun., ] ficta, qua voce utitur
item Gregorius lib. i1, de Mirac. sancti Mart. cap. 10. Est autem fic-
ta, ut putat Alteserra ; dolor subitaneus, quasi clavus infixus, sicut
medici z«vjiriv, telum appellant. Nostra lectio rem magis exprimit.
(2) [In cod. Clun., desunt hac verba, in hoc igitur angore ma-
nens ].
(3) Hoc caput deest in Corb. et Bell.
»"
— VI. La même année, c'est-à-dire celle où, à la place de
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 191
à la main. Pappol. s'éveille à l'instant méme, et tout en
rchant à s'expliquer-le fait, sent comme un trait fixé à
la méme place, accompagné d'une vive douleur. Bientót la
souffrance, devenant continuelle, lui fit prendre en dégoüt
le boire et le manger, et attendre avéc impatience le mo-
ment de sa mort. Que dirai-je enfin? le troisième jour
il expira avec des vomissemens de sang. De là il fut
transféré et. enseveli à Langres. L'abbé Mummol, sur-
nommé le Bon, fut établi évêque à sa place. Beaucoup de
personnes font de lui un grand éloge. On assure qu’il est
chaste, sobre, modéré, toujours empressé à faire des actes
de bonté, ami de la justice, et embrasé de la charité la
plus vive. Quand il fut investi de l'épiscopat, reconnais-
sant que Lampadius s'était frauduleusement emparé de
beaucoup de biens de son église, et qu'avec les dépouilles
des pauvres il avait amassé des terres, des vignes et des
esclaves, il le fit dépouiller de tout et chasser de sa pré-
sence. Ce misérable, maintenant réduit à une extrême
pauvreté, travaille de ses mains pour vivre. Mais en voilà
assez sur ce sujet.
Sigebert mort, son fils Childebert commença à régner, il
se fit au tombeau de saint Martin beaucoup de prodiges ;
-rappelés dans les livres que j'ai entrepris de composer sur
ses miracles; et quoique en langage rustique ( 1), je n'ai pu
(1) Tl s'agit iei, non de la langue rustique, c'est-à-dire da latin
córrompu, en usage dans les campagnes, d’où est venu le roman, puis
le francais, mais d'un latin moins élégant que celui des anciens. C'est
192 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
virtutes ad sepulcrum beati Martini apparuerunt , quas
in illis libellis scripsi, quos de ipsius miraculis come
ponere tentavi. Et licet sermone rustico, tamen
celare passus non sum, quae aut ipse vidi, aut a fide-
libus relata cognovi. Hic tantum (1) quid negligentibus
evenerit, qui post virtutem coelestem terrena medi-
camenta quæsierunt , exsolvam : quia sicut per gratiam
sanitatum , ita et per (2) castigationem stultorum
virtus ejus ostenditur. Leonastes Biturigus (5) archi-
diaconus , decidéntibus cataractis, lumine catuit ocu-
lorum. Qui cum per multos medicos ambuülans, nihil
omnino visionis recipere posset, accessit ad basilicam
beati Martini : ubi per duos aut tres. menses con-
sistens, et jejunans assidue, lumen ut reciperet flagi-
tabat: Adveniente autem festivitate, clarificatis oculis
cernere coepit : regressus quoque domum , vocato
quodam Judæo, ventosas, quarum beneficio oculis
lumen augeret, humeris superponit. Decidente (4)
quoque sanguine , rursus in recidivam cæcitatem
redigitur. Quod cum factum fuissét , rursum ad tem-
plum sanctum regressus :ést. lbique iterum longo
spatio commoratus , lumen recipere non meruit. Quod
ei ob peccatum non preestitum reor, juxta illud Domi-
nicum oraculüm : Qui habet , dabitur ei, et abunda-
bit (5) : et qui non habet , ipsum quod. habet auferetur
(1) * Hic tamen quid, Reg. B.
(2) [Clun., in castigatione]. * Sic Reg. B.
(5) Bec. et Colb. * Et Reg. 2, Leonastis. Regm., Leonastis Bituri-
censis ; Freh., Leuvastis. Editi preter Chesn., Leonastes Biturigis.
(4) * Reg. 2, decedente quoque , rursus in rediviva cæcitate.
(5) * Reg. 2, habundavit.... aufertur. — Infra, perstiterat in hac
sani.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 193
me résoudre à taire des choses que j'ai vues moi-même, ou
im'ont été rapportées par des fidèles. J'exposerai seu-
> ici ce qui est arrivé à des hommes de peu de foi,
qui, aprés avoir éprouvé la vertu du ciel , ont eu recours
aux remèdes terrestres : çar sa vertu se montre par le
châtiment des insensés, comme par la faveur des guéri-
sons. Léonaste , archidiacre de Bourges, par suite de.cata-
ractes qui étaient tombées sur ses yeux, perdit la vue;
et.comme il s'était promené de médecin en médecin , sans
pouvoir la.recouvrer, il vint à la basilique de Saint-
Martin, y resta deux ou trois mois, jeûnant tous les jours,
et.suppliant le saint de lui rendre la lumière. Quand fut
arrivé.le jour de la fête (1), ses yeux s'éclaircirent, et
il commença à voir. De retour chez lui, il s'adressa à un
juif qui lui appliqua sur les épaules des ventouses pour
er à ses yeux encore plus de lumière : mais quand
le.sang coula, il retomba dans sa cécité. Il retourna donc
au saint temple; et, quoiqu'il y demeurát long-temps, il
ne put recouvrer la vue. Ce bienfait lui fut refusé, je
pense, en. vertu de cet oracle du Seigneur : Celui qui a,
recevra, et sera dans l'abondance; celui qui n'a pas, se
verra privé méme de ce qu'il a (2). Et de cet autre :
Te voilà revenu.à la santé, ne pèche plus, de peur qu'il
ne t'arrive encore pis (3). En effet, la guérison de cet
homme eût été durable s'il n'avait pas ajouté le secours
d'un juif à la vertu divine. Ce sont de tels hommes que
une expression de modestie dans notre auteur; et il n'a dit que trop
vrai.
(1) Il. ne dit pas laquelle; on peut croire que c'est Noël ou.Páques ,
ou bien la féte de saint Martin.
(2) Matth., 15, 12.
(3) Jean, 5, 14.
IL. 15: T
194 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
ab eo. Et illud : Ecce sanus factus es, jam noli pec-
care, ne quid tibi deterius eveniat. Nam perstitisset
hic in sanitate, si Judeum non induxisset super
divinam virtutem. Tales enim admonet et arguit
apostolus, dicens : Volite enim jugum ducere cum
infidelibus. Que enim participatio justitie cum ini-
quitate? Aut qua societas lucis cum tenebris (1)?
Qua autem. communicatio Christi cum Belial ? Aut
qua pars fideli cum infideli? Quis autem consensus
templo Dei cum idolis? Vos estis enim templum Dei
vivi. Propterea exite de medio eorum , et separamini
ab his, ait Dominus (2). Ideo doceat unumquemque
Christianum hæc causa, ut quando coelestem accipere
meruerit medicinam, terrena non requirat studia.
VII. Sed (5) et illud commemorare libet, qui , vel
quales viri hoc anno a Domino sunt vocati : unde
magnum eum et Deo (4) acceptabilem ego censeo,
qui talis de nostra terra suo paradiso collocatur. Nam
benedictus Senoch presbyter, qui apud Turonos mo-
rabatur, sic migravit a seculo. Fuit autem genere
Theifalus, et in Turonico clericus factus, in cellulam
quam ipse inter parietes antiquos composuerat, se
removit : collectisque monachis, oratorium , quod
multo tempore dirutum fuerat, reparavit. Idem super
infirmos multas virtutes fecit, quas in libro vitæ ejus
scripsimus.
(1) Regm., luci ad tenebras.... ad Belial. * Reg. B, luci cum t....
(2) Idem, dicit Dominus.
(5) Hoc caput deest in Vat., Corb., Bell. et Colb. * Et in Reg. Z.
(4) Regm., et ideo. Et infra alii, qui tales... collocavit. |Vta Clun.] *
D
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V: 195
lapótre avertit et blâme par ces paroles : Ne veuillez
pus vous attacher à un méme joug avec les infideles;
quelle union peut exister en effet entre la justice et
l’iniquité ? quel commerce entre la lumière et les té-
nèbres ? quel accord entre le Christ et. Bélial ? quel
rapport entre le fidèle et l’infidèle ? quel pacte entre le
temple de Dieu et les idoles ? Or vous êtes le temple du
Dieu vivant. Sortez donc du milieu de res gens-là, et
séparez-vous d'eux, & dit le Seigneur (x). Puisse ‘cet
exemple apprendre à chaque chrétien que lorsqu'il a
obtenu les remèdes célestes, la science humáine lui ést
inutile.
VII. Je veux aussi mentionner ES noms des personnages
importans que le Seigneur appela à lui cette année; car
je regarde comme grand et chéri de Dieu celui qu'il en-
lève à notre terre pour le placer daüs son paradis. Ainsi
sortit de ce monde le saint prétre Sénoch, qui demeurait
à Tours. Theifale d'origine, et devenu clerc dans le dio-
cèse de Tours, il se retira dans une cellule qu'il s'était
construite entre deux vieilles murailles; réunit quelques
moines, et répara un oratoire détruit depuis long-temps.
Il opéra aussi sur les malades plusieurs miracles, que nous
avons décrits dans. le livre de sa vie (2).
(1) 2 Cor, 6, 14-17: í
(2) Vies des Pères, chap. 5: -— ar les Toit voyez liv. 1v,
pads ge
196 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
VIII. Eo anno (1), et beatus Germanus, Parisiorum
episcopus, transiit : in. cujus exsequiis, multis virtu-
tibus quas in corpore gesserat, hoc miraculum con-
firmationem fecit. Nam, carcerariis adclamantibus,
corpus in platea adgravatum est ; solutisque eisdem,
rursum sine labore levatur. Ipsi quoque qui soluti
fuerant, in obsequium funeris usque ab basilicam in
qua sepultus est, liberi (2) pervenerunt. Ad sepul-
crum autem ejus multas virtutes, Domino tribuente ,
credentes experiuntur : ita ut quisque, si (5) justa
petierit, velociter exoptata reportet. Si quis tamen
strenuus virtutes illius, quas in corpore fecit, sollicite
vult inquirere, librum vitz illius, qui a Fortunato
presbytero compositus est , legens, cuncta reperiet (4).
IX. Eodem (5) quoque anno et Caluppa reclausus*
obiit. Hic autem ab infantia sua semper religiosus.
fuit, et apud monasterium Melitense (6), termini
Arverni, conversus, in magna se humilitate fratribus
predéit, ,'sicut in libro vitæ ejus scripsimus.
X. Fuit (7) autem in Biturico termino reclausus ,
nomine Patroclus, presbyterii honore preditus , miræ
(1) Corb., Bell. [et Dub.,] eo tempore beatus. — * Infra, Reg. Z,
obsequüs. '
(2) * Corb., Reg. B, liberati.
(3) “Si deest in Corb. et Reg. B. — Et iterum, infra, quis
. "tamen, etc.
(4) Exstat apud. Surium, et Bollandum 28 maii, et in seculo i
Actorum SS. Ord. Benedictini.
(5) Deest hoc caput in Vat., Corb., Bell. et Colb. [Deest etiam
in cod. Dub. sicut et caput sequens. | * Et in Reg. Z.
(6) Regm , [Clun.,] Bad., Meletense.
"(7) Deest et hoc caput in "edem mss.
*
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. A97
VIII. Cette année (1) aussi , décéda ]e bienheureux Ger-
main, évêque de Paris. A ses funérailles un nouveau miracle
confirma tous ceux qu'il avait opérés dans sa vie mortelle.
Des prisonniers l'ayant invoqué par des cris, le corps
s'appesantit et fut retenu sur la place : quand ils eurent
été dégagés de leurs fers, on le releva sans peine; et ces
prisonniers devenus libres suivirent par honneur ses fu-
nérailles jusqu'à la‘ basilique (2) où il fut enseveli. Sur son
tombeau , les croyans éprouvent souvent; avec l'aide de
Dieu, les effets de sa vertu; et toute demande juste qu'on
lui adresse est promptement exaucée. Si l'on veut recher-
cher avec une exactitude plus scrupuleuse les miracles
qu'il a faits de son vivant, on les trouvera tous dans le
livre de.sa vie composé par le prétre Fortunat (3).
IX. Encore la méme année, mourut le reclus Ca-
luppa (4). Dès son enfance il avait toujours été religieux ;
et quand il se fut retiré dans le monastère de Méize (5),
en Auvergne, il montra toujours, à l'égard de ses frères,
la plus-grande humilité, comme nous l'avons écrit dans
le livre de sa vie (6). |
X. 1l y eut aussi dans le territoire de Bourges un re-
clus nommé Patrocle, élevé à la dignité de la prétrise,
(1). Toujours l'année 576.
(2) Saint Germain fut enseveli dans la chapelle de Saint-Symphorien,
attenant à l'abbaye Saint-Vincent, depuis, Saint-Germain-des-Prés,
(5) Cette Vie a été publiée par Surius, les Bollandistes, au 28 mai,
et par Mabillon, Act. SS. Bened., sec. 1.
4) Ce nom, venu du grec xaxurre, signifie précisément un reclus.
i5 Méallet, monastère depuis long-temps détruit. Voyez Deribier, ,
Dict. du Cantal, p. 200-1. C'est anjonrd'hei un ped (Cantal, arr:
et canton de Mine. ) B.G.
(6) Vies des Pères, chap. 11.
198 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
sanctitatis ae religionis, vir magnæ abstinentiæ ; qui
plerumque ab inedia diversis incommodis vexabatur.
Vinum, siceram, vel ‘omne quod inebriare potest ,
non bibebat , preter: aquam parumper melle linitam ;
sed nec pulmento aliquo utebatur : cujus victus erat
panis in aquam infusus , atque sale réspersus. Hujus
oculi numquam caligaverunt. Erat autem. in oratione
assiduus; quam si parumper przetermisisset , aut lege-
bat aliquid, aut scribebat. Frigoriticis (1) pustulis
laborantibus, vel reliquis morbis, saepe per orationem
remedia conferebat, Sed et alia signa multa fecit , quae
per ordinem. longum est enarrare. Cilicium semper
puro adhibebat corpori. Qui octogenaria setate absce-
dens a seculo, migravit ad Christum. Scripsimus et
de hujus vita libellum.
‘XI. Et quia semper Deus noster sacerdotes suos
glorificare dignatur, quid Arverno de Judæis hoc
.anno contigerit pandam. Cum eosdem plerumque
beatus Avitus (2) episcopus commoneret, ut relicto
velamine legis (5) Mosaicæ, spiritaliter lecta intelli-
gerent, et Christum filium viventis Dei, prophetica
(1) Frigoriticos passim memorat Gregorius, id est, febre labo-
rantes , quod. accessio febris a frigore incipiat. Pustulas, ut pluri-
mum habent editi; pusulas véro scripti. Pustule tamen proprie
sunt tumores seu vesicule in cute; pusulæ vero morbi genus, vulgo
sacer ignis, aut ignis S. Antonii, dictum.
- (2) Regm., Adjutus. Eum laudat Fortunatus lib. i1, carm. 24. Vide
supra, lib.iv, cap. 25. Hanc Judæorum ab Avito episcopo procura-
tam conversionem versibus descripsit Fortunatus lib. v, carm. 4,
' adhortante ipso Gregorio. nostro, cui, carmen cum Fun epi-
stola nuncupatum est. .
(3) * Legis deest in Corb. — Moisacæ, Reg. B.
WISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 199
homme admirable par sa sainteté, sa piété et son absti-
nence; qui par suite de ses jeünes éprouvait souvent
diverses incommodités : il ne buvait ni vin, ni bière, ni
rien de ce-qui peut enivrer, mais seulement de l'eau légè-
rement adoucie avec du miel, Il ne faisait non plus aucun
usage de ragoüt. Sa seule nourriture était du pain trempé
dans l’eau , et parsemé de sel. Jamais ses yeux ne s'appe-
santirént par le sommeil. Il était continuellement en
prières; et s'il s'interrompait quelquefois, c'était pour lire
ou pour écrire, Souvent par la prière il guérit les boutons
de la fièvre et les autres maladies; et fit encore plusieurs
miracles qu'il serait trop long de raconter chacun en dé-
tail. 11 portait toujours un cilice sur la peau. A l'âge de
quatre-vingts ans, il sortit de ce monde pour se réunir au
Christ. Nous avons écrit aussi un petit livre de sa vie (1).
XI. Et comme toujours notre Dieu daigne glorifier ses
ministres, je raconterai ce qui arriva cette année à Cler-
mont, relativement aux juifs. Quoique le bienheureux
évêque Avitus les eût souvent engagés à ne pas s'arréter
au voile de la loi mosaique , mais à pénétrer dans le sens
spirituel des saintes Écritures, afin d'y contempler avec
un cœur pur le Christ, fils du Dieu vivant, promis par
l'autorité des prophètes et d'un roi; cependant il restait
encore dans leur esprit, je ne dis pas ce voile qui cachait
à Moïse la face du Seigneur (2), mais une véritable mu-
raille. L'évéque néanmoins priait toujours qu'ils se con-
vertissent au Seigneur, et que le voile de la lettre se
(1) Vies des Pères, chap. 9.
(2) Allusion à ce que dit le Seigneur à Moïse, Exod. xxxiii, 19,
20, 22. |
200 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
et regali (1) auctoritate promissum, corde purissimo,
in sacris litteris contemplarentur ; manebat in pecto-
ribus eorum, jam non dicam, velamen illud quo
facies Moysi obumbrabatur, sed paries. Sacerdote (2)
quoque orante, ut conversi ad Dominum, velamen
ab eis litteræ rumperetur, quidam ex his, ad sanctum
Pascha, ut baptizaretur expetiit, renatusque Deo per
baptismi sacramentum (3), cum albatis reliquis in
albis et ipse procedit. Ingredientibus autem populis
portam civitatis, unus Judæorum super caput (4)
conversi Judei oleum foetidum , diabolo instigante,
diffudit. Quod cum cunctus abhorrens populus vo-
luisset eum urgere lapidibus, pontifex ut fieret non
permisit. Die autem beato, quo Dominus. ad coelos
post redemptum hominem ascendit gloriosus, cum
sacerdos de ecclesia ad basilicam psallendo procederet,
inruit super synagogam Judaeorum multitudo tota
sequentium , destructamque a fundamentis, campi
planitiei adsimilatur (5). Alia autem die sacerdos eis
legatos mittit, dicens : « Vi ego vos confiteri Dei Filium
« non impello, sed tamen praedico; et salem scien-
(1) Sic Corb. et Bell., qui locus sic expressus de Dayide intelligi-
tur. Ceteri tamen editi et scripti habent Zegali; [Ita Clun.] et sic
idem locus legem et prophetas exprimeret.
(2) [Clun., sacerdos quoque orans,] * Ita Corb. Bell. et Reg. Z.
(5) * Corb., per baptismi sacrámenti.
(4) * Corb., Bell., per caput.
(5) Sic Corb.; alii, destruensque.... locus adsimilatur. Regm.,
destructamque redegit in campi planitiem. [Dub., adsimilatur. Clun.,
locus adsimilatur.] * Reg. B, locus adsimulatur. Ruin. habet, adsi-
milai , Corbeiensi, ut ait, nitens. — Paulo ante, tota deest in Corb.
et Reg. B. ‘
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 201
déchirát à leurs yeux (1). Enfin un d'entre eux , au saint
jour de Páque, demanda d'étre baptisé; et régénéré en
Dieu par le sacrement du baptéme, il marcha au milieu
des autres catéchuménes, vêtu de blanc comme les autres.
Au móment où le peuple rentrait dans la ville, un juif, à
l'instigation du diable, répandit sur la téte du juif con-
verti une huile fétide; et comme le peuple saisi d'hor-
reur voulait le poursuivre à coups de pierres , l'évéque
ne le permit pas. Mais le jour bienheureux où le Seigneur,
aprés la rédemption de l'homme, est remonté aux cieux
plein dé gloire, lorsque l'évéque se rendait en procession
de l'église à la basilique (2), la multitude qui le suivait
se jeta sur la synagogue des juifs, la détruisit de fond en
comble, et fit de l'emplacement une espéce de plaine.
Un autre jour l'évéque leur envoya un message pour
leur dire : « Je ne vous contrains pas par la force à con-
« fesser le fils de Dieu, je vous le préche; et je confie à
«vos cœurs le sel de la. science : car je suis le pasteur
« établi par le Seigneur pour conduire ses brebis; et le
« vrai pasteur qui a souffert pour nous a dit, en parlant
« de vous, qu'il a d'autres brebis qui ne sont pas de sa
« bergerie; qu'il doit aussi les amener, afin qu'il n'y ait
« qu'un troupeau et qu'un pasteur (3). Si done vous vou-
« lez croire comme moi, ne formez qu'un troupeau dont
« je serai le gardien; sinon , retirez-vous. » Ceux-ci hési-
térent et flottérent long-temps indécis : enfin le troisième
(1) Allusion à la prière qui se fait le vendredi saint pour les juifs :
Ut Deus auferat velamen de cordibus eorum.
(2) Peut-être la basilique de Saint-Illidius ( Saint-Allyre). Nous
avons vu cette coutume établie aussi à Tours, liv. v, chap. 4. *
(3) S. Jean évang., x, 16.
202 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« tiæ (1) vestris pectoribus trado. Pastor sum enim
« Dominicis ovibus superpositus; et de vobis ille verus
« Pastor; qui pro nobis passus est, dixit habere se
«alias oves quee non sunt ex ovili suo, quas eum
« oporteat adducere, ut fiat unus grex et unus pastor.
« Ideoque si vultis credere ut ego, estote unus grex ,
« custode me posito : sin vero aliud, abscedite a loco. »
Illi autem diu æstuantes atque dubitantes , tertia die,
ut credo, obtentu pontificis , conjuncti in unum ad
eum mandata remittunt , dicentes : « Credimus Jesum
« filium Dei vivi, nobis prophetarum vocibus repro-
« missum : et (2) ideo petimus ut abluamur baptismo,
«ne in hoc delicto permaneamus. » Gavisus autem
nuntio pontifex ,. nocte sancta Pentecostes, vigiliis
celebratis, ad baptisterium foras muraneum egressus
est; ibique omnis multitudo, coram eo prostrata,
baptismum flagitavit. At ille , prae gaudio lacrymans ,
cunctos aqua abluens , chrismate liniens , in sinu
matris ecclesiæ cougregavit. Flagrabant cerei, lam-
pades (5) refulgebant , albicabat tota civitas de grege
candido : nec minus (4) fuit urbi gaudium, quam
quondam, Spiritu-Sancto descendente super apostolos,
Hierusalem . videre promeruit. Fuerunt autem qui
baptizati sunt , amplius quingenti. Hi vero qui baptis-
mum. percipere.(5) noluerunt, discedentes ab illa
urbe, Massiliæ redditi sunt...
(1) Regm., justitiæ solem. —* Infra, superpositus deest in Corb.
(2) Hzc verba, et ideo, usque ad permaneamus, desunt in Corb.
et Bell., [ desunt et in Dub.]
(3) [Clun., lampades choruscabant.... de grege candiculo.]
(4) * Donec non minor fuit, Corb. ct Bell.
(5) Iu Corb. et Bell., deest percipere. Et infra pro redditi sun! ,
Colb. habet redierunt. * Ut Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 203
jour, gráce à l'intercession du pontife, je cfois, ils lui
envoyérent, d'un accord unanime, une réponse conçue
en ces termes : « Nous croyons que Jésus est le fils du
« Dieu vivant, si souvent promis par les prophétes; nous
« te demandons , en conséquence , d'étre lavés par le bap-
«téme, pour que nous ne persévérions pas dans notre
« péché. » A cette nouvelle, le pontife, transporté de joie,
pendant la sainte nuit de la Pentecôte, après la célébra-
tion des vigiles, se rendit au baptistére situé hors des
murs dé la ville (1); là une multitude, prosternée de-
vant lui, demanda le baptême. Et lui, pleurant de joie,
les lava tous dans l'eau sainte, les oignit du saint chréme,
et les réunit tous dans le sein de l'Église leur mère. Les
cierges brülaient, les lampes jetaient un vif éclat ; toute
la ville brillait de la blancheur de ce troupeau; et elle
n'épronva pas moins de joie qu'autrefois Jérusalem quand
e Saint-Esprit descendit sur les apôtres. Or il y en eut
de baptisés plus de cinq cents. Quant à ceux qui ne
voulurent pas recevoir le baptême, ils quittèrent la ville
et se rendirent à Marseille (2). |
(1) Ce qui explique comment, plus haut, à l'occasion du baptême
d’un juif, tout le peuple se pressait en foule aux portes de la ville.
(2) Ces juifs furent, plus tard, forcés de recevoir le baptéme, comme
il parait d'aprés une lettre de saint Grégoire-le-Grand adressée à
Virgile, évéque d'Arles, et à Théodore, évéque de Marseille. C'est
la 45* du livre 1. (Ruin.) '
204 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
XII. Transiit (1) post hzc et Brachio, abbas cellulae
Manatensis. Fuit autem genere Thoringus, in servi-
tium Sigivaldi quondam ducis venationem exercens,
sicut alibi scripsimus (2).
XIII. Ergo ut ad propositum revertamur (5), Chil-
pericus rex Chlodovechum filium suum Turonis
transmisit. Qui, congregato exercitu, in terminum (4)
Turonicum et Andegavum usque Santonas transiit ,
eamque pervasit. Mummolus (5) veró patricius Gunt-
chramni regis, cum magno exercitu usque Lemovi-
cinum transiit; et contra Desiderium ducem Chilperici
regis bellum gessit. In quo prælio cecidere de exercitu
ejus quinque millia; de (6) Desiderii vero viginti
quatuor millia. Ipse. quoque Desiderius fugiens vix
evasit. Mummolus vero patriciüs per Arvernum rediit,
eamque (7) per loca exercitus ejus devastavit, et sic in
Burgundiam peraccessit. |
XIV. Post hæc Merovechus cum in custodia (8)
a patre retineretur, tonsuratus est, mutataque veste,
(1) Deest hoc caput in Vatic., Corb., Bell. et Colb.
(2) In cap. 12 libri de Vitis Patrum. In Regm., dicitur Braco. Me-
natense monasterium etiam nunc exstat in dicecesi Claromontensi ,
Ord. S. Benedicti.
(3) Corb., Bell., reversus. .
(4) Sic Corb. et Bell. Ceteri autem, inter términum. [Tta Clun.)
* Et Reg. B.
(5) In capitum indiculo cod. Colb., dicitar Momolenus.
(6) Hæc verba, de Desiderii vero viginti quatuor millia; desunt in
Bell. et in Corb., [et Clun. : Dub., viginti millia.] * Reg. B, Deside-
rio viginti , etc. à
(7) Alii; * inter quos Reg. B, eaque.
(8) * Corb. et Bell., dum in custodia patris.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V.- 205
XIL Ensuite trépassa Brachion , abbé du monastère de
Ménat (1). H était Thuringien d'origine, et autrefois
chasseur au service du duc Sigivald, comme nous l'avons
écrit ailleurs (2).
XIII. Pour. revenir à notre sujet, le roi Chilpéric fit
passer à Tours son fils Clovis qui, ayant réuni une
armée, traversà le territoire de Tours et d'Angers, et
péuétra: jusqu'à Saintes, dont il s'empara.. Cependant
Mummol, patrice du roi Gontran, s’avança dans le Li-
mosin avec une grande armée, et combattit contre Didier,
général du roi Chilpéric. Dans ce combat; il périt, de son
armée, cinq mille hommes, et vingt-quatre mille de celle
de Didier. Celui-ci put à peine échapper par la fuite.
Le patrice Mummol s'en retourna par l'Auvergne, que
' son armée dévasta en plusieurs endroits, et. rentra ainsi
en Bourgogne.
XIV. Eusuite Mérovée, que son pére faisait toujours
-. garder, fut tonsuré, revêtu des habits en usage pour les
cleres, ordonné prêtre, et envoyé dans un monastère du
Maine, nommé Aninsule (3), pour y être formé aux de-
voirs sacerdotaux. À cette nouvelle, Gontran Boson, qui
séjournait alors, comme je l'ai dit (4), dans la basilique
(x) Diocèse de Clermont (Puy-de-Dôme, arr. Riom ).
(2) Vies des Péres, chap. 12.
(5) Depuis, Saint-Calais; du nom de son fondateur sanctut Cari-
lefus (Sarthe, chef-lieu d'arrond.). Ce monastère était de l'ordre de
Saint-Benoît. — Du reste, remarquez cette espèce d'apprentissage des
devoirs sacerdotaux, peu en usage à cette époque; et la différence qni
existait déjà entre les habits séculiers , et ceux des clercs. xum] )
(4) Chap. 4.
206 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
qua clericis uti mos est, presbyter ordinatur, et ad
monasterium Cenomannicum , quod vocatur Anin-
sula (1), dirigitur, ut ibi sacerdotali erudiretur regula.
Haec audiens Guntchramnus Boso, qui tune in basilica
sancti Martini, ut diximus, residebat, misit Ricul-
fum (2) subdiaconum, ut ei consilium occulte præberet
expetendi basilicam sancti. Martini. Qui cum abiisset ,
ab alia parte Gailenus (5) puer ejus advenit. Cumque
parvum solatium qui eum ducebant haberent , ab ipso
Gaileno in itinere excussus est; opertoque capite,
indutusque veste sæculari, beati Martini templum
expetiit. Nobis autem missas (4) celebrantibus, in
sanctam basilicam, aperta reperiens ostia, ingressus
est. Post missas autem petiit, ut ei eulogias dare
deberemus. Erat autem tunc nobiscum Raguemodus,
Parisiacæ sedis episcopus, qui sancto Germano suc-
cesserat. Quod cum refutaremus, ipse clamare coepit
et dicere quod non recte eum a communione, sine
fratrum (5) cónniventia, suspenderemus. Allo autem
hæc dicente; cum consensu fratris qui presens erat ,
contestata causa canonica (6), eulogias a nobis accepit. ;
Veritus autem sum, ne dum unum a communione
(1) Colb., in Cenimiaum, qui vocatur Annisola, [ Clàn., Anniso-
la; Dub., ‘Anninsola.] * Corb. et Bell, et monast... anni insula.
Reg. B, ad monast. Cenoniacum. —Infn, Guntchramnus deest in
Corb. et Bell.
(2) Alii, * in quibus Corb., Rigulfum. * Reg. B, Rihculfum. — In-
fra, expetendi ad basilicam, Corb. et Reg. B.
- (3) Sic Corb., Bell, et Regm. : ceteri, Gaulenus. * Ut Reg. P.
(4) * Corb., missa; Reg. B, missam. ^ .
(5) [ Dub., convenientia]. * Corb. et Reg. B, conibentia. .
(6) Regm., contestatus causam canonicam.
T
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 307
de Saint- Martin, envoya le sous-diacre Riculf lui con-
seiller secrétement de se réfugier dans cette méme basi-
lique. Lorsque Mérovée était en chemin pour s'y rendre,
Gailen, son serviteur, arriva d'un autre cóté; et comme
ceux qui le conduisaient avaient une faible escorte, il fut
dégagé en route par Gailen : puis s'étant voilé la téte, il
se couvrit d'un habit séculier, et gagna le temple du bien-
heureux Martin. Or, tandis que nous célébrions la messe,
il entra dans la sainte basilique, dont il trouva les portes
ouvertes. Aprés la messe, il prétendit que nous devions
lui donner les eulogies (1). Alors se trouvait avec nous
Ragnemod, évéque de Paris, successeur de saint Ger-
main. Comme nous le refusions, il se mit à crier et à dire
que nous n'avions pas le droit de le suspendre de la com-
munion, sans le consentement de nos frères. D’après ses
réclamations , ayant débattu, avec le confrére qui était
présent, jusqu'à quel point la chose était canonique, nous
nous accordámes à lui donner les eulogies. Je craignais
d'ailleurs qu'en suspendant un seul homme de la com-
munion, je ne devinsse homicide pour beaucoup d'au-
tres; car il menacait de tuer plusieurs de nos gens, s'il
n'obtenait de nous la communion : et cependant ce fut
une cause de grands désastres pour la contrée de Tou-
raine. "
En ces jours-là Nisier, mari de ma niéce, se rendit,
pour ses affaires particuliéres, auprés du roi Chilpéric,
ainsi qu'un diacre envoyé par nous pour raconter au roi
l'évasion de Mérovée. En les voyant, la reine Frédegonde
(1) Voyez liv. 1v, chap. 35, la note sur le mot eulogie; il semble
signifier ici la communion. On sait que, daris certaines églises, on la
donnait au peuple aprés la messe.
208 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
suspendebam, in multos exsisterem homicida. Mina-
batur enim aliquos de populo nostro interficere , si
communionem nostram (1) non meruisset. Multas
tamen pro hac causa Turonica regio sustinuit clades.
His diebus, Nicetius, vir neptis mec, propriam .(2)
.habens causam, ad Chilpericum regem abiit cum
diacono nostro, qui regi fugam Merovechi narraret.
Quibus visis, Fredegundis regina ait : « Exploratores
« sunt, et ad sciscitandum quid agat rex advenerunt ,
« ut sciant quid Merovecho renuntient. » Et statim
exspoliatos in exsilium retrudi precepit: de quo, mense
septimo expleto , relaxati sunt. (5). Igitur Chilpericus
nuntios ad nos direxit, dicens : « Ejicite.apostatam
« illum de basilica : sin autem aliud, totam regionem
« illam igni succendam. » Cumque nos rescripsissemus,
impossibile esse quod temporibus hereticorum non
fuerat (4), Christianorum (5) nunc temporibus fieri ;
ipse exercitum commovet , et illuc dirigit.
Anno autem secundo Childeberti regis , cum vide-
"ret Merovechus patrem suum (6) in hac deliberatione
intentam , adsumpto secum Guntchramno duce, ad
Brunichildem pergere cogitat, dicens : « Absit ut
«propter meam. personam basilica domni Martini
« violentiam perferat , aut (7) regio ejus per me capti-
(1) * Corb., Bell., nostrorum.
(2) [Clun., propinquam causam habens.]
5)" Hic, i in Gorb., novum incipit caput. — Paulo infra, rescripsi-
mus, ut in Bell.
-. (4) [Clun., non fuerat factum.]
(5) * Corb., Bell., Reg. E, et Cam., christianis.
(6) " Suum deest. in Corb. et Reg. 8.
(7) Alii, ut Corb., et.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 209
dit : « Ce sont des espions; ils sont venus pour s'informer
« de ce que fait le roi, et le rapporter à Mérovée. » Et à
l'instant, elle les fit dépouiller et reléguer dans un lieu
d'exil, d'où ils ne sortirent qu'au bout de sept mois. En
conséquence, Chilpéric nous envoya dire par des messa-
gers : « Chassez cet apostat de la basilique; sinon j'incen-
« dierai toute cette contrée. » Et comme nous lui répon-
dimes que.ce qui ne s'était jamais fait au temps des
hérétiques ne pouvait absolument se faire dans des temps
chrétiens , il leva lui-même une armée et marcha contre
Tours.
La seconde année du régne de Childebert (1), Mérovée,
voyant son père inflexible dans sa résolution , songea à se
rendre auprés de Brunehaut avec le duc Gontran : « &
« Dieu ne plaise, disait-il, qu'à cause de ma personne, la
« basilique dé Saint-Martin éprouve aucune violence; où
«que pour moi son territoire soit livré à l'esclavage. ».
Et, entrant dans la basilique, il offrit, pendant les vigiles,
tout ce qu'il avait sur lui, au tombeau de Saint-Martin,
priant le saint de le secourir et de lui accorder sa faveur
pour arriver au tróne. Leudaste, alors comte de Tours,
ne cessait, par amour pour Frédegonde, de lui tendre
(1) An 577.
II. 14
210 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« vitati subdatur. » Et ingressus basilicam , dum vigi-
lias ageret, res quas secum habebat ad sepulcrum
beati Martini exhibuit, orans ut sibi sanctus suc-
curreret (1), atque ei concederet gratiam suam, ut
regnum accipere posset. Leudastes tunc comes, cum
multas ei in amore Fredegundis insidias tenderet, ad
extremum pueros ejus, qui in pago egressi fuerant ,
circumventos dolis gladio trucidavit, ipsumque inte-
rimere cupiens, si reperire loco (2) opportuno potuis-
set. Sed ille consilio usus Guntchramni , et se ulcisci
desiderans , redeunte Marileifo (5) archiatro de præ-
sentia regis, comprehendi precepit : cæsumque gra-
vissime , ablato auro argentoque ejus, et reliquis
rebus quas secum (4) exhibebat, nudum reliquit : et
interfecisset utique, si.non inter manus cædentium
elapsus, ecclesiam expetisset. Quem nos postea indu-
tum vestimentis, obtenta vita , Pictavum remisimus.
Merovechus vero de patre atque noverca multa crimina
loquebatur : qué cum ex parte vera essent, credo
acceptum non fuisse Deo, ut hæc per filium (5) vulga-
rentur,.sicut in sequentibus cognovi. Quadam enim
die ad convivium ejus adscitus (6) , dum pariter sede-
remus, suppliciter petiit aliqua ad instructionem
anime legi. Ego vero reserato Salomonis libro, ver-
(1):Corb., Bell. et Cam., occurreret. Paulo post iidem , Leudastis.
(2) [Clun., locum opportunum.... se vindicare desiderans.] * Op-
portuno deest in Reg. B. Cam., locum opportunum.
(5) Alii, Mareleifo. Regm., Marilefio. [Dub., Arileifo.] * Sic Reg.
B. — Corb., Arcietro. Cam., reducente Marileifo archiedro.
(4) [Clun., secum habebat. ]
(5) * Corb., a filium ; Cam., a filio.
(6) * Corb,, accitus; Bell. et [Dub.,] et Cam., acciti : Colb. et
Reg. Z, accessi.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 211
des piéges ;.enfin il surprit et massacra plusieurs de ses
serviteurs qui étaient sortis dans la campagne. Il désirait
le:tuer lui-même s'il pouvait en trouver une occasion
favorable. Mérovée , d’après le eonseil de Gontran , et par
désir de vengeance, fit saisir Marileif, premier médecin
du roi, qui revenait d'auprés de lui; le fit battre cruel-
lement, lui. enleva son or, son argent, et tout ce qu'il
ayait sur lui, et le laissa entièrement dépouillé. Il l'eüt
tué. méme, si Marileif, s'échappant des mains de ceux
qui le frappaient , ne se fût réfugié dans l'église. Nous lui
donnámes. d'autres vétemens, et après avoir obtenu pour
lui la vie sauve, nous le renvoyámes à Poitiers.
Cependant Mérovée racontait beaucoup de crimes de
son père et de sa marátre; et quoique vrais, en partie,
Dieu, je crois, n'approuva pas qu'ils fussent divulgués
par un fils, comme je le reconnus dans la suite. En effet,
un jour qu'il m'avait invité à sa table, tandis que nous
étions assis l'un auprés de l'autre, il me demanda instam-
ment de lui lire quelque chose pour l'instruction de son
áme. J'ouvris le livre de Salomon, et pris le premier
verset qui s'offrit à ma vue : il contenait ces paroles :
Que l'œil qui regarde son père en face soit crevé par
les corbeaux des vallées (1). Mérovée ne comprit pas;
et je cónsidérai ce verset comme un avertissement du
Seigneur.
Alors Gontran envoya un serviteur vers une femme
‘ayant un esprit de python, et qu’il connaissait dés le
(1) Prov., xxx, 17. Du reste, le texté de notre Vulgate est tont
différent des mots cités par Grégoire.
212 HISTORIA. FRANCORUM, LIB. V.
siculum qui primus occurrit arripui, qui heec conti-
nebat : Oculum qui adversus adspexerit (x) patrem ,
effodiant eum corvi de convallibus. Mo quoque non
intelligente, consideravi hunc versiculum a Domino
preparatum. Tunc direxit Guntchramnus (2) pue-
rum ad mulierem quamdam , sibi jam cognitam a tem-
pore Chariberti regis, habentem spiritum. phyto-
nis (5), ut ei quæ erant eventura narraret. Adserebat
præterea ipsam sibi ante hoc tempus , non solum an-
num, sed et diem (4) et horam, in qua rex Charibertus
obiret denuntiasse. Quae haec ei per pueros. mandata
remisit : « Futurum est enim ut rex Chilpericus hoc
« anno deficiat, et Merovechus rex, exclusis fratri-
« bus (5), omne capiat regnum. Tu vero ducatum to-
« tius regni ejus annis quinque tenebis. Sexto vero
« anno in una civitatum, qua super. Ligeris alveum
« sita est, in dextra ejus parte , favente populo , epi-
« scopatus gratiam adipisceris,-ac senex et plenus die-
« rum ab hoc mundo migrabis. » Cumque haec pueri
redeuntes domino nuntiassent, statim ille vanitate ela-
tus, tamquam si jam in (6) cathedra Turonicæ eccle-
siæ resideret , ad me haec detulit verba. Cujus ego inri-
(1) Corb., exasperat. Colb., qui aversus dispexerit. [Dub., aversus
aspexerat. Clun., aversus aspexerit.| * Reg. B, qui versus dispexe-
rat. — Infra Corb., de vallibus.
(2) Sic Corb., Bell., Colb. et Bec,, cum Bad., [Clun., Guntramus.]
Alii, Guntchramnum : quz unius litterule mutatio docet nos puerum
a Guntramno , non a Meroveo Guntramnum, ad pythonissam consu-
lendam missum fuisse.
(8) * Phitonis, Corh., Reg. B. — Ventura, Corb.
(4) * Corb., Cam., sed etiam et horam.
(5) Sic Corb,, Bell., Colb. * et Cam. Ceteri eum editis, Merovechus
inclusis fratribus. | Yta Clun.] * lex deest in Reg. Z..
(Q " Reg. 8, tanquam in suam cathedram.
HISTOIRE DES FRÁNCS, LIV. V. 213
. Wemps du roi Charibert, afin qu'elle lui découvrit ce
qui devait lui arriver. Il. affirmait, d'ailleurs, que cette
femme lui avait annoncé, avant l'événement, non seule-
ment l'année , mais le jour et l'heure où mourrait Chari-
bert. Elle lui renvoya par ses serviteurs la. prédiction
suivante : « Le roi Chilpéric mourra cette année; et Mé-
«-rovée, à l'exclusion de ses frères, sera maître de tout
«le royaume. Pour toi, tu seras cinq ans duc de tous
«ses états; mais la sixième année, dans une des villes
. «situées sur le-bord de.la Loire, à la droite ( 1), grâce à la
. «faveur di peuple, tu obtiendras l'épiscopat; et tu ne
« sortiras de ce monde que vieillard et plein de jours. »
Lorsque ses serviteurs, de retour, lui eurent transmis cette
réponsé, aussitót, transporté d'un vain orgueil, comme
s'il eüt été déjà installé dans la chaire de l'église de Tours,
'il me fit connaitre cette prédiction: Je me'moquai de sa
folie en lui disant : « C'est à Dieu qu'il faut demander
«ces choses : on ne doit point croire aux promesses du
« diable; car il fut menteur dès le commencement, et il
« n'a jamais été dans la vérité (2). » Quand il se fut re-
tiré tout confus, je ris beaucoup de cet. hommg qui croyait
devoir ajouter foi à de telles promesses. Une nuit, après
“la célébration des matines dans la basilique du saint
évêque, je m'étais endormi coüché sur mon lit, lorsque
je vis un ange traverser les airs en volant; et, en passant
au-dessus de la sainte basilique, il dit à haute voix : «Hélas,
à
(1) Valois a cru qu'il s'agissait ici de l'épiscopat de Tours : mais
Tours est sur la gauche de la Loire. Lecointe pense qu'il s’agit plutôt
4e Nantes (Ruin.). Mais qu'importe, puisque ce n'est T prédic-
tion vague, et qu'elle ne se réalisa pas?
' (2) Jean, évang., vui, 44.
914 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
dens stultitiam, dixi : « A Deo hec poscenda sunt : nam .
« credi non debent qua diabolus repromittit. ile (1),
« autem ab initio mendaz est, et in veritate numquam
« stetit. » lllo quoque cum confusione discedente, valde
inridebam hominem qui talia credi putabat. Denique
quadam nocte vigiliis in basilica sancti antistitis cele-
bratis, dum lectulo decubans obdormissem, vidi an-
gelum per aera volantem : cumque super sanctam
basilicam præteriret, voce magna ait : « Heu heu! per-
« cussit Deus Chilpericum et omnes filios ejus ; nec
« superabit (2) de his qui processerunt ex lumbis ejus,
« qui regat regnum illius in æternum. » Erant ei eo
tempore de diversis uxoribus filii quatuor, exceptis
filiabus. Cum autem hec in posterum impleta fuissent,
tunc ad liquidum cognovi falsa esse qua promiserant
arioli. lgitur commorantibus his apud basilicam sancti
Martini, misit ad Guntchramnum Bosonem Frede-
gundis regina, queque ei jam (3) pro morte Theodo-
berti patrocinabatur occulte ,. dicens :: « Si Merove-
« chum ejicere potueris de basilica ut interficiatur,
« magnum | de me munus accipies. » At ille præsto pu-
tans esse interfectores, ait ad Merovechum : « Ut quid
« hic quasi segnes et timidi residemus, et ut hebetes
« circa basilicam hanc (4) occulimur? Veniant enim
« equi nostri, et acceptis accipitribus , cum canibus
(1) Qus sequuntur usque ad stetit, desunt in Corb. et Bell., [desunt
et. in Dub.] * In Reg. B et Cam.
(2) [Dub., supererit.] * Et Reg. B. Corb., ha — Infra uter-
que, excepto filiabus.
(5) * Quique etiam pro morte, Cotb.; que jam, Reg. B.
(4) * Hanc deest in Corb. et Reg. J. — Infra, enim deest in Corb.
et Bell. — Corb. et Reg. B, expectaculis "
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. | 215
«hélas! Dieu a frappé Chüpéric et tous ses fils; et de
« tous ceux qui sont sortis de ses reins, il n'en restera pas
« un seul qui jamais gouverne son royaume. » Ce prince
avait alors, de différentes. femmes, quatre fils, sans
.compter les filles. Et quand plus tard ces paroles furent
accomplies, je reconnus clairement combien étaient
fausses les promesses des devins.
Or, tandis qu'ils demeuraient dans la basilique de Saint-
Martin, la reine Frédegonde envoya à Gontran Boson ,
qu'elle favorisait secrètement, pour la mort de Théode-
bert, un message concu en ces termes : « Si tu peux faire
«sortir Mérovée de là basilique, afin qu'il soit tué, tu
«recevras de moi un grand présent. » Celui-ci croyant
les assassins déjà apostés, dit à Mérovée : « Pourquoi
« rester ici comme des hommes láches et sans cœur, et
« nous cacher dans les bátimens de la basilique comme
« des imbécilles? Faisons venir nos chevaux; prenons nos
« éperviers, nos chiens; occupons-nous de chasse, et
« récréons-nous par le spectacle de lieux plus ouverts. »
Ce qu'il disait par ruse, pour l'entrainer loin de la sainte
basilique. Gontran avait sans doute quelques bonnes qua-
lités; mais, toujours prêt à se parjurer, il ne fit jamais de
serment à un ami qu'il ne füt disposé à le violer sur-le-
cliamp. Étant donc sortis de la basilique, comme je viens
de le dire, ils s'avancérent jusqu'à Jouay (1), maison de
campagne proche de la ni. Mais personne ne fit de
mal à Mérovée.
Comme Gontran était, ainsi que nous l'avons dit,
‘accusé de la mort de Théodebert, le roi Chilpéric en-
—M—Ó——UUÓemqe—EÓÓÓRÓm—
(1) Jouay, près de Tours; au sud, sur la rive gauche du Cher,
o bl
216 HISTORIA FRANCORUM , LIB. V.
« exerceamur venatione, spectaculisque patulis jocun-
« demur. » Hoc enim agebat (1) callide, ut eum a
sancta basilica separaret. Guntchramnus vero alias sane
bonus. Nam ad perjuria (2) nimium præparatus erat :
verumtamen nulli amicorum sacramentum dedit,
uod non protinus omisisset. Egressi itaque, ut dixi-
mus, de basilica, ad Jocundiacensem domuni. civitati
proximam progressi sunt : sed a nemine Merovechus
nocitus (5) est. Et quia impetebatur tunc Guntchram-
nus de interitu , ut diximus, Theodoberti, misit Chil-
pericus rex nuntios et (4) epistolam scriptam ad sepul-
crum sancti Martini, que habchat insertum, ut ei
beatus Martinus rescriberet, utrum liceret extrahi
' Guntchramnum de basilica ejus, an non. Sed Baude-
gilus (5) diaconus , qui hanc epistolam exhibuit ,
chartam puram, cum eadem quam detuleratÿ ad sanc-
tum tumulum misit. Cumque per triduum exspectas-
set, et nihil rescripti (6) reciperet, redivit ad Chil-
pericum. Ille vero misit alios, qui a Guntchramno
sacramenta exigerent, ut sine ejus scientia (7) basili-
cam non relinqueret. Qui ambienter jurans pallam
. altaris fidejussorem dedit numquam se exinde sine jus-
sione regia egressurum. .Merovechus vero non credens
^
(1) Editi cum Bec, aiebat. [Ita Clun.] * Et Reg. 2.
(2) [Dub. et Clun;, i perjurüs.] * Sic Corb., Bell., Reg. B, et Cam.
(3) Sic Corb., Bell., Bec. [et Clun.;] alii, noscitus est. Casin., no-
tus est. —" Reg. B, sed animo Merov.... mendose.
(4) * Nuntios et desunt in Corb.
(5) Sic Corb. et Bell, at Regm. et Bad., Baudigisilus. Colb., Bai-
degisilus: Bec., Banlegisihu. [Ita.Dub. et Clun.] Editi aliquot ,
Baudinus. * Reg. B, Baidegiselus. Cam., Baudeghisilus.
(6) Corb. et Bell., rescribere ceperit.
(7) Regm., consensu.
? , LI
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 217
voya au tombeau de saint Martini des messagers avec une
lettre où il demandait au saint de lui répondre s'il lui
était permis ou non d'arracher Gontran de sa basilique.
-Le diacre Baudegil, chargé de cette lettre, avait apporté
en méme temps un papier blanc, qu'il déposa sur le saint
tombeau (1). Aprés trois jours d'attente, ne recevant au-
cune réponse, il retourna auprès de Chilpéric. Le roi
envoya d’autres personnes pour exiger de Gontran le ser-
ment de ne pas quitter la basilique sans lui en donner avis.
"Celui-ci s'empressa de jurer, en donnant pour garant la
nappe de l'autel (2), qu'il ne sortirait jamais de là sans
la permission du roi.
Cependant Mérovée, ne s'en rapportant pas à la py-
thonisse, placa trois livres sur le tombeau du saint : les
Psaumes, les Rois, les Évangiles; et passa toute la nuit
en prières, suppliant le saint confesseur de lui dévoiler
son avenir, et de lui faire connaitre, par la voix de Dieu,
s'il pourrait, ou non, arriver au trône (3). Ensuite, ayant
(1) Les réflexions sur cette démarche de Chilpéric sont inutiles;
mais on peut remarquer que les prétres qui veillaient au tombeau du
saint ne profitérent pas de la simplicité du roi, pour lui faire une
réponse au nom de saint Martin.
(2) C'est-à-dire, en la touchant.
(5) On a déjà vu quelque chose de semblable liv. 1, chap. 57, et
liv. iv, chap. 16. Cette coutume de consulter l'Ecriture sainte, pour
connaitre l'avenir, avait été blàmée par saint Augustin, lettre 119.
Elle fut condamnée par le concile d'Agde (506), can. 42; et le premier
d'Orléans (511), can. 3o, etc.; et enfin, abolie définitivement par le
troisiéme capitulaire de l'an 789, dont le 4* article est ainsi concu :
« Ut nullus in psalterio, vel in Evangelio, vel in aliis rebus sortire '
« presumat, nec divinationes aliquas observare, ». Voyez la note de
Baluze sur ce passage. Cette pratique stiperstitieuse venait des paiens.
L'empereur. Adrien , .saivant Spartien, consultait de méme Virgile,
et réglait sa conduite, ou augurait de l'avenir, d’après le premier vers
qui $'offrait à sa vue. ( Ruin.)
218 HISTORIA FRANCORUM , LIB. V.
phytonissæ, tres libros super sancti sepulcrum posuit , '
id est Psalterii ,, Regum, Evangeliorum : et vigilans
tota nocte, petiit ut sibi beatus confessor quid eve-
niret ostenderet, et utrum possit regnum accipere,
an non, ut Domino indicante cognosceret (1). Post
heec continuato triduo in jejuniis, vigiliis, atque ora-
tionibus, ad beatum (2) tumulum iterum accedens,
revolvit librum, qui erat Regum. Versus autem pri-
mus (5) paginæ quam reseravit, hic erat : Pro eo-quod
dereliquistis Dominurk Deum vestrum, et.ambulastis
post deos alienos , nec fecistis rectum ante conspec-
tum ejus , ideo tradidit (4) vos Dominus Deus vester
in manibus inimicorum vestrorum. Psalterii autem
versus hic est inventus (5) : 'erumtamen propter
dolositatem posuisti eis mala : dejecisti eos dum alle-
varentur. Quomodo facti sunt in deso lem? su- —
bito defecerunt ; perierunt propter iniq tales suas.
' In Evangeliis autem hoc est repertum : Scitis (6) quia
post biduum Pascha fiet, et Filius hominis tradetur
ut crucifigatur. In his responsionibus ille confusus ,
flens diutissime ad sepulcrum beati: antistitis , adsumto
secum Guntchramno duce, cum quingentis aut eo
amplius viris discessit, Egressus autem basilicam. sanc-
tam, cum iter ageret per Autisiodorense territorium ,
(1) * Ut Domino deest in Corb.; Reg. B, a Domino indé ante
cogn.... Cam., eo indicante.
(2) " Bases deest in Corb., Bell. et Reg. J.— Iterum d. in Corb.
" et Bell.
(3) [Clun., prime paginc.] * Cam., quem reserepit.
(4) * Corb., Reg. B, tradet..
(5) [Clun:, versus hic erat. Verumtamen.) * Corb. et Reg. B, verum
propter. — Infra : hoc repertum omisso est. :
(6) * Cam., sciatis. Infra, in his responsibus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 219
continué pendant trois jours ses jeûnes, ses veilles et ses
prières, il s'approcha de nouvéau du saint tombeau; et
ouvrit un des livres, qui était celui des Rois. Or le pre-
mier verset de la page sur laquelle il tomba, était celui-ci :
Parce que vous avez abandonné le Seigneur votre Dieu
pour courir après des dieux étrangers, et n'avez point
marché droit devant lui , le Seigneur votre Dieu vous
a livrés entre les mains de vos ennemis (1). Il trouva
dans le Psautier ce verset : C’est en punition de leur
perfidie que vous leur avez envoyé ces maux : vous les
avez renversés dans le temps qu’ils s’élevaient. Com-
ment sont-ils tombés dans la désolation? ils ont manqué
tout à coup ; ils ont péri à cause de leurs iniquités (2).
Dans les Évangiles, il lut ces paroles: Vous savez que
la Páque se e. e fera dans deux Jours , et que le fils de
l'homme s livré pour étre crucifié (3). Confondu par
ces féponses, Mérovée pleura long-temps sur le tombeau
du bienheureux évêque; puis, accompagné du duc Gon-
tran, il sortit avéc cinq cents hommes ou davantage.
Ayant donc quitté la sainte basilique, comme il traver-
sait le-territoire d'Auxerre, il fut pris par le duc Erpon,
attaché au roi Gontran. Aprés avoir été retenu quelque
^temps captif, il s'échappa, je ne sais par quel hasard, et
entra dans la basilique de Saint-Germain (4). A cette nou-
(1) 3 Reg. 9. 9. Le texte de la Vulgate est encore ici trés différent
de la citation. ”
(2) Ps., 72 : 18, 19- Mala, de moins dans la Vulgate, change tout-
à-fait le sens du premier verset ; il faut alors traduire : « Leur pepe
« sâté a été wh piégé.que vous leur aves tendu. » ‘ *
(5) Évang. S. Matth., 26, 2.
(4) Alors en dehors de la ville d'Auxerre ; depuis, en dedans. C'était
un monastère de l'ordre à Saint - Benoit , congrégation de Saint-
Maur, ( Ruin.) |
220 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
ab Erpone (1) duce Guntchramni regis comprehensus
est. Cumque ab eo detineretur, casu nescio quo di-
lapsus, basilicam sancti Germani ingressus est. Audiens
hec Guntchramnus rex, in ira commotus, Erponem
septingentis (2) aureis damnat, et ab honore removet ,
dicens : « Retinuisti, ut ait frater meus, inimicum
« suum. Quod si hoc faceré cogitabas, ad me eum
« debuisti prius adducere; sin autem aliud, nec tan-
« gere debueras quem. tenere .dissimulabas. » Exer-
citus autem. Chilperici regis usque Turonis accedens,
regionem illam in predas mittit, succendit, atque
devastat : nec rebus sdncti Martini pepercit; sed quod
manu tetigit, sine ullo Dei intuitu aut timore (5) diri-
puit. Merovechus prope duos menses ad ante dictam
básilicam (4) residens, fugam iniit, et ad. Brunichil-
dem reginam usque pervenit : sed ab asiis non
est. collectus, Pater vero ejus exercitum cóntra Cam-
panenses commovit, putans eum ibidem occultari :
sed nibil nocuit; nec eum potuit reperire.
XV. Et quia tempore illo, quo (5) Alboinus in Ita-
liam ingressus est; Chlothacharius et Sigibertus (6)
Suavos et alias gentes in loco illo pôsuerunt ; hi qui.
tempore Sigibérti regressi sunt, id est qui cum Al-
boino fuerant, contra hos consurgunt, volentes eos
a regione illa extrudere (7) ac delere. At illi obtule-
(1). Corb. et Regm., Herpone ; Bec. Herbone.
(2) Corb., septuaginta.
(3) * Corb., timorem ; Cain., ad timorem.
(4) [Dub.; sedens.]
(5) [Idem, Aboënus. | * Corb., quód Alboenus in Italia.
(6) [Idem ,. Suævos.] :
(7) * Reg. B, excludere.
HISTOIRE DES- FRANCS, LIV. V. 291
velle, le roi Gontran, ému de colère, condamna Erpon à
uñe amende de sept cents sous d’or, et lui retira son office,
en lui disant :-« Mon frère m'a dit que tu avais arrêté son
«ennemi. si telle était ton intention, il fallait d'abord me
“Vamener; sinon tu ne devais pas méme toucher celui
«que tu ne voulais pas retenir. » Cependant l'armée du
roi Chilpéric vint jusqu'à Tours pillant, brülant, dévas-
tant toute cette contrée': elle n'épargna pas méme les
biens de saint Martin; mais tout ce qui tombait.sous sa
main , elle le pillait sans respect ni crainte de Dieu. Mé-
rovéé, aprés deux mois de séjour dans la basilique que
je viens de nommer, s'échappà et parvint jusqu'à la
reine: Brunehaut ; mais il ne fut pas accueilli par les Aus-
trasiens; Son père fit marcher une armée contre Ja Cham-
pagne; croyant qu'il y était caché; mais il ne put lui faire
aucun malgmi découvrir sa retraite.
4
EH *
XV: Lors de l'invasion d' Alboïn en Italie, Clotaire (1 j
et Sigebert avaient établi deg Suèves et d'autres peuples
dans le lieu qu "il venait de-quitter. Or ceux qui revinrent
au temps de Sigebert, c'est-à-dire ceux qui avaient pris
part à l'expédition d'Alboin (2), s'élevérent contre ces
nouveaux habitans, voulant les chasser dü pays et les
détruire entièrement. Les Suèves leur offrirent la troi-
siéme partie des terres en leur disant : « Nous pouvons
« vitre ensemble.sans nous cómbattre. » Mais les Saxons,
+
'. (1) Clotaire était mort en 561, et l'invasion d'Alboin est de-568.
(2) Les Saxons, dont il a été question liv. sie dio 8. Sigebert
avait — leur pays aux Suèves. .
222 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
runt eis tertiam: partem térræ , dicentes : « Simul vi-
« vere sine conlisione (1) possumus. » Sed illi, contra
eos irati , eo quod ipsi hoc antea tenuissent, nullatenus
pacificare voluerunt. Dehinc obtulerunt eis iterum
isti medietatem, post hac duas partes, sibi tertiam
relinquentes. Nolentibus autem illis, obtulerunt cum
terra omnia pecora, tantum ut a bello cessarent. Sed
nec hoc illi adquiescentes, certamen expetunt. Et
inter se ante certamen, qualiter uxores Suavorum
dividerent, et qui quam post eorum exitum acciperet ,
tractant (2); putantes eos jam quasi interfectos ha-
bere. Sed Domini miseratio, quæ justitiam facit, in
aliam partem voluntatem eorum, retorsit. Nam confli-
gentibus illis; erant autem viginti sex millia Saxo-
num, ex quibus viginti millia ceciderunt : Suavorum
quoque sex millia quadringenti et octoginta (5) tan-
tum prostrati sunt ; reliqui vero victoriam obtinue-
runt. llli quoque qui ex Saxonibus remanserant,
detestati sunt. nullum se eorum barbam neque ca-
pillos incisurum, nisi prius se de adversariis ulcisce-
rentur (4). Quibus iterum decertantibus, in majore
excidio conruerunt : et sic a bello cessatüm est.
XVI. In Beitenniie hzc acta sunt. Macliavus qüon-
(1) * Corb. et Bell., consilione mendum, ut ibulta alia, utrique
commune. Cam., eonsilio.
(2) * Et quicquam... accipere tractant, Corb. et Reg. B.
(3) Sic Corb. et Bellov., Colb. idem etiam habebat ; sed postea ad-
dita sunt post millia, hec verba ex quibus, ut conficeretur sex millia,
ex quibus quadringinti et octoginta, etc., quam lectionem Bec.,
[Clun.,] et editi habent : quibus favet Paulus diac. lib. i, cap. 7.
* Corb. et Reg. Z2, omittunt et ante octoginta. :
(4) * Corb., Bell. et Reg. 2, ulto irent.
. . HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 293
irrités, parce qu'ils les avaient occupées avant les Suèves,
ue voulurent.s'accorder à aucune condition. Ceux-ci leur
offrirent ensuite la moitié des terres, puis les deux tiers,
ne se réservant que la troisiéme partie; nouveau refus.
Is leur. offrirent avec la terre tous les troupeaux, ne
demandant que de vivre en paix; mais les Saxons n'y
consentirent pas non plus, et. demandérent le combat.
Avant la bataille, ils se partagérent entre eux les femmes
des Suèves, décidant à qui chacune appartiendrait après
la mort de leurs maris; car ils les regardaient déjà comme
tués. Mais la miséricorde dugSeigneur, toujours juste,
opposa à leur volonté un résultat tout contraire. On en
vint aux mains, et sur vingt-six mille Saxons, vingt mille
périrent. Du côté des Suèves, six mille quatre cent quatre-
vingts hommes (1) seulement furent abättus; et les autres
remportèrent la victoire. Ceux des Saxons qui avaient
. sürvécu à la défaite jurèrent avec serment qu'aucun d'eux
ne se couperait la barbe ni les cheveux, avant de s'étre
vengés de leurs ennemis. Ils livrérent donc une seconde
bataille; mais ils éprouvèrent une défaite encore plus
désastreuse; et ainsi la guerre cessa.
XVI. En Bretagne, voici ce qui se passa. Macliau (2)
et. Bodic, dans leur temps comtes des Bretons, s'étaient
(1) La phrase pourrait signifier aussi que les Suèves, sur 6400 hom-
mes, en perdirent 80; c'est le sens adopté par le précédent traducteur.
En adoptant la leçon ex quibus aprés sex millia, il faudrait : Les
Suéves étaient au nombre de 6000, dont il en périt 480.
' (2) Voyez liv. iv, chap. 4. — Macliaviés est aussi le nom d’an saint,
qu'on appelle saint Malo; mais ici nous ayons suivi l'Art de verifier
les. Dates, qui nomme ce comte de Bretagne Macliau.
924 HISTORIA. FRANCORUM, LIB. V. .
dam et Bodicus, Britannorum comites (1), sacramentum
inter se dederant, ut qui ex eis superviveret, filios partis
alterius tamquam proprios defensaret. Mortuus autera
Bodicus reliquit filium , Theodericum nomine. Quo,
Macliavus oblitus sacramenti, expulso a patria, regnum
patris ejus accepit. Hic vero multo tempore profugus
vagusque (2) fuit. Cui tandem misertus Deus (5), col-
lectis secum (4) a-Britannia viris, se super Macliavum
objecit, eumque cum filio ejus Jacob gladio interemit,
partemque regni , quam quondam pater ejus temuerat ,
in sua potestate restituit: partem vero aliam Waro-
chus (5) Macliavi filius vindicavit sibi.
XVII. Guntchramnus vero rex duos Magnacharii (6)
quondam filios gladio interemit, pro eo quod in Aus-
trechildem (7) reginam ejusque soboles multa de-
testabilia atque exsecranda proferrent; facultatesque
eorum fisco suo redegit. Ipse quoque duos filios suos
subito morbo oppressos perdidit (8) : de quorum fu-
nere valde contristatus est, eo quod orbatus absque
liberis remansisset. Eo anno dubietas Pasche fuit. In
Galliis vero nos cum multis civitatibus quarto-decimo
(1) Regm., duces, comitesque. — * Corb., in Brittanis.
(2) * Corb., vaguus ; Bell., vacuus.
(3) Editi, qui tandem miserante Deo. * Reg. B, misertus est Deus.
(4) * Secum deest in Corb. et Bell. .
(5) Bell. et Cam., Farrocus.* Corb., Farocus.— Sibi deest in Corb.
(6) Corb., Magnarü. Colb. et aliquot editi, Maginharü. * Sic Reg.
B, [Dub., Magnæcharii.]
. (9) Alü, Austrigildem. [Ita Clun.] * Reg. 2, Astrigildem.... ejus-
que sobolem. Cam., Austrigyllem.
(8) Chlodomerem scilicet et Chlotarium, quorum.epitaphia refert
Chesnius tomo 1, Histor. Franc. pag. 512. Eosdem regios ac egregios
adolescentes vocat Marius ad an. 577. [In cod. Clun., deest subito.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 225
réciproquement promis avec-serment que celui des deux
qüi survivrait défendrait comme siens les enfans de l'au-
. tre, Or Bodic mourut, laissant un fils nommé Théoderic ;
mais, aü mépris des. sermens, Macliau le chassa de.sa
patrie, et usurpa le royaume de son père. Le jeune prince
erra long-temps en fugitif. Mais enfin, Dieu l'ayant pris
én pitié, il réunit plusieurs hommes de la Bretaghe,
attaqua Macliau, le fit périr par le glaive ainsi que son
fils Jacob; et remit sous sa puissance la partie du royaume
qu'avait autrefois possédée son père. Bodic. L'autre part
resta-à Waroch, fils de Macligy (1).
XVII. Le roi Gontran fit tuer deux fils de Magna-
chaire (2), parce qu'ils proféraient contre la reine Austre:
childe et ses enfans des injures sanglantes et des impré-
cations, et il confisqua leurs biens. Lui-méme perdit ses
deux fils, que lui enleva une prompte maladie; et il fut
profondément affligé de leur mort, qui le laissait sans
enfans. Cette arinée, il y eut doute pour la Páque. En
Gaule, nous et plusieurs cités célébrámes.la sainte Páque
le quatorziéme .jour -des. calendes de mai (18 avril);
d'autres , avec les Espagnols, fétérent. cette solennité le
douzième des calendes d'avril (21 mars). Cependant ces :
fontaines qui en Espagne se. remplissent par la volonté
(1) Voyez plus bas, chap. 27.
(2) Dont il avait épousé la fille Marcatrude; mais l'ayant répudiée
pour prendre Austrecliilde, sa servante (1v, 25, et v, 21), il est pro-
bable que Gontion et Wiolic, fils de Magnachaire, ne purent supporter
cet outrage fait à leur sœur (Ruin.). Marius d'Avenches place sa mort
en 565. 11 l'appellé dux Francorum; peut-étre était-il maire da
palais. t4 :
It. 15
*
296 HISTORIA: FRANGORUM , LIB. V. .
calendas maias (1) sanctum Pascha celebravimus. Alii
vero cum (2) Hispanis, duodecimo calendas aprilis
sollemnitatem hanc tenuerunt : tamen, ut ferunt,
fontes illi, qui in (5) Hispaniis nutu Dei complentur,
in nostro Pascha repleti sunt. .
XVIII. Cainone vero Turonico vico, dum ipso glo-
rioso resurrectionis Dominicae die misse celebraren-
tur, ecclesia contremuit, populusque conterritüs a
pavore , unam vocem dedit , dicens quod ecclesia ca-
deret : cunctique ab ea, etiam pereffractis ostiis, per
fugam lapsi sunt. Magna post hac lues populum de-
vastavit. Post haec Guntchramnus rex ad Childeber-
, tum nepotem suum legatos mittit , pacei petens , ac
deprecans eum videre. Tunc ille cum proceribus suis
ad euin verit : qui ad pontem, quem Petreum (4) vo-
citant, corijuncti sunt, consalutantes (5) atque invi-
eem osculantes se. Guntchramnus rex ait : « Evenit
« impulsu peccatorum meorum, ut absque liberis re-
« manerem : et ideo peto, ut hic nepos meus mihi
« sit filius. » Et imponens eum super cathedram suam,
cunctum ei regnum tradidit, dicens : « Una nos parma
« protegat, unaque hasta defendat. Quod si filios ha-
'« buero, te nihilominus tamquam unum ex his repu-
« tabo, ut illa cum eis tecumque permaneat caritas ,
« quam tibi hodie ego polliceor, teste Deo. » Proceres
vero Ghildeberti similiter pro eodem polliciti sunt. Et
: (1) Colb., Martias, sed mendose. * Corb. et'Reg. B, celebramus.
(2) {Dub., Spanis.] * Ita Reg. B et Cam.
(3) | Iidem, Spaniis.] — * Supra Reg. B, tunc ut furent,
(4) * Corb. et Cam., Petrium.
(5) * Corb., cumque salutantes.
*
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 227
de Dieu, se trouvèrent remplies, dit-on, le j jour de notre
Páque (1).
XVIII. A Chinon, bourg de Touraine, pendant la cé-
lébration de la messe, le jour de la glorieuse résurrec-
tion du Seigneur, l'église trémbla, et le peuple épouvanté
s'écria tout d'une voix que l'église tombait ; et tous s'en-
fuirent méme en brisant les portes. Puis, une grande mor-
talité affligea les peuples.
Ensuite le roi Gontran envoya une ambassade à Childe-
bert, son neveu, pour lui demander la paix et le prier
de venir le voir. Childebert vint le trouver avec ses
grands; et tous deux s'étant réunis prés du pont appelé
le Pont-de-Pierre (2), se saluèrent et s'embrassérent ré-
ciproquement. Alors le roi Gontran dit : «Il m'est ar-
« rivé, par suite de mes péchés, de rester sans enfans ;
.« aussi je demande que mon neveu, que voici, devienne
« mon fils. » Et le plaçant sur son siége, il lui fit la tra-
. dition de tout son royaume en disant : « Qu'un méme
« bouclier nous protége; qu'une méme lance nous défende.
« Si j'ai des fils, je ne te regarderai pas moins comme
« un de mes enfans, et tu partageras avec euxda tendresse
«que je te promets aujourd'hui en présence de Dieu. »
Les grands de Childebert firent la méme promesse en son
nom, Les deux rois mangèrent et burent ensemble ; s'ho-
1) Voyez Éclairciss. et observ. (Note 5.)
(2) Aujourd'hui Pont-Pierre ou Pompicrre, village sur le Mouzon,
près la Meuse (Vosges, arr. Neufchâteau }.
*
228 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
manducantes simul atque bibentes, dignisque se mu-
neribus honorantes, pacifici discesserunt; tunc (1) ad
Chilpericum regem legationem mittentes , ut redderet
quod de eorum regno: minuerat; quod si differret,
campum preepararet ad bellum. Quod ille despiciens,
apud (2) Suessionas atque Parisius circos edificare
precepit, eosque populis spectaculum praebens (5).
XIX. His ita gestis, audiens Chilpericus, quod
Prætextatus Rothomagensis (4) episcopus contra uti-
litatem snam populis munera daret, eum ad se arces-
siri precepit. Quo discusso, reperit cum eodem res
Brunichildis (5) reginie commendatas : ipsisque abla-
tis, eum in exsilio usque ad sacerdotalem audientiam
retineri precepit. Conjuncto autem concilio, exhi-
bitüs est. Erant autern episcopi , qui advenerant apud
Parisius, in basilica sancti Petri apostoli. Cui rex
ait : « Quid tibi visum est, o episcope, ut inimicum
« meum Merovechum, qui filius esse debuerat, cum
« amita sua, id est patrui sui uxore, conjungeres? An
« ignarus eras, qua pro hac causa canonum statuta
« sanxissent? Etiam non hic solum excessisse pro-
« baris, sed etiam cum illo egisti, datis muneribus ,
«ut ego interficerer. Hostém autem filium patri fe-
Q) * Tunc deest in Corb. et Reg. J.
(2) [Dub. et Cam., Sessionas. Clun., Sessonas.]
(5) Begm., eosque spectandos populis prebuit. Bad., in eis populo
spectaculum præbiturus. Porro hic. detrita est scriptura cod. Bellov,
usque ad hzc verba sequentis capitis e£-ora digito, etc. [Cod. Cluniac.
habet spectaculis prebuit.) :
(4) * Corb., Rhotomag.... ; Reg. B, Jrothomag....
(5) * Corb., Reg. B, et Cam., Brunichilde.
4
| HISTOIRE DES FRANGS, LIV. V. 239
norèrent mutuellement de présens magnifiques, et se
séparérent en paix. Alors ils envoyèrent une ambassade
au roi Chilpéric, pour qu'il rendit ce qu'il avait usurpé
de leurs royaumes; sinon, qu'il se préparát à la guerre.
Mais lui, sans y avoir égard, fit construire, à Soissons
et à Paris, des cirques où il donna des spectacles au
peuple. ,
XIX. Ensuite, Chilpéric apprenant que Prétextat,
évêque de Rouen, faisait des largesses aux peuples pour
nuire à ses intérêts, le fit comparaître devant lui. Par
suite d'une enquête, on découvrit que la reine Brune-
‘haut lui avait confié certains effets. Le roi les lui prit, et
le fit, garder en exil jusqu'à ce qu'il eût été entendu par
les .évéques. Quand le concile fut réuni, Prétextat fut
amené en leur présence. Or les évéques assemblés à Paris
étaient dans la basilique de l'apótre saint Pierre (1). Le
roi lui adressa la parole : « Quelles étaient donc tes vues,
«6 évêque, d'unir Mérovée, mon ennemi plutôt que
« mon fils, avec sa tante, avec l'épouse de son oncle?
« ignorais-tu ce que. les saints canons ont décidé à cet
« égard? Non-seulement il est prouvé que tu as en ce
« point excédé tes pouvoirs; mais de plus, tu as traité
« avec lui, tu as' donné des présens pour me faire assas-
« siner, tu as rendu un fils l'ennemi de son pére, tu as
« séduit le peuple avec de l'argent pour que personne ne
« me conservát la foi jurée, et tu as voulu livrer mon
« royaume aux mains d'un autre. » En entendant ces pa-
roles, la multitude des Francs frémit de rage, et voulut
s'élancer hors de la basilique pour en arracher l'évéque et
(1) Au nombre de quarante-cinq. Voyez liv. vi, chap. 167
-
230 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« cisti, seduxisti pecunia plebem, ut nullus mecum
« fidem habitam custodiret; voluistique regnum meum
« in manum alterius tradere. » Hzc eo dicente , infre-
muit multitudo Francorum voluitque ostia basilicae
rumpere (1), quasi ut extractum sacerdotem lapidibus
urgeret : sed rex prohibuit fieri. Cumque Prætex-
tatus episcopus ea, qua rex dixerat, facta negaret,
advenerunt falsi testes, qui ostendebant species ali-
quas, dicentes : « Hæc et heec nobis dedisti, ut Mero-
« vecho fidem promittere deberemus. » Ad hec ille (2)
dicebat : « Verum enim dicitis vos à me sæpius mu-
« neratos; sed non hec causa exstitit, ut rex ejicere-
« tur a regno. Nam et cum vos mihi et equos optimos,
« et res alias praeberetis (5), numquid poteram aliud
« facere, nisi et égo vos simili sorte remunerarem? »
Recedente vero rege ad metatum suum , nos collecti
in unum sedebamus in secretario basilicæ beati Petri.
Conifabulantibusque nobis, subito advenit Aetius ar-
chidiaconus Parisiacæ ecclesie, salutatisque nobis ,
ait : « Audite me, o sacerdotes Domini, qui in unum
« collecti estis : aut enim (4) hoc tempore exaltabitis
« nomen vestrum, et bonc famæ gratia refulgebitis; aut
« certenullus vos amodo pro Dei sacerdotibus est habi-
« turus, Si personas vestras sagaciter nón erigitis (5), aut
« frâtrem perire permittitis. » Hec eo dicente, nullus
sacerdotum ei quicquàám respondit. Timebant enim
(1) * Reg. B et Colb., erumpere. — Quz lectio evidentissime dam-
nat sensum prius receptum , quasi voluissent portas frangere ut eccle-
siam intrarent. Rumpere tamen retinuimus, utpote eodem sensu.
(2) * Att ille dicebat, Reg. B. — Infra : non hac causa...., id.
(3) * Corb., nam etiam vos mihi.... prebuistis.
(4) " Mut enim deest in Corb. et Reg. J.
(5) * Reg. D, sanctiter non egeritis.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 251
le lapider; mais le roi s’y opposa (1). Prétextat ayant nie
les faits que lui.avait reprochés le roi, il se présenta
des fanx témoins, qui montrant quelques objets précieux
lui dirent : « Tu nous a donné telle et telle chose, pour
«mous persuader d'engager notre foi à Mérovée. » Il leur
répondit : « Vous dites vrai; vous avez souvent reçu de
« moi des présens; mais non pour renverser le roi de
«son tróne. Comme vous-mémes m'offriez d'excellens
«ehevaux ‘et d'autres objets de prix, pouvais-je faire
« autrement que de vous donner des présens à mon tour? »
Cependant le roi se retira chez lui. Pour nous, nous étions
assemblés dans la sacristie de la basilique de Saint-Pierre.
"Tandis que nous parlions ensemble, tout d'un coup sur-
vint Aétius, archidiacre de l'église de Paris, et aprés.nous
avoir salués ,'il nous dit : « Écoutez-moi, prêtres du Sei-
« gneur ici assemblés : voici l'occasion pour vous d'ho-
«morer votre nom, de briller par tous les avantages d’une
«réputation sans tache, ou, dés ce moment, personne ne
«vous regardera plus.comme les prêtres de Dieu, si vous
«ne savez reléver votre caractère , ou si vous permettez
« que votre frère périsse: » Il dit ; mais aucun évéque ne
lui répondit rien, car ils craignaient la fureue de la reine,
à l'instigation de laquelle tout ceci se faisait. Comme ils
demeuraient immobiles, le doigt sur la bouche; je, leur
»
(1) Il est clair que cette multitude était dans l'église, et qu’elle
voulut en arracher de force Prétextat, et sortir avec lui pour le lapider.
Ce sens n'est pas douteux, avec la lecon-erumpere; elle explique pr.
faitement ruPipere, que cependant nous conservons dans le texte.
L'autre sens, qui suppose les Francs en dehors de l'église entendant
me es de Chilpéric, étvoulant beiter lea portes pour, se ssisir
Ne extat, semble moins natdrel. Nous l'avions-adopté dans notre
5 | préface de l'édition latir , mais la nouvelle leçon nous a détrómpé.
932 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
reginæ (1) furorem, cujus instinctu hæc agebantur.
Quibus intentis, et ora digito (2) comprimentibus, ego
aio : « Adtenti estote, quæso, sermonibus meis, 0 sanc-
« tissimi sacerdotes Dei , et preesertim vos, qui fami-
« liariores esse regi: videmini : adhibete ei consilium
à sanctum atque sacerdotale, ne exardescens in mi-
« nistrum Dei, pereat ab ira ejus, et regnum perdat
« et gloriam. » Hæc me dicente, silebant omnes. Illis
vero silentibus (5) adjeci : « Mementote, domini mei
« sacerdotes, verbi prophetici quod (4) ait, si viderit
« speculator iniquitatem hominis, et non dixerit; reus
« erit animæ pereuntis. Ergo nolite silere, sed præ-
« dicate, et ponite ante oculos regis peccata ejus, ne
« forte ei aliquid mali contingat, et vos rei sitis pro
«anima ejus. An ignoratis quid novo gestum fuerit
« tempore? quomodo adprehensum Sigimundum Chlo-
« domeris retrusit in carcerem? dixitque ei Avitus (5)
« Dei sacerdos : Ne injicias manum in eum, et cum
« Burgundiam petieris, victoriam obtinebis. Ille vero
« abnuens qua ei a sacerdote dicta fiferant , abiit,
« ipsumque cum uxore et filiis interemit; petiitque Bur-
« iam ; ibique oppressus ab exercitu , interemtus
« est. Quid Maximus imperator? nonne cum beatum
« Maximum (6) compulisset communicare cuidam lio-
*
(1) * Camer., regem et furorem.
(2) * Cam. Reg. B, ora digitis. -.
(5) [Dub.; silentibüs et:ora digitis prints adjeci wd
{4) * Ferbis: prophetæ quo...., Corb.
(5) Regm. ut semper alias, allai. Vide supra, lib. ni, cap. 6.
Porro hic sacerdotis nomine episcopum non jntelligit Gregorius ; ut
sepe alias. Nam sanctus Avitüs erat solummodo abbas Miciacensis.
* Corb., Sigismundum. Cam., | Sigy mundum.
(6) Corb., Bell , Colb., Beg. B, et Cam., habent Germanum. Vul-
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 233
dis:: «Soyez attentifs à mes discours, je vous en prie, ó
«très saints prêtres du Seigneur, et vous, surtout, qui
« semblez être plus familiers avec le roi. Donnez-lui un
«saint conseil, un’ conself d'évéques; qu'il craigne, en
« S'irritant contre un ministre de Dieu, de périr par sa
«colère, et dé perdre son royaume et sa gloire.» Je par-
laís, ‘mais tous gardaient le silence. J'ajoutai : « Sou-
« Venez-yous, mes seigneurs les évêques, de cette pa-
érole du prophète : Si inspecteur voit l'iniquité d'un
« homme, et ne la découvre pas , il sera compli ce Ta
« perte-de son, dme (1). Ainsi, au lieu de tai
« préchez tout haut devant le-roi; mettez-lui 86s fautes
« sous les yeux, de peur qu'il ne lui arrive quelque mal,
«cet que vous-ne soyez responsables de son âme. Igno-
« rez-vous ce qui s'est passé dans des temps prés de nous :
«comment Clodomir prit Sigismond et le fit jeter dans
«un cachot; et ce que lui dit Avitus, le prêtre du Sei-
« gneür : Ne porte pas la:main sur lui, et quand tu mar-
« cheras contre la Bourgogne, tü auras la victoire? Mais
« lui; dédaignant les avis dà saint prétre, partit aussitót ,
« fit périr Sigismond, avec sa femme et ses fils, et mi
« en Bourgogne, oü il fut vaincu et tué par l'arm -
« netie. Et l'empereur Maxime? après qu'il eut vivement
« pressé saint. Martin de donner la communiôn à un
« évéque homicide (2), et que celui-ci, dans l'espoir de
(1) Ézéchiel, 35, 6. Dans l'original, il s'agit de là sentinelle qui
doit annoncer l'approche de l’ennemi en sonnant de la trompette ; si-
non, elle sera responsable de tous ceux qui périront. Mais Grégoire a
tellement altéré ce texte, en le citant, que le sens: n'en peut plus être
le méme. Celui que nous adoptons semble se lier mieux avec les idées
qui suivent. -
(2) Voyez Sulpice Severe, Dialog. n, sur les vertus de saint t Mar-
234 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« micidæ episcopo, et ille, quo facilius addictos morti
« liberaret, regi impio consensisset; prosequente regis
« :eterni judicio, ab imperio depulsus Maximus, morte
« pessima condemnatus es P, Hzc me dicente, non
respondit ullus quicquam , sed erant omnes intenti et
stupentes. Duo tamen (1) adulatores ex ipsis, quod
de episcopis dici dolendum est, nuntiaverunt régi
dicentes, quia. nullum majorem inimicum in. suis
tum, et ad dexteram ejus Bertchramnus episcopus,
ad levam vero Ragnemodus (5) stabat : et erat ante
cos Scamnum pane desuper plenum cum diversis fer-
culis. Visoque me, rex ait : « O episcope, justitiam
« cunctis largiri debes : et ecce ego justitiam a te non
« áccipio; sed, ut video, consentis iniquitati , et im-
« pletur in te proverbium illud, quod corvus oculum
« corvi non eruit. » Ad hec ego : « Si quis de nobis,
« 0 rex, justitiae tramitem transcendere (4) voluerit,
«a te corrigi potest : si vero, tu excesseris, quis te
«'eorripiet? Loquimur enim tibi ; sed si volueris au-
« dis : si autem nolueris, quis te condemnabit, nisi is
gatam tamen ceterorum Jectionem retinuimus ; quod hoc ipsum sancto
Martino contigisse referat Sulpicius Severus in Dialogo 111, ubi sanctus
Martinus Felicis ordinationi interfuisse narratur. — * Supra, nonne
deest in Corb. et Reg. B.
(1) " Reg. B, tantum. — Supra, Corb., Reg. B, intenti, stupentes.
(2) * Corb., cursu captu; pro capto. — Supra, inimicum suis causis.
' Sic et Reg. P. ,
(3) [Clun., Bertrannus.] * Bell., Berthramnus ; Reg. B, Berahtram-
aus ; Cam., Berchramnus.
(4) * Reg. B, scindere. — Infrà , audies, pro audis.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 235
, « sauver des malheureux destinés à la mort, eut consenti
«à cette demande d'un roi impie, ce prince lui-même,
« eondamné par le jugement du roi éternel, ne fut-il pas
« dépouillé de l'empire et frappé de la mort des eriminels? »
Aprés que j'eus parlé ainsi , personne ne me répondit rien;
tous restaient immobiles et comme stupéfaits. Mais deux
flatteurs qui étaient parmi eux , et j'ai peine à le dire, des
évéques, allèrent annoncer au roi que, dans cette affaire
qui l'intéressait, il n'avait pas de plus grand ennemi que
moi-même, Aussitôt un des hommes de la cour est
promptement expédié vers moi avec l'ordre de me pré-
senter devant le prince. J'arrive : le roi était debout, prés
d'un pavillon formé de branches d'arbre. A sa droite était
l'évéque Bértrand; à la gauche, Ragnemod (r). Devant V
eux ün banc (2) chargé de pain et de miets divers. Dès — —
que le roi m'aperqut : « O évêque, dit-il, tu dois distri-
« buer à tous la justice, et cependant je ne reçois pas de
«toi ma part de justice; mais tu soutiens l'iniquité, et tu
« justifies bien le proverbe : le corbeau ne crève pas l'œil
« du corbeau. » A cela je répondis : « O ror, si quelqu'un
«de nous veut s'écarter du-sentier de la justice, tu peux
« le corriger : mais si tu t'en écartes, qui te reprendra ?
«Nous te parlons, il est vrai; mais tu nous écoutes, si tu
« veux :'si tu né le veux pas, qui te condamnera, sinon
« celui qui &'est proclamé la justice? » Animé contre moi
par ses + satiteurs, le roi me No : & Avec tous j'ai
à
tin. Cet évêque était Idbacine, un des plus ardens perséeutes de
Priscillien et de ses sectaires mis à mort par Maxime.
(1) Bertrand, de Bordeaux; Ragnemod, de Paris : sans dum ink
deux qui avaient dénoricé Grégoire.
Es men, est une table-basse, un banc, d'où le wot bañgquet.
(Ruin
"TT:
236 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« qui se pronuntiavit esse justitiam (1)? » Ad heec ille,
ut erat ab adulatoribus contra me accensus, ait : « Cum
« omnibus enim inveni justitiam, et tecum invenire
«non possum. Sed scio quid faciam, ut noteris in
« pópulis, et injustum te esse omnibus (2) perpatescat.
« Convocabo enim populum Turonicum, et. dicam
« eis : Vociferamini contra Gregorium, quod sit in-
« justus, et nulli hominum justitiam. præstet. Illis
« quoque hzc clamantibus respondebo : Ego qui rex
* «sum, justitiam cum eodem invenire non possum, et
«vos qui minores estis invenietis? » Ad hac ego’:
« Quod sim injustus, tu nescis. Scit enim ille conscien-
« tiam meam, cui occulta cordis sunt manifesta. Quod
ÿ « vero falso clamore populus te insultante vociferatur,
« nihil est, quia sciunt omnes à te haec emissa (3).
« Ideoque non ego ; sed potius tu in adclamatione no-
« taberis. Sed quid.plura? Habes legem et canones;
« heec te diligenter rimari oportet : et tunc quæ præ-
«ceperint, si non observaveris (4), noveris tibi Dei
« judicium imminere. » At ille quasi mé demulcens,
quod dolose faciéns putabat. me non intelligere, con-
versus ad juscellum quod coram (5) erat positum, ait :
« Propter te heec juscella paravi , in quibus nihil aliud
«preter volatilia, et. parumper ciceris continetur. » -
Ad. hec ego, cognoscens adulationes ejus, dixi :
-« Noster cibus esse debet facere voluntatem Dei, et
« non (6) his deliciis delectari; ut ea - precipit
(1) * Corb., nisi qui se pronuntiavit justitiam; ————
(2) *Corb. lg B, in omnibus.—Infra, Cam. et Reg: P, iridicam eis.
(3) * Corb. et Reg. 8, missa. — Supra uterque vociferát. -
(4) Regm., observare volueris. * Córb. sulla: B, observaberis:
16) * Gam. Reg. £, coram eo. ^
(6) *-Corb. Cain., in his del...
HISTOÍRE DES FRANCS, LIV. V. 937
« obtenu justice; avec toi, c’est chose impossible. Mais je
« sais ce que je ferai pour te signaler aux peuples, et te
i faire connaitre à tous comme un injuste. Je convoquerai
«le peuplé de Tours, et je lui dirai : Vociférez contre
« Grégoire; appelez-le homme injuste, et ne rendant la
«justice à personne; et à léurs cris je répondrai : Moi
« qui suis le roi je ne puis obtenir justice de cet homme;
«et vous qui m'étes inférieurs, vous espérez l'obtenir? »
Je lui répliquai : « Si je suis injuste, tu n'en sais rien. 1l
« connaît seul ma conscience, celui qui pénètre les secrets
« des cœurs. Mais que le peuple crie faussement après moi
«pour servir ta haine, peu importe. Tous sauront que tu
« en es l'instigateur, et ces vociférations seront une note
« d'infamie pour toi-même plutôt que pour moi. Mais
«pourquoi tant de paroles? tu as la loi et les canons. Hl
«te faut les consulter avec soin : si tai n'observes pas ce
« qu'ils auront ordonné, sache que le jugement de Dieu
«té menace de prés. » Alors le roi, comme pour me cal-
mer, et croyant que je me laisserais prendre au piége,
+ montra un mets placé devant lui, ét me dit : «Je.
ai’ fait préparer pour toi ; il n'y entre que de la vo-
Len et un peu de pois. » Mais moi , démélant l'artifice ,
je lui répondis : « Notre nourriture doit être de faire là
«volonté de Dieu, et non de nous plaire à ces mets dé-
« licats; afin que nous ne transgressions jamais ses com-
« mandemens. Pour toi, qui inculpes la justice des autres,
« promets avant tout de te conformer à la loi et aux ca-
« nons, et alors nous te eroirons sincére partisan de la
« justice. » Le roi, étendant là main; jura par le Dieu
tout puissant que, dáns aucum cas, il rié transgresserait
ce qu'enseignaient la loi et les canons. Ensuite, après
avoir accepté du pain , et — bu du sin, je me. retirai.
L
238 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« nullo easu praetermittamus. Tu vero qui alios de
«justitia culpas, pollicere prius quod legem et ca-
« nones non omittas : et tunc credimus quod justitiam
« prosequaris. » Ille. vero porrecta dextera, juravit
per omnipotentem Deum , quod ea quee lex et canones
edocebant, nullo prætermitteret pacto. Post haec ac-
cepto pane, hausto etiam vino, discessi (1). Ea vero
nocte, decantatis nocturnalibus hymnis, ostium man-
sionis nostre gravibus audio cogi verberibus; mis-
soqué puero, nuntios Fredegundis réginæ. adstare
cognosco. Quibus. introductis, salutationem reginæ
suscipio. Deinde. precantur pueri, ut in ejus causis
contrarius non existam; simulque ducentas argenti
promittunt libras (2), si Prætextatus, me impugnante,
opprimeretur. Dicebant enim; « Jam omnium episco-
« porum promissignem habemus; tantum tu adversus
« non incedas. » Quibus ego respondi : « Si mihi mille
« libras auri argentique donetis , numquid (3) aliud
« facere possum , nisi quod Dominus agere precipit?
à se Unum tantum polliceor, quod ea que ceteri secun-
« dum canonum statuta consenserint, sequar. » At illi,
rion intelligentes quæ dicebam , gratias agentes disces-
serunt. Mane autem facto, aliqui de episcopis ad me
venerunt, simile mandatum ferentes : quibus ego
similia respondi.
Convenientibus autem nobis in basilica sancti Petri,
mane rex adfuit , dixitque ; « Episcopus enim. in furtis
« deprehensus, ab episcopali. officio ut avellatur (4)
(1) Regm., discessit.
(2) Cod. Regm. ., marchas.
: (5) [Cod. Clun., non aliud. facere possum, nisi ique].
AU Evalletur, Beg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 239
La nuit de.ce jour, au moment oü je venais de chanter
les hymnes des nocturnes, j'entendis frapper à grands
cu à la porte de ma maison : j'envoyai un serviteur,
et j'appris que c'étaient des envoyés de Frédegonde. Intro-
duits, ils me présentent le salut de la reine; ensuite ils
me prient de ne pas étre contraire à ses intéréts; et en
méme temps me promettent deux cents livres d'argent, si
je me mettais contre Prétextat pour l'accabler. « Car, di-
« sajentzils, nous avons déjà la promesse de tous les évé-.
« ques : ne sois pas seul d'un avis contraire. » Je leur ré-
pondis : « Quand vous me donneriez mille livres d'or et
« d'argent, puis-je faire autre chose que ce que le Sei-
« gneur ordonne? Je vous promets seulement de me réunir
«à l'opinion des autres si elle est conforme aux statuts
« des canons. » Ceux-ci, sans comprendre mes paroles, *
me rendirent grâces et se retirèrent. Le lendemain ma-#
tin, je reçus la visite de quelques évêques, porteurs de
propositions semblables , et je leur fis la méme réponse.
Le matin, lorsque nous nous réunissions dans la ba-
silique de Saint-Pierre, le roi se présenta, et dit : « Un
« évéque convaincu dé larcin doit étre dépouillé de ses
« fonctions épiscopales; ainsi le veulent les canons.» Nous
lui demandámes quel était l'évéque accusé de vol. « Vous
« avez vu, répondit-il, les effets précieux que cet homme
« nous a dérobés. » En effet, trois jours auparavant, le
roi noys avait montré deux valises remplies d'objets pré-
x
940 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« canonum auctoritas sanxit, » Nobis quoque respon-
dentibus, quis ille sacerdos esset cui furti crimen
inrogaretur ? respondit rex : « Vidistis enim species,
« quas nobis furto abstulit. » Ostenderat enim nobis
ante diem tertiam rex duo volucla (1), speciebus et
diversis ornamentis referta; que adpretiabantur (2)
amplius quam: tria millia solidorum : sed et sacculum
cum numismatis (5) auri pondere tenentem quasi
millia duo. Hzc enim dicebat rex, sibi 4b episcopo
fuisse furata. Qui respondit (4) : « Recolere vos credo,
«.discedente a Rothomagensi urbe Brunichilde regina,
« quod venerim ad vos, dixique vobis, quia res ejus,
& id est quinque sarcinas, commeridatas haberem : et
« frequentius advenire pueros ejus ad me, ut ea red-
« derém ,:et nolui sine consilio vestro. Tu autem
*« dixisti mihi, o-rex : Ejice heec a te, et revertantur
«ad xnulierem res sua (5), ne inimicitia inter me et
.« Childebertum nepotem meum, pro his-rebus debeat
« pullulare. Reversus ergo ego (6) ad urbem, unum
« voluclum tradidi pueris : non enim valebant amplius
« ferre. Reversi iterum requirebant alia.: iterum con-
« sului (7) magnificentiam vestram. Tu autetn preece-
(1) Sie Corb., Bell. et Colb., quam.vocem alias pro involucris in his
mss. positam jam animadvertimus. [Dub., Clun., volucra. Infra,
volucrum.) Sic et pro speciebus, habent species, mutäto casu. " Cam,
Reg. B, volucra.
(2) * Corb. prætiebantur; Reg. B, pertipiebantur.
' (5) Colb., numismate. Sed Gregorius ponit hic, sicut et jam alias,
humismatis, pro numismatibus. Corb., Reg, D, numismati.
(4) * Reg. Z, qui épiscopus ait.
(5) * Corb., Cam., res ejus.
(6) * Ergo d. in Gorb.; ego d. in Reg. B. -
(7) Alii mss, et editi, consiliatus sum. [Ita Dub. et Clun. ] * Corb.
' et Bell., ados : iterum consiliatus sum. &
*
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 941
cieux et de bijoux, estimés plus de trois mille sous; et un
sac qui, d'aprés son poids, pouvait contenir environ deux
mille piéces d'or. Voilà ce que le roi prétendait lui avoir
été dérobé par l’évêque. Prétextat répondit : « Vous vous
« rappelez, je pense, que, lorsque la reine Bruneliaut sortit
« de Rouen, je vins à vous, et vous dis qu'elle m'avait
« confié ses effets, consistant en cinq valises. Souvent ses
« serviteurs venaient me prier de les leur remettre; mais
« je n'ai pas voulu le faire sans vous demander conseil. Or,
« toi-même, Ó roi, tu m'as dit : « Rejette ces objets loin
'«de toi; que ce qui appartient à cette femme lui soit
«rendu, car je ne veux pas que ce soit un motif d'ini-
« mitié entre moi et mon neveu Childebert. » De retour à
« la ville, je remis une valise aux serviteurs de Brune-
« haut, car ils n’en pouvaient porter davantage. Ils re-
« vinrent m’en demander d’autres. Je consultai de nou-
« veau votre magnificence. Tu me donnas encore un
« ordre positif : « Rejette, ó évêque, rejette bien loin tout
« cela, pour qu'il n'en résulte pas de querelle.» Je leur en
« livrai donc deux autres; et deux encore restérent chez
« moi. Maintenant pourquoi me faire des reproches et
« m'accuser de vol, puisque j'étais évidemment, non un
« voleur, mais le dépositaire de ces richesses? — Mais,
« dit le roi, si c'était un dépót dont tu étais le gardien,
« pourquoi as-tu ouvert une de ces valises, et en as-tu retiré
« un voile tissu d'or, que tu as mis en pièces, et distribué
« à des hommes qui devaient me précipiter du tróne? — Je
« t'ai déjà dit, répondit l’évêque Prétextat , que j'avais recu
« des présens de ces guerriers, et comme je n'avais pour le
« moment rien à leur donner, j'empruntai cette valeur, et
«je la leur donnai en retour de leurs présens. Elle me
« paraissait une propriété, parce qu'elle appartenait à mon
I. 16
242 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« pisti, dicens : Ejice hac a te, o sacerdos, ne faciat
« scandalum hzc causa. Iterum tradidi eis duo exhis :
« duo autem alia remanserunt mecum. Tu autem,
« quid nunc calumniaris, et me furti arguis, cum haec
« causa non ad furtum, sed ad custodiam debeat depu-
« tari? (1) » Ad hac rex : «Si hoc depositum penes te
« habebatur ad custodiendum, cur solvisti unum ex
« his, et limbum aureis contextum filis in partes dis-
« secasti , et dedisti per viros (2), qui me a regno de-
« jicerent? » Prætextatus episcopus respondit : « Jam
« dixi tibi superius, quia munera eorum acceperam,
« ideoque (5) cum non haberem de praesenti quod
« darem, hinc præsumsi, et eis vicissitudinem mune-
« rum tribui. Proprium mihi esse videbatur, quod
« filio meo Merovecho erat, quem de lavacro regene-
« rationis excepi. » Videns autem rex Chilpericus,
quod eum his calumniis superare nequiret , adtonitus
valde, a conscientia (4) confusus, discessit a nobis ;
vocavitque quosdam de adulatoribus suis, et ait :
« Victum me verbis episcopi fateor, et vera esse quae
« dicit scio (5) : quid nunc faciam, ut regine de eo
« voluntas adimpleatur? » Et ait : « Ite, et accedentes
«ad eum dicite, quasi consilium ex vobismetipsis
« dantes : Nosti quod sit rex Chilpericus pius atque
« compunctus, et cito flectatur ad misericordiam :
(1) * Cam., deportari. |
(2) * Corb., a viros, pro ad viros. Non unum hoc barbari ser-
monis exemplum in illo codice.
(3) Corb., Reg. 8 et Cam., ideoque luec cum non.
(4) [Alii, “inter quos Reg. 2, ac conscientia. — Supra, Cam.,
quod cum his cal....
(5) * Corb., quod. dicit : scio quid, etc., et sententia non dubi-
tantis est. — Infra, Cam., impleatur.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 943
« fils Mérovée, que j'ai tenu sur les fonts baptismaux (1). »
Le toi Chilpéric, voyant qu'il ne pouvait l'emporter sur lui
par ses calomnies, nous quitta, tout étourdi et troublé
par sa conscience. Puis il appela quelques uns de ses flat-
teurs, et leur dit : « Je suis confondu par les paroles de
« l'évêque, je l'avoue; et je sais qu'il dit la vérité : que
« faire maintenant pour que la volonté de la reine à son
« égard s'accomplisse? Eli bien! ajouta-t-il, allez le trou-
«ver, et dites-lui, comme si vous lui douniez de vous-
« mémes ce conseil : Tu sais que le roi Chilpéric est pieux,
« sensible et enclin à la miséricorde : humilie-toi devant
« lui, et déclare que tu as fait tout ce qu'il te reproche.
« Alors, nous prosternant tous à ses pieds, nous obtien-
« drons qu'il te pardonne. » Séduit par ces paroles, l'évéque
Prétextat promit de faire ce qu'on lui demandait. Le len-
demain nous nous réunimes au lieu accoutumé; le roi y vint
aussi et dit à l'évéque : « Si tu as donné à ces hommes
« présens pour présens, pourquoi as-tu exigé d'eux des
« sermens, afin de les attacher à Mérovée? — J'ai désiré,
« je l'avoue, répondit l'évêque, lui gagner leur amitié, et
« j'aurais appelé non seulement un homme , mais, s'il eût
« été possible, un ange du ciel pour venir à son secours;
« car il était, je le répéte encore , mon fils spirituel par le
« baptême.» Et comme cette altercation s'animait , l'évéque
Prétextat, se prosternant à terre, dit : « J'ai péché contre
« le ciel et devant toi, ó roi très miséricordieux ; je suis
(1) Mot à mot, que j'ai retiré du bain de régénération. On sait
qu'alors le baptéme avait lieu par immersion. Le parrain retirait l'en-
fant ou le cathécumène du baptistère, faisant entendre par là qu’il.
l'adoptait pour son fils en Dieu; comme chez les Romains, le père
relevait de terre l'enfant qui venait de naître, pour déclarer qu'il s’en
chargeait.
944 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« humiliare sub eo, et dicito ab eo objecta a te perpe-
« trata fuisse. Tunc nos prostrati omnes coram pedi-
« bus ejus, dari tibi veniam impetramus. » His seductus
Prætextatus episcopus pollicitus est se ita facturum.
Mane autem facto, convenimus ad consuetum locum ;
adveniensque et rex ait ad episcopum : « Si munera
« pro muneribus his hominibus es largitus, cur sacra-
« menta postulasti , ut fidem Merovecho servarent? »
Respondit episcopus : « Petii, fateor, amicitias eorum
« haberi cum eo; et non solum hominem, sed , si fas
« fuisset, angelum, de coelo evocassem (1), qui esset
« adjutor ejus : filius enim mihi erat, ut sepe dixi,
« spiritalis ex lavacro. » Cumque hec altercatio altius
tolleretur, Prætextatus episcopus, prostratus solo, ait :
« Peccavi in coelum et coram te, o rex (2) misericor-
« dissime : ego sum homicida nefandus; ego te inter-
« ficere volui, et filium tuum in solio tuo erigere. »
Hac eo dicente, prosternitur rex coram pedibus. sa-
cerdotum, dicens : « Audite, o piissimi sacerdotes ,
« reum' crimen (5) exsecrabile confitentem. » Cumque
nos flentes regem elevassemus a solo, jussit eum basi-
licam egredi. Ipse vero ad metatum discessit, transmit-
tens librum canonum, in quo erat. quaternio novus
adnexus (4) , habens canones quasi Apostolicos, conti-
nentes hec : « Episcopus in homicidio , adulterio , et
« perjurio deprehensus, a sacerdotio divellatur. » His
ita lectis, cum Prætextatus staret stupens, Bertchram-
nus episcopus ait : « Audi, o frater (5) et coepiscope,
(1) * Cam., Reg. Z/; evocaveram. )
(2) [Clun., o. rex, miserere mei.] — " Infra Reg. 8, in solatio tuo.
(5) [Dub.; crimina sacrilega.].' Corb. et Cam,, criminis sacribilem.
(4) * Corb., Cam., Reg. £, adnixus.
(5) * Corb., Reg. B, audio frater.
. HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 945
« un homicide, un sacrilége : j'ai voulu te tuer, et placer
« ton fils sur ton trône.» A ces mots, le roi se prosterne
aux pieds des évéques, en disant : « Écoutez, très pieux
« évêques : l’accusé avoue son crime exécrable. » Et quand
nous eûmes, en pleurant, relevé le roi, il ordonna que
Prétextat sortit de la basilique. Pour lui, il se retira dans
sa demeure, et nous fit passer un livre de canons, auquel
on avait ajouté un nouveau cahier (1), renfermant de
prétendus canons apostoliques (2), où l’on trouvait ces
paroles : « Qu'un évêque homicide, adultère, parjure,
« pris sur le fait, soit dépouillé du sacerdoce. » A cette
lecture, Prétextat demeura stupéfait; et l'évéque Bertrand
lui dit : « Écoute, frére ct collégue dans l'épiscopat : tu
« n'as pas les bonnes gráces du roi; ainsi tu ne peux
« plus compter sur notre amitié, avant que tu aies mé-
«rité que le roi te pardonne.» Aprés cela le roi de-
manda , ou que l'on déchirát sa tunique, ou qu'on récitât
sur sa tête le psaume cent huitième, qui contient des ma-
lédictions contre Judas Iscariote (3), ou du moins qu'on
souscrivit contre lui un jugement qui le privát à jamais
de la communion. Je m'opposai à toutes ces conditions,
d'aprés la promesse du roi qu'il ne se ferait rien contre
(1) Quaternio, une feuille pliée en quatre , un cahier.
(2) Les canons appelés encore aujourd'hui canons apostoliques ,
w'étaient point alors reconnus dans l'église gallicane. Ainsi la collec-
tion de Denis-le-Petit n'était pas encore admise en Gaule, puisqu'il
place en téte les canons que Grégoire traite ici d'apocryphes. Voyez
Le Cointe, Annales ecclésiastiques, ann: 577 (Ruin.). Voyez aussi
l'article Canons apostoliques, dans le Moréri, édit. de Goujet, et le
premier Supplément.
(3) Ce sont ces mots : et episcopatum ejus accipiat alter, ps. 5, 108,
v. 8, cités par saint Pierre, à propos de Judas Iscariote, Act. des
Apôtres, chap. 1, v. 20.
246 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« quia regis gratiam non habes; ideoque nec nostra
« caritate uti poteris, priusquam regis indulgentiam
« merearis. » His ita gestis, petiit rex, ut aut tunica
ejus scinderetur ; aut centesimus-octavus psalmus, qui
maledictiones Ischariothicas continet, super caput ejus
recitaretur; aut certe judicium contra eum scribere-
tur, ne in perpetuum communicaret. Quibus condi-
tionibus ego restiti, juxta promissum regis, ut nihil
extra canones gereretur. Tunc Prætextatus, a nostris
raptus oculis, in custodiam positus est. De qua fu-
gere (1) tentans nocte, gravissime cæsus, in insulam
maris, quod adjacet civitati Constantine (2), in exsi-
lium est detrusus.
Post hec sonuit (5), quod Merovechus iterum basi-
licam sancti Martini conaretur expetere. Chilpericus
vero custodiri basilicam jubet, et omnes claudi aditus.
Custodes autem unum ostium, per quod pauci clerici
ad officium ingrederentur, relinquentes , reliqua ostia
clausa tenebant; quod non sine tedio populis fuit.
Cum autem apud Parisius moraremur, signa in ccelo
apparuerunt, id est viginti radii a parte aquilonis , qui
ab oriente surgentes , ad occidentem properabant : ex
quibus unus prolixior et aliis supereminens, ut est in
sublime elatus (4), mox defecit ; et sic reliqui qui secuti
fuerant evanuerunt. Credo interitum Merovechi pro-
nuntiasse (5). Merovechus vero dum in Remensi Cam-
pania latitaret, nec palam se Austrasiis crederet, a Ta-
(1) * Corb., futire; Reg. B, fugire.
(2) * Corb., Bell., Cam., Constantini.
(8) * Sonuit deest in Corb.
(4) * Corb., Cam., elevatus.
(5) * Corb., Cam., Reg. B, pronuntiassent.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 247
les canons. Alors Prétextat fut enlevé de devant nos yeux,
et remis à des gardes; mais ayant essayé de s'enfuir pen-
dant la nuit, il fut cruellement frappé, et exilé dans une
ile de la mer / 1) qui avoisine la cité de Coutances.
Ensuite le bruit courut que Mérovée cherchait à rega-
gner la basilique de Saint-Martin. En conséquence, Chil-
péric placa des gardes auprés de la basilique, et en fit
fermer toutes les avenues. Les gardes ne laissérent ou-
verte qu'une seule-porte par où entraient un petit nombre
de cleres pour se rendre à l'office, et toutes les autres
restaient fermées, ce qui était bien génant pour le peuple.
Tandis que nous étions à Paris, des signes apparurent
dans le ciel : c'étaient vingt rayons lumineux qui, s'éle-
vant au nord du cóté de l'orient, couraient vers l'occi-
dent. Or le plus long, le plus brillant, dés qu'il fut à son
plus haut point d'élévation, s'éteignit; et tous les autres,
aprés lui, s'évanouirent de même. Ils annoncérent, je
crois, la mort de Mérovée. Ce prince, toujours caché dans
la Champagne Rémoise, et n'osant se confier ouvertement
aux Austrasiens, fut circonvenu par les habitans de Té-
rouanne, qui lui promirent d'abandonner son père Chilpé-
ric , et de se soumettre à lui, s'il se présentait. Il se rendit
(1) Probablement Jersey, Pile la plus proche de la côte. (Ruin. )
248 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
rabannensibus (1) circumventus est, dicentibus quod,
relicto patre ejus Chilperico, ei se subjugarent, si ad
eos accederet. Qui velociter, adsumtis secum viris for-
tissimis , ad eos venit. Hi præparatos detegentes dolos,
in villam eum quamdam concludunt; et, circum-
septum (2) cum armatis, nuntios patri dirigunt. Quod
ille audiens, illuc properare destinat. Sed hic, cum in
hospitiolo (5) quodam retineretur, timens ne ad vin-
dictam inimicorum multas lueret poenas, vocato ad
se Gaileno familiari suo, ait : « Una nobis usque nunc
« et anima et consilium fuit : rogo ne patiaris me
« manibus inimicorum tradi; sed, accepto gladio, in-
« ruas in me. » Quod ille nec dubitans, eum cultro
confodit. Adveniente autem rege, mortuus est re-
pertus. Exstiterunt tunc qui adsererent verba Mero-
vechi, que superius diximus, a regina fuisse conficta;
Merovechum vero ejus fuisse jussu clam interemtum.
Gailenum vero adprehensum, abscissis manibus et pe-
dibus, auribus, et narium summitatibus, et aliis mul-
tis cruciatibus adfectum , infeliciter necaverunt (4).
Grindionem quoque, intextum rote, in sublime sus-
tulerunt : Gucilionem (5) ;qui quondam comes palatii
Sigiberti regis fuerat, abscisso capite interfecerunt.
Sed et alios multos qui cum eodem venerant (6), cru-
(1) * Corb., a T'arabennensibus deest : Cam., Parabennens....
(2) * Corb. et Cam., circumpertum.
(3) * Corb., cum suspicio quodam. Cam., in hospicio.
(4) " Corb., abscisis manibus, pedibus, auribus, vel narium...
negaverunt,
(5) Corb., Guciolonem. {Clun., Cuicilonem.] * Sic Reg. B. Bell.,
Ciucilonem, qui quondam palatii Sigeberti. * Comes deest et in Corb.
Cam., Ciucilonem.
(6) * Reg. B, cum eo fuerant. — Infra, diversis deest in Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 249
promptement chez eux, accompagné de quelques braves.
Alors ceux de Térouanne, ne dissimulant plus le piége qu'ils
lui avaient tendu, l'enferment dans une habitation de cam-
pagne, l'entourent d'hommes armés, et envoient un mes-
sage à son père. A cette nouvelle, le roi accourut en grande
hâte. Mérovée, qui était retenu dans une petite maison,
craignant de satisfaire par de cruels supplices à la ven-
geance de ses ennemis, appelle à lui Gailen, son serviteur
fidéle, et lui dit : « Jusqu'ici nous n'avons eu tous deux
« qu'une àme et qu'une pensée : je t'en prie, ne souffre
« pas que je tombe entre les mains de mes ennemis; mais
« prends ton glaive et te précipite sur moi. » Celui-ci,
sans hésiter, le perca de son couteau; et quand le roi ar-
riva , il était mort. Plusieurs personnes assurèrent que les
paroles de Mérovée, rapportées plus haut, avaient été
imaginées aprés coup par la reine; et que Mérovée avait
été tué secrétement par son ordre. Gailen fut pris; on
lui coupa les mains, les pieds, les oreilles, l'extrémité
des narines, et, aprés d'autres tourmens de ce genre, on
le fit périr misérablement ( 1). Grindion fut attaché à une
roue, et exposé sur un échafaud élevé. Gucilion, autre-
fois comte du palais du roi Sigebert, eut la téte coupée;
et de méme plusieurs autres qui étaient venus avec Mé-
rovée périrent par différens supplices. On disait alors
dans le monde que l’évêque Égidius et le duc Gontran-
Boson avaient été pour beaucoup dans la conduite de
cette trahison; Gontran, parce que la reine Frédegonde
(1) Est-ce comme ami du jeune prince, ou comme meurtrier d'un
fils de roi qu'il fut condamné à un tel supplice ? Peut-étre pour les
deux motifs à la fois. Quant aux deux autres, c'est évidemment comme
partisans de Mérovée et de Brunehaut qu'ils sont mis à mort.
250 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
deli nece diversis mortibus adfecerunt. Loquebantur
etiam tunc homines, in hac circumventione, Egidium
episcopum et Guntchramnum Bosonem fuisse maxi-
mum caput; eo quod Guntchramnus Fredegundis re-
gina occultis amicitiis potiretur pro interfectione
Theodoberti; Egidius vero, quod ei jam (1) longo
tempore esset carus.
XX. Cum autem Justinus imperator, amisso sensu ,
amens effectus esset, et per solam Sophiam Augustam
ejus imperium regeretur, populi, ut in superiore libro
jam diximus, Tiberium Cesarem elegerunt, utilem,
strenuum , atque sapientem , eleemosynarium, ino-
pumque optimum defensorem. Qui cum multa de
thesauris, quos Justinus adgregavit, pauperibus ero-
garet, et Augusta illa eum frequentius increparet
quod rempublicam redegisset in paupertatem, diceret-
que : « Quod ego multis annis adgregavi (2), tu infra
« paucum tempus prodige dispergis. » Aiebat ille :
« Non deerit fisco nostro; tantum eleemosynam acci-
« piant, aut captivi redimantur. Hic est enim magnus
« thesaurus (3), dicente Domino : Thesaurizate vobis
« thesauros in ccelo, ubi neque ærugo, neque tinea cor-
« rumpit; et ubi fures non effodiunt , nec furantur.
« Ergo de hoc (4) quod Deus dedit, congregemus per
« pauperes in ccelo; ut Dominus nobis augere dignetur
« in seculo. » Et quia, ut diximus, magnus et verus
christianus erat, dum hilari distributione pauperibus
opem prestat, magis ac magis ei Dominus submi-
(1) * Cam., quod étiam longo.
(2) * Corb., Cam., congregavi.
(5) * Hoc...: magnum thesaurum , Corb. et Reg. B.
(4) * Hoc deest in Corb. — Per d. in Reg. B.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 251
lui voulait secrétement du bien pour avoir tué Théode-
bert; Égidius, parce qu'il lui était cher depuis long-
temps.
XX. L'empereur Justin, ayant perdu le sens, était
tombé en démence; et l'impératrice Sophie gouvernait
seule l'empire : alors les peuples, comme je l'ai dit au livre
précédent ( 1), élurent césar, Tibére, homme capable, brave,
prudent; large en aumónes, et zélé défenseur des faibles.
Comme il distribuait aux pauvres une grande partie des
trésors amassés par Justin, et que l'impératrice lui re-
prochait souvent en ces termes d'appauvrir la république :
« Ce que j'ai amassé en plusieurs années, ta prodigalité le
« dissipe en peu de temps; » il répondait : « Notre fisc ne
« manquera jamais, si nous nous contentons de faire l'au-
« móne aux pauvres ou de racheter les captifs. Car c'est
« là un grand trésor, selon la parole du Seigneur : Faites-
« vous dans le ciel des tresors que ne rongent ni la
« rouille, ni les vers ; que des voleurs ne puissent ni
« déterrer ni enlever (2). Ainsi, avec ce que Dieu nous a
« donné, faisons-nous, par le secours des pauvres, un
« trésor dans le ciel, afin que le Seigneur daigne augmen-
« ter nos biens sur la terre. » Et comme il était, je le ré-
pète, noblement et véritablement chrétien , tandis qu'il se
faisait une joie de distribuer des secours aux pauvres,
Dieu lui en donnait de plus en plus les moyens. Un jour,
(1) Liv. iv, chap. 39.
(2) Matth., v1, 20.
252 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
nistrat. Nam deambulans (1) per palatium, vidit in
pavimento domus tabulam marmoream, in qua crux
Dominica erat sculpta; et ait : « Cruce tua, Domine;
« frontem nostram munimus et pectora , et ecce cru-
« cem sub pedibus conculcamus. » Et dicto citius jussit
eam auferri (2) : defossaque tabula atque erecta, inve-
niunt subter et aliam hoc signum habentem. Nun-
tiantesque , jussit et illam auferre. Qua amota, repe-
riunt et tertiam : jussuque ejus et hec aufertur. Qua
ablata, inveniunt magnum thesaurum habentem supra
mille auri centenaria. Sublatumque aurum, paupe-
ribus adhuc abundantius, ut consueverat, submi-
nistrat : nec ei Dominus aliquid deficere fecit (5) pro
bona voluntate sua. Quid ei in posterum Dominus
transmiserit, non omittam. Narses ille dux Italiæ (4),
cum in quadam civitate domum magnam haberet ,
Italiam cum multis thesauris egressus (5), ad supra
memoratam urbem advenit : ibique in domo sua oc-
culte cisternam magnam fodit, in qua multa millia
centenariorum auri argentique reposuit : ibique in-
terfectis consciis , uni tantummodo seni per juramen-
tum (6) condita commendavit. Defunctoque Narsete
(1) * Corb., deambulantes.
(2) * Corb., auferre defossam ; que ablatam atque erectam, in-
veniunt , etc.... — Infra, qua amota deest.
(5) Sic Corb. et Bell.; Bec. [et Clun.,] et Cam., faciet ; Reg. B,
faciat : alii , permittebat. * Sic Corb. distinguit : fecit. e£ pro... sua,
quid, etc.
(4) [Dub. et Clun. JNarsis; infra, Narsite, Narsitis.] * Corb.,
Narsis.
(5) * Hanc lectionem tuemur auctoritate Corb., Bell. et Reg. P.
Colb., regressus: Chesn., in Jtaliam.... ingressus. Ruinart et D. Bou-
quet, in Jtaliam.... egressus.
(6) " Corb., uno senece tantummodo sine perjuramento condita.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 253
en se promenant dans son palais, il vit sur le pavé d'un
de ses appartemens, une dalle de marbre où était sculptée
la croix du Seigneur; et il dit : « O Seigneur, nous forti-
« fions notre front et notre poitrine par le signe de ta
« €roix ; et voilà que nous foulons ta croix à nos pieds! »
Et à l'instant méme il ordonna qu'elle füt enlevée : mais
quand on eut détaché et soulevé la pierre, on en trouva
dessous uné autre avec le méme signe. On l'en instruisit,
et il la fit enlever. Aprés celle-ci, on en trouva une troi-
sième, pour laquelle il donna le méme ordre. Quand elle
fut enlevée, on trouva un trésor composé de plus de cent
mille livres d'or (1). Il s'en empara, et, selon sa coutume,
fit des largesses aux pauvres plus abondamment encore.
Le Seigneur, en récompense de sa bonne volonté, ne le
laissa manquer jamais; et il lui envoya plus tard une autre
ressource que je ne passerai pas sous silence, Narsés, ce
fameux duc d'Italie, avait dans une ville une grande mai-
son, et sorti d'Italie avec de grands trésors, il se rendit
dans cette ville (2); fit creuser secrétement dans sa masion
une grande citerne, où il entassa par milliers des cen-
(1) Le centenarium, originairement poids de cent livres, avait cessé
de bonne heure d’être un poids réel (B. G.). A peu prés comme, plus
tard, nos livres d'argent, diminuant peu à peu de valeur, sont enfin
devenues la: centième partie environ de ce qu'elles étaient dans le
principe. Ainsi l'expression du texte-est ici assez vague pour nous. Il
n'en reste pas moins l'idée d'une somme énorme.
(2) Ce n'est pas à la fin de ses expéditions, car il mourut en Italie.
D'après l'ancien texte il faudrait traduire : entre en Ltalie avec de
grands trésors. Mais, outre que la nouvelle leçon autorise notre sens,
il est probable qu'il avait acquis ces trésors dans ses guerres en Italie.
D'un autre côté, cette ville devait être en. Orient prés de Constanti-
nople. Si elle eût été en Italie, comment Tibère aurait-il pu faire
fouiller la maison, puisque les. Lombards étaient presque partout les
maitres ?
254 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V,
hac sub terra latebant. Cumque supradictus senex
hujus eleemosynas assidue cerneret, pergit ad eum,
dicens : «Si, inquit, mihi aliquid prodest, magnam rem
« tibi, Caesar, edicam (1). » Cui ille: « Dic, ait, quod
« volueris. Proderit enim tibi , si quiddam nobis pro-
« futurum esse narraveris. — Thesaurum, inquit (2),
« Narsetis reconditum habeo; quod in extremo vitze
« positus celare non possum. » Tunc Casar Tiberius
gavisus, mittit usque ad locum pueros suos : præce-
dente vero sene,.hi sequuntur adtoniti. Pervenien-
tesque ad cisternam , deopertamque ingrediuntur, in
qua tantum aurum argentumque reperiunt, ut per
multos dies vix evacuaretur a deportantibus. Et ex
hoc ille amplius hilari erogatione dispensavit egenis.
é
XXI. Igitur (3) contra Salonium Sagittariumque
episcopos tumultus exoritur. Hi enim a sancto Nicetio
Lugdunensi episcopo educati, diaconatus officium
sunt sortiti : hujusque tempore Salonius Ebredunen-
sis urbis, Sagittariusque Vapigensis ecclesie sacer-
dotes statuuntur. Sed adsumto episcopatu, in pro-
prium relati arbitrium, coeperunt in pervasionibus,
DE Corb., indicam ; Reg.-B, dicam : antea, edicam.
(2) Corb., ait... inquit, desunt.
(5) Hoc caput deest in Corb., Bell. et Colb. [Deest et in Dub.]
* Et in Reg. Z et Camer. Exstat in Casin. et aliis. Confer cap. 28,
infra. Refert autem in hoc Gregorius, quæ- saltem a decennio his
duobus episcopis, Sagittario scilicet et Salonio, contigerant.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. , 255
taines de livres d'or et d'argent : puis il fit tuer tous ceux
qui en avaient connaissance, à l'exception d'un vieillard
auquel il confia, sous serment, la garde de ce dépôt. Or,
aprés la mort de Narsés, ce trésor restait caché sous terre.
Le vieillard, voyarit les aumónes continuelles de l'empe-
reur, alla le trouver et lui dit : « S'il doit m'en revenir
« quelque profit, je te découvrirai, César, un secret im-
« portant. — Dis ce que tu demandes, répondit l'empe-
« reur; car tu y trouveras ton profit, si tu nous apprends
« quelque chose qui puisse nous être avantageux. —"J'ai,
« dit le vieillard, le trésor de Narsés caché sous terre; et
« parvenu à la fin de ma vie, je ne puis me taire plus
« long-temps. » Alors Tibére César, plein de joie, envoie
sur les lieux ses serviteurs; ils marchent étonnés, à la
suite du vieillard qui leur sert de guide : ils parviennent
à la citerne, la découvrent, y entrent, et y trouvent tant
d'or et d'argent que plusieurs jours suffirent à peine pour
transporter dehors tout ce qu'ellé contenait. Par là, Ti-
bére, enrichi, se fit une joie de distribuer aux pauvres
des aumónes plus abondantes.
XXL. Cependant un grand mouvement eut lieu contre
les évéques Salone et Sagittaire. Élevés tous deux par
saint Nisier, évêque de Lyon, ils obtinrent le djaconat ;
et de son vivant, furent établis évéques, Salone, de l'église
d'Embrun , Sagittaire, de celle de Gap. Mais une fois en
possession de l'épiscopat, devenus leurs maîtres, ils com-
mencèrent à se signaler avec une fureur insensée par des
usurpations , des meurtres, des homicides, des adultères
et d'autres excès. Un jour que Victor, évêque des Trois-
Cháteaux (1), célébrait la féte solennelle de sa naissance,
(1) Saint - Paul - Trois - Châteaux, en Dauphiné (Drôme, arrond.
Montélimart ).
256 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
cædibus , homicidiis , adulteriis, diversisque in scele-
ribus insano furore grassari; ita ut, quodam tempore,
celebrante Victore 'Tricástinorum (1) episcopo sollem-
nitatem natalitii sui, emissa cohorté, cum gladiis et
sagittis inrucrent super eum. Venientesque sciderunt
vestimenta ejus, ministros ceciderunt, vasa et.omnem
adparatum (2) prandii auferentes, relinquentes epi-
scopum in grandi contumelia. Quod cum rex Gunt-
chramnus comperisset, congregari synodum apud
urbém Lugdunensem jussit. Conjunctique episcopi
cum patriarcha Nicetio beato, discussis causis, invene-
runt eos, de his sceleribus quibus accusabantur, valde
convictos; præceperuntque ut, qui talia commiserant,
episcopatus honore privarentur. At illi, cum adhuc
propitium sibi regem esse nossent, ad eum accedunt,
implorantes se injuste remotos; sibique tribui licen-
tiam, ut ad papam urbis Romane accedere debeant.
Rex vero annuens petitionibus eorum, datis epistolis,
eos abire permisit. Qui accedentes coram papa Johanne,
exponunt se nullius rationis exsistentibus causis dimo-
tos (5). Ille vero epistolas ad regem dirigit, in quibus
locis suis eosdem restitui jubet. Quod rex sine mora,
castigatis prius illis verbis multis, implevit. Sed nulla,
quod pejus est , fuit emendatio subsecuta : tamen Vic-
toris episcopi pacem petierunt, traditis hominibus
quos in seditionem direxerant. Sed ille, recordatus
præcepti Dominici , non debere reddi inimicis mala
(1) Editi plerique cum Regm., Bec. [et Clun.,] Tricassinorum.
Retinenda tamen nostra lectio. Nam Tricassina urbs est in Campa-
nia, vulgo T'royes. At hic designatur urbs Tricastinorum in Del-
phinatu, vulgo Saint-Paul-de- Trois- Cháteaux.
(2) Regm. non habet prandii. [ Non habet etiam Clun.]
(3) Regm., remotos a suis honoribus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 957
ceux-ci, à la tête d'une troupe armée d'épées et de flèches,
vinrent fondre sur lui, déchirérent ses habits, tuèrent ses
serviteurs, enlevèrent les vases et tous lesappréts du festin,
et laissèrent l’évêque honteusement outragé. Le roi Gon-
tran, instruit de ce fait, convoqua un synode dans la ville
de Lyon (1). Des évêques, réunis avec le bienheureux pa-
triarche (2) Nisier, discutèrent le fait, et les ayant reconnus
coupables des crimes dont ils étaient accusés, ordonnèrent
que ceux qui avaient eommis de tels excès fussent privés de
l'honneur de l'épiscopat. Ceux-ci, sachant que le roi était
encore bien disposé en leur faveur, vinrent à lui se plain-
dre d'avoir été injustement dépouillés, et lui demander
la permission d'aller trouver le pape de la ville de Rome.
Le roi consentit à leur demande, et leur donna par lettres
exprésses l'autorisation de partir. Admis en présence du
pape Jean (3), ils lui représentent qu'ils ont été dépouillés
sans aucune raison suffisante; et le pape envoie au roi des
lettres avec injonction de les rétablir sur leurs siéges (4) :
ce que le roi exécuta sans retard, toutefois aprés leur avoir
fait de vives réprimandes. Mais, ce qu'il y a de pis, ils
(1) Deuxième concile de Lyon, tenu en 567. Mais, dans les actes de
ce: concile (tome i", des Anciens Conciles de la Gaule, par Sirmond),
il n’est pas question de Salonius et Sagittarius. Voyez aussi les conciles
de D: Labat, col. 1159-1164.
(2) Ce titre, assez rare en Occident, est donné encore à Priscus,
successeur de Nisier, au deuxième concile de Mäcon, et à Sulpice,
évêque de Bourges, dans une lettre de Didier, évêque de Cahors.
(Ruin.)
(5) Jean III, pape de 559 à 572.
(4). C'est, je crois, un des premiers exemples du droit que S'arro-
gèrent les papes de confirmer ou de casser les jugemens de nos rois
à l'égard des évéques. Mais on voit par le récit des faits qu'ils. n'y
auraient peut-être pas songé si on n'était venu s'adresser à eux, et
leur demander en quelque sorte un acte de pouvoir supréme.
u. 17
258 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
pro malis, nihil his mali faciens, liberos abire per-
misit. Unde in posterum: a communione suspensus
est, pro eo quod publice accusans, clam inimicis pe-
percisset, absque consilio fratrum, quos accusave-
rat (1). Sed per favorem regis iterum in commu-
nionem revocatus est. Hi vero in majoribus sceleribus
quotidie miscebantur; et in preeliis illis, sicut jam
supra meminimus , quæ Mummolus cum Langobardis
gessit, tamquam unus ex laicis, accincti arma, plu-
rimos propriis manibus interfecerunt. In cives vero
suos nonnullos commoti felle, verberantes fustibus
usque ad effusionem sanguinis , sæviebant. Unde fac-
tum est, ut clamor populi ad regem denuo procede-
ret : eosdemque rex arcessiri præcepit. Quibus adve-
nientibus, noluit suis obtutibus præsentari; scilicet
ut, prius habita audientia, si idonei (2) invenirentur,
sic regis praesentiam mererentur. Sed Sagittarius felle
commotus, hanc rationem dure suscipiens, ut erat
levis ac vanus, et in sermonibus inrationabilibus pro-
fluus, declamare plurima de rege coepit, ac dicere,
quod filii ejus regnum capere non possent, eo quod
mater eorum, ex familia Magnacharii quondam adscita,
regis thorum adiisset : ignorans quod, preetermissis
nunc generibus feminarum, regis vocitantur liberi,
qui de regibus fuerint procréati. His auditis rex com-
motus valde, tam equos quam pueros , vel qûæcumque
habere potuerant, abstulit; ipsosque in monasteriis
a se longiori accessu dimotis, in quibus poenitentiam
(1) " Edit. Bochel. habet : absque consilio, quibus accusaverat » fra-
trum. Quod melius, i. e. absque c. fratrum coram quibus eos acc..
(2) Id est, absque crimine, ut passim loquitur Gregorius. fide
in Capitularibus se idoneare.... Vide Alteserræ notas.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. V. 259
ne s'amendérent nullement. Cependant ils cherchèrent
à apaiser l’évêque Victor en lui remettant les hommes
qu'ils avaient soulevés contre lui. Mais celui-ci, fidèle au
précepte du Seigneur, de ne pas rendre à ses ennemis le
mal pour le mal, ne leur fit aucun mal et les renvoya
libres. Pour cela il fut, plus tard, privé de la commu-
nion, de ce qu'aprés avoir accusé publiquement des en-
nemis, il les avait épargnés en secret, sans prendre con-
seil de-ses confréres devant qui il les avait accusés. Mais
par la faveur du roi, il fut de nouveau requ à la com-
munion. Cependant ces deux évéques se livraient de
jour en jour à de plus grands crimes; et dans ces combats
que Mummol livra aux Lombards , armés comme des lai-
ques, ainsi que je l'ai dit (1), ils tuérent plusieurs hommes
de leurs propres mains. Dans leur colére , ils sévissaient
aussi contre leurs concitoyens; et ils en frappèrent plu-
sieurs à coups de bâton jusqu'à effusion de sang. Aussi la
clameur du peuple arriva de nouveau jusqu'au roi; et
Gontran leur ordonna de se présenter au palais. Quand ils
furent arrivés, il ne voulut pas qu'ils parussent devant
lui, mais qu'ils fussent soumis à un interrogatoire préa-
lable, pour s'assurer qu'ils étaient dignes d'étre admis en
présence du roi. Sagittaire, mécontent de ce procédé,
s'émut d'une violente colère; et cet homme, léger, incon-
séquent, s'abandonnant à un flux de paroles déraison-
nables, se mit à déclamer contre le roi, et à dire que ses fils
ne pourraient lui succéder au trône, parce que leur mère
avait été prise parmi les servantes de Magnachaire (2)
pour entrer dans.le lit du roi; ignorant que, sans avoir
(1) Liv. wv. chap. 43.
(2) C'était Austréchilde. — Voyez rv, 25, et v, 17, avec la note.
260 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
agerent, includi precepit, non amplius quam singulos
eis clericos relinquens : judices locorum terribiliter
commonens, ut ipsos cum armatis custodire debeant,
ne cui ad eos visitandos ullus pateat aditus. Superstites
enim erant his diebus filii regis, ex quibus senior
aegrotare coepit. Accedentes autem ad regem fami-
liares ejus, dixerunt : « Si propitius audire dignaretur
« rex verba servorum suorum , loquerentur in auribus
« tuis.» Qui ait : « Loquimini que libet.» Dixeruntque:
« Ne forte innocentes hi episcopi exsilio condemnati
« fuissent, et peccatum regis augeatur in aliquo, et
« ideo filius domini nostri pereat. » Qui ait : « Ite
« quantocius, et laxate eos, deprecantes ut orent pro
« parvulis nostris. » Quibus abeuntibus, dimissi sunt.
Egressi igitur de monasteriis , conjuncti sunt pariter,
et se osculantes, eo quod olim a se visi non fuerant,
ad civitates suas regressi sunt; et in tantum cómpuncti
sunt, ut viderentur numquam a psallentio cessare,
celebrare jejunia, eleemosynas exercere, librum Da-
vidici carminis explere per diem, noctesque in hymnis
ac lectionibus meditando deducere. Sed non diu hec
sanctitas inlibata permansit, conversique sunt iterum
retrorsum : et ita plerumque noctes epulando atque
bibendo ducebant, ut, clericis matutinas in ecclesia
celebrantibus, hi pocula poscerent et vina libarent.
Nulla prorsus de Deo erat mentio, nullus omnino
cursus (1) memorie habebatur. Redeunte (2) aurora,
(1) Sic vocabantur horæ canonic. Hodie diceremus : Nulla eis
erat cura recitaudi Breviarii. Quam vero religiosi essent istis tem-
poribus clerici, etiam episcopi, in hoc persolvendo penso, ex com-
pluribus aliis Gregorii locis patet. Vide Mabillonii disquisitionem
de cursu Gallicano, paragrapho 6.
(2) Sic cod. Casin. at Regm., relucente. Editi , renidente,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 961
égard à la condition des femmes, on appelle maintenant
fils de rois tous ceux qui ont été engendrés par des rois.
Gontran l'ayant appris, fut irrité vivement, et leur enleva
leurs chevaux, leurs serviteurs, et tout ce qu'ils pouvaient
posséder : il ordonna de les enfermer dans des monastéres
fort éloignés, pour qu'ils y fissent pénitence, ne leur lais-
sant qu'un seul clerc à chacun; et recommanda, avec des
menaces terribles, aux juges de chaque endroit , de les
garder avec des hommes armés, et de ne laisser approcher
personne pour les visiter. En ces jours-là, les deux fils du
roi vivaient encore. L'ainé tomba malade : alors les fami-
liers du roi, s'approchant de lui, dirent : «Si le roi daignait
« écouter favorablement les paroles de ses serviteurs, ils
« feraient entendre leur voix à tes oreilles. — Parlez, dit
« le roi. — Si ces évêques, dirent-ils, avaient été condamnés
i à l'exil quoique innocens; si le péché du roi retombait
« sur un autre, et que, par suite, le fils de notre seigneur
« vint à périr? — Allez bien vite, leur dit-il; reláchez-les,
« et suppliez-les de prier pour nos petits enfans. » Ceux-ci
partirent , et les évêques furent mis en liberté. Sortis de
leurs monastères, ils se réunirent et s'embrasserent parce
qu'ils. ne s'étaient pas vus depuis long-temps; puis re-
tournérent dans leurs villes épiscopales, tellement péné-
trés de repentir qu'on les voyait sans cesse chanter des
psaumes , jeüner, faire l'aumóne, lire pendant le jour le
livre des poémes de David, passer la nuit à chanter des
hymnes et à méditer des lecons. Mais cette sainteté ne se
soutint pas long-temps parfaite , et ils retournèrent à leurs
anciens égaremens. Ils passaient la plupart des nuits à
festiner et à boire, et tandis que les clercs chantaient les
matines dans l'église, ils demandaient des coupes, et fai-
saient des libations de vin. Ils ne parlaient plus de Dieu,
962 . HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
surgentes a coena , mollibus se indumentis operientes ,
somno vinoque sepulti, usque ad horam diei tertiam
dormiebant. Sed nec mulieres deerant cum quibus pol-
luerentur. Exsurgentes igitur, abluti balneis, ad con-
vivium diseumbebant : de quo vespere surgentes,
cœnæ inhiabant usque ad illud lucis tempus, quod
superius diximus. Sic faciebant singulis diebus; donec
ira Dei inruit super eos : quod in posterum memora-
turi sumus.
XXII. Tunc Winnochus (1) Britto, in summa absti-
nentia, a Britanniis (2) venit Turonis , Hierosolymam
accedere cupiens ; nullum aliud vestimentum nisi de
pellibus ovium lana privatis (5) habens : quem nos,
quo facilius teneremus, quia nobis religiosus valde
videbatur, presbyterii gratia honoravimus (4).
Ingitrudis autem religiosam consuetudinem habebat,
aquam de sepulcro sancti Martini colligere. Qua aqua
deficiente, rogat vas cum vino ad beati tumulum de-
portari. Transacta autem nocte, id exinde, hoc presby-
tero præsente, adsumi mandavit; et ad se delato, ait
(1) Colb., Wanochus. [Dub., Winocus.] Bad., Munochus. De ejus
morte lib. viu, cap. 34. * Hoc caput deest in Reg. Z.
(2) * Corb., Zrittanis.
(5) * Corb., privatibus. — Quod mendum, sicut et nonnulla alia,
retulimus, ne nimia illi codici, omnium vetustissimo, tribueretur
auctoritas.
(4) Colb., Regm. [et Clun.,] oneravimus. Ingitrudis vero in editis
plerisque dicitur Zngetrudis. [Dub., Znchitrudis.] Regm., Ingiltridis
autem religiosam consuetudinem, ctc, * Cam., Inghitrudis. De Ingil-
trude infra lib. ix, cap. 55, et lib. x, cap. 12.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 263
ne songeaient plus à dire leurs heures. Quittant la table au
retour de l'aurore, ils se-couvraient de vétemens moel-
leux, et dormaient, ensevelis dans le vin et le sommeil,
jusqu'à la troisième heure du jour. En méme temps, ils
ne se faisaient pas faute de femmes pour se souiller avec
elles. Puis ils se levaient , prenaient le bain, se mettaient à
table, et n'en sortaient plus que le soir ; alors ils s'em-
pressaient de commencer leur souper, qui, comme je l'ai
dit, se prolongeait jusqu'au lendemain. Telle était leur
vie de tous les jours, jusqu'à ce que la colére de Dieu vint
fondre sur eux, ainsi que nous le dirons dans la suite (1).
XXII. En ce temps, le Breton Winnoch, qui portait
l'abstinence au plus haut point de perfection, vint de
Bretagne à Tours, avec le désir de se rendre à Jérusalem.
Il n'avait pour vêtement que des peaux de brebis dépouil-
lées de leur laine. Dans l'espoir de le retenir plus faci-
lement, comme il nous paraissait très religieux, nous lui
conférámes, par faveur, la dignité de la prétrise.
Ingiltrude avait une pieuse coutume : c'était de recueillir
de l'eau du sépulcre de saint Martin (2). Cette eau venant
à lui manquer, elle fit porter au tombeau du bienheureux
ün vase rempli de vin. Après qu'il y fut resté toute la nuit,
elle l'envoya prendre en présence du prétre; et quand on
le lui eut apporté, elle dit au prétre : «Ote.de ce vin, et
« verse-s-y une seule goutte de cette eau bénite dont il me
« reste un peu. » Ce qu'il fit : et, chose étonnante, le vase,
(1) Liv. vu, chap. 39.
(2) C'était probablement une source.ou un puits prés du tombeaa,
comme il y en avait un dans l'église de Saint- Germain- des-Prés.
Voyez Abbon.,u, 558.—1l est question d'Ingiltrude, liv. ix, chap. 55,
et x, chap. 12. $5.
264 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
presbytero : « Aufer hinc vinum, et unam tantum
« guttam de aqua benedicta, unde parum superest,
« effunde (1). » Quod cum fecisset, mirum dictu,
vasculum quod semiplenum erat, ad unius guttæ des-
censum impletum est. Idem bis aut ter ita vacuatum,
per unam tantum guttam est impletum : quod non
ambigitur et in hoc beati Martini fuisse virtutem.
XXIII. His ita gestis, Samson, filius Chilperici regis
junior, a dysenteria et febre comprehensus, e rebus
humanis excessit. Hic vero, cum Chilpericus rex Tor-
naci (2) a fratre obsideretur, natus est : quem mater,
ob metum mortis, a se abjecit et perdere voluit. Sed
cum non potuisset, objurgata a rege, eum baptizari
precepit. Qui baptizatus, et ab ipso episcopo (5)
susceptus, lustro uno nec perfecto (4), defunctus est.
Nam et mater ejus Fredegundis in his diebus graviter
ægrotavit, sed convaluit.
XXIV. Post hec in nocte, que (5) erat tertio idus
novembris , apparuit nobis beati Martini vigilias cele-
brantibus magnum prodigium : nam in medio lunæ
(1) Regm., inde parum supereffunde.
(2) * Corb., Reg. B, T'ornacum. In hoc, mutatum in Tornaci.
(5) Hic desinit codex Bellovacensis : cætera sunt avulsa. * Multa
autem in principio, multa in medio avulsa sunt folia. Tum pluri-
mæ pagine magna ex parte situ deformatz sunt, ita ut sit tantum-
modo fragmentum historie gregorianæ. Fere ubique codicem Cor-
beiensem vel in ipsis erroribus fideliter refert : æquævus saltem nisi
antiquior. — Codex dictus fuit Loisellianus : cujus varie lectiones
editioni Bochelli subject sunt.
(4) * Corb., Reg. Z, perfuncto.
(5) * Corb., Reg. 8, quod erat.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 265
qui. n'était qu'à moitié, se trouva rempli quand une seule
goutte y fut tombée. On le vida deux ou trois fois, et de
méme une seule goutte le remplit toujours. Or on ne peut
douter que ce prodige n'ait été opéré par la vertu de
saint Martin.
XXIII. Ensuite Samson, le plus jeune des fils du roi
Chilpéric, attaqué de la dysenterie et de la fièvre, sortit
de ce monde. Il était né au moment où Chilpéric était
assiégé dans Tournai par son frére (1); et sa mére, trou-
blée par la crainte de la mort, l'avait rejeté loin d'elle, et
voulait le faire périr. Mais n'ayant pu réussir, et répri-
mandée par le roi, elle le fit baptiser; et l’évêque lui-
méme (2) le tint sur les fonts de baptéme : mais il mourut
avant d'avoir accompli un lustre entier. Sa mére Fréde-
gonde fut aussi gravement malade en ce temps-là, mais
elle recouvra la santé.
XXIV. Puis, dans la nuit du troisième jour des ides
de novembre (3), tandis que nous célébrions les vigiles
de saint Martin, un grand prodige nous apparut. Au mi-
lieu de la lune, on vit luire une étoile brillante; près
d’elle on aperçut d’autres étoiles au-dessus et au-dessous;
et à l'entour se dessina ce cercle qui annonce ordinaire-
ment la pluie. Mais que signifiaient tous ces prodiges,
(1) Liv. tv, chap. 52.
(2) Chrasmare, à ce qu'on pense; évéque en méme temps de Tour-
nai et de Noyon.
(5) La nuit appartenant au jour qui suit, et non pas à celui qui pré-
cède : c'est ici la nuit du 10 au 11 novembre. Le 11 novembre, fête de
saint Martin, et le troisiéme des ides de novembre.
266 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
stella fulgens visa est elucere; et super ac subter lu-
nam alie stelle propinquæ apparuerunt. Sed et cir-
culus ille, qui pluviam plerumque significat, circa
eam apparuit. Sed qua hec figuraverint, ignoramus.
Nam et lunam hoc anno sepe in nigredinem versam
vidimus, et ante natalem Domini gravia fuere toni-
trua. Sed et splendores illi circa solem, sicut jam ante
cladem Arvernam (1) fuisse commemoravimus , quos
rustici soles vocant, apparuerunt (2) : et mare ultra
modum egressum adserunt ; et multa alia signa appa-
ruerunt.
XXV. Guntchramnus Boso Turonis cum paucis
armatis veniens, filias suas, quas in basilica sancta
reliquerat, vi abstulit, et eas usque Pictavis civita-
tem (5), qua erat Childeberti regis perduxit. Chilpe-
ricus quoque rex Pictavum pervasit; atque nepotis sui
homines ab ejus sunt hominibus effugati. Ennodium (4)
ex comitatu ad regis praesentiam perduxerunt. Quo
exsilio damnato, facultates ejus fisco subdiderunt.
Sed post annum, et patrie et facultatibus redditus est.
Guntchramnus Boso, relictis filiabus suis in basilica
beati Hilarii, ad Childebertum regem transiit.
XXVI. Anno quoque tertio Childeberti regis, qui
erat Chilperici et Guntchramni septimus decimus an-
nus , cum Dacco (5) Dagarici quondam filius , relicto
(1) [Clun., c/adem Arvernicam.] * Reg. B, Arvennam.
(2) Hic desinit caput in Corb. [et in Dub.] * Et in Camer.
(3) [Clun., eas Pictavis civitatem, quia erat.] * Reg. B, qui erat.
(4) * Cam., Innodium.
(5) Corb., Dacolenus. Colb., T'acco Tagarici. Bad., Dargo Goda-
ricí. Regm., Dago Gadarici. Bec., Dacco Gadarici.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 267
nous l'ignorons. Souvent, cette année-là , nous vimes la
lune s'obscurcir; et avant la nativité du Seigneur, on
entendit des éclats de tonnerre. On vit autour du soleil,
comme avant le désastre de l'Auvergne, ces météores lu-
mineux , dont nous avons parlé (1), que les paysans ap-
pellent des soleils. On assure que la mer sortit de ses
limites : et il apparut beaucoup d'autres signes.
XXV. Gontran-Boson, étant venu à Tours avec quelques
hommes armés, enleva de force ses filles, qu'il avait lais-
sées dans la sainte basilique, et les conduisit jusqu'à Poi-
tiers, qui appartenait au roi Childebert. Mais le roi Chil-
péric envahit le Poitou, et ses hommes mirent en fuite
les hommes de son neveu. Puis ils amenèrent en sa pré-
sence Ennodius, ancien comte de cette cité. Celui-ci fut
condamné à l'exil, et ses biens furent confisqués; mais au
bout d'un an on lui rendit ses biens et sa liberté (2).
Gontran-Boson , ayant laissé ses filles dans la basilique de
Saint-Hilaire, se rendit auprés du roi Childebert (3).
XXVI. La troisième année du roi Childebert , qui était
la dix-septième de Chilpéric et de Gontran (4), Daccon,
(1) Liv. tv, chap. 31.
(2) Liv. vit, chap. 26.
(5) Gontran-Boson avait-il été originairement attaché à Chilpéric ?
Cependant nous le voyons, iv, 51, mis par Sigebert à la téte de l'armée
destinée à combattre Théodebert ; et c'est parce qu'on lui imputa sa
mort , qu'il se réfugia dans la basilique de Saint-Martin, v, 4.
(4) An 578.
968 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
rege Chilperico, huc illucque vagaretur, a Draco-
leno (1) duce, qui dicebatur Industrius, fraudulenter
adprehensus est. Quem vinctum ad Chilpericum re-
gem Brannacum (2) deduxit, dato ei sacramento ,
quod vitam illius cum rege (5) obtineret. Sed oblitus
sacramenti , egit cum principe, nefarias res asserens,
ut moreretur. Ille quoque cum vinctus detineretur,
et cerneret se penitus non evasurum, a presbytero ,
rege nesciente, poenitentiam petiit. Qua accepta, in-
terfectus est. Cum autern idem Dracolenus velociter
reverteretur in patriam, his diebus Guntchramnus
Boso filias suas a Pictavo auferre conabatur. Quod
audiens Dracolenus, se super eum objecit : sed illi,
sicut erant parati, resistentes, se defensare niteban-
tur. Guntchramnus vero misit unum de amicis suis
ad eum, dicens : « Vade, et dic ei : « Scis enim quod
« foedus inter nos initum habemus, rogo ut te de meis
« removeas insidiis. Quantumvis de rebus tollere non
« prohibeo : tantum mihi, etsi nudo, liceat cum filia-
« bus meis accedere (4) quo voluero. » At ille, ut erat
vanus ac levis : « Ecce, inquit, funiculum, in quo
« alii culpabiles ligati ad regem , me ducente , directi
« sunt : in quo et hic hodie ligandus, illuc deducetur
« vinctus. » Et hec cum dixisset , calcaneorum ictibus
urgens equum, ad illum veloci cursu dirigit : et casso (5)
eum verberans ictu, hastili diviso, ensis ad terram
(1) Corb., Dragoleno, qui in indiculo capitum dicitur Dratglenus.
* Reg. Z, Dragolene, infra, Dragolenus. |
(2) [Dub., Brinnacum, sic infra.] * Corb. et Cam. item. Reg. #,
Bronnacum.
(3) Alii, apud regem.
(4) " Reg. B, abscedere. — Infra, me ducente, illuc, deleta sunt.
(5) * Reg. B, et casu cum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 269
fils de défunt Dagaric, quitta le roi Chilpéric : et comme
il errait cà et là, il fut pris en trahison par le duc Dra-
colen , dit l'Industrieux. Celui-ci le conduisit, chargé de
chaines, auprés de Chilpéric, à Braine, áprés lui avoir
promis par serment de lui obtenir du roi la vie sauve.
Mais au mépris de son serment, il l'accusa auprés du
prince de crimes odieux, et insista pour qu'il füt mis à
mort. Daccons retenu dans les fers, et ne voyant aucun
espoir d'échapper, demanda, à l'insu du roi, l'absolution
à un prétre; et quand il l'eut recue, on le fit mourir (1).
Dans le temps où Dracolen se hâtait de retourner dans
sa patrie (2), Gontran-Boson s'efforcait d'enlever ses filles
de Poitiers. Dracolen, à cette nouvelle, se présente à
lui pour l'attaquer; mais la troupe de Gontran, qui était
sur ses gardes, résista et se disposa à se défendre. Ce-
pendant Gontran lui envoya un de ses amis, en disant :
« Va, et dis-lui : « Tu sais qu'un traité existe entre nous;
« je t'en prie, cesse de me vouloir du mal : prends de mes
«richesses ce que tu voudras, je ne m'y oppose pas;
« mais, dépouillé de tout, que je puisse seulement aller
« avec mes filles où il me plaira.» Dracolen, homme
vain et inconsidéré , répondit : « Voilà la corde qui a lié
« d’autres coupables que j'ai conduits au roi; elle servira
« aujourd'hui à lier cet homme, qui sera conduit de méme,
« garrotté comme eux. » À ces mots, il presse son cheval
à coups d'éperons, et se précipite sur Gontran ; mais ayant
porté un coup à faux, sa lance se brisa, et le fer tomba
(1) On sait qu'anciennement les criminels condamnés à mort étaient
privés des secours de la religion. Ce n'est qu'en 1597 ( lettres royales
du 12 février 1596 ) qu'ils purent étre confessés avant d'étre conduits
au supplice. ( Ordonn. royales, tom. vi , p. 122.)
(2) Le Poitou, probablement, ou quelque contrée voisine.
270 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
ruit. Guntchramnus vero cum super se mortem cer-
neret imminere, invocato nomine Domini et virtute
magna beati Martini , elevatoque conto, Dracolenum
artat in (1) faucibus. Suspensumque de equo sur-
sum (2) unus de amicis suis eum lancea latere verbe-
ratum finivit (5). Fugatisque sociis , ipsoque spoliato,
Guntchramnus cum filiabus liber abscessit. Post hec
Severus socer ejus a filiis apud regem graviter accu-
satur. Hec ille audiens, cum magnis muneribus ad
regem petit : qui in via (4) adprehensus et exspolia-
tus, atque in exsilium deductus , morte pessima vitam
finivit. Sed et duo filii ejus, Bursolenus (5) et Dodo, ob
crimen majestatis læsæ, judicio mortis suscepto, unus
ab exercitu vi oppressus est; alius in fuga (6) adpre-
hensus, truncatis manibus et pedibus, interiit : resque
omnes tam eorum , quam patris, fisco conlate sunt.
Erant enim eis magni thesauri.
XXVII. Dehinc (7) Turonici , Pictavi, Baiocassini ,
Cenomannici , Andegavi (8), cum aliis multis in Bri-
tanniam, ex jussu Chilperici regis, abierunt : et contra
Warochum (9), filium quondam Macliavi, ad Vici-
(1) [Clun., artat in faciem.]
(2) Regm., equo, rursum.
(3) * Corb., Reg. B, vitam finivit.
(4) * Reg. B, qui invidia adpreh.... et spol....
(5) [Clun., Burgulenus.] * Corb., Reg. B, et Cam., Burgolenus.
— Corb., Dolo.
(6) [Clun., in fugam lapsus et apprehensus.]
(7) * Hoc capnt et sequens desunt in Reg. Z.
(8) * Corb., Toronici, Pectavi.... Cenom.... et Andecavi.... Brit-
taniam.... Warocum. Cam., Canomanis et Andecavi.
(9) Colb., Voracium, et infra, Faradium.
.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 271
à terre. Gontran, voyant la mort suspendue sur sa tête,
invoqua le nom du Seigneur et la vertu toute puissante de
saint Martin; puis levant sa lance, il en frappe Dracolen
à la gorge, et l'enléve de dessus son cheval : et tandis qu'il
le tenait ainsi suspendu un de ses amis l'acheva d'un coup
de lance dans le cóté. Les compagnons de Dracolen prirent
la fuite : et, aprés l'avoir dépouillé, Gontran se retira li-
brement avec ses filles. Ensuite Sévére, son beau-pére, fut
gravement accusé prés du roi par ses propres fils. A cette
nouvelle, il se rend auprés du roi avec de grands présens ;
mais arrété en route, et dépouillé de tout, il fut conduit
en exil, et y périt misérablement. Quant à ses deux fils,
Bursolen et Dodon , condamnés à mort pour crime de lése-
majesté, l'un fut tué par une troupe envoyée contre lui;
l'autre, arrété dans sa fuite, eut les pieds et les mains
mutilés, et mourut ainsi. Tous leurs biens, ainsi que ceux
de leur père, furent réunis au fisc. Or ils possédaient de
grandes richesses.
XXVII. Ensuite les hommes de la Touraine, du Poi-
tou, du Bessin, du Maine, de l'Anjou, et plusieurs autres
peuples , d'après l'ordre du roi Chilpéric, marchèrent en
Bretagne contre Waroch, fils de Macliau( 1), et s'arrétérent
en sa présence sur les bords de la Vilaine. Mais lui, tombant
par ruse, pendant la nuit, sur les Saxons du Bessin (2), en
tua une grande partie. Trois jours après, il fit la paix avec
les généraux du roi Chilpéric, et , donnant son fils en otage,
(1) Dont il a été question, iv, 4, et v, 16. La Vilaine semble ici la
limite de la Bretagne indépendante. Voyez notre note sur le chap. 4;
du livre rv.
(2) Voyez la note latine d.
272 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
noniam fluvium resident. Sed ille dolose per noctem
super Saxones Baiocassinos (1) ruens, maximam
exinde partem. interfecit. Post die autem tertia ,
cum ducibus regis Chilperici pacem faciens , et filium
suum in obsidatum donans, sacramento se con-
strinxit, quod fidelis regi Chilperico esse deberet.
Venetos quoque civitatem refudit , sub ea conditione,
ut si mereretur eam per jussionem regis regere (2),
tributa vel omnia , que exinde debebantur, annis sin-
gulis, nullo admonente, dissolveret. Quod cum factum
fuisset, exercitus ab eo loco remotus est. Post hec
Chilpericys rex de pauperibus et junioribus ecclesiae
vel basilicae (5) bannos jussit exigi, pro eo quod in
exercitu non (4) ambulassent. Non enim erat consue-
tudo, ut hi ullam exsolverent (5) publicam functio-
nem. Post hec Warochus obliviscens promissionis
suæ , volens irrumpere quod fecerat, Eunium episco-
pum Veneticæ urbis ad Chilpericum regem dirigit.
At ille ira commotus, objurgatum eum exsilio dam-
nari preecepit.
XXVIII. Anno quoque quarto Childeberti , qui fuit
(1) Cod., Regm., Saxones atque Bajocassinos. Ast alia lectio po-
tior. Hic quippe designantur Saxones e Germania oriundi , qui incli-
natis imperii Romani viribus, in Britanniam majorem et in Gallias
irrupere , atque ex iis nonnulli in tractu Aremorico , ac finibus Bajo-
cassium et Namnetensium considentes , cum veteribus incolis permixti ,
nomen etiam utrique genti commune habuerunt. Hinc Fortunatus
lib. i1, carm. 8, laudat Felicem episc. Namneticum ob Saxones ab
eo sub jugo Christi mansuefactos. Eorum regionem Carolus Calvus
in legibus apud Silvacum appellat /inguam Saxonicam.
(2) * Corb., exigere.
(5) [In cod. Clun. deest ve! basilicæ.]
(4) * Non, punctis deletum in Corb.
(5) [Clun., exhiberent.... Warochus oblitus.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 973
s'engagea par serment à rester fidèle au roi Chilpéric: Tl
lui rendit méme la ville de Vannes (1), à condition que
si le roi daignait lui en accorder le gouvernement, il lui
páierait chaque année, sans attendre aucüne sommation ,
tous les tributs que devait cette ville. L'affaire ainsi con-
clue, l'armée se retira. Ensuite le roi Chilpéric condamna
à l'amende, pour faute de service militaire, les pauvres
et les jeunes serviteurs de l'église et de [a basilique (2),
parce qu'is n'avaient pas marché avec l'ármée : or ce
n'était pas l'usage qu'ils fussent soumis à aucun service
public. Puis Waroch oubliant sa promesse, et voulant
annuler ce qui s'était fait, envoya auprès dé Chilpéric
Eunius, évêque de Vannes. Mais le roi, irrité, tança vive-
ment Eunius, et le fit condamner à l'exil.
XXVIII. La quatrième année de Childebert , qui fut la
dix-huitiéme de Gontran et de Chilpéric (3), un concile
se rassembla à Chálon-sur-Saóne, par ordre du prince
Gontran : et, aprés avoir discuté différentes affaires, on
renouvela l'ancien procés contre les évéques Salone et Sa-
.(1) Voyez la note c du livre iv, chap. 4.
(2) Il ne s'agit ici, je crois, que de l'église de Tours, et du mona-
stére de Saint-Martin. — Nous avons ici traduit les deux mots, pau-
peres, juniores, de manière à leur laisser le sens "général et vague
qu'ils semblent avoir en latin. Sur le sens plus précis qu'on peut leur
donner, voyez Éclairciss. et observ. ( Note c.)
(5) An 579.
n1. 18
974 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
decimus - octavus Guntchramni et Chilperici regum ,
apud Cavillonum (1) civitatem synodus acta est ex jussu
principis Guntchramni; discussisque diversis causis ,
contra Salonium et Sagittarium episcopos iteratur illa
antiqua calamitas (2). Objiciuntur eis erimina : et non
solum de adulteriis, verum etiam de homicidiis accu-
santur. Sed hec per poenitentiam purgari (5) cen-
sentes episcopi , illud est additum (4) quod essent rei
majestatis, et patrie proditores. Qua de causa ab
episcopatu discincti (5), in basilicam beati Marcelli
sub. custodia detruduntur. Ex qua per fugam lapsi ,
discesserifht per diversa vagantes ; donec in civita-
tibus eorum alii subrogati sunt (6).
XXIX. Chilpericus vero rex descriptiones novas et
graves in omni regno suo fieri jussit. Qua de causa
multi relinquentes civitates illas (7), vel possessiones
proprias, alia regna petierunt ;. satius ducentes alibi
peregrinari , quàm tali periculo subjacere. Statutum
enim fuerat, ut possessor de propria terra unam am-
phoram vini per aripennem redderet. Sed et alie,
functiones infligebantur multe, tam ,de reliquis ter-
ris, quam de mancipiis : quod impleri non poterat.
Le ricus (8) quoque populus cum se cerneret tali -
(1) * Corb., Cabillonum.
(2) Ex hoc capite, quod omnes mss. exhibent, certum est etiam
caput 21, hujus libri, licet in aliquot codd. desideretur, verum esse
Gregorii fetum.
(3) * Corb., /uec penitentiam purgare.
(4) Colb., adtitulatum.
(5) Alii, dejecti. —
(6) * Corb., aliis objurgati sunt.
(7) Al., suas.
(8) * Reg. 2, Lemovecinus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 975
-gittaire (1). Là furentexposés tous les griefs à leur charge;
et on-les accusa non seulement d'adultéres, mais encore
d'homicides. Comme les évêques étaient d'avis de leur faire
expier leurs crimes par la pénitence, on ajouta qu'ils
étaient coupables de lése-majesté, et traîtres à la patrie.
Pour ce motif, ils furent dépouillés de l'épiscopat, et ren-
fermés, sous une surveillance sévère, dans la basilique
de Saint - Marcel : mais ils s'en échappérent, et errérent
en divers lieux. D'autres évêques furent mis à leur
ye (2 2
XXIX. Cependant le roi Chilpéric fit dresser par tout
son royaume des rôles pour de nouvelles impositions; elles
étaient trés pesantes. Pour ce motif plusieurs, abandon-
nant les villes de ce pays et leurs propres possessions , se
réfugiérent daus d'autres royaumes, aimant mieux vivre
parmi des étrangers que de rester exposés à un tel péril.
En effet, il avait été statué que chaque propriétaire paie-
rait pour sa terre une amphore (3) de vin par arpent (4).
(1) Voyez chap. 21. |
(2) Aridius fut mis à la place de Sagittaire : Émerite remplaça
Salone. Tous deux assistèrent au deuxième concile de Mâcon, an 585.
(3) L'amphore contenait vingt-six litres et demi, selon le traduc-
teur francais des Antiquités romaines d'Adam. Vingt-six litres seule-
ment, suivant M. Dureau de la Malle, dans les Mem. de l'Acad. des
Inscript., tom. xii, part. i1, p. 323.
(4) Il s'agit ici de l'arpent gaulois, ou aripennis, moitié du jugerum.
Or le jugerum. valait, suivant M. Dureau de la Malle ( ibid., p. 318),
25,28 ares : ce qui donne 12,64 pour l'aripennis. L'arpent de Paris,
contenant cent perches carrées, de dix-huit pieds chacune, a été
trouvé équivalent à 54,1887 ares.
976 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
fasce gravari, congregatus in calendis martiis, Mar-
cum referendarium, qui hzc agere jussus fuerat (1),
interficere voluit; et fecisset utique, nisi eum epi-
scopus Ferreolus ab imminenti discrimine liberasset.
Arreptis quoque libris descriptionum , incendio mul-
titudo conjuncta concremavit (2). Unde multum mo-
lestus rex, dirigens de latere suo personas, immensis
damnis populum adflixit, suppliciisque conterruit (5),
morte multavit (4). Ferunt etiam tunc abbates atque
presbyteros ad stipites extensos diversis subjacuisse
tormentis , calumniantibus regalibus missis , quod in
seditione populi (5) ad incendendos libros satellites
adfuissent, acerbiora quoque deinceps infligentes tri-
buta.
XXX. Britanni (6) quoque graviter regionem Rhe-
donicam vastaverunt, incendio, preda, captivitate.
Qui usque Cornutium vicum (7) debellando progressi
sunt. Eunius (8) vero episcopus de exsilio reductus,
Andegavo ad pascendum delegatür (9), nec ad civi-
tatem suam Veneticam redire permittitur. Bippole-
(1) * Reg. B, visus fuerat. Cam., Marcum que referend.
(2) * Corb., Reg. B, cremavit.
(5) Regm., Bec. {et Clun.,] contrivit.
(4) * Reg. B, mortem mutavit.
(5) * Corb., populo.
(6) " Inde ad hec verba cap. 55, igitur in his diebus, deest in
Reg. 2. :
(7) Cod. Regm., T'ornuntium.
(8) AL, Fonius.
(9) * Corb., 4ndecavo.... delatur. Cam., Indecavo.... delabitur.
‘HISTOIRE DES FRANCS; LIV. V. 277
' On avait aussi imposé, pour les autres terres et pour les
esclaves, d'autres charges nombreuses qu'il était, impos-
sible d'acquitter. Le peuple du Limosin, se voyant acca-
blé sous le faix , se réunit aux calendes de mars, et voulut
tuer Marc, le réficendaire; chargé du recouvrement des
impôts; et il l'aurait fait, si l'évéque Ferréol (1) ne l'eàt
délivré d'un péril imminent. La mültitude ameutée, sai-
sit aussi les registres de recensement et les livrà aux
flammes. Aussi le roi, fort mécontent, aprés avoir envoyé
sur les lieux des inspecteurs partis de son palais (2), ruina
ce peuple par des amendes, l'effraya par des supplices,
et punit de mort plusieurs citoyens. On rapporte que des
abbés et des prêtres, attachés à des poteaux, subirent di-
vers tourmens, parce que les envoyés royaux les avaient
accusés d'avoir animé le peuple dans la sédition où furent
brülés les registres. On établit ensuite des impóts encore
plus durs qu'auparavant. T
XXX. Les Bretons, de leur cóté, ravagérent les envi-
rons de Rennes, brûlant, pillant, et emmenant les habi-
tans captifs; et ils s'avancérent en vainqueurs jusqu'au
bourg de Cornutz (3). L'évéque Eunius, rappelé de l'exil ,
fut envoyé à Angers pour y vivre; mais on ne lui permit
pas de retourner dans sa ville de Vannes. Le duc Beppo-
(1) Il en est question encore liv. vit, chap. 10.
(2) C'est la première mention qui soit faite dans notre histoire de
ces envoyés royaux (légats a latere), si célèbres depuis, sous le nom
de missi dominici. Voyez liv. 1v, chap. 15, où cette expression est
employée pour signifer des amis intimes du prince, plutót que des
officiers chargés par lui d'une mission publique.
(5) On croit que c'est aujourd'hui Saíint- 4ubin-du- Cormier (llle-et-
Vilaine, arr. de Fougère). ( Ruin.)
278 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
nus (1) vero dux contra Britannos dirigitur, et loca
aliqua Britanniæ ferro incendioque opprimit : quæ
res majorem insaniam excitavit.
XXXI. Dum (2) hec agerent in Galliis, Justinus
impleto imperii octavo decimo anno, amentiam, quam
incurrerat, cum vita finivit. Quo sepulto, Tiberius
Caesar arripuit jam olim adgressum imperium. Sed
cum eum, secundum consuetudinem loci , ad specta-
culum circi præstolaretur populus (5) processurum,
parare ei cogitans pro parte Justiniani insidias , qui
tunc nepos Justini habebatur, ille per loca sancta pro-
cessit. Completaque oratione, vocato ad'se urbis papa,
cum consulibus ac præfectis palatium est ingressus.
Dehinc indutus purpura, diademate coronatus, throno
imperiali impositus, cum immensis laudibus imperium
confirmavit. Factionarii quoque opperientes (4) ad
circum , cum cognovissent qua acta fuerant, pudore
confusi sine effectu regressi sunt, nihil homini, qui
in Deo spem posuerat, adversari valentes (5). Trans-
actis igitur paucis diebus, adveniens (6) Justinianus
pedibus se projecit imperatoris, quindecim ei cente-
naria auri deferens ob meritum gratiæ. Quem ille se-
cundum patientiæ suæ ritum (7) colligens, in pala-
(1) Cod. Regm. cum aliquot editis, Bypolenus ; alii, Dipolenus,
Beppolenus. * Ut Corb., [Clun., Bibolenus.] * Cam., Byppolenus.
(2) Nulla hic est capitum distinctio in Colb. ubi, excitavit, qui
eum reverterentur in Galliis, etc.
(3) * Corb., populum. Cam., præstolaret populus.
(4) * Corb., expectantes.
(5) Corb., nihilominus qui in Deum spem posuerat adversarios non
metuit.
(6) * Corb. et Cam., adveniens autem J....
(7) * Corb. et Cam., suce meritum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 279
len, envoyé contre les Bretons, dévasta, par le fer et le
feu , quelques cantons de la Bretagne : ce qui irrita encore
plus leur fureur.
XXXI. Tandis que ceci se passait dans les Gaules, Jus-
tin, aprés dix-huit ans de régne (1), termina seulement
avec la vie cet état de démence oü il était tombé. Quand
il fut enseveli, Tibére César s'empara de l'empire, auquel ,
il était associé depuis long - temps. Le peuple attendait
qu'il se présentát au spectacle du cirque, selon la cou-
tume de ce pays; et préparait contre lui une attaque sou-
daine en faveur de Justinien , neveu de Justin : mais il se
rendit aux saints lieux, et, après avoir achevé sa prière,
appelant à lui le pape de la ville, il entra dans son palais
avec les consuls et les préfets. Là, revétu de la pourpre,
couronné du diadème, élevé sur le trône impérial, il se
fit reconnaitre pour empereur au milieu d'innombrables
acclamations. Les factieux qui l'attendaient au cirque,
apprenant ce qui s'était passé, se relirèrent couverts de
honte, sans avoir rien fait, incapables de prévaloir contre
un homme qui avait mis en Dieu son espérance. Peu de
jours aprés, Justinien vint se jeter aüx pieds de l'empe-
reur, et lui offrit quinze cents livres d'or (2) en recon-
naissance de son pardon; et Tibère, l'accueillant avec sa
clémence ordinaire, le fit loger dans le palais. Mais l'im-
pératrice Sophie, oubliant les promesses qu'elle avait
faites à Tibére, tenta contre lui un nouveau complot.
Tandis qu'il était allé à la campagne pour y prendre, se-
loit l'usage des empereurs, le plaisir de la vendange pen-
(1) Erreur. Justin régna 15 ans, de 565 à 558.
(2) Voyez la note 1, p. 255, chap. 20.
280 HISTORIA FRANCORUM. LIB. V.
tium jussit adsistere. Sophia vero augusta immemor
promissionis, quam quondam in Tiberium habuerat,
insidias ei tentavit intendere (1). Procedente autem eo
ad villam, ut, juxta ritum imperialem, triginta diebus
ad vindemiam jocundaretur, vocato clam Justiniano,
Sophia voluit eum erigere in imperium. Quo com-
perto (2), Tiberius cursu veloci ad Constantinopo-
litanam civitatem regreditur ; adprehensamque au-
gustam ab omnibus. thesauris spoliavit, solum ei
victus quotidiani alimentum relinquens. Segregatis-
que pueris ejus ab ea, alios posuit de (3) fidelibus
suis, mandans prorsus ut nullus de anterioribus ad
eam haberet accessum. Justinianum vero objurgatum
tanto in posterum amore dilexit, ut filio ejus filiam
suam promitteret, rursumque filio suo filiam ejus
expeteret : sed non est res sortita effectum. Exercitus
ejus Persas debellavit, victorque regressus, tantam
molem prede detulit, ut crederetur cupiditati hu-
mane posse sufficere. Viginti elephanti capti ad impe-
ratorem deducti sunt.
XXXII. Britanni eo anno valde infesti circa urbem
fuere Namneticam (4) atque Rhedonicam. Qui im-
mensam auferentes preedam, agros pervadunt, vineas
a fructibus vacuant, et captivos abducunt. Ad quos
cum Felix episcopus legationem misisset, emendare
promittentes , nihil de promissis implere voluerunt.
(1) * Cam., temptavit ingerere.
(2) " Corb., quod compertus.
(3) * Corb., posuit cum fidelibus... nullum.
(4) Colb., Feneticam. Nostra tamen lectio melior censeri debet,
tum ob mss. et editos, tum quia Felix episcopus erat Namnetensis.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 281
dant trente jours, Sophie, ayant fait appeler en secret
' Justinien, voulut l'élever à l'empire. A cette nouvelle,
Tibère accourut à Constantinople, fit saisir Sophie , la
dépouilla de tous, ses trésors, et ne lui laissa que les
moyens de subvenir à sa nourriture quotidienne. Lui
ayant retiré tous ses serviteurs, il lui en donna d'autres,
choisis parmi ses fidéles, en leur recommandant de ne lais-
ser approcher d'elle aucun des anciens. Il fit des reproches
à Justinien; néanmoins il le chérit dans la suite au point
qu'il promit.sa propre fille pour épouse à son fils, et en
retour demanda pour son propre fils la fille de Justinien.
Mais la chose n'eut pas liéu. Son armée vainquit ensuite
les Perses, et, revenue victorieuse, rapporta une telle
masse de butin, qu’elle semblait capable d’assouvir la cu-
pidité humaine. Vingt éléphans furent pris et amenés à
l'empereur.
*
XXXII. Cette année les Bretons commirent de grands
dégáts aux environs de Nantes et de Rennes. Ils enle-
vérent un-immense butin; coururent la plaine; dépouil-
lérent les vignes de leurs fruits; et emmenérent des captifs.
‘évêque Félix leur ayant envoyé une députation , ils
promirent de réparer le mal; mais ils ne voulurent accom-
plir aucune de leurs promesses.
982 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
XXXIII. Apud (1) autem Parisius, mulier quædam
ruit in crimen, adserentibus multis quasi quod, relicto
viro, cum alio misceretur. Igitur parentes illius acces-
serunt ad patrem, dicentes : « Aut idoneam redde
«filiam tuam, aut certe (2) moriatur, ne stuprum
« hoc generi nostro notam iníligat. —Novi, inquit pa-
« ter, ego filiam meam bene idoneam; nec est verum
« verbum hoc quod mali homines proloquntur. Ta-
« men ne crimen consurgat ulterius, innocentem eam
« faciam sacramento. » Et illi : « Si, inquiunt, est in-
« noxia, super tumulum hoc beati Dionysii martyris
« sacramentis (5) adfirma. — Faciam, » inquit pater.
Tunc inito placito ad basilicam martyris sancti con-
veniunt; elevatisque pater manibus super altarium,
juravit filiam non esse culpabilem. E contrario vero
perjurasse eum alii a parte (4) viri pronuntiant. His
ergo altercantibus, evaginatis gladiis in se invicem
proruunt, atque ante ipsum altarium se trucidant,
Erant autem majores natu et primi apud Chilpericum
regem. Sauciantur multi gladiis; respergitur sancta
humano cruore basilica; ostia jaculis (5) fodiuntur et
ensibus; atque usque ad ipsum sepulcrum tela iniqua
desæviunt, Quod dum vix mitigatur, locus officium
perdidit, donec ista omnia ad regis notitiam perveni-
rent. Hi vero properantes ad praesentiam principis,
non recipiuntur in gratiam :.sed ad episcopum loci
(1) Deest hoc caput in Vatic., Corb., Colb. [et Dub.] " Reg. Bet
Camer.
(2) [Clun., aut certe pro ea morieris.]
(3) [Clun., sacramentum.]
(4) Regm., aperte.
(5) [Glun., jaculis feriuntur. |]
, HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 283
XXXIII. A Paris, une femme fut accusée, sur l'asser-
tion de plusieurs. personnes, d'abandonner son mari, et
d’avoir commerce avec un autre homme. Les parens du
mari allérent donc-trouver son père, et lui dirent : « Ou
« justifie ta fille (1); ou qu'elle meure, pour que ses
« désordres n'impriment point une tache à notre famille.
« — Je sais, dit le père, que ma fille est sans reproche;
«et ceci est un mensonge que répètent des méchans.
« Cependant, pour que l'accusation n'aille pas plus loin,
« je justifierai de son innocence par un serment. — Si
« elle est iunocente, dirent-ils, affirme-le par serment,
« sur le tombeau du bienheureux martyr. Denis. — Je le
« ferai, » répondit le père. Ces conventions arrêtées, ils
se réunirent dans la basilique du saint martyr; et le père,
élevant ses mains sur l'autel, jura que sa fille n'était pas
coupable. Mais les autres, du côté du mari, déclarèrent
qu'il avait fait un faux serment. A la suite de cette alter-
cation, ils tirent leurs épées, se précipitent les uns sur
les autres, et se frappent én présence méme de l'autel. Or,
c'étaient des hommes de la plas haute naissance, et les
premiers aüprés du roi Chilpéric. Plüsieurs sont blessés par
le glaive; la sainte basilique est arrosée de sang humain ;
les portes sont percées de javelots et d'épées, et les armes
exercent leur fureur impie jusque auprés du tombeau
méme. À grand'peine apaisa-t-on cette querelle; mais l'é-
lise resta privée de la célébration du culte (2), jusqu'à ce
que le roi eüt été instruit de tout. Les auteurs du désordre
(1) Jdoneus, i. e. sine crimine, sans reproche. Se idoneare, se jus-
tifier; idoneum facere, vel reddere aliquem, justifier quelqu'un,
prouver son innocence. — -
(2) L'église où avait été répandu le sang humain était interdite
jusqu'à ce qu'elle eût été purifiée.
284 HISTORIA FRANCORUM, LIB: V.
illius remitti eos jussum est, ut, si de hoc facinore
culpabiles invenirentur, non convenienter sociaren-
tur (1) communioni. Tunc ab episcopo Ragnemo-
do (2), qui Parisiacæ ecclesie præerat, componentes
qui (5) male gesserant, in communionem . eccle-
siasticam sunt recepti. Mulier vero, non post multis
diebus, cum ad judicium vocaretur, laqueo vitam
finivit.
XXXIV. Anno quinto Childeberti regis Arverno-
rum regionem diluvia magna presserunt, ita ut per
dies duodecim non cessaret a pluvia : tantaque inun-
datione Limane (4) est infusum, ut multos ne se-
mentem jacerent prohiberet. Flumina quoque Liger,
Flavarisque, quem Elacrem (5) vocitant, vel reliqui
torrentes percurrentes in eum, ita intumuerunt, ut
terminos, quos numquam excesserant, præterirent.
Quæ grande de pecoribus excidium, de culturis detri-
mentum, de ædificiis fecere naufragium. Pari modo
Rhodanus cum Arari conjunctus, ripas excedens,
grave damnum populis intulit, muros Lugdunensis
civitatis aliqua ex parte subvertit. Quiescentibus vero
pluviis, arbores denuo floruerunt : erat enim mensis
(1) Sic Regm. ; at alii, non invenirentur, sociarentur. [ Clun., non
inveniebantur, sociarentur.]
(2) AL, Reginmodo. Bad., Raimundo : aliquot Regnamodo. [Clun.,
Ragnimodo.] :
n (5) AL, qua.
(4) De qua jam supra, lib. 111, cap. 9. A limo ob fcecunditatem sic
dictam putat Alteserra. De ea Sidonius lib. i1, epist. 1, cujus meriti
sit, vel Gotthis credite, qui etiam Septimaniam suam fastidiunt,
modo invidiosi hujus anguli etiam desolata proprietate potiantur.
(5) Sic mss. et editi, preter Colb.; qui habet Z/acrem, et Chesn.,
Ælaurem. Codd. laudat Alteserra, ubi E/averque, quem Melacrem.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 285
étant venus se présenter au prince, ne furent pas reçus
en grâce; mais il les renvoya à l’évêque du lieu, parce
que, s'ils étaient trouvés coupables, il ne convenait pas
qu'ils fussent admis à la communion. Ayant donc com-
posé pour leur méfait, ils furent recus à la communion
de l'église par Ragnemod, alors évéque de Paris. Quant
à la femme, appelée en jugement peu de jours après, elle
finit ses jours par la corde.
XXXIV. La cinquième année du roi Childebert (1)
une espèce de déluge pesa sur la contrée d'Auvergne :
pendant douze jours la pluie tomba sans reláche, et la
Limagne fut tellement inondée, qu'en beaucoup d'en-
droits on ne put ensemencer les terres. Les grands fleuves,
comme la Loire et le Flavaris, qu'on appelle Allier, et les
autres torrens qui s'y jettent, se. gonflérent au point de
dépasser les bornes qu'ils n'avaient jamais franchies : ce
qui détruisit une grande quantité de troupeaux, gáta
beaucoup de terres cultivées, abattit et submergea plu-
sieurs édifices. De méme le Rhóne uni à la Saóne se:
déborda, causa de grands dommages aux habitans, et ren-
versa en partie les murs de. Lyon. Quand les pluies se
furent calmées, les arbres fleurirent de nouveau, quoique
au mois de septembre (2). Cette année, en Touraine, un
matin, avant la lumière du jour, on vit un feu brillant
traverser le ciel, et's'abaisser du côté de l'orient. On en-
téndit aussi, dans toute cette contrée, comme le son d’un
arbre qui se brise; mais on ne peut croire que ce bruit
vint d'un arbre, puisqu'il se fit entendre dans l'espace de
(1) An 58o.
(2) En octobre, selon la chr. de Marius, an 58o.
286 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
september: In Turonico vero eo anno mane priusquam
dies inlucesceret, fulgor per coelum "tucurrissé visus
est, et ad orientis plagam decidisse (1). Sed et sonitus
tamquam: diruentis arboris (2), per totam terram il-
lam auditus est : quod ideo non est de arbore æsti-
mandum, quia in quinquaginta aut amplius milliaria (5)
est auditum. Ipso anno graviter urbs Burdegalensis a
' terree motu concussa est, moeniaque civitatis in discri-
mine eversionis exstiterunt; atque ila (4) omnis po-
pulus metu mortis exterritus est, ut, si non fugeret,
putaret se cum urbe dehiscere. Unde et multi ad civi-
tates alias transierunt. Qui tremor (5) ad vicinas civi
tates porrectus est, et usque Hispaniam adtigit, sed
non tam valide. Taipéu ide Pyrenæis (6) montibus
immensi lapides sunt commoti, qui pecora homines-
que prostraverunt. Nam et vicos Burdegalenses incen-
dium divinitus ortum exussit (7), ita ut subito.com-
prehensi (8) igne, tam domus quam areæ, cum annonis
incendio cremarentur; nullum penitus incitamentum
habens ignis (9) alieni, nisi forsitan jussione divina.
Nam et Aurelianensis civitas gravi incendio -confla-
gravit, in tantum ut ditioribus nihil penitus rema-
neret : et si peas ab i igne quicquam eripuit, ab in-
(1) * Cam., cecidisse.
(2) * Corb., diruentes arbores.
(9) * Corb. et Cam., milia.
(4) * In ven. d. ia ; et infra, putaret.
(5) Alii, * in quibus Corb., timor. — In Corb. deest est.
(6) * Corb., Perinensis minibus:
(7) *.Corb., vicos Burdegalensis étain. exusi.
(8) [Clun., comprehensæ igni.)
(9) * ignis et nisi desunt in Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 287
cinquante milles et plus. La méme année, la ville de Bor-
deaux. fut violéfnment ébranlée par un tremblement .de
-terre, et les murs de la ville menacèrent de s'écrouler :
aussi, tout le peuple fut tellement effrayé par la crainte
de la mort, qu’il se croyait bientôt englouti avec la ville
s'il ne prenait la fuite. Plusieurs même se retirèrent en
d'autres pays. La secousse s'étendit aux cités voisines, et
atteignit méme l'Espagne, mais beaucoup moins forte.
Cependant des monts Pyrénées se détachèrent d'immenses
quartiers de roches qui écrasèrent les troupeaux et les
hommes. Un incendie, qui éclata comme:par miracle, brüla
es villages aux environs de Bordeaux ; et saisies subite-
ment par le feu, les maisons, les granges, les moissons,
périrent consumées, sans que la flamme fût excitée par
aucune cause étrangère, si ce n’est peut-être parla volonté
divine. La ville d'Orléans fut aussi ravagée par un cruel
incendie, qui ne laissa rien, méme aux plus riches; et si
quelqu'un sauvait du feu quelques effets, ils lui étaient
enlevés par des voleurs attachés aprés lui. Dans le pays
Chartrain, il coula du véritable sang à la fraction. du
pain (1). La cité de Bourges fut aussi battue violemment
de la À sod
(1) A l'autel, après la consécration.
288 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
sistentibus furibus (1) est direptum. Apud terminum
Carnotenum verus (2) de effracto pane sanguis eflluxit.
Graviter tunc et Biturica civitas a grandine verbe-
rata est. zr
t
XXXV. Sed hec prodigia gravissima lues est subse-
cuta. Nam discordantibus regibus, et iterum bellum
civile parantibus (5), dysentericus morbus pane Gal-
lias totas præoccupavit. Erat enim.his qui patieban-
tur, valida cum vomitu febris renumque nimius dolor;
caput grave vel cervix. Ea vero quæ ex ore (4) proji-
ciebantur, colore croceo, aut certe viridia erant. A
multis autem adserebatur venenum occultum ‘esse.
Rusticiores vero corales hoc pusulas (5) nominabant :
quod non est incredibile, quia misse in: scapulis sive
cruribus ventosæ , procedentibus. erumpentibusque
vesicis (6), decursa sanie multi liberabantur. Sed et .
herbe, qua venenis medentur, potui sumtæ, ple-
risque præsidia contulerunt. Et quidem primum hec
infirmitas a mense augusto initiata, parvulos adoles-
centes adripuit, letoque subegit (7). Perdidimus dulces
et caros nobis infantulos , quos aut gremiis fovimus,
aut ulnis bajulavimus, aut propria maru ministratis
cibis ipsos studio sagaciore nutrivimus. Sed, abstersis
lacrymis, cum beato Job diximus : Dominus dedit,
(1) * Corb., furüs. t
(2) Corb., urbis de. * Cain., virus de.
(5) [Clun., patrantibus.]
(4) In Corb. deest ex ore.
(5) Colb., Coriales hoc pustulas. Bad., Corales, hoc est, pustulas.
[Dub., Corales hoc pustulas.] * Corb. et Cam., pusculas.
(6) *.Corb., eirius.
(7) * Cam., lectoque subjecit.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV, V. 289
XXXV. Ces prodiges furent suivis d'une cruelle con-
tagion : pendant les discordes des rois et leurs prépara-
tifs pour une nouvelle guerre civile, une maladie d'en-
trailles envahit presque toutes les Gaules. Ceux qui en
étaient attaqués éprouvaient une forte fièvre accompagnée
de vomissemens, une grande douleur*de reins, une lour-
deur dans la tête et dans le cou. Les matières que la bouche
rejetait étaient jaunes ou vverdátres. Plusieurs attribuaient
le mal à un poison secret. Au dire des paysans, c'étaient
des pustules au cœur (1) : ce qui n'est pas incroyable;
car, lorsqu'on appliquait des ventouses aux épaules ou aux
jambes, et que les cloches qui s'étaient élevées venaient
à s'ouvrir, il en découlait un sang corrompu; ce qui en
sauva plusieurs : pour la plupart des autres, les herbes
qui combattent les poisons, prises dans des breuvages,
furent le remède le plus salutaire. Cette maladie, qui avait
commencé au mois d'aoüt, attaqua d'abord les jeunes en-
fans, ef les fit périr. Alors nous perdimes nos doux et
chers petits enfans que nous avions réchauffés dans notre
sein, portés dans nos bras, nourris avec la tendresse la
plus éclairée, en leur présentant les alimens de notre
propre main (2). Mais aprés avoir essuyé nos larmes, nous
(1) Ou peut-étre des boutons intérieurs. En vieux francais on ap-
pelait corailles, non seulement le cœur et les régions voisines, mais
encore les intestins en général. Voyez Ducange, Gloss., au mot
corallum.
(2) On ne peut guére douter que notre historien ne parle ici de
I". 19
290 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
Dominus abstulit : quomodo Domino placuit, ita
factum est. Sit nomen ejus benedictum in secula. lgi-
tur in his diebus Chilpericus rex graviter (1) &egrotavit.
Quo convalescente, filius ejus junior, necdum ex aqua
et Spiritu Sancto renatus , ægrotare coepit. Quem in
extremis videntes, baptismo abluerunt. Quo parum-
per melius agente (2), frater ejus senior, nomine Chlo-
dobertus, ab hoc morbo corripitur : ipsumque in dis-
crimine mortis Fredegundis mater cernens, sero
poenitens, ait ad regem : « Diu nos male agentes
« pietas divina sustentat : nam sepe nos febribus et,
« aliis malis corripuit; et emendatio (3) non suécessit.
« Ecce jam perdimus filios : ecce jam eos lacrymae
« pauperum, lamenta viduarum, suspiria orphano-
« rum interimunt ; nec spes remanet cui aliquid con-
« gregemus. T hesaurizamus , nescientes cui congrege-
« mus (4) ea. Ecce thesauri remanent a possessore
« vacui, rapinis ac maledictionibus pleni. Numquid
« non exundabant promtuaria vino? numquid non
« horrea replebantur frumento? numquid non erant
« thesauri referti auro , argento, lapidibus pretiosis,
« monilibus, vel reliquis imperialibus ornamentis ?
« Ecce quod pulcrius habebamus, perdimus. Nunc,
«si placet, veni (5), et incendamus omnes des-
« criptiones iniquas : sufficiatque fisco nostro, quod
« suffecit patri regique Chlothachario. » Heec effata
(1) * In Corb. d. graviter. — Infra, necdum aqua et sp....
(2) * Corb., quo melius convalescens ; Cam., Flodaberthus.
(3) * Cam., et in mendatio. :
(4) * Corb., Colb., Reg. Z, congregamus.
(5) Alias, venite, incendamus. [Ita Dub. et Clup.] * Ita Colb.,
Reg. £. ;
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 291
avons dit avec le bienheureux Job : Le Seigneur me les
a donnés, le Seigneur me les a otés; tout s'est fait
comme il a plu à Dieu : que son nom soit béni dans
les siècles (1).
En ces jours-là le roi Chilpéric fut sérieusement ma-
lade; et quaud il fut convalescent, son plus jeune fils, qui
n'était pas encore régénéré par l'eau et le Saint-Esprit,
tomba malade à son tour. Le voyant à l'extrémité, ils le
lavérent dans les eaux du baptéme. Il était un peu mieux,
quand son frère aîné, Chlodobert, fut attaqué de la même
maladie. Sa mére Frédegonde, le voyant en danger de
mort, saisie d'un repentir tardif, dit au roi : « Long-temps
« la miséricorde divine a supporté nos mauvaises actions :
«elle nous a avertis par des fièvres et d'autres maux; et
« nous ne nous sommes point amendés. Maintenant nous
« perdons nos fils; maiutenant les larmes des pauvres, les
« lamentations des veuves, les soupirs des orphelins, les
« font périr, et ne nous laissent plus l'espoir d'amasser
« pour personne. Nous thésaurisons, sans savoir pour qui
« nous amassons. Ils vont demeurer sans possesseurs, ces
« trésors tout remplis de rapines et de malédictions. Nos
« celliers ne regorgeaient-ils pas de vin? nos greniers, de
« froment? nos trésors n'étaient-ils pas combles d'or, d'ar-
«gent, de pierres précieuses, de colliers, et d'autres
« ornemens impériaux ? Et ce que nous avions de plus
« beau, nous le perdons! Eh bien, si tu veux, allons,
« brülons tous ces registres iniques : qu'il suffise à à notre
'« fisc de ce qui suffisait à ton père le roi Clotaire. » Ayant
deux enfans dont il était le père. Voyez notre note 2, p. 29, sur le
chap. 12 du liv. iv.
(1) Job, 1, 21.
292 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
regina, pugnis verberans pectus, jussit libros exhi-
beri, qui de civitatibus suis per Marcum venerant :
projectisque in ignem, iterum ad regem conversa :
« Quid tu, inquit, moraris? Fac quod vides a me
«fieri, ut et si dulces natos perdimus, vel poenam
« perpetuam evadamus. » Tunc rex compunctus corde
tradidit omnes libros descriptionum igni; conflagra-
tisque illis (1), misit qui futuras prohiberent descrip-
tiones. Post haec, infantulus junior, dum nimio labore
tabescit (2), extinguitur. Quem cum maximo moerore
deducentes a villa Brennaco Parisius, ad basilicam
sancti Dionysii sepelire mandaverunt. Chlodobertum
vero componentes in feretro, Suessionas ad basilicam
sancti. Medardi duxerunt; projicientesque eum. ad
sanctum sepulcrum, voverunt vota pro eo (5) : sed
media nocte, anhelus jam et tenuis, spiritum exha-
lavit. Quem in basilica sanctorum Crispini atque
Crispiniani martyrum sepelierunt. Magnus quoque
hic (4) planctus omni populo fuit : nam viri lugentes,
mulieresque lugubribus (5) vestimentis indutæ, ut
solet in conjugum exsequiis fieri, ita hoc funus sunt
prosecutæ (6). Multa postea Chilpericus rex ecclesiis ,
sive basilicis, vel pauperibus est largitus.
XXXVI. His diebus, Austrechildis (7), Gunt-
(1) * Illi: d. in Corb., Celb. et Reg. 2.
(2) |Dub., tabesceret.]
(5) * Corb., eo ad sanctum sepulchrum. — Infra, Cam., anhelus
jam extenuis.
(4) Sic Colb., * Corb. et Reg. Z. [Dub., Clun.] et Chesn. Plerique
editi, magnus usqué huc.
(5) * Corb., Reg. Z, lucubribus.
(6) [ Dub., sunt prosecuti.]
(7) “ Cam. et Reg. PB, Austrigildis
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V.- 293
ainsi parlé, la reine se frappe la poitrine de ses poings,
fait apporter les rôles que Marc avait envoyés de chacune
des cités qui lui appartenaient, les jette dans le feu; puis,
se retournant vers le roi : «Quoi, tu hésites! fais comme
« moi ; si nous perdons nos chers enfans, du moins échap-
« pons à la peine éternelle.» Alors le roi, pénétré de com-
ponction, livra au feu tous les registres; et aprés qu'ils
furent brülés, il envoya des gens pour empécher la levée
de ces impóts. Ensuite, leur plus jeune enfant mourut
consumé de langueur. Accablés de douleur, ils l'amenérent
de leur maison de Braine à Paris, et le firent ensevelir dans
la basilique de Saint-Denis (1). Quant à Chlodobert, ils
le placérent sur un brancard, le portèrent à la basilique
de Saint-Médard de Soissons; et l'exposant devant le
tombeau du saint, firent des vœux pour sa santé : mais
au milieu de la nuit, affaibli, épuisé, il rendit l’âme. Ils
l'ensevelirent dans la basilique des saints martyrs Crépin
et Crépinien. Ce fut un jour de deuil aussi pour tout le
peuple; car des hommes en pleurs, des femmes couvertes
de vêtemens lugubres, comme à la mort de leurs époux,
accompagnèrent cette pompe funèbre. Puis le roi Chil-
péric fit de grandes largesses aux églises, aux monastères
et aux pauvres.
XXX VI. En ces jours-là, la reine Austrechilde, femme
du roi Gontran , fut consumée pagla même maladie. Mais
avant d'exhaler sa méchante âme, se voyant sans espoir
d'échapper, elle poussa de profonds soupirs ; et voulut
avoir, en mourant, des compagnons, afin qu'à ses obsèques
(1) Fortunat le nomme Dagobert, dans l'épitaphe qu'il composa
pour lui : liv. ix, n°* 4 et 5. Du reste, les deux princes moururent
aprés le concile de Braine. Voyez le dernier chap. de ce livre.
994 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
chramui principis regina, ab hoc morbo consumta
est : sed priusquam nequam (1) spiritum exhalaret,
cernens quod evadere non posset (2), alta trahens
suspiria, voluit leti sui habere participes; agens ut in
exsequiis ejus aliorum funera plangerentur. Fertur
enim Herodiano more regem petiisse , dicens : « Adhuc
« spes vivendi fuerat, si non inter iniquorum medi-
« corum manus interissem : nam potiones ab illis ac-
« ceptæ mihi vi abstulerunt vitam, et fecerunt me
* hanc lucem velociter perdere. Et ideo, ne inulta
« mors mea preetereat , quaeso , et cum sacramenti in-
« terpositione conjuro, ut, cum ab hac luce disces-
« sero, statim ipsi gladio trucidentur; ut, sicut ego
« amplius vivere non queo, ita nec illi post meum
« obitum glorientur; sed sit unus dolor nostris pari-
« ter ac eorum amicis. » Hec effata, infelicem animam
tradidit. Rex vero, peracto ex more exsequio (5), op-
pressus inique conjugis juramento, implevit præ-
ceptum iniquitatis. Nam duos medicos, qui ei studium
adhibuerant, gladio feriri praecepit : quod non sine
peccato factum fuisse multorum censet (4) prudentia.
XXXVII. Hac (5) itaqué egritudine et Nantinus
(1) [In cod. Clun. deest nequam.)
(2) * Reg. B, non potuisset. — Infra, lecti pro leti.
(5) Sic Corb.; alii, justitioppræter Casin., qui habet, funeris officio.
* Cam. et [Clun., justitio.] * Reg. B, instinctu. Austrigildis epita-
phium profert Chesnius tomo 1 Scriptorum Histor. Franc., p. 571.
Vixit annos 32.
(4) Regm., quod non sine pracepto.... novit prudentia. | Dub., sen-
sit prudentia.] * Corb., Reg. Z; censit.
(>) Hoc caput deest in Vatic., Corb., Colb. [et Dub.] * In Reg. 8
et Camer. Sic habet Regm., hac itaque pestilentia, etc. In Bec., Nan-
tinus dicitur comes ƣcolinensis. Varie quippe scribitur hujus urbis
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 295
on pleurát aussi pour d'autres morts. On dit en effet, qu'à
l'exemple d'Hérode (1), elle adressa au roi cette demande:
« J'aurais espéré vivre encore, si je n'étais tombée entre
« les mains de ces médecins iniques. Ce sont leurs potions
« qui m'ont arraché la vie, et m'ont ravi si promptement
x la lumière. Aussi, pour que ma mort ne reste pas sans
« vengeance, je te prie, et je t'en conjure, promets avec
« serment qu'aussitót aprés mon trépas ils périront par le
« glaive : puisque je ne puis plus vivre, je ne veux pas
«non plus qu'aprés moi ils jouissent encore de la vie:
«mais que la méme douleur unisse leurs amis et les
« nôtres. » Ayant ainsi parlé, elle rendit son âme malheu-
reuse. Après avoir célébré ses obsèques, le roi, sous le joug
du serment qu'avait exigé son injuste épouse, accomplit
cet ordre d'iniquité, et fit frapper du glaive les deux
médecins qui lui avaient donné-leurs soins (2) : ce qui
ne put se faire sans péché, comme le pensent plusieurs
sages.
XXXVII. Nantin, comte d'Angouléme, mourut aussi
épuisé par cette maladie : mais il faut reprendre de plus
haut ce qu'il fit contre les prétres et les églises du Sei-
gneur. Marachaire, son oncle, avait possédé long-temps
dans cette ville la dignité de comte : aprés avoir rempli
(1) Pour forcer les Juifs de pleurer à sa mort, il ordonna de mas-
sacrer plusieurs nobles citoyens, aussitót qu'il aurait cessé de vivre.
(Joséphe , de Bello judaico, 1, 20.)
(2) Marius d'Avenches les nomme Nicolas et Donat, et place leur
mort en septembre 581.
296 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
Ecolismensis comes exinanitus interiit. Sed que cou-
tra sacerdotes vel ecclesias Dei egerit , altius repetenda
sunt. Denique Maracharius, avunculus ejus, diu in ipsa
urbe usus est comitatu : quo oflicio expleto , ecclesiae
sociatur ; clericusque factus, ordinatur episcopus. Qui
multum vigilanter vel ecclesias, vel ecclesie domos
et erigens et componens , septimo sacerdotii anno
injecto ab inimicis in caput piscis veneno, simpliciter
accipiens crudeliter enecatur. Sed non diu inultam
ejus mortem pertulit divina clementia : nam Fronto- ,
nius (1), cujus consilio hoc scelus est perpetratum,
adsumto confestim episcopatu, uno in eo degens anno,
præcurrente judicio Dei, interiit. Cujus post obitum,
Heraclius (2) Burdegalensis presbyter, qui quondam
legatus Childeberti senioris fuerat, episcopus ordina-
tur. Nantinus vero, ob-requirendam avunculi sui mor-
tem, comitatum in ipsa urbe expetiit. Quo accepto,
multas episcopo injurias inrogavit. Aiebat enim epi-
scopo : « Homicidas illos, qui avunculum meum inter-
« fecerunt, tecum retines; sed et presbyteros huic (3)
« noxa admixtos ad convivium recipis. » Deinde ini-
micitia increscente, paulatim coepit villas ecclesie,
quas Maracharius testamento scripto reliquerat, vio-
lenter invadere, adserens non debere ecclesiam ejus
facultatem adipisci , a cujus clericis testator fuerat in-
nomen Ecolesina, Egolisma, hodie, Inculisma, quod semel et iterum
notasse satis sit. Maracharius interfuit dedicationi ecclesie Namneticæ
per Felicem episcopum , ut refert Fortunatus lib. i1, carm. 4.
(1) Bec., Frontimius.
(2) In Regm. hic dicitur Æradius, infra, Eraclius. Sic et comes
dicitur aliquando Nautinus ; alias, ut editi, Nantinus.
(3) [Clun., huic causæ.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 297
cette fonction, il s'attacha à l'église, devint clerc, et fut
ordonné évéque. Tandis que, rempli d'activité, il élevait
et organisait des églises et des presbytéres, la septième
année de son épiscopat, ses ennemis empoisonnèrent la
tête d'un poisson; et lui, la prenant sans défiance, mou-
rut dans des souffrances cruelles. Mais la clémence divine
me laissa pas long-temps sa mort impunie. Frontonius, le
principal auteur du complot, s'empara aussitót de l'épisco-
pat; et au bout d'un an, frappé par le jugement de Dieu,
il mourut. Après sa mort, on élut évêque Héraclius, prêtre
de Bordeaux, qui avait été autrefois envoyé de Childebert
l'ancien. De son côté, Nantin, pour venger la mort de
son: oncle, demanda le titre de comte dans la méme ville.
1l l'obtint, et accabla l’évêque d'injures. 1l lui disait, par
exemple : « Tu retiens auprés de toi ces homicides qui ont
« tué mon oncle; tu admets à ta table des prétres qui ont
« participé à ce crime.» Ensuite, leur inimitié s'accrois-
sant chaque jour, il se mit à envahir de force les terres
que Marachaire avait léguées à l'église par son testament,
prétendant que ces biens ne pouvaient appartenir à une
église dont les clercs avaient fait périr le testateur. En-
suite, aprés avoir tué quelques laïques, il alla jusqu'à saisir
un prêtre, le garrotta, et le perca d'un coup de lance.
Comme celui-ci vivait encore, il le fit suspendre à un
poteau, les mains liées derrière le dos, et voulait lui arra-
cher un aveu de complicité. Mais le prêtre persistant à
nier, son sang s'écoula par sa blessure, et il rendit l'es-
prit. L'évéque, ému de ce forfait, ordonna qu'on lui in-
sterdit l'entrée de l'église. Plusieurs évêques s'étant réunis
à Saintes (1), Nantin demanda d’être réconcilié avec
(1) En 579, selon Sirmond , tom. 1", des Conciles de la Gaule.
298 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
terfectus. Post ista vero, jam aliquibus ex laicis inter-
fectis , addidit ut adprehensum presbyterum adligaret,
ac conto perfoderet. Cui adhuc viventi, retortis post
tergum manibüs, adpenso ad stipitem, elicere quæ-
rebat, si in hac causa fuisset admixtus. Quod enum ille
negaret , profluente cruore de vulnere, reddidit spiri-
tum. Qua de causa commotus episcopus , jussit eum
ab ecclesie foribus prohiberi. Convenientibus autem
apud civitatem Santonas sacerdotibus, deprecabatur
Nantinus, ut pacem episcopi mereretur, promittens
se omnes ecclesie res, quas sine ratione abstulerat ,
redditurum , atque humilem exhibere se sacerdoti. At
ille fratrum jussioni obaudire procurans , cuncta quee
petebantur indulsit : causam tamen presbyteri omni-
potenti Deo commendans , comitem in caritate rece-
pit. Qui, post ista regressus urbem, domos illas quas
male pervaserat, spoliat, elidit, ac disjicit, dicens :
« Et si hoc ab ecclesia recipitur, vel desertum inve-
« niatur. » Qua de causa iterum motus episcopus, eum
a communione suspendit. Quee dum aguntur, impleto
beatus pontifex vitæ cursu, migravit ad Dominum.
Nantinus quoque ab aliquibus episcopis, interceden-
tibus premiis atque adulationibus, communicatur.
Post paucos vero menses a supradicto morbo corripi-
tur : qui nimia exustus febre, clamavit, dicens :
« Heu, heu! ab Heraclio (1) antistite exuror, ab illo
« crucior, ab illo ad judicium vocor. Cognosco faci-
« nus; reminiscor me injuste injurias intulisse pon-
« tifici : mortem deprecor, ne diutius crucier hoc
« tormento. » Hac cum maxima in febre clamaret,
(1) [Clun., ab Zraclio consumor, ab illo crucior.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 299
l’évêque, avec promesse de rendre tous les biens de l'église
dont il s'était emparé sans raison, et de s’humilier devant
le ministre du Seigneur. Héraclius, jaloux d'obtempérer
aux ordres de ses fréres, accorda tout ce qu'on désirait
de lui; et, recommandant toutefois au Dieu tout puissant
la cause du prêtre assassiné, il admit le comte aux bien-
faits de la charité (1). De là, celui-ci, rentré dans la ville,
dépouille, brise, détruit les maisons qu'il avait injuste-
ment envahies, en disant : « Si l'église rentre en possession
« de ces domaines, que du moins elle les trouve déserts. »
L'évéque, indigné de cette conduite, lui interdit de nou-
veau la communion. Cependant le bienheureux pontife,
aprés avoir rempli sa carriére ici-bas, alla se rejoindre au
Seigneur; et Nantin, ayant gagné quelques évéques par des
présens et des flatteries, fut admis à la communion. Peu
de mois aprés, il fut attaqué de la maladie mentionnée
ci-dessus; et, brûlé par une fièvre ardente, il s'écriait :
« Hélas! hélas! c'est l’évêque Héraclius qui me brûle, c'est
« lui qui me torture, c'est lui qui m'appelle en jugement.
« Je reconnais mon crime; je me souviens que j'ai outragé
« indignement ce pontife : je demande la mort, pour être
« enfin délivré de mes tourmens. » Tandis qu'il s'écriait
ainsi, dans ses plus violens accès de fièvre, la force de
son corps l'abandonnait; et il exhala son âme malheu-
reuse, laissant des preuves certaines que tout ce mal lui
était envoyé pour venger le saint évêque : car son corps
inanimé devint tout noir, comme si on l'eüt placé sur des
charbons ardens. Que tous donc abaissent leur raison de-
vant ces prodiges ; qu'ils les admirent! qu'ils craignent
(1) C'est-à-dire à la communion des fidèles ; au nombre de ceux qui
sont réunis par la charité.
300 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
deficiente robore corporis , infelicem animam fudit,
indubia relinquens vestigia hoc ei ad ultionem beati
antistitis evenisse. Nam exanimum (1) corpus ita ni-
gredinem duxit, ut putares eum prunis superpositum
fuisse combustum. Ergo (2) omnes hac obstupescant,
admirentur, et metuant ne inferant injurias sacerdo-
tibus; quia ultor est Dominus servorum suorum spe-
rantium in se.
XXXVIII. Hoc (3) tempore, et beatus Martinus
Galliciensis episcopus obiit, magnum populo illi fa-
ciente planctum (4). Nam hic Pannoniæ ortus fuit; et
exinde ad visitanda loca sancta in Orientem prope-
rans, in tantum se litteris imbuit, ut nulli secundus
suis temporibus haberetur. Exinde Galliciam venit,
ubi cum beati Martini reliquiæ portarentur, episcopus
ordinatur, In quo sacerdotio impletis plus minus tri-
ginta annis, plenus virtutibus migravit ad Dominum.
Versiculos, qui super ostium sunt a parte meridiana in
basilica Sancti Martini, ipse composuit.
XXXIX. Magna eo anno in Hispaniis christianis per-
secutio fuit; multique exsiliis dati facultatibus privati ,
fame decocti, carcere mancipati , verberibus adfecti,
ac diversis suppliciis trucidati sunt. Caput quoque
hujus sceleris Goisvintha (5) fuit, quam post Athana-
(1) [Clun., nam cum exanimum corpus fuisset, ita, etc.]
(2) Hzc ad finem capitis desunt in codice Regm.
(3) Hoc caput deest in Vatic., Colb. [et Dub.] * In Reg. J et Camer.
Porro Regm. habet, Calleciensis. Et quidem veteres scribebant, Cal-
læcia pro Gallica.
(4) Regm., magnum plebi suc relinquens de se planctum. [Clun.,
faciens planctum.) i
(5) * Corb., Goisuinta ; Rey. B, Goisuinda.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 301
de faire injure aux prétres du Seigneur! car Dieu venge
ses serviteurs, ceux qui espèrent en lui.
XXXIII. En ce temps mourut aussi le bienheureux
Martin, évéque de Gallice; et tout le peuple le pleura
solennellement. Il était originaire de Pannonie; et de là,
étant parti en Orient pour visiter les lieux saints, il s'in-
struisit si à fond dans les lettres, qu'il ne le cédait à aucun
de ses contemporains. Ensuite il vint en Gallice, oü il fut
sacré évêque (1), au moment où l'on y apportait des re-
liques de saint Martin. Il y géra l'épiscopat pendant trente
ans environ; et, plein de vertus, il alla dans le sein de
Dieu. C'est lui qui a composé les vers qui se trouvent sur
la porte méridionale de la basilique de Saint-Martin,
XXXIX. Cette année il s'éleva en Espagne une grande
persécution contre les chrétiens; et plusieurs furent en-
voyés en exil, dépouillés de leurs biens, exténués par la
faim, enfermés dans des prisons, frappés de verges, et
mis à mort par différens supplices. Le principal auteur
(1) A Braga, Bracara, en Portugal, l'une des quatre métropoles
d'Espagne au moyen âge. Ce Martin n'y fut évéque que vingt ans. (R.)
La traduction précédente, publiée par M. Guizot, dit que c'est parce
qu'il apporta des reliques de saint Martin de Tours dans cette ville,
qu'il en fut élu évêque. Le texte ne le dit pas si clairement. Il semble. '
que c'est le concours fortuit de ces deux événemens, l'arrivée des
reliques d'un. grand saint, et celle d'un pieux et savant pélerin du
méme nom, qui détermina les suffrages en sa faveur.
302 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
childi (1) regis connubium rex Leuvichildus accepe-
rat : sed qua Dei servis (2) notam humilitatis inflixe-
rat, prosequente ultione divina, ipsa quoque est
omnibus populis facta notabilis. Nam unum oculum
nubes alba contegens, lumen quod mens non habe-
bat, pepulit a palpebris. Erant autem Leuvichildo regi
ex alia uxore duo filii, quorum senior Sigiberti , junior
Chilperici regis filiam desponsaverat. Sed Ingundis (5)
Sigiberti regis filia cum magno apparatu in Hispanias
directa , ab avia Goisvintha cum gaudio magno susci-
pitur. Quam nec passa est in religione catholica diu
commorari; sed ut rebaptizaretur in ariana heresi
blandis coepit sermonibus inlicere. Sed illa viriliter
reluctans coepit dicere : « Sufficit satis me ab originali
« peccato baptismo salutari semel ablutam fuisse, et
« Sanctam Trinitatem in una æqualitate esse confes-
« sam. Haee me credere ex toto corde confiteor, nec
« unquam ab hac fide ibo retrorsum. » Hac illa au-
diens, irácumdie furore succensa, adpreheusam per
comam capitis puellam in terram conlidit, et diu cal-
cibus verberatam, ac sanguine cruentatam, jussit
exspoliari , et piscinæ immergi : sed, ut adserunt
multi, numquam animum suum a fide nostra reflexit.
Leuvichildus autem dedit eis unam de civitatibus, in
qua residentes regnarent. Ad quam cum abiissent ,
coepit Ingundis predicare viro suo, ut relicta haeresis
(1) Alii codd., Æthanagildus, Atanachildis. [Clun., Athanachil-
dis.] Sic et Leuvigildus, Leuvihildus, Leuvichildis, Levieldus, Le-
viheldis : qui lectiones varie in variis codd. occurrunt, quoties fere
hec nomina repetuntur.
(2) Casin., sed qua diversis notam.
(5) * Cam., sed Egundis.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 303
de tout le mal fut Goswinde (1), que le roi Leuvigild
avait épousée aprés la mort d'Athanagild, son premier
mari. Mais cette femme, qui avait imprimé une note d'in-
famie aux serviteurs de Dieu, poursuivie par la vengeance
divine, fut à son tour notée aux yeux de tous les peuples :
car un nuage blanc couvrit un de ses yeux, et chassa de
ses paupières la lumière qui manquait déjà à son esprit.
Le roi Leuvigild avait, d'une autre femme (2), deux
fils (3), dont l'ainé avait pour fiancée la fille de Sigebert.
Le plus jeune, la fille de Chilpéric. Ingonde, fille du roi
Sigebert, envoyée en Espagne en grand appareil, fut
reçue avec beaucoup de joie par son aieule Goswinde.
Celle-ci ne put souffrir long-temps de la voir rester dans
la religion catholique; et d'abord elle voulut l'engager,
par des paroles caressantes, à se faire baptiser de nouveau
dans l’hérésie arienne : mais Ingonde résista courageuse-
ment, et commenca par dire : «Il me suffit d'avoir été
« lavée une fois du péché originel par un baptéme salu-
« taire, et d'avoir confessé la Sainte Trinité, une et sans
« inégalité de personnes : voilà ce que je confesse croire
« de tout mon cœur; et jamais je ne renóncerai à ma foi. »
A ces mots, Goswinde irritée, furieuse, saisit la jeune
fille par les cheveux, la jette à terre, la frappe à coups de
pied, et, tout ensanglantée, la fait dépouiller et plonger
dans la piscine. Mais beaucoup assurent que son cœur
resta toujours fidéle à notre croyance. Leuvigild leur
donna une ville (4), pour qu’ils y vécussent en sou-
verains. Quand ils y furent arrivés, Ingonde se mit à
(1) La mère de Brunehaut. Voyez liv. 1v, chap. 38.
(2) Théodosie. :
(3) Herménegild, fiancé à Ingonde ; Récared, à Rigonthe.
(4) Séville, où plus tard Herménegild fut assiégé par son père.
,
304 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
fallacia , catholice legis veritatem agnosceret. Quod
ille diu refutans, tandem commotus ad ejus prædica-
tionem, conversus est ad legem catholicam ; ac dum
chrismaretur, Johannes est vocitatus. Quod cum Leu-
vichildus audisset , coepit causas quærere qualiter eum
perderet. Ille vero hec intelligens, ad partem se im-
peratoris jungit, ligans cum prefecto ejus amicitias,
qui tunc Hispaniam impugnabat. Leuvichildus autem
direxit ad eum nuntios, dicens : « Veni ad me, quia
« exstant cause quas conferamus simul. » Et ille :
« Non ibo, quia infensus es (1) mihi, pro eo quod sim
« catholicus. ». At ille, datis praefecto imperatoris tri-
ginta millibus solidorum , ut se ab,ejus solatio revo-
caret, commoto exercitu contra eum venit. Herme-
negildus (2) vero, vocatis Grecis, contra patrem
egreditur, relicta in urbe conjuge sua. Cumque Leu-
vichildus ex adverso veniret, relictus a solatio, cum
videret nihil se prz valere posse, ecclesiam, quee erat
propinqua, expetiit, dicens : « Non veniat super me
« pater meus : nefas est enim aut patrem a filio, aut
« filium a patre interfici. » Haec audiens Leuvichildus,
misit ad eum fratrem ejus; qui dato sacramento ne
humiliaretur, ait : « Tu ipse accede, et prosternere
« pedibus patris nostri, et omnia indulget tibi. » At
ille poposcit vocari patrem suum : quo ingrediente,
prostravit se ad pedes illius. Ille vero adprehensum
osculatus est (5) eum, et blandis sermonibus delini-
(1) * Corb., Casin., Reg. B, infensus est.
(2) Sic Corb. et Johan. Biclar. Alii, Hermenichildis, Hermen-
childis, Ermengildus, [Clun., Herminichildus autem.] * Reg. 2,
Herminigildus.
(5) * Corb., Cam., Reg. 2, osculavit.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 305
précher son mari, pour que, renoncant aux erreurs de
l'hérésie, il reconnût la vérité de la loi catholique. Il ré-
sista long-temps; mais enfin, persuadé par ses prédica-
tions, il se convertit au catholicisme; et en recevant
l'onction sainte il prit le nom de Jean. Quand Leuvigild
en fut instruit, il chercha des motifs pour le perdre. Son
fils s'en étant aperçu, se joignit au parti de l'emperear, et
forma des liaisons avec lé préfet impérial, qui attaquait
alors l'Espagne (1). Leuvigild lui envoya des messagers
pour lui dire : « Viens me trouver; il est des choses que
« nous devons discuter ensemble; » et son fils répondit :
« Je n'irai point; car tu es mon ennemi, parce que je suis
« catholique. » Leuvigild ayant. donné au préfet trente
mille sous d'or pour le détacher du parti de son fils, marcha
contre celui-ci avec une armée. De son côté, Herménegild
ayant appelé les Grecs à son secours, s'avanca contre son
père; laissant son épouse dans la ville. A la vue de Leu-
vigild qui venait à sa rencontre, ses alliés l'abandon-
nérent; et se voyant désormais sans espoir de vaincre, il
se réfugia dans une église voisine, en disant : « Que mon
« père ne vienne pas -m’attaquer ; car c'est un crime impie
& qu'un père soit tué par son fils, ou un fils par son père. »
Leuvigild, apprenant .ces paroles, lui envoya son frère,
qui lui garantit par serment le maintien de sa dignité,
et lui dit : « Viens toi-même te prosterner aux pieds
« de notre père, ét il te pardonnera tout. » Herménegild
demanda qu'on appelát son père; et quand celui-ci entra
dans l'église, son fils se prosterna à ses pieds. Leuvigild
le prit, le baisá; et le séduisant par de douces paroles,
le conduisit à son camp. Là, au mépris de ses sermens,
(1) Voyez la note f sur le livre 1v, chap. 8.
I. 20
306 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
tum duxit ad castra : oblitusque sacramenti innuit
suis, et adprehensum spoliavit eum indumentis suis ,
. induitque illum veste vili : regressusque ad urbem To-
letum (1), ablatis pueris ejus, misit eum in exsilium
cum uno tantum puerulo.
XL. Igitur (2) post mortem filiorum Chilperici ,
rex mense octobri in Cotia silva plenus luctu cum con-
juge residebat. Tunc Chlodovechum filium suum Bren-
nacum, faciente regina ; transmisit, ut scilicet et ipse
ab hoc interitu deperiret. Graviter ibi his diebus mor-
bus ille, qui fratres interfecerat , sæviebat : sed nihil
ibidem incommodi pertulit. Ipse enim rex Calam, Pari-
siacæ civitatis villam, advenit. Post paucos vero dies
Chlodovechum ad se venire precepit : cui qualis inte-
ritus fuerit, dicere non pigebit. Igitur cum in supra-
dicta villa apud patrem habitaret, coepit immature jac-
tare, vel dicere : « Ecce, mortuis (3) fratribus meis, ad
« me restititomnerégnum ; mihi universe Galliæ subji-
« cientur, imperiumque universum mihi fata (4) largita
« sunt. Ecce inimicis in manu positis inferam quæcum-
« que placuerit. » Sed et de noverca sua Fredegunde
regina non condecibilia detrectabat. Quae illa audiens,
pavore nimio terrebatur. Post dies vero aliquot adve-
(1) * Corb., Tolidum ; Reg. B, Tolitum.
(2) Hoc caput in Regm. loco suo motum, exstat num. 42. De Co-
tia silva, supra lib. iv, cap. 22. [Dub., post mortem filiorum, Chil-
péricus rex mense octobrio in Chotiam silvam. Clun., octobrio in
Cotiam.] " Corb., Chilpericus rex m. october. in Cociam silv. ; Reg. B,
octobrio in Choisa s. Cam., Chilpericus rex; Colb., Hilpericus rex...
in Gothiam s. 3
(5) * Colb., ecce mortuus est frater meus.
(4) * Reg. B, facta... ; sic habebat Colb. sed littera c expuncta est
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 307
il fit un signe à ses soldats; et le jeune prince, saisi à
l'instant, fut dépouillé de ses vétemens, et recouvert d'un
habit grossier. Le roi, de retour à Tolède, lui óta ses ser-
viteurs, et l'envoya en exil avec un 'seul esclave (1).
XL. Aprés la mort de ses fils, le roi Chilpéric, accablé
de tristesse, se tenait au mois d'octohre, avec son épouse,
dans la forêt de Cuise (2). Alors, d’après les suggestions
de la reine, il envoya son fils Clovis à Braine, probable-
ment pour qu'il périt de la maladie qui avait tué ses
frères; elle sévissait alors dans cet endroit; mais il n’en
ressentit point les atteintes. Puis le roi se rendit à Chelles,
maison royale dans le territoire de Paris; et peu de jours
aprés y fit venir son fils Clovis. Je ne crois pas inutile de
rapporter les circonstances de sa niort. Tandis qu'il habi-
tait dans cette maison avec son père, il se mit à se vanter
inconsidérément ; et il disait : « Voilà mes frères morts; le
« royaume est tout entier pour moi. Toutes les Gaules me
« seront soumises, et les destins m'ont accordé à moi seul
« tout l'empire. Maintenant que mes ennemis sont entre
« mes maiis, je vais les traiter comme il me plaira.» Il in-
vectivait aussi d'une manière inconvenante contre Fréde-
gonde sa belle-mére; et celle-ci, en l'apprenant, était saisie
d'une grande frayeur. Quelques jours aprés, quelqu'un
(1) Plus tard, en 586, Herménegild fut mis à mort dans Taragone
par l'ordre de son pére, parce qu'il avait refusé de recevoir la com-
munion des mains d'un évêque arien (Paul diacre, 11, 21). IE fut
honoré comme martyr. Ingonde s'enfuit, et arrêtée dans sa course,
fut conduite en Sicile, où elle mourut. Selon Grég., vin, 28, cll
mourut en Afrique, tandis que les Grecs la conduisaient à C. P.
(2) Ou de Compiègue.
308 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
niens quidám ait reginæ : « Ut orbata (1) filiis sedeas,
« dolus hic Chlodovechi est operatus. Nam ipse concu-
« piscens unius ancillarum tuarum filiam , maleficiis
« tuos per matrem ejus filios interfecit : ideoque moneo
« ne speres de te melius, cum tibi spes per quam re-
« gnare debueras sit ablata. » Tunc regina timore per-
territa , et furore succensa , nova orbitate compuncta,
adprehensa puella in quam oculos injecerat Chlodove-
chus, et graviter verberata, incidi comam. capitis ejus
jussit : ac (2) scissæ sudi: impositam defigi ante meta-
tum Chlodovechi precepit. Matre quoque puelle re-
ligata, et tormentis diu cruciata , elicuit ab ea profes-
sionem, quae hos sermones veros esse firmaret. Regi (5)
exinde hzc et alia hujuscemodi insinuans, vindictam
de Chlodovecho poposcit. Tunc rex in venationem di-
rectus, eum præcepit arcessiri secretius. Quo adve-
niente, ex jussu (4) regis adprehensus in manicis a
Desiderio atque Bobone ducibus, nudatur armis et ves-
tibus, ac vili indumento contectus, reginæ vinctus (5)
adducitur. At illa in custodia eum retineri precepit,
elicere ab eo cupiens, si heec ita ut audierat se habe-
rent, vel cujus consilio usus fuerit, aut cujus hec
instinctu fecisset, vel cum quibus maxime amicitias
(1) [Clun., ut orbata modo esses de filiis.] " Colb., ut turbata de
filiis. Infra, Corb., Colb., Reg. Z, dolum id Chl.
(2) Sic Bad. Chesn., abscissam sudi. Colb., abscisso sude. Bec.,
scissa sudi. [Clun., seisso sudi.] * Sic Reg. B. Corb., absciso sude.
Cam., ac scisso sude.
(3) Regm., firmaret regi. T'unc rex, ceteris omissis. [Clun., veros
firmaret regi existere. Tunc rex.] * Corb. et Colb., firmaret regi.
Exin hec.
(4) * Reg. B, ex visu regis.
(5) * Vinctus, non deest in Corb. licet contra notaverit Ruin.
HISTOIRE DES. FRANCS, LIV. V. 309
vint trouyer la reine; et lui dit : « Si tu restes privée de
«tés fils "c'est l'effet des perfidies de Clovis, Amoureux
« de la fille d'une de tes servantes, il a tué tes enfans par
« les maléfices de la mère : n’espère donc point un avenir
« plus heureux, puisqu'on t'a enlevé ce qui te donnait
« l'espoir de régner un jour.» Alors la reine, effrayée,
enflammée de fureur, aigrie par la perte récente de ses
enfans, fit saisir la jeune fille sur laquelle Clovis avait
jeté les yeux ; et aprés qu'elle eut été cruellement fusti-
gée, lui fit couper sa chevelure. Puis on l'attacha, par
son ordre, sur un pieu fendu en deux (1), et on l'exposa
ainsi devant la demeure de Clovis. La mére de là jeune
fille fut aussi mise dans les fers; et à force de tourmens,
on en arracha une déclaration qui confirmait la vérité
de ces propos : ensuite Frédegonde, aprés ce rapport
fait au roi et d'autres insinuations du méme geure , lui
demanda vengeance de Clovis. Le roi, qui partait alors
pour la chasse, se le fit amener secrètement. A son arri-
vée, les ducs Didier (2) et Bobon, par l'ordre du roi, le
sáisirent , le garrottèrent ; et ce jeune prince, dépouillé
d'armes et de vétemens,.couvert d’un vil habit, fut con-
duit enchainé en présence de la reine. Celle-ci le fit
retenir sous bonne garde, désirant tirer de lui des aveux :
les choses étaient-elles comme elle l'avait entendu dire?
(1) Ou bien sur un pieu aiguisé en pointe, en adoptant la le-
con abscisso : ce serait alors le supplice du. pal. La phrase latine, se-
lon qu'on adoptera l'une on l’autre leçon, peut s'interpréter des deux
manières. On lui avait d'abord coupé les cheveux, pour la dégra-
der, et lui enlever en partie sa beauté. Je ne crois pas que ce soit
sa chevelure que l'on expose aux yeux de Clovis. Ce dernier sens
a été adopté dans la traduction précédente.
(2) Voyez encore sur Didier, 1x, 55; x, 8: Bobon fils de Mum-
molenus, vi, 45. :
310 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
conligasset. At ille reliqua denegans , amicitias. multo-
rum detexit. Denique post triduum , regina vinctum
jussit eum. transire Matronam fluvium, et in villa, cui
Nuceto (1) nomen est, custodiri. In qua custodia, cul-
tro percussus , interiit : ipsoque in loco sepultus. est.
Interea advenerunt nuntii ad regem, qui dicerent ,
quod ipse se ictu proprio perfodisset : et adhuc ipsum
cultrum de quo se perculit, in loco.stare vulneris ad-
firmabant. Quibus verbis (2) rex Chilpericus inlusus,
nec flevit, quem ipse , ut ita dicam, morti tradiderat ,
instigante regina. Servientes quoque illius per diversa
dispersi sunt. Mater autem ejus crudeli morte necata :
soror illius in monasterium, delusa (5) a pueris re-
gine , transmittitur; in quo nunc, veste mutata,
consistit : opesque eorum omnes regine delatæ sunt.
Mulier qua super Chlodovechum locuta fuerat , diju-
dicatur incendio concremari. Quæ cum duceretur,
reclamare coepit misera, se; mendacia protulisse : sed
nihil proficientibus verbis, ligata ad stipitem , viveus
exuritur flammis. Thesaurarius Chlodovechi a Cup-
pane (4) stabuli comite de Biturico retractus, vinc-
Lus (5) regine transmissus est, diversis cruciatibus
exponendus : sed eum regina et a suppliciis et vin-
(1) Sic scribendum censet Valesius in Notitia Galliarum : consentit
Corb. At Colb. habet JVocito, [ita Dub.;] alii vero, JVoceto, [ita
Clun.] * Et Reg. Z.
(2) * Verbis deest in Corb. et in Colb.
(3) Sic Corb., Colb., * Cam. et Reg. B. Editi vero, reclusa in mo-
nasterio. Mss. Lies habet Aimoinus lib. ui, cap. 43. — * Supra,
Corb., Reg. B, soror ipsius.
(4). [Clun., a Chupane.] * Corb., Chuppane ; Cam., ac Chupani.
(5) * Finctus d. in Corb.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 311
quels avaient été ses conseillers? à l'instigation de quelle
personne avait-il agi? avec qui avait-il surtout formé des
liaisons? Hl nia tout le reste, mais il révéla ses liaisous
avec plusieurs personnes. Enfin, aprés trois jours, la reine
l'envoya enchainé de l'autre cóté de la Marne, et le fit
garder à vue dans une maison royale appelée Noisi. Tandis
qu'il y était détenu, il périt frappé d'un éoup de couteau,
et fut enseveli en ce lieu méme. Cependant des messagers
vinrent trouver le roi, pour lui dire qu'il s'était percé
lui-méme; et ils affirmaient que le couteau dont il s'était
frappé était encore dans la blessure. Le roi Chilpéric,
trompé par ces paroles, ne donna pas méme une larme à
ce fils qu'il avait pour ainsi dire livré lui-méme à la mort
à l'instigation de la reine. Ses domestiques furent dis-
persés en divers lieux. Sa mére fut mise à mort d'une
manière cruelle (1); et sa sœur (2), après que les servi-
teurs de la reine en eurent abusé, fut envoyée dans un
monastère, où elle prit l'habit: elle y est encore aujour-
d'hui. Toutes leurs richesses furent portées à la reine.
Quant à la femme qui avait déposé contre Clovis, elle fut
condamnée à être brûlée, Tandis qu'on la conduisait au
supplice, la malheureuse se mit à crier qu'elle avait dit
des mensonges; mais, malgré ses protestations, elle fut
attachée au poteau, et brûlée vive. Le trésorier de Clovis,
saisi et ramené du Berry par Cuppa (3), comte de l'étable,
fut chargé de chaines et envoyé à la reine, qui lui desti-
nait divers tourmens ; mais elle l'affranchit des supplices
(1). Audovére. - .
(2) Basine, qui plus tard excita tant de troubles dans le monas-
tere de la Sainte- Croix à Poitiers, 1x, 39; x, 16. ,
(3) Dont il sera question, x, 5.
312 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
culis jussit absolvi; liberumque, nobis obtinentibus,
abire (1) permisit.
XLI. Post (2) hæc Elafius, Catalaunensis episcopus,
propter causas Brunichildis reginæ, in Hispanias in
legationem directus, correptus a febre nimia, spiri-
tum exhalavit : et exinde delatus mortuus, ad civi-
tatem suam sepultus est. Eonius quoque episcopus,
quem legatum Britannorum. supra meminimus, ad
civitatem suam regredi non permissus, ut Andegavis
pasceretur de publico a rege praeceptum est. Qui Pa-
risius adveniens, dum die dominica sacrosancta sol-
lemnia celebraret, emissa. cum hinnitu voce, terra
conruit. Erumpente vero ab ore ejus et naribus san-
guine, inter manus deportatus est : sed convaluit.
Nimium enim vino deditus erat; et plerumque ita de-
formiter inebriabatur, ut gressum facere non valeret.
XLII (5). Mirus, rex Galliciensis, legatos ad Gunt-
chramnum regem direxit. Cumque per Pictavum termi-
num præterirent, quem tunc Chilpericus rex tenebat,
nuntiata sunt ei. Át ille sub custodia sibi eos exhiberi
precepit, et Parisius custodiri. Eo tempore, apud Picta-
(1) * Corb., obtinentibus a rege abire, etc. Cam., obtinentibus ad
regem abire.
(2) Hoc caput deest in Vatic, Corb., Colb. [et Dub.] * In Reg.
B et Camer. Legimus instrumentum beati Elafii episcopi de villis
quas sancto Stephano dedit cum fratre suo Leudomiro diacono , ac-
tum in Catalauni civitate, in ecclesia prefati martyris, publice sub
die v. Id. junii anno quarto. Sigeberto rege Francorum. Klafius ,.
Badio, Elaphius, plerisque ed., Elasius, colitur Catalauni die xiv,
kal. sept. Sacrum vero illius corpus asservatur in monasterio S. Petri
in eadem urbe, Ord. S. Bened. sub Cong. S. Vitoni.
(3) * Hoc caput deest in Reg. Z.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 313
et de ses liens; et à notre intercession, lui rendit sa
liberté. :
XLI. Ensuite Élafe, évéque de Chálon (1), envoyé
comme ambassadeur en Espagne, pour les intérêts de la
reine Brunehaut, fut attaqué d'une fièvre violente, et
rendit l'esprit. De là son corps fut transféré et enseveli
dans sa ville épiscopale. L'évéque Eonius, député des
Bretons, comme nous l'avons dit plus haut (2), n'avait
pu obtenir de retourner dans sa ville; mais, par ordre du
roi, il était nourri à Angers aux frais du public. Étant
venu à Paris, un dimanche qu'il célébrait les saints mys-
tères, il poussa un cri semblable à un hennissement , tomba
à terre, et le sang jaillit de sa bouche et de ses narines.
On l'emporta dans les bras, mais il recouvra la santé. Or
il était adonné au vin outre mesure, et souvent s'enivrait
d'une mauiére si ignoble qu'il ne pouvait plus faire un pas.
'XLII. Mir, roi de Galice, envoya des députés au roi
Gontran. Tandis qu'ils traversaient le territoire de Poi-
tiers, qui appartenait alors à Chilpéric, ce prince, ayant
appris leur arrivée, les fit prendre, amener en, sa pré- :
sence, et retenir prisonniers à Paris. En ce temps un loup,
sorti ds bois, entra dans Poitiers par une porte de la ville;
mais les portes furent fermées, et surpris dans l'intérieur
des murs, il fut tué. Quelques uns assuraient avoir vu le
ciel en feu: Le fleuve de la Loire grossit plus que l'année
précédente, parce que le torrent du Cher vint s'y réu-
nir (3). Un vent du midi souffla avec une telle violence
(1) Chálon-sur-Marne.
(2) Chap. 5o.
(3) Voyez Eclairciss. et observ. ( Note d.)
314 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
vensem civitatem, lupus.ex silvis veniens, per portam
angressus est : clausisque portis, infra muros ipsius
urbis oppressus, occisus est. Adserebant enim quidam
et coelum ardens se vidisse. Liger fluvius major ab
anno superiore fuit, postquam ei Caris (1) torrens se
adjunxit. Ventus auster nimium violenter cucurrit,
ita ut silvas prosterneret , domos erueret, sæpes effer-
ret, ipsosque homines ad internecionem usque volu-
taret. Erat enim spatium ejus in latitudinem quasi
jugera (2) septem; longitudo autem non potait æsti-
mari. Nam et galli plausum cantus in initio noctis
sepe dederunt. Luna contenebricata (5) est; et co-
metes stella apparuit. Gravis autem lues in populo
subsecuta est. Legati autem Suevorum, post annum
dimissi , ad propria fedierunt.
XLIII. Maurilio (4) , Cadurcensis urbis episcopus,
graviter ægrotabat ab humore podagrico; sed super
hos dolores, quos ipse humor commovit , magnos sibi
cruciatus addebat : nam sepe candens ferrum tibiis
ac pedibus defigebat, quo facilius cruciatum sibi am-
plius adderet. Sed cum episcopatum ejus multi expe-
terent, ipse Ursicinum, qui quondam referendarius
Ultrogotthz reginæ fuerat, elegit : quem, dum adhuc
(1) Corb., estoreus. * Vel potius, ei es torens adjunxit. Colb.,
ei Duricarus torrens. Editi cum Bec., Caris aut Cares. [ Clun., Cares.]
Cod. Regm., major ab amne.... Cares.
(2). * Corb., juga sept. — Infra, Corb., plausu cantu initium. Colb.,
plauso cantum initio.
(3) [Clun., contenebrata est.]
(4) Hoc caput deest in Vatic., Corb., Colb. [et Dub.] * In Reg. #
et Camer. Bad., Maurilius, et in indice capit. De Maurilio. Bec.,
Marilius. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 315
qu'il abattit les forêts, renversa les maisons, emporta les
enclos, enleva les hommes eux-mémes et les roula jus-
qu'à les faire périr dans un tourbillon qui s'étendait sur
une largeur d'environ sept arpens, et parcourut en lon-
gueur un espace qu'on ne peut évaluer. Souvent les coqs
chantèrent au commencement de la nuit. La lune s'obscur-
cit, et une comète apparut. Puis une contagion funeste
se répandit parmi le peuple. Les députés des Suèves (1),
' envoyés au bout d'un an, rentrèrent dans leur pays.
XLIII. Maurilion , évêque de Cahors, était grièvement
malade d’une goutte aux pieds; mais aux douleurs que lui
causait l'humeur morbifique, il ajoutait lui-même de nou-
veaux tourmens; car il appliquait souvent un fer chaud sur
ses jambes et sur ses pieds, comme moyen plus facile de se
torturer davantage. Plusieurs ambitionnaient son épisco-
pat; mais il choisit lui-même Ursicin, autrefois référen-
daire de la reine Ultrogothe, et pria qu'il fût sacré de son
vivant. Puis il sortit de ce monde. Il fut large en au-
mónes, très instruit dans les saintes Écritures , au point
qu'il récitait souvent de mémoire les diverses généalogies
décrites dans les livres de l'ancien Testament, détails
que peu de personnes péuvent retenir. Il fut encore juge
toujours juste, et défenseur zélé des pauvres de son église
(1) C'est-à-dire les députés de Mir, roi des Suèves, en Galice,
316 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
viveret , benedici deprecans, migravit a sæculo. Fuit (1)
autem valde eleemosynarius, in scripturis ecclesiasticis
valde instructus, ita ut seriem diversarum generatio-
num, que in libris veteris Testamenti describitur,
quod a multis difficile retinetur, hic plerumque me-
moria recenseret, Fuit etiam et in judiciis justus, ac
defendens pauperes ecclesie sue de manu malorum
judicum, juxta illud Job : Conservavi egenum de
manu potentis ; et inopi cui non erat adjutor, auxi-
liatus sum. Os viduc benedixit me, cum essem ocu-
lus cæcorum , pes claudorum , et invalidorum pater.
XLIV. Leuvichildus vero rex Agilanem legatum ad
Chilpericum mittit, virum nullius ingenii aut dispo-
sitionis (2) ratione peritum, sed tantum voluntate in
catholica lege perversum. Quem cum via Turonis de-
tulisset, lacessire nos de fide, et impugnare ecclesias-
tica dogmata coepit. « Iniqua enim, inquit, fuit anti-
« quorum episcoporum lata sententia, quæ æqualem
« adseruit Filium Patri. Nam qualiter, inquit, poterit
« esse Patri æqualis in potestate, qui ait : Pater major
« me est? Non est ergo equum ut ei similis æstimetur
« quo (5) se minorem dicit; cui tristitiam mortis in-
« gemit; cui postremo. moriens spiritum , quasi nulla
« praeditus potestate, commendat. Unde patet eum et
« etate et potestate paterna minorem. » Ad hec ego
interrogo, si crederet Jesum Christum filium Dei osse,
(1) [Hac verba, fuit autem usque ad recenseret, desunt in cod.
Clun.]
(2) [Clun., dispositione rationis.] * Reg. B, rationem. Corb., com-
peritum. Cam., ratione conperitum. :
(3) * Corb., Colb., Cam., Reg. P, cui se minorem.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 317,
contre les attaques des mauvais juges , conformément à
cette parole de Job : J'ai sauvé le pauvre de la main
du puissant; et voyant l'indigent sans secours, j'ai
été son auxiliaire, La bouche de la veuve m'a béni,
parce que j'étais l'oeil de l'aveugle , le pied du boiteux
et le père des faibles (x).
XLIV. Cependant le roi Leuvigild envoya en ambas-
sade, auprés de Chilpéric, Agila, homme sans génie, sans
méthode , mais seulement ennemi bien prononcé de la loi
catholique. Sa route l'ayant amené à Tours, il se mit à
nous attaquer sur l'article de la foi, et à combattre les
dogmes de l'Eglise. « C'était, disait-il , une sentence inique
« des anciens évéques, qui avait déclaré le Fils égal au
« Pére ; car, ajoutait-il, comment peut-il étre égal au
« Père en puissance, celui qui a dit: Mon Père est plus
« grand que moi (a)? Il n'est donc pas juste de le croire
« semblable à celui dont il se dit l'inférieur; auquel il
« adresse ses gémissemens, attristé par la mort; auquel
«enfin il recommande son âme en mourant, comme s'il
« n'avait aucun pouvoir. Il est donc évidemment infé-
(1) Job, xxix, 12, 15, 15, 16. Mais ici, comme dans beaucoup
d'autres citations de notre auteur, son texte ne ressemible pas à ce-
lui de la Vulgate. Grégoire a-t-il cité de mémoire, ou suivi l'an-
cienne version dont parle saint Jérôme, écourtée, mutilée, défigurée,
à laquelle manquaient sept ou huit cents versets? Voyez $. Hieronym.
Praefat. in librum Job.
(2) Jean, xiv, 28.
318 HISTORIA FRANCORUM, LIB. Y.
si eumdemque esse Dei sapientiam, si lumen, si veri-
tatem, si vitam, si justitiam fateretur. Qui ait: « Credo
« heec omnia esse filium Dei. » Et ego : « Dic ergo mihi,
« quando Pater sine sapientia? quando sine lumine?
« quando sine vita? quando sine veritate? quando sine
« justitia fuerit? Sicut enim Pater sine istis esse. non
« potuit, ita et sine Filio esse non potuit. Quze maxime
« ad Dominici nominis (1) mysterium coaptantur. Sed
« uec Pater esset utique, si filium non haberet. Quod
« autem eum dixisse ais, Pater major me est, scias
« eüm hoc ex adsumtæ carnis humilitate dixisse, ut
« cognoscas non potestate, sed humilitate te fuisse
x redemtum. Nam tu qui dicis, Pater major me est,
« oportet te meminisse quod alibi ait : Ego et Pater
« unum sumus. Nam et mortis timor, et commendatio
« spiritus ad infirmitatem corporis est referenda ; ut
« sicut verus Deus, ita et verus homo credatur. » Et
ille : « Cujus quis implet voluntatem, eo et minor (2)
« est : semper Filius minor est Patre, quia ille facit
« voluntatem Patris, nec Pater illius voluntatem facere
« comprobatur. » Ad hec ego : « Intellige quia Pater
« in Filio, et Filius in Patre, in una semper deitate
« subsistit. Nam ut-cognoscas Patrem Filii facere vo-
« luntatem, si in te fides evangelica manet, audi quid
« ipse Jesus Deus noster, cum ad resuscitandum venit
« Lazarum, ait : Pater, gratias ago tibi, quoniam au-
« disti me : et ego sciebam quia semper me audis. Sed,
« propter turbam quæ circumstat, dixi, ut credant
(1) Regm., Dominicis verbis.
(2) Corb., Bec., Colb. c. fet Clun.,] ejus et junior est. * Sic Reg. #
et Cam ;
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 319
« rieur à son Père en âge et en puissance. » A cela je lui
demandai s'il croyait que Jésus-Christ füt le Fils de Dieu;
sil reconnaissait qu'il füt aussi la sagesse de Dieu, sa
lumière , sa vérité, sa vie, sa justice. « Je crois, me dit-il,
« que le Fils de Dieu est tout cela. — Eh bien! dis-je à
«mon tour, quand le Père a-t-il été sans sagesse, sans lu-
«aniére, sans vie, sans vérité, sans justice? Car si le Père
«n’a pu être un instant sans tous. ces attributs, il n'a pu
« étre jamais sans le Fils. Or c'est en cela principale-
« ment que réside le mystère du nom du Seigneur. D'ail-
« leurs on ne pourrait l'appeler Père s'il n'avait pas de Fils.
« Quant à ces mots que tu m'objectes : moz Père est plus
«grand que moi , sache que c'est l'humilité du Dieu fait
« homme qui a parlé ainsi, pour t'apprendre que ce n'est
« pas la puissance, mais l'humilité qui a racheté le monde.
« Tu cites ces mots : mon Père est plus grand que mot;
« mais tu devrais te rappeler ce qu'il a dit ailleurs : jon
« Père et moi ne sommes qu'un (1). Sa crainte de la
« mort, la recommandation de son âme, doivent être im-
« putées à la faiblesse du corps; car il faut qu'on le croie
« véritablement homme, comme il est véritablement
« Dieu (2). — Mais, reprit-il, celui qui fait la volonté de
« quelqu'un lui est inférieur; le Fils est donc toujours in-
« férieur au Père, puisqu'il fait la volonté du Père; et rien
«ne prouve que le Père fasse la volonté du Fils. — Com-
« prens donc, répondis-je, que le Père est dans le Fils,
«et le Fils dans le Père, tous deux réunis éternellement
« dans une seule déité. Veux-tu savoir que le Père fait la
(1) Jean, x, 5o. | . :
(2) ll. faut avouer que toute cette discussion, quoique subtile,
ne manque ni d'habileté, ni de justesse. Voyez-en une autre du méme
genre, vi, 4o.
320 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« quia tu me misisti. Sed et (1) cum ad passionem
« venit, ait : Pater clarifica me claritate quam habui
« apud temetipsum, priusquam mundus fieret. Cui
« Pater de coelo respondit : £t clarificavi, et iterum
« elarificabo. Æqualis est ergo Filius in deitate, non
« minor; sed neque aliquid minus habens. Nam si
« Deum confiteris, necesse est integrum fatearis et
« nihil egentem ; si vero integrum esse negas, Deum
« esse non credis. » Et ille : « Ex adsumto homine coepit
« Dei filius vocitari : nam erat quando non erat. » Et
ego : « Audi David dicentem ex persona Patris : Ez
« utero ante luciferum genui te. Et Johannes evange-
« lista, ait : 7n principio erat Verbum, et Verbum
« erat apud Deum, et Deus erat Verbum. oc ergo (: 2)
« Verbum caro factum est, et habitavit in nobis , per
« quem facta sunt omnia. Nam vos cæcati veneno
« persuasionis ; nihil dignum (5) de Deo sentitis. » Et
ille : « Numquid (4) Spiriti Sanctum Deum dicitis,
« aut zequalem Patri Filioque decernitis? « Cui ego :
« Una in tribus est voluntas , potestas, operatio : unus
« Deus in trinitate, et trinus in unitate. Tres per-
« sone , sed unum regnum , una majestas, una poten-
« tia omnipotentiaque. » Et ille : « Spiritus Sanctus;
« inquit (5), quem æqualem Patri profertis ac Filio ,
« utrisque minor accipitur : quia et a Filio promissus,
«eta Patre legitur missus. Nemo enim promittit, nisi
(1) * Et d. in Corb., Colb. et Reg. Z.
(2) * Corb., Reg. B, hoc erat ergo.
(3) * Corb. et Colb., dignum deest.
(4) * Corb., Colb., Reg. B, nunquid et spir....; Corb., dum, pro
Deum.
(5) * Inquit deest in Corb., Colb. et Reg. £.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 321
« volonté du Fils? Si tu as encore foi à l'Évangile, écoute
«ce que. dit Jésus lui-même notre Dieu, lorsqu'il vint
« pour ressusciter Lazare : Mon Père, Je te rends grâces
«de ce que tu m'as entendu; je savais bien que tou-
«Jours tu m'entends ; maïs j'ai parlé ainsi à cause de
«la multitude qui nous entoure, afin qu'elle croie que
«c’est toi qui m'as envoyé (1). Et quand il en vint au
« moment de sa passion, il dit : Moz Père, fais-moi bril-
« ler de la lumière dont je brillais auprès de toi avant
«la naissance du monde (2). Et son Père lui répondit
« du haut du ciel : Je l’ai fait briller d'une vive lumière,
«et Je le ferai briller encore (3). Le Fils est donc son
« égal comme Dieu, il n'est pas moindre; il n'a rien de
«moins que le Père : car, si tu le confesses Dieu, il faut
«le reconnaitre entier, sans aucun défaut; mais si tu
« prétends qu'il lui manque quelque chose, tu ne le crois
«pas. Dieu. — C’est depuis qu'il s'est fait homme qu'on
«a commencé à l'appeler le Fils de Dieu;‘car il fut un
«temps oü il n'existait pas. — Mais entends David par-
« lant au nom du Père : Je t'ai engendré avant l'étoile du
« matin (4). Et Jean l'évangéliste : 444, commencement
« était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et Dieu était
« le Verbe. Et, ce qui en est la conséquence, Ze Verbe s'est
& fait chair, il a habité parmi nous, et tout a été fait par
« lui (5). Mais vous, aveuglés par le poison d'une fausse
« doctrine, vous n'avez aucune pensée digne de Dieu. » Il
—
(1) Jean, xi, 41, 42.
(2) Jean, xvii, 5.
(5) Jean, xu, 28.
(4) Psaum. cix, 3.
(5) Jean, 1, 1, 14.
IL. 21
322 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« quod suæ dominationi subsistit : et nemo mittit ,
« nisi inferiorem se (1), sicut ipse ait in Evangelio :
« Nisi ego abiero , Paracletus ille non (2) veniet : si
« autem abiero, mittam illum ad vos.» Ad hec ego
respondi : « Bene Filius ante passionem ait, quia nisi
« ille ad Patrem victor remeaverit, ac proprio san-
« guine redemto mundo, dignum Deo (5) ex homine
« preepararet habitaculum , non potest Sanctus Spiri-
« tus, idem Deus, in pectore fanatico, et originalis
« criminis labe infecto descendere. Spiritus enim
« sanctus , ait Salomon, effugiet (4) fictum. Tu au-
« tem si spem aliquam resurrectionis habes, noli lo-
« qui adversus Spiritum sanctum, quia, juxta senten-
« tiam Domini : 7n Spiritu sancto (5) blasphemanu
« non remittetur, neque in hoc seculo , neque in fu-
« turo. » Et ille : « Deus est qui mittit, non est Deus
« qui mittitur. » Ad hec ego interrogo, si crederet
doctrinam Petri Paulique apostolorum. Respondente
autem eo , « Credo, » adjeci : « Cum argueret Petrus
« apostolus Ananiam pro fraude fundi, vide quid di-
« cat : Quid tibi visum est mentiri Spiritui sancto ?
« Non es enim mentitus hominibus ,'sed Deo. Et Pau-
« lus, cum gratiarum spiritualium distingueret gradus,
(1) * Corb., Colb., Cam., Reg. 2, sibi.
(2) Regm., Paraclitus nom. .
(5) * dignum Deo d. in Corb. — Reg. B, et homini; Corb., præ-
paret. i
(4) Sic Corb. et Regm. Editi cum Bec. et Colb. * Et Reg. Z,
fugiet. [Dub., discipline effugiet fictum.] " In Colb., discipline ad
marginem additum est.
(5) Sic Corb., Regm., Bec. et Colb., pro ip Spiritum sanctum. Editi,
Spiritum. sanctum. blasphemanti. * Supra, Corb., quia juste sen-
tentia D.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 323
me dit ensuite : « Dites-vous que le Saint-Esprit (1) est
« Dieu, ou le déclarez-vous l'égal du Pére et du Fils?»
Je répondis : « Il y a dans tous les trois une seule volonté,
« une seule puissance, une seule action. C'est un seul Dieu
« composé de trois, et trois ne faisaht qu'un. Ce sont trois
« personnes, mais il n'y a qu'un empire, une majesté,
« une puissance, une toute- puissance. — Le Saint- Es-
« prit, dit-il, que vous faites l'égal du Père et du Fils, est
« regardé comme inférieur à tous les deux, puisqu'on lit
« qu'il a été promis par le Fils et envoyé par le Père; car:
« personne ne promet que ce qui est soumis à sa puis-
«sance; et personne n'envoie qu'un être inférieur à lui,
« comme il le dit lui-même dans l'Évangile : Si je ne m'en
«vais, ce consolateur ne viendra pas; mais si je m'en
« vais, je vous l'eneerrai (2).» À cela je répondis : «Le Fils
«a pu dire avant sa passion que, s’il ne remontait vain-
« queur vers son Père, et, après avoir racheté le:monde
v au prix de son sang, ne préparait dans le’cœur de
« l'homme une habitation digne de Dieu, l'Esprit saint,
« qui est Dieu lui-méme, ne pourrait descendre dans un
« cœur paien, et souillé de la tache du péché originel.
« Car l'Esprit saint, dit Salomon, fuira toute dis-
« simulation (3). Pour toi, si tu as quelque espoir de
« résurrection , crains de parler contre le Saint-Esprit;
« car d'après la sentence du Seigneur : Un blasphème
« contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans cette vie .
«hi dans l'autre (4). — Mais, reprit-il, Dieu est celui
(1) On peut remarquer que Grégoire revient de préférence sur les
preuves de la divinité du Saint-Esprit.
(2) Jean, xvi, 7.
(3) Sag., 1, 5.
(4) Matth., xui, 32.
324 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« Heec omnia , inquit, operatur unus atque idem Spi-
« ritus, dividens unicuique prout vult. Qui enim quod
« voluerit facit, in nullius redigitur potestatem. Nam
«vos, ut superius dixi , nihil recte de Trinitate sancta
« sentitis , et quam iniqua sit hujüs sectae perversitas ,
« ipsius auctoris vestri, id est Arii, ex pressit interitus,»
Ad hec ille respondit : « Legem quam non colis
« blasphemare noli : nos vero que creditis; etsi (1)
«non credimus, non tamen : blasphemamus ; : quia
« non deputatur crimini, si et illa et illa colantur.
« Sic enim vulgato sermone dicimus, non esse noxium
« si inter gentilium aras et Dei ecclesiam quis trans-
« iens, utraque veneretur. » Cujus ego stultitiam cer-
neus, aio : « Ut video, et gentilium defensorem et
« haereticorum adsertorem te esse manifestas, cum et
« ecclesiastica dogmata maculas , et paganorum spur-
« citias prædicas adorari. Satius, inquio, faceres (2),
« si ea te armaret fides, quam Abraham. ad ilicem,
« Isaac in ariete, Jacob.in lapide, Moyses vidit in
«sente : quain Aaron portavit in logio (5), David exsul-
« tavit in tympano, Salomon prædicavit in intellectu :
«quam omnes patriarche, prophete, sive lex ipsa
« vel. oraculis cecinit, vel sacrificiis figuravit : quam:
«et nunc (4) praesens suffragator Martinus noster vel
« possedit iu pectore vel ostendit in opere, ut et tu
« conversus crederes inseparabilem Trinitatem, et ac-
(1) * Corb., Reg. B, et non credimus. Si additum supra lineam
in Colb.
(2) * Corb., Colb., Reg. Z, faciebas.
(5) 1d est in rationali Pontificali , ubi \63e+, seu Dei nonien le-
gebatur.
(4) * Reg. B, non presens. Yn Colb., non expanctum est.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 325
«qui envoie; celui. qui est envoyé n’est pas Dieu.» Je
lui ‘demandai s’il croyait à la doctrine des apôtres Pierre
et Paul. « J'y crois, » réporidit-il. J'ajoutai, : « Lorsque
«l'apótre Pierre reprochait à Ananie sa dissimulation à
« l'égard de son bifit vois quelles sont ses paroles: /45-u
«bien pu mentir au Saint-Esprit? car ce n'est pas aux
«hommes que tu as menti, c’est à Dieu (1). Et Paul,
«lorsqu'il distingue les degrés des grâces spiritaellés : :
« C'est un seul et même esprit, dit-il, qui opère. toutes
ces choses, distribuant à chacun ses. dons comme "i
«lui. plait (a). Or celui qui fait ce qui lui plait n'est sou-
«mis au pouvoir dé personne. Pour vous ,'comme je l'ai
«dit précédemment, vous n'avez aucune idée juste de la
« Sainte-Trinité; et l'injuste perversité de votre secte est
« démontrée par la mort de votre chef Arius. — Garde-t toi,
« reprit-il, de blasphémer contre une loi que tu n'adores
« pas : pour nous, quoique votre croyance ne soit pas la
«nôtre, nous ne blasphémons pas contre elle? parce
« qu'or ne peut faire un crime à personne de tel ou tel
« culte. Nous disons méme en proverbe, que si l'on passe
« entre les autels des gentils et l'église de Dieu, ce n'est
« pas un mal de les honorer tous deux également. » Com-
prenant alors sa sottise, je lui dis : « A ce que je vois, tu
« te déclares le défenseur des gentils et l'organe des héré-
« tiques (3), puisque tu corromps les dogmes de l'Église ,
« et préches en méme temps l'adoration des turpitudes
« païennes. Tu ferais bien mieux de t'armer,de cette foi
« qui pénétra Abraham auprès du chêne, Isaac à la vue
"(1) Act., v, 3, 4. à
(2) 1 Cor., xu, 11. | d ^
(3) Cest-à- dire, tu prouves qu'un hérétique n'a-aucune religion,
puisqu'il ne tient pas plus-au christianisme qu'au. paganisme.
326 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« cepta a nobis benedictione , purgatoque a malæ (1)
« credulitatis veneno pectore, delerentur iniquitates
« tué. » At ille furore commotus, et nescio quid
quasi insanus frendens, ait : « Ante anima ab hujus
« corporis vinculis emicet (2), quamfab ullo religionis
« vestræ sacerdote benedictionem accipiam. « Et ego :
« Nec nostram Dominus religionem sive fidem ita
: « tepescere (5) faciat, ut distribuamus sanctum ejus
« canibus , ae pretiosarum margaritarum sacra porcis
« squalentibus exponamus. » Ad heec ille, relicta alter-
catione, surrexit et abiit. Sed post haec, cum in Hispa-
nias reversus fuisset, infirmitate (4) debilitatus, ad
nostram religionem , necessitate cogente, conversus
est. |
f
XLV. Per idem tempus Chilpericus rex scripsit in-
diculum, ut sancta Trinitas, non in personarum dis-
tinctione, sed tantum Deus nominaretur ; adserens
indignum esse, ut Deus persona, sicut homo car-
neus nomiriaretur ; adfirmans etiam ipsum esse Pa-
(1) * Corb., malo.
' (2) Regm., separetur.
(3) Idem, Colb., [et Clun.] * Et Reg. B, tabescere.
(4) * Corb., Colb., Reg. B, in infirmitate.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. “©
«du bélier, Jacob sur la pierre, Moïse devant le buisson;
«que portait Aaron sur son rational, que David célé-
« brait sur le tympanon, que Salomon annoncait par sa
« sagesse, que tous les patriarches, les: prophétes et la loi
«elle-même, ont ehantée par des oracles , ou figurée par
« des sacrifices; que notre intercesseur, ici présent, saint
« Martin, a possédée dans son cœur et montrée par ses
«œuvres; afin de te convertir et de croire à l'inséparable
« Trinité. Alors, recevant notre bénédiction, et purgeant
«ton cœur du venin d'une erédulité impie, tu pourrais
« effacer tes iniquités. » Mais lui, furieux et frémissant
presque de rage, comme s'il eût perdu le sens : « Mon
« áme, s'écria-t-il, s'échappera des liens de ce corps avant
« de me laisser bénir par aucun prétre de votre religion.
« 2 Notre religion non,plus, répliquai-je , ni notré foi,
«ne s'ttiédiront, grâce à Dieu, au point de distribuer
«ses saints mystères à des chiens, et d'exposer la sainteté
«de ces précieuses. perles à d'immondes pourceaux. »
Alors, abandonnant la discussion, il se leva et partit.
Plus tard, aprés son retour en Espagne, accablé par la
maladie, contraint par la nécessité, il se convertit à notre
religion. ;
XLV. Vers le même temps, le roi Chilpéric écrivit une
lettre pour ordonner que la Sainte-Trinité fût nommée
seulement Dieu, sans distinction dé personnes. Il était
inconvenant, selon lui, qu'on appelát Dieu une per-
sonne, comme s'il était un homme fait de chair. Il affir-
mait aussi que le Père est le méme que le Fils, et que le
Saint-Esprit est le méme que le Pére et le Fils. « C'est
« ainsi, disait-il , que l'ont reconnu les prophètes et les
« patriarches; c'est ainsi que l'a annoncé la loi elle-même. »
\
e" HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
rem qui est Filius, idemque ipsum esse Spiritum
sanétum, qui Pater et Filius. « Sic, inquit, pro-
« phetis ac patriarchis apparuit; sic eum ipsa lex nun-
« tiavit. » Cumque hec mihi recitari jussisset, ait :
« Sic, inquit, volo (1) ut tu, et reliqui doctores eccle-
« siarum credatis. » Cui ego respondi : « Hac. credu-
« litate relicta , pie rex, hoc te oportet (2) sequi quod
« nobis post apostolos alii doctores ecclesiæ relique-
«runt, quod Hilarius Eusebiusque docuerunt, quod
« et in baptismo es confessus. » Tunc iratus rex ait :
« Manifestum est mihi in hac causa Hilarium Euse-
« biumque validos inimicos haberi. » Cui ego res-
pondi : « Observare te convenit, neque Deum, neque
« sanctos ejus habere (5) offensos. Nam scias , quia in
« persona aliter. Pater, aliter Filius, aliter (4) Spi-
« ritus sanctus. Non Pater adsumsit carnem , neque
« Spiritus sanctus, sed Filius; ut qui erat Dei filius,
« ipse ad redemtionem hominis filius haberetur et vir-
« ginis. Non Pater passus, neque Spiritus sanctus, sed
« Filius; ut qui carnem adsumserat in mundo, ipse
« offerretur pro mundo. De personis vero quod ais,
« non corporaliter, sed spiritaliter sentiendum est. In
« his ergo tribus personis una gloria, una æternitas,
« una potestas. » At ille commotus ait : « Sapientio-
(1) * Cam., volo et tu.
(2) * Colb., Reg. B, Oportuit.
(5) [Clun., neque sanctum cuique ejus haberi offensos.]
(4) Sic Corb., Bec., Colb., Reg. B, et vet. ed. Ita et Colb. a. hahbe-
bat, sed aliquis subtus litteram 7, apicem apposuit, ut conficeret,
alter Pater, aller Filius , alter. Spiritus sanctus, quie lectio est Regm.
ct Chesn. [Cod. Dub., aliis Pater, alius Filius, alius Spiritus: sanc-
dus.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 329
Après qu'il eut fait lire ce livre devant moi : «Je veux, dit-il,
« que telle soit ta croyance et celle de tous les autres doc-
«teurs de l'Église. » Je lui répondis : « Cesse de t'abuser,
« ó pieux roi; il te faut suivre les dogmes que nous.ont
« laissés ; après les apôtres, les autres docteurs de l'Église,
« que. nous ont enseignés Hilaire et Eusèbe, que tu as
« confessés au baptême. » Le roi irrité me dit : «Il est
« évident que dans cette cause j'ai pour ennemis déclarés
«Hilaire et Eusèbe (1).» Je lui répondis : « Il te convient
« d'observer que tu n'as pour ennemis ni Dieu ni ses saints;
« mais sache qué, quant à la personne, autre est le Père,
« autre le Fils, autré le Saint-Esprit. Ce n'est pas le Pére
«ni le Saint-Esprit qui s'est fait chair, c'est le Fils : celui
« qui était le Fils de Dieu a voulu étre aussi, pour la ré-
« demption de l'homme, le fils d'une Vierge. Ce n'est pas
« le Père ni le Saint-Esprit qui a souffert , c'est le Fils;
« afin que celui qui s'était.fait chair dans le monde fût
« offert pour le monde. Quant à cette distinction de per-
« $onnes qui te déplaît, ce n'est pas corporellement, mais
« spirituellement qu'il faut l'entendre. Ainsi dans les trois
« personnes est une seule gloire, une seule éternité, une
« Seule puissance. » Ému de colère, il me dit : « J'expo-
« serai ces idées à de plus sages que toi , qui m'approu-
« veront. — Ce ne sera jamais un sage, répondis-je, mais
« un insensé qui adoptera le parti que tu proposes. » Fu-
rieux, à ces mots, il garda le silence. Peu de jours aprés,
Sauve, évéque d'Albi, étant venu auprés de lui, il lui
(1) Chilpéric suppose ici: des sentimens et des affections terres-
tres à des hommes morts depuis long - temps. 1l les regarde comme
des ennemis, parce qu'il a une opinion contraire à la leur. Ils peu-
vent lui faire du mal; mais il espère apparemment s'en garantir,
avec l'aide d'autres saints. Voyez vi, 27.
330 HISTORIA FRANCORUM , LIB. V.
« ribus te hzc pandam (1), qui mihi consentiant. »
Et ego : « Numquam erit sapiens, sed stultus, qui
« heec quee proponis sequi voluerit. » Ad hec ille fren-
dens, siluit. Non post multos vero dies adveniente (2)
Salvio Albigensi episcopo, hzc ei precepit recenseri ,
deprecans ut sibi consentaneus fieret. Quod ille au-
diens , ita respuit, ut si chartam , in qua hæc,scripta
tenebantur, potuisset adtingere , in frusta discerperet.
Et sic rex ab hac intentione quievit. Scripsit alios
libros idem rex versibus , quasi Sedulium secntus : sed
versiculi illi nulli penitus metrice conveniunt ra-
tioni (5).. Addidit autem et litteras litteris nostris, id
est e, sicut Greci habent; ae, the, uui , quarum cha-
racteres subscripsimus. Hi sunt, » 4 z 4 (4). Et misit
epistolas in universas civitates regni sui, ut sic pueri
docerentur; ac libri antiquitus scripti, planati pumice
rescriberentur.
XLVI. Agreecula (5) autem, Cabillonensis episcopus,
hoc obiit tempore : fuitque homo valde elegans ac
prudens, genere senatorio. Multa in civitate illa ædi-
. ficia fecit, domos composuit, ecclesiam fabricavit,
quam (6) columnis fulcivit, variavit marmore, musivo
(1) Regm. [et Clun.,] Aec pandere decrevi. — * Corb., Reg. B.
sapientioribus a te hcec. Colb., ut videtur, sapientioribus ante haec.
(2) * Corb., adveniens.
(5) * Corb. et Colb., nulla penitus metricæ conveniunt ratione.
(4) * Corb., Colb. et Cam., quarum characteres ii sunt.
(5) Hoc caput deest in Vatic., Corb. et Colb. [Deest etiam in Dub.
sicut et quatuor capita sequentia. Clun., Agricola | * Desunt in Reg. 7
ct Camer.
(6) Regm., quam vario ornatu decoravit. Hic magne fuit abstinen-
tie , ila ut nunquam in die ederet, nisi semel, et hoc cena vocabatur,
in qua sic tempore veris sedebat, etc. Forte pro temporive, legendum
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 331
fit développer ses principes, en le priant d’être de son
avis. Mais à la lecture; celui-ci les repoussa si vivement,
que, s'il eût pu tenir le papier qui les renfermait , il
l'eüt mis en pièces. Ainsi le roi abandonna son projet. Ce
méme roi écrivit encore d'autres livres en vers, où il
semblait prendre Sédulius pour modèle; mais ces vers
ne sont conformes à aucun système métrique. Il ajouta
aussi quelques lettres aux nôtres; savoir : 6 long comme
chez les Grecs, ae; the; uui, représentés par les signes
suivans : © Y Z A (1). Et il envoya dans toutes les villes
de son royaume l'ordre de les enseigner aux enfans, et
d'effacer avec la pierre porice les anciens livres, pour.les
récriré avec les nouveaux caractères. |
r1
XLVI. En.ce temps mourut Agricola , évêque de Chá-
lon-sur-Saône, personnage distingué, prudent, et d'une
famille sénatoriale. Il éleva dans cette ville un grand
nombre d'édifices, bátit des maisons, et construisit une
église soutenue par des colonnes, et ornée de marbres de
diverses couleurs et de peintures en mosaïque. Ce fut un
homme d'une grande abstinence; car jamais il ne prit
d'autres repas que le souper; et il y restait si peu de
temps qu'il se levait de table avant le soleil couché. Petit :
de taille, il était grand par son éloquence. 1l mourut la
quarante-huitiéme année de son épiscopat, la quatré-
vingt-troisième de son âge; et eut pour successeur Flavius,
référendaire du roi Gontran.
(1) Voyez Éclairciss. et observ. (Note e.)
332 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
depinxit. Magnæ autem abstinentiæ fuit : nam num-
quam prandio usus est, nisi tantum coena; ad quam
sic temporive residebat , ut sole stante consurgeret.
Humanitatis exigua , facundiæ vero magnæ erat. Obiit
autem episcopatus anno quadragesimo octavo, ævi
autem. octogesimo tertio. Cui Flavius referendarius
Guntchramni regis, successit.
XLV. Eo (1) tempore et Dalmatius, Ruthenæ ci-
vitatis episcopus , migravit a seculo, vir in omni
sanctitate præcelsus, abstinens vel a cibis; vel a con-
cupiscentis carnis; valde eleemosynarius, ct cunctis
humanus; in oratione et vigiliis satis stabilis. Eccle-
siam construxit ; sed dum eam ad emendationem sæ-
pius destruxit, incompositam dereliquit. Post cujus
obitum multi , ut fit, episcopatum expetunt. Transo-
'badus (2) vero presbyter, qui quondam archidiaconus
ejus fuerat, maxime in hoc intendebat, fidus quod
: filium suum cum Gogone; qui tunc regis erat nutri-
tius, commehdaverat. Condiderat autem episcopus
testamentum, in quo regis exenium (5), qui post ejus
est temporius, ut habent codd. scripti in regula S. Benedicti, cap. 11.
Musivum autem, de quo hic et passim Gregorius, est opus tessellis
ita contextum , ut varias figuras representet, quod apud veteres in
maguo fuit pretio : nostris dicitur, ouvrage à la mosaïque. De his
egregium volumen Rome edidit vir illustr. Johannes Ciampinus. Vide
et Bergerium , lib..11, de Viis pub. mp.
(1) Hoc caput deest in Vatic., Corb. et Colb. Dalmatius subscripsit
Concil. Arvern., ann. 555, et Aurclian. IV, an. 541. Memoratur in
martyrolog. Gallicano 13 novembris. ‘ :
(2) {Clun., Trasobaldus.] Regm. et Bec:, T'ransobaldus...::fisus....
cum Gorgone. De Gogone, vide lib. vi, cap. 1.
(3) Sic iidem codd. cum Bad. et quidem recte : cæteri vero regi
Sexenium. Non cnim episcopus Sexenium sibi successorem delegerat ,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 333
XLVII. En ce temps aussi sortit de ce monde, Del-
mace, évéque: de Rhodez,.personnage en tous points
éminent par sa sainteté, abstinent sous le rapport de la
nourriture et des désirs de la chair; charitable, humain
pour tous, assidu à la prière et aux veilles. Il bátit une
églisé ; mais détruisant sans cesse les constructions pour
la reudre plus belle, il la laissa inachevée. Aprés sa mort,
beaucoup de personnes, selon l'usage, demandèrent son
épiscopat. Le prétre Tránsobad , autrefois son archidiacre,
y avait surtout des prétentions, comptant sur son fils qu'il
avait recommandé à Gogon, alors nourri chez le roi (1).
Mais l’évêque avait fait un testament où il indiquait au
roi celui qui devait après sa mort recevoir ce présent, le
conjurant, par les protestations les plus terribles, de n’or-
donner dans cette église ni un étranger, ni quelqu'un de
cupide ou qui füt enchainé par les liens du mariage, mais
de lui substituer un homme libre de tous ces soins, qui pas-
sait sa vie à chanter les louanges du Seigneur. Cependant
le prêtre Transobad prépare dans la ville un grand repas
pour le clergé. Tandis qu'ils étaient à table, un des prêtres
(1) Nutritius semble avoir ici le méme sens que conviva regis de la
loi salique, tit. xir, $. 6. Celui qui, par son rang et sa naissance,
était admis à la table du roi.
334 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
obitum acciperet , indicabat, adjurans terribilibus sa-
cramentis, ut in ecclesia illa non ordinaretur extra-
neus, non.cupidus , non conjugali vinculo nexus, sed
ab his omnibus expeditus, qui in solis tantum domi-
nicis laudibus degebat, substitueretur. Transobadus
autem presbyter epulum in ipsa urbe clericis praeparat.
Residentibus autem illis, unus presbyterorug coepit
antistitem memoratum impudicis blasphemare sermo-
nibus; et usque ad hoc erüpit, ut eum delirum et
fatuum nominaret. Ilæc eo dicente, pincerna pocu-
lum. oblaturus advenit. At ille acceptum dum ori
proximat, tremere coepit , laxatoque de manu calice,
super illum (1), qui sibi erat proximus, caput recli-
nans, reddidit spiritum. Ablatusque ab epulo ad
sepulcrum, humo contectus est. Post hec relecto tes-
tamento antistitis in presentia Childeberti regis ac
procerum ejus , Theodosius (2), qui tunc archidiaco-
natu urbis illius potiebatur, episcopus ordinatus est.
XLVIII. Audiens (5) autem Chilpericus omnia mala,
quae faciebat Leudastes ecclesiis Turonicis et omni
populo, Ansovaldum (4) illuc dirigit : qui veniens
ad festivitatem. sancti Martini, data nobis et populo
optione, Eunomius in comitatum erigitur (5). Deni-
que. Leudastes cernens se remotum , ad Chilpericum
sed indicavit conditiones, quibus ille episcopatus, quem exenium, seu
xenium regis appellat , conferri deberet. [Clun ,.exenium quod. ]^
(1) Alias, super alium. | Ita Clun.]
(2) Begn., Theoüus. [Clun., T'heodous.] De hoc et aliis hic me-
moratis , lib. v1, cap. 58.
(3) Deest hóc caput in Corb.
(4) Regm., Ansoaldum.
(5) [Cluri.; eZigitur.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 335
se mit à censurer impudemment l’évêque dont nous par-
lons, et s'emporta au point de le nommer sot et insensé.
Comme il. disait ces mots, l'échanson vint lui présenter
à boire. 1l prend le vase, le porte à sa bouche, mais un
tremblement le saisit, la coupe lui échappe des mains (1),
et inclinant la tête sur le convive placé prés de lui, il
rendit l’âme. Emporté du festin au tombeau, il fut mis
en terre. Ensuite, quand on eut lu le testament de l'évé-
que, en présence du roi Childebert et de ses grands,
-Théodose, alors archidiacre de. cette ville, fut nommé
évéque.
XLVIIL. Chilpéric, apprenant tout le mal que Leu-
daste (1) faisait aux églises et au peuple de Tours, y
envoya Ansovald. Celui-ci, étant arrivé à l'époque. de la
fête de Saint-Martin, nous donna, ainsi qu'au peuple,
la liberté du choix, et Eunomius fut élevé à la dignité '
de comte. Leudaste, se voyant écarté, alla trouver Chil-
péric, et lui dit : « Jusqu'ici, ó très pieux roi, j'ai gardé
«ta ville de Tours : maintenant que cette fonction m'a
(1) — Sed tremor inter vina subit, calidumque triental.
Ezxcutit e manibus, dentes crepuere retecti,
Uncta. cadunt laxis tunc pulmentaria labris, etc.
Perse, Satyr. nt, 100 et 599.
(2) Dont il a été question, v, 14.
336 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 'V.
dirigit ydicens : « Usque nunc, o piissime rex, custo-
« divi civitatem Turonicam : nunc autem, me ab ac-
« tione: remoto, vide (1) qualiter custodiatur. Nam
« yoveris quia Gregorius episcopus eam ad filium Sigi-
à lent tradere déstinat. » Quod audiens rex, ait:
« Nequaquam , sed quia remotus es, ideo hec adpo-
« nis. » Et ille : « Majora, inquit, de te ait episcopus:
« dicit enim reginam tuam in adulterio cum episcopo
« Bertchramno misceri. » Tunc iratus rex, caesum
pugnis et: calcibus , oneratum ferro recindi precepit.
in carcere.
XLIX. Sed (2) quia liber finem postulat, narrare
aliqua de ejus actionibus libet : sed prius videtur genus
ac patriam moresque ordiri. Cracina (5) Pictavensis
insula vocitatur, in qua a fiscalis vinitoris (4) servo,
Leocadio nomine, nascitur. Exinde ad servitium ar-
cessitus, culina regie deputatur. Sed quia lippis erat
in adolescentia oculis, quibus fumi acerbitas non con-
gruebat, amotus a pistillo promovetur ad cophi-
num (5). Sed dum inter fermentatas massas se delec-
tari consimulat , servitium fugam miens dereliquit.
(1) * Fide d. in Reg. B et Colb.
(2) Hoc caput, quod in plerisque codd. a precedente non distingui-
tur, deest in Vatic., Corb. et Colb. * In Reg. B et Camer.
(5) Regm. et Bad., Gracina. Alteserra legendum esse censet Era-
cina, quo nomine designaretur Radina insula, {le de Re, ut scrip-
sit Papirius Massonus in descriptione fluviorum. Hinc Valesius mallet
legi Cratina, aut Ratina. Olim dicebatur Herus seu Herio insula,
quz ore Pictavensi adjacet. |
(4) Bad., a fiscalis multoris. Regm. [et Clun.,] fiscalis vencto
servo.
(5) 1d est, e coquo fit pistor.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 337
« été enlevée, avise aux moyens de la garder; car sache
« que l'évéque Grégoire se propose de la livrer au fils de
« Sigebert. » A ces mots le roi lui dit : « Il n'en est rien;
« c'est parce que tu es destitué que tu inventes cette ac-
« cusation. — L'évéque parle de toi avec plus d'insolence
« encore, ajouta-t-il; car il prétend que la reine ton
« épouse vit en adultére avec l'évéque Bertrand. » Alors
le roi irrité, le frappa des poings et des pieds, le fit char-
ger de chaines et enfermer dans une prison.
XLIX. Comme ce livre semble demander une fin, je veux
raconter quelques unes des actions de ce méme Leudaste;
mais auparavant je crois devoir rappeler sa naissance, sa
patrie, son caractère. ll est une île du Poitou nommée
Cracina (1). C'est là que de l'esclave d'un vigneron du fisc,
nommé Léocadius, naquit Leudaste. Ensuite, appelé au
service, il fut employé à la cuisine royale : mais comme il
avait dans sa jeunesse des yeux chassieux qui s'accommo-
daient mal du piquant de la fumée, il passa du pilon au
pétrin. Tout en paraissant se plaire au milieu des pátes
fermentées , il s'enfuit et quitta le service. Il fut ramené
deux ou trois fois : mais attendu qu'on ne pouvait le rete-
nir, on le punit en lui coupaut une oreille. Puis, comme il
n'était aucune puissance capable de cacher la note d'in-
famie imprimée à son corps, il s'enfuit auprés de la reine
Marcoviève (2), que le roi Charibert, par un excès d'amour,
avait admise dans son lit à la place de sa sceur. Elle le re-
(1) C'est l'ile de Ré.
(2) Voyez iv, 26.
It. 22
338 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
Cumque bis aut tertio reductus a fugæ (1) lapsu te-
neri non posset, auris unius incisione multatur. Dehinc
eum notam inflictam corpori occulere nulla auctori-
tate valeret, ad Marcovefam reginam, quam Chari-
bertus rex nimium diligens, in loco sororis thoro
adsciverat, fugit. Qua, libenter eum colligens, pro-
vocat (2), equorumque meliorum deputat esse custo-
dem. Hinc jam, obsessus vanitate ac superbiæ deditus,
comitatum ambit stabulorum : quo accepto, cunctos
despicit ac postponit ; inflatur vanitate, luxuria dis-
solvitur, cupiditate succenditur, et in causis patrona,
alumnus proprius huc illucque defertur. Cujus post
obitum refertus prædis, locum ipsum cum rege Cha-
riberto , oblatis muneribus, tenere coepit. Post hec,
peccatis populi ingruentibus, comes Turonis desti-
, natur : ibique se amplius honoris gloriosi supercilio
jactat ; ibi se exhibet rapacem prædis, turgidum rixis,
adulteriis lutulentum : ubi seminando discordias et
inferendo calumnias, non modicos thesauros adgre-
gavit. Post obitum vero Chariberti , cum in Sigiberti
sortem civitas illa venisset, transeunte eo ad Chilpe-
ricum, omnia que inique adgregaverat a fidelibus
nominati regis direpta sunt. Pervadente igitur Chil-
perico rege per Theodobertum filium urbem Turo-
nicam, cum jam ego Turonis advenissem , mihi a
Theodoberto strenue commendatur, ut scilicet comi-
tatu quem priüs habuerat potiretur. Multum se nobis
humilem subditumque reddebat , jurans sepius, super
sepulcrum sancti antistitis, numquam se contra ra-
(1) [Clun., fuga elapsus.]
(2) Id est, promovet , ut ex aliis Gregorii locis patet.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 339
ciieillit avec.bonté, l'avanca et lui confia la garde de ses
meilleurs chevaux. Dès lors, tourmenté par la vanité, tou-
jours avide d'élévation; il ambitionna le titre de comte
des étables (1), et; l'ayant obtenu, il n'eut plus que du
dédain et du mépris pour tout le monde. Enflé d'orgueil,
livré à tous les plaisirs, enflammé de cupidité, partisan
dévoué de la reine, il s'entremit de côté et d'autre pour
les intérêts de sa protectrice. Après, sa mort, engraissé
de butin; il offrit des présens du roi Charibert , et ob-
tint d'exercer auprès de lui les mêmes fonctions. Ensuite,
pour les péchés du peuple, il fut nommé comte à Tours.
Là il affecta encore plus l'insolence d'unc haute dignité; là
il se montra rapace pour le pillage, arrogant dans les que-
relles, ignoble par ses adultères; et, par son talent à faire
naitre la discorde et à semer la calomnie, il y accumula
d'immenses trésors. Aprés la mort de Charibert, cette
ville étant entrée dans le partage de Sigebert , Leudaste
passá du côté de Chilpéric, et toutes ses richesses, in-
justement amassées, furent pillées par les fidéles de Si-
gebert. Quand le:roi Chilpéric envahit la ville de Tours
par les armes de Théodebert son fils (2), j'étais déjà arrivé
à Tours; et Leudaste me fut vivement recommandé par
Théodebert, pour recouvrer le comté qu'il ávait eu au-
paravant. Il se faisait devant nous humble et soumis, et
jurait souvent sur le tombeau du saint évéque que jamais
il n'agirait contre les lois de la raison, et que pour mes
intérêts particuliers comme pour les besoins de l'Église,
(1) Titre qui fut depuis le premier dans l'ordre militaire, sous
celui de connetable. Alors c'était comme tne intendance suf toutes
les écuries d'un roi ou d'une reine : et déjà , on le voit par ce passage,
cette charge était regardée corhme importante.
(2) Liv. 1v, chap. 48. *
340 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
tionis ordinem. esse venturum, seque mihi, tam in
causis propriis, quam in ecclesie necessitatibus , in
omnibus esse fidelem. Timebat enim, quod postea
evenit, ne urbem illam iterum rex Sigibertus in suum
dominium revocaret. Quo defuncto, succedente iterum
Chilperico in regnum, iste in comitatum accedit. Ad-
veniente autem Turonis Merovecho, omnes res ejus
usquequaque diripuit. Sed dum Sigibertus duos annos
Turonis tenuit, hic in Britanniis latuit. Qui adsumto,
ut diximus, comitatu, in tali levitate elatus est, ut in
domo ecclesie cum thoracibus atque loricis, præ-
cinctus pharetra , et contum manu gerens, capite
galeato ingrederetur : de nullo securus, quia omnibus
erat adversus (1). Jam si in judicio cum senioribus,
vel laicis, vel clericis resedisset, et vidisset hominem
justitiam prosequentem, protinus agebatur in furias,
ructabat convicia in cives; presbyteros manicis jube-
bat extrahi , milites fustibus verberari; tantaque ute-
batur crudelitate ut vix referri (2) possit. Discedente
autem Merovecho , qui res ejus diripuerat, nobis ca-
lumniator exsistit, adserens fallaciter Merovechum
nostro usum consilio ut res ejus auferret. Sed post
inlata (5) damna, iterat iterum sacramenta pallam-
que sepulcri beati Martini fidejussorem donat, se nobis
numquam adversaturum.
L. Sed (4), quoniam longum est per ordinem pro-
sequi perjuria vel reliqua mala ejus, veniamus ad illud,
(1) Begu., contrarius. Nam.
' (2) Idem codex, vix ferre possit.
(5) [Clun., post inlata dona.)
(4) Hoc caput deest in Corb. et Colb. * In Reg. B, et Cam.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. - 341
il me serait toujours fidèle. Il craignait, ce qui arriva en
effet, que le roi Sigebert ne remit la ville sous son obéis-
sance. À sa mort, Chilpéric, en étant redevenu le maître,
rendit le comté à Leudaste : mais quand Mérovée vint à
Tours, ce prince pilla toutes ses richesses. Pendant les deux
ans que Sigebert avait été maitre de Tours, Leudaste s'était
tenu caché en Bretagne. Quand il fut en possession de
son comté, comme je l'ai dit, il s'enfla d'un si vain or-
gueil, qu'il entrait dans la maison de l'église couvert de
son corselet et de sa cuirasse, armé d'un carquois, une
lance à la main, et le casque en tête; ayant tout à redou-
ter de chacun, parce qu'il était l'ennemi de tout le monde.
Si en siégeant comme juge avec les principaux du pays, soit
clercs, soit laïcs, il voyait quelqu'un soutenir son droit,
aussitôt il entrait en furie, et voinissait des invectives
contre les citoyens. Il faisait entrainer les prétres par des
menottes , et frapper les soldats à coups de bâton : enfin,
telle était sa cruauté qu'on ne saurait l'exprimer en pa-
roles. Au départ de Mérovée, qui avait pillé ses trésors, il
se fit mon dénonciateur, assurant faussement que c'était
par notre conseil que Mérovée lui avait enlevé ses richesses.
Mais, aprés nous avoir fait bien du mal, il nous réitéra
ses sermens, et jura sur la couverture du tombeau de saint
Martin (1) qu'il ne se montrerait jamais notre adversaire.
L. Mais comme il serait trop long de passer en revue
ses parjures et ses autres forfaits, contentons-nous de
dire comment il voulut me supplanter par d'iniques et
criminelles accusations, et comment la justice divine tomba
(1) Nous avons vu un semblable serment sur la nappe de l'autel, .
prononcé par Gontrau Boson, chap. 14.
342 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
qualiter me voluit iniquis ac nefariis calumniis sub-
plantare, vel qualiter in eum ultio divina descendit,
ut illud adimpleretur ; Omnis subplantans subplan-
tabitur ; et iterum , qui fodit foveam, incidet in eam.
Igitur post multa mala quie in me meosque intulit,
post multas direptiones rerum ecclesiasticarum , ad-
juncto sibi Riculfo presbytero, simili malitia: per-
verso, ad hoc erupit, ut diceret me crimen in Frede-
gundem reginam dixisse; adserens, si archidiaconus
meus Plato, aut Gallienus (1) amicus noster subde-
rentur poene , convincerent me utique haec locutum.
Tunc rex iratus, ut supra diximus, jussit eum, pugnis
calcibusque caesum, oneratum catenis recludi in car-
cerem. Nam Riculfum clericum (2) se habere dicebat,
per quem hæc locutus fuisset. Hic vero Riculfus sub-
diaconus, simili levitate perfacilis, ante hunc annum,
consilio cum Leudaste de hac causa habito, causas
offensionis requirit, quibus scilicet, me offenso , ad
Leudastem transiret : nactusque (5), tandem ipsum
adivit, ac per menses quatuor dolis omnibus ac mus-
cipulis praeparatis, ad me cum ipso Leudaste rever-
titur, deprecans. ut eum debeam recipere excusatum.
Feci, fateor, et occultum hostem publice in domum
suscepi. Discedente. vero Leudaste , ipse se pedibus
meis sternit, dicens : « Nisi succurras velociter, peri-
« turus sum. Ecce, instigante Leudaste , locutus sum
« quod loqui non debui. Nunc vero aliis me regnis
« emitte : quod nisi feceris, a regalibus comprehensus,
(1) Cod. Regm , Zoëslenus ; infra tamen in eod. codíce dicitur Ger
lienus.
(2) Regm. [et Clun., ] presbyterum.
(5) [Clun., Nannetisque tandem.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 343
suc lui, selon cette parole: Quiconque veut supplanter
sera. supplanté lui-méme (1) ; et cette autre : Celui qui
creuse une fosse y tombera (2). Aussi, aprés m'avoir
causé beaucoup de maux , à moi et aux miens, aprés avoir
pillé souvent les biens de l'église, il s’adjoignit le prêtre
Riculf, aussi méchant que lui, et alla jusqu'à dire que
javais accusé d'un crime la reine Frédegonde; assurant
que si Platon, mon archidiacre, et Gallien, mon ami,
étaient soumis à la question, ils pourraient me convaincre
d'avoir ainsi parlé. Alors le roi, irrité, le frappa, comme
je l'ai dit (3), des poings et des pieds, le fit charger de
chaines , et enfemner dans une prison. Or Leudaste pré-
tendait tenir du clerc Riculf tous les faits qu'il avait
rapportés. Ce Riculf était un sous-diacre, homme léger
comme l'autre (4), et facile à séduire. L'année précédente,
après s'être entendu sur ce sujet avec Leudaste, il avait
cherché .une occasion de se mettre en opposition avec
moi, et de passer de son côté (5). Quand il l'eut enfin
trouvée, il alla le rejoindre, et après avoir pendant quatre
mois préparé des ruses et des piéges de toute espèce, il
revint à moi avec Leudaste en me suppliant de le rece-
voir-et de lui pardonner. Je cédai, je l'avoue, et je reçus
publiquement dans ma maison un ennemi caché. Lors du
(1) Jérémie, ix, 4.
(2) Prov., xxvi, 27.
(3) Chap. 48, p. 557.
(4) Ne confondons pas, dans tout ce récit, Riculf le prétre, avec
Riculf le clerc ou le sous-diacre, tous deux ennemis de Grégoire.
(5) Remarquez le comte et l'évéque, chefs, en quelque sorte, cha-
cun d'un parti différent : ils étaient rarément d'accord. C'était la lutte
naturelle de l'autorité civile contre l'autorité ecclésiastique.
25.
n
344 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
« mortales poenas sum luiturus. » Cui ego aio : « Si
« quid incongruum rationi effatus es, sermo tuus in
« caput tuum erit; nam ego alteri te regno non mit-
«tam, ne suspectus habear coram rege. » Post ista
Leudastes exstitit accusator ejus, dicens se sermones
jam dictos a Riculfo audisse subdiacono. At ille iterum
vinctus, relaxato Leudaste, custodie deputatur, dicens
Gallienum eadem die et Platonem archidiaconem (1)
fuisse præsentes, cum haec est episcopus elocutus. Sed
Riculfus presbyter, qui jam promissionem de episco-
patu a Leudaste habebat, in tantum elatus fuerat, ut
magi Simonis superbie æquaretur. Qui tertio aut eo
amplius mihi sacramentum super sepulcrum sancti
Martini dederat, in die sexta Pasche in tantum me
conviciis et sputis egit ut vix manibus temperaret,
fidus scilicet doli quem præparaverat. In crastina au-
tem die, id est sabbati in ipso Pascha, venit Leudastes
in urbem Turonicam, adsimulansque aliud negotium
agere , adprehensos Platonem archidiaconem et Gal-
lienum in vincula connectit; catenatosque ac exutos
veste jubet eos ad reginam deduci. Heec ego audiens,
dum in domo ecclesiæ residerem, moestus turbatusque,
ingressus oratorium , Davidici carminis sumo librum,
ut scilicet apertus aliquem consolationis versiculum
daret. In quo ita repertum est: Edurit eos in spe,
et non timuerunt : et inimicos eorum operuit mare.
(1) Sic Regm. Bad., archidiaconum. Ceteri cum Bec., archidiaco-
nos. Gallienus tamen supra non dicitur archidiaconus. Unde ex hoc
loco inferre non licet plures in ecclesia Turonensi archidiaconos tunc
exstitisse, Archidiaconos memorat S. Remigius in epist. ad Falconem.
Plato postea fuit episcopus Pictavensis, de quo ad lib. iv, de Mirac.
5. Martini, cap. 32.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 345
départ de Leudaste, il se jeta à mes pieds en disant :
« Si tu ne me secours bien vite, je vais périr. A l'insti-
« gation de Leudaste, j'ai parlé comme je ne devais pas
« le faire. Mais fais- moi passer dans d'autres royaumes ;
« autrement, saisi par les gens du roi, je serai puni de
« mort. — Si tu as parlé contrairement à la raison , lui
« dis-je, que tes paroles retombent sur ta téte; car pour
« moi je ne t'enverrai pas dans un autre royaume, de peur
« de me rendre suspect aux yeux du roi. » C'est ensuite
que Leudaste devint son aceusateur, en déclarant avoir
entendu de la bouche du sous-diacre Riculf les paroles
rapportées plus haut. Quand ‘on eut relâché Leudaste ,
Riculf, à son tour enchainé et gardé à vue, dit que Gallien
et l’archidiacre Platon avaient été présens le jour même
que l’évêque avait tenu ces propos. Quant à Riculf le
prétre, qui avait déjà recu de Leudaste la promesse de
l'épiscopat, il était devenu si insolent que son orgueil
pouvait se comparer à celui de Simon le magicien. Aprés
m'avoir prété serment trois fois et plus sur le sépulcre de
saint Martin, il m'assaillit d'injures et d'outrages le sixiéme
jour aprés Páques, et faillit porter les mains sur moi,
comptant bien sur le succés de la ruse qu'il avait préparée.
Le lendemain, c'est-à-dire le samedi de Páques, Leudaste
vint à Tours, et, feignant d'étre venu pour tout autre
chose, il saisit et jeta en prison Platon l'archidiacre et
Gallien, les fit garrotter, dépouiller de leurs vêtemens, et
conduire à la reine. En apprenant cette nouvelle ( j'étais
' alors dans la maison de l'église), triste, troublé, j'entrai
dans mon oratoire, et je pris le livre des chants de David,
pour y trouver, en l'ouvrant, un verset propre à me con-
soler. Je tombai sur celui-ci : /I/ les a fait sortir avec les-
pérance, et ils n'ont pas craint ; et la mer.a couvert
346 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
Interea ingressi in-fluyium super pontem qui duabus
lintribus tenebatur, navis illa, que Leudastem vehe-
bat, demergitur (1); et nisi nandi fuisset adminiculo
liberatus, cum sociis forsitan interisset, Navis vero
alia, qua huic innexa erat, quae et vinctos vehebat,
super aquas, Dei auxilio, elevatur. Igitur deducti ad
regem qui vincti fuerant, incusantur instanter, ut
capitali sententia finirentur. Sed rex recogitans , ab-
solutos a vinculo in libera custodia reservat inlæsos.
Ad civitatem vero Turonicam Berulfus dux cum Eu-
nomio comite fabulam fingit, quod Guntchramnus
rex capere vellet Turonicam civitatem; et idcirco, ne
aliqua negligentia accederet, « oportet (2), ait, urbem
« custodia consignari. » Ponunt portis dolose custodes,
qui civitatem tueri adsimulantes, me utique custo-
dirent. Mittunt etiam qui mihi consilium ministra-
rent ut occulte, adsumtis melioribus rebus ecclesiæ,
Arvernum fuga sécederem : sed non adquievi. Igitur
rex, arcessitis regni sui episcopis, causam diligenter
jussit exquiri. Cumque Riculfus clericus sepius discu-
teretur occulte, et contra me vel meos multas fallacias
promulgaret, Modestus quidam; faber lignarius, ait
ad eum : « O infelix , qui contra episcopum tuum tam
« contumaciter ista meditaris ! Satius tibi erat silere,
« et petita venia episcopi gratiam impetrares. » Ad
hæc ille clamare coepit voce magna , ac dicere : « En
«ipsum, qui mihi silentium. indicit, ne prosequar
« veritatem ; en reginae inimicum , qui causam crimi-
« nis ejus.non.sinit inquiri, » Nuntiantur protinus
: (1) [Clun., demergitur. Navis vero. Media desunt.]
(2) [Clun., oportere ait urbem.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 347
leurs ennemis (1). Cependant ils s'étaient embarqués sur
le fleuve, dans un ponton formé de deux bateaux. Celui qui
portait Leudaste s'enfonca; et si celui-ci ne se füt échappé
à la nage, il eût peut-être péri avec ses compagnons.
L'autre bateau, attaché au premier, et qui portait les pri-
sonniers, se soutint sur l'eau par la protection divine. Les
prévenus, conduits devant le roi, furent accusés vivement,
et on requit contre eux une sentence capitale. Mais le
roi, aprés une mûre réflexion, leur fit ôter leurs liens, et
les retint sous une garde libre (2), sans leur avoir fait
aucun mal. A Tours, le duc Bérulf, de concert avec le
comte Eunomius, imagina de répandre le faux bruit que
le roi Gontran voulait s'emparer de Tours; et pour pré-
venir toute négligence, «il faut, disait-il, consigner la
« ville par une garde sévére. » En conséquence de cette
ruse, ils placent aux portes des sentinelles qui, en parais-
sant garder la ville, devaient surtout garder ma personne.
Ils m'envoient méme des gens pour me conseiller de
prendre les objets les plus précieux:de l'église, et de m'en-
fuir secrétement à Clermont : mais je n'écoutai rien. Le
roi, ayant donc convoqué les évêques de son royaume,
voulut que cette affaire füt. examinée à fond. Comme
Riculf le clerc était souvent interrogé en particulier, et
qu'il débitait mille faussetés contre moi et les miens, un
certain Modeste, ouvrier en bois, lui dit : « Malheureux,
« qui inventes contre ton évêque des calomnies si outra-
« geuses! tu aurais mieux fait de garder le silence, et de
« demander pardon à l'évéque pour rentrer en gráce avec
«lui.» A ces mots Riculf se mit à crier à haute voix :
(1) Ps. xxxvii, v. 53.
(2) Voyez un exemple de garde libre, ci-dessus, chap. 5.
348 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
hæc reginæ. Adprehenditur Modestus, torquetur, fla-
gellatur; et in vincula compactus custodiæ deputatur.
Cumque inter duos custodes catenis et in cippo tene-
retur vinctus, media nocte dormientibus custodibus ,
orationem fudit ad Dominum, ut dignaretur ejus po-
tentia miserum visitare; et qui innocens conligatus
fuerat, visitatione Martini præsulis ac Medardi ab-
solveretur. Mox disruptis vinculis, confracto cippo,
reserato ostio, sancti Medardi basilicam, nocte nobis
vigilantibus, introivit. Congregati igitur apud. Bren-
nacum villam episcopi, in unam domum residere jussi
sunt. Dehinc adveniente rege, data omnibus saluta-
tione. ac benedictione accepta, resedit. Tunc Bert-
chramnus Burdegalensis civitatis episcopus, cui hoc
cum regina crimen impactum fuerat, causam propo-
nit, meque interpellat, dicens a me sibi ac reginae
crimen objectum. Negavi ego in veritate me heec lo-
cutum; et audisse quidem hec alios, me non exco-
gitasse (1). Nam extra domum rumor (2) in populo
magnus erat , dicentium : « Cur hec super sacerdotem
« Det objiciuntur ? cur talia rex prosequitur? num-
«.quid potuit episcopus talia dicere vel de servo? Heu,
« heu, Domine Deus, largire auxilium servo tuo. »
Rex autem dicebat : « Crimen uxoris mec meum ha-
« betur opprobrium. Si ergo censetis ut super epi-
«scopum testes adhibeantur, ecce adsunt. Certe: si
« videtur ut hec non fiant, et in fidem episcopi com-
« mittantur, dicite; libenter audiam quæ jubetis. »
(1) Sic interpungendum forte, quod melius : negavi... me heec
locutum, et audisse quidem ; hæc alios, me non exc... (B. G.)
(2) [Clun., foris domum rumor populi.|
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 349
« En voilà un qui m'ordonne le silence pour que je ne
« découvre pas la vérité! voilà un ennemi de la reine;
« car il ne permet pas d'approfondir une accusation qui
« la compromet ! » Ces paroles sont reportées de suite à la
reine. On se saisit de Modeste; il est torturé, flagellé, lié
étroitement, ct jeté en prison. Tandis qu'au milieu de la
nuit il était retenu par des chaines et des ceps aux pieds,
entre deux gardiens, les voyant endormis, il adressa une
priére au Seigneur pour que sa puissance daignát visiter
un malheureux, et délivrát un innocent enchainé, par
l'entremise des évéques Martin et Médard. Bientót ses
liens tombérent , les ceps furent brisés, la porte s’ouvrit,
et il entra dans la basilique de Saint-Médard, où je veil-
lais pendant la nuit. |
Les évêques, s'étant rassemblés à Braine, reçurent ordre
de résider dans une méme maison. Le roi; s'y étant rendu,
les.salua tous, reçut leur bénédiction, et s'assit. Alors
Bertrand , évêque de Bordeaux, attaqué lui-même par le
rapport fait contre la. reine; exposa l'affaire et m'inter-
pella comme auteur de l'accusation portée contre lui et
la reine. J'assurai en toute vérité n'avoir jamais tenu de
pareils propos; que si d'autres les avaient entendus, pour
moi j'y étais parfaitement étranger ( 1). En dehors, le peuplé
faisait grand bruit, et disait : « Pourquoi de telles impu-
« tations contre un prétre de Dieu? Pourquoi le roi pour-
« suit-il une telle affaire? Un évêque a-t-il pu parler ainsi
« méme d'un esclave? Hélas! hélas! Seigneur Dieu, sois
« en aide à ton serviteur. » Cependant le roi disait : « Une
(1) En adoptant la ponctuation du texte proposée par M. Guérard,
il faudrait traduire : j'assurai n'avoir jamais tenu, ni méme entendu
de pareils propos : qu'ils avaient pu entrer dans la pensée d'autres
persounes, mais non dans la mienne.
350 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
Mirati sunt omnes regis prudentiam vel patientiam
simul. Tunc cunctis dicentibus : « Non potest persona
« inferior super sacerdotem credi, » restitit ad hoc
causa, ut dictis missis in tribus altaribus, me de his
verbis exuerem sacramento. Et licet canonibus essent
contraria, pro causa tamen regis impleta sunt. Sed
nec hoc (1) sileo, quod Riguntis regina, condolens
doloribus meis , jejunium cum omni domo sua cele-
bravit , quousque puer nuntiaret me omnia sic im
plesse. ut fuerant instituta. Igitur regressi sacerdotes
ad regem, aiunt : « Impleta sunt omnia ab episcopo
« quae imperata sunt, 0 rex. Quid nunc ad te, nisi ut,
« cum Bertchramno accusatore fratris, communione
« priveris ? » Et ille : « Non, inquit, ego nisi audita
« narravi. » Quærentibus illis quis hec dixerit? res-
pondit se hæc a Leudaste audisse. Ille autem secundum
infirmitatem vel consilii vel propositionis suæ, jam
fugam inierat. Tunc placuit omnibus sacerdotibus, ut
sator scandali, infitiator reginæ, accusator episcopi ,
ab omnibus arceretur ecclesiis, eo quod se ab audien-
tia subtraxisset. Unde et epistolam. subscriptam aliis
episcopis qui non adfuerant transmiserunt. Et sic
unusquisque in locum suum regressus est. Leudastes
vero heec audiens, basilicam sancti Petri Parisius ex-
petiit. Sed cum audisset edictum regis, ut in suo
regno a nullo colligerétur; et presertim quod filius
ejus , quem domi reliquerat, obiisset; Turonis occulte
veniens, que (2) optima habuit in Biturico transpo-
suit. Prosequentibus vero regalibus pueris, ipse per
(1) [Clun., sed ne hoc sileam.] |
(2) [Clun , quæ melius habuit.)
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 351
« accusation contre mon épouse est un opprobre pour
« moi. Si vous êtes d'avis que l'on produise des témoins
« contre l'évéque, ils sont là. S'il vous parait que cela
« soit inutile et qu'on doive s'en rapporter à la bonne
« foi de l'évéque, parlez; je tne soumettrai à tout ce que
« vous déciderez. » Tous admirérent la prudence et en
méme temps la modération du roi. Tous s'accordant à dire
qu'on ne pouvait admettre le témoignage d'un inférieur
contre son évêque, l'affaire se réduisit à ce point : je de-
vais dire la messe à trois autels; puis me justifier par
serment de l'accusation ; et, quoique contrairement aux ca-
nons (1), la chose se fit ainsi, en considération du roi. Je
ne passerai pas non plus sous silence que la reine Ri-
gonthe (2), compatissant à mes peines, jeüna avec toute
sa tnaison , jusqu'à ce qu'un serviteur lui eût annoncé que
javais rempli toutes les conditions prescrites. De retour
auprès du roi, les évêques lui disent : « L'évéque a satis-
« fait à tout ce qu'on exigeait de lui. Que reste-t-il à faire
« máintenant, sinon de te priver de la communion avec
« Bertrand , accusateur d'un de ses fréres? — Je n'ai fait
« que répéter ce que j'avais entendu, » leur répondit le roi.
Ils lui demandèrent l'auteur de ces propos injurieux; il
avóua les tenir de Leudaste. Mais celui-ci , par défaut de
sagesse ou de courage, avait déjà pris la füite. Alors tous
les évéques furent d'avis que l'auteur du scandale, le ca-
lomniateur de la reine, l'accusateur d'un évéque, füt
exclu de toutes les églises pour s'être soustrait à leur
(1) Ce qui fait supposer, quoi qu'en pense Ruinart, qu'il célébra
trois fois la messe. Selon R., aprés la messe dite, il préta serment
sur trois autels successifs.
(2) Fille de Frédegonde, appelée reine, comme les fils des rois
étaient appelés rois eux- mémes, tt, 22; iv, 13.
352 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
fugam labitur. Capta quoque uxor ejus in pagum Tor- *
nacensem exsilio retruditur. At Riculfus clericus ad.
interficiendum deputatur. Pro cujus vita vix obtinui;
tamen de tormentis excusare non potui. Nam nulla
res, nullum metallum tanta verbera potuit sustinere,
sicut hic miserrimus. Ab hora tertia diei, revinctis
post tergum manibus , suspensus ad arborem depen-
debat : ad horam vero nonam depositus , extensus ad.
trocleas cædebatur fustibus, virgis, ac loris duplicis
bus; et non ab uno vel duobus; sed quot accedere
circa miseros potuissent artus, tot caesores erant. Cum
autem jam in discrimine esset, tunc aperuit veritatem,
et arcana doli publice patefecit. Dicebat enim ob hoc
regine crimen objectum, ut ejecta de regno, intér-
fectis fratribus, a patre (1) Chlodovechus regnum
acciperet, Leudastes ducatum : Riculfus vero presby-
ter, qui jam a tempore beati Eufronii episcopi amicus
erat Chlodovechi , episcopatum Turonicum ambiret,
huic Riculfo clerico archidiaconatu promisso. Nos
vero , cum Dei gratia Turonis reversi, invenimus ec-
clesiam conturbatam per Riculfum (2) presbyterum.
Nam hic sub Eufronio episcopo de pauperibus provo-
catus, archidiaconus ordinatus est. Exinde ad presby-
terium admotus, recessit ad propria. Semper. elatus,
Q) Sic Regm. Nec aliud volebat Chlodoveus , quam Fredegundem
novercam e regno pellere : sicque jam interfectis fratribus suis, Theo-
doberto et Meroveo, regnum fuisset adeptus. Editi vero cum Bec.
habent interfectis fratribus et, patre. Quasi patrem suum interficere
cogitasset ; quod parüm veri. simile est. Si enim .Chilpericus fuisset
interemptus, Chlodoveus frustra de Fredegunde pellenda deliberasset,
cum jam ipse fuisset omnium dominus , eamque pro libitu pepulisset.
[Clun., interfectis fratribus Chlodovechus et patre. ]
(2) [Clun., à Riculfo presbytero.]
*
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. , 353
jugement; et ils envoyèrent pour cet objet une circulaire
signée de tous aux évéques qui n'avaient pas assisté au
concile : puis chacun retourna chez soi. À cette nouvelle,
Leudaste se réfugia dans la basilique de Saint-Pierre, à
Paris. Mais ayant appris l'édit du roi qui défendait à tout
habitant de son royaume de le recueillir, et surtout la
mort de son fils qu'il avait laissé chez lui, il vint seërè-
tement à Tours, et fit passer en Berri tout ce qu'il avait
de plus précieux. Poursuivi encore par les serviteurs du roi,
9f il parvint à leur échapper par la fuite. Sa femme fut prise
et envoyée en exil dans le Tournaisis. Quant au clerc Ri-
culf, il fut condamné à mort. J'obtins avec peine gráce pour
sa vie; mais je ne pus le soustraire aux tortures. Aucun
objet matériel , aucun métal, ne pourrait résister à tous
les coups que supporta ce malheureux. Depuis la troisième
heure du jour, il restait suspendu à un arbre, les mains
attachées derriére le dos. Détaché à-la neuviéme, il était
étendu sur une roue, et frappé à coups de báton, de verges,
de courroies mises en double, et non par une ou deux
personnes; mais tous ceux qui pouvaient approcher de
ses misérables membres étaient pour lui autant de bour-
réaux. Se voyant en danger de mort, il découvrit la vé-
rité, et: publia le complot tramé secrètement. Il dit qu'on
avait accusé la reine afin qu'elle füt chassée du tróne; que
Clovis, aprés le meurtre de ses fréres (1), possédát le
royaume de son père, et que Leudaste en eût le gou-
vernement. Le prétre Riculf, qui dés le temps du saint
évéque Eufronius était ami de Clovis, aurait alors de-
(x) C'est-à-dire les jeunes enfans de Frédegonde, dont la mort
a été racontée chap. 35. Mais, au moment du procès, ils n'étaient
pas encore morts. Voyez le chap. 51.
in. 23
354 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
inflatus, præsumptuosus (1) : nam, me adhuc commo-
rante cum rege, hic, quasi jam esset episcopus, in
domum ecclesie ingreditur impudenter, argentum
describit ecclesie , reliquasque res sub suam redigit
potestatem. Majores clericos muneribus ditat, largitur
vineas, prata distribuit; minores vero fustibus pla-
gisque multis, etiam manu propria adfecit, dicens :
«c Recognoscite dominum vestrum, qui victoriam de
« inimicis obtinuit; cujus ingenium Turonicam urbem
«ab Arvernis populis emundavit (2) : » ignorans
miser, quod praeter quinque episcopos, reliqui omnes
qui- sacerdotium Turonicum susceperunt, parentum
nostrorum prósapie sunt conjuncti. lllud sape suis
familiaribus dicere erat solitus, quod hominem pru-
dentem non aliter, nisi in perjuriis, quis decipere
possit. Sed cum me reversum adhuc despiceret, nec
ad salutationem meam , sicut reliqui cives fecerant,
-adveniret, sed magis me interficere minitaretur; cum
consilio comprovincialium eum in monasterium. re-
"moveri precipio. Cumque ibidem artius distringere-
tur, intercedentibus Felicis episcopi missis; qui me-
moratæ causæ fautor exstiterat, cireumvento perjuriis
abbate, fuga elabitur, et usque ad Felicem accedit
episcopum : eumque illé ambienter colligit, quem
exsecrari debuerat. Leudastes vero in Bituricum per-
gens, omnes thesaüros quos de spoliis pauperum de-
traxerat secum. tulit.. Nec multo. post, inruentibus
Bituricis cum. judice loci super eum , onine aurum
argentumque, vel quod secum detulerat, abstulerunt,
(x) Regm., semper idem in superbia, plenus omni nequitia. Nam.
(2) Ed. Chesn., emendavit. Gregorius quippe erat Arvernus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 355
mandé- l'épiscopat de Tours; et on avait promis l'archi-
diaconat à Riculf le clerc.
Pour nous, revenu à Tours avec la gráce de Dieu, nous
trouvámes l'église toute troublée par Riculf le prétre.
Tiré sous l’évêque Eufronius de la classe des pauvres (1),
il fut ordonné archidiacre. Puis, élevé à la prétrise, il
révint à son naturel (2); toujours hâutain, bouffi d'or-
gueil , présomptueux. En-effet, tandis que j'étais encore
ayec le roi, comme s'il eût été déjà évêque, il entra im-
pudemment dans la maison épiscopale, fit l'inventaire de
l'argeüterie de l'église, et s'empara de tout le reste. Il fit
de, riches présens aux principaux clercs, leur distribua
généreusement des vignes et des prés; aux moindres, il
donna, méme de sa propre main, des coups de bâton , et
les maltraita de toutes les manières, en leur disant : « Re-
«connaissez votre maitre, qui. a remporté la victoire sur
«ses ennemis; dont le génie a purgé la ville de Tours
« de tous les Auvergnats. » Ignorant, le malheureux, qu'à
r exception de cinq, tous ceux qui furent chargés de l'épi-
scopat à Tours, tenaient à la famille de mes parens. Il
disait ordinairement à ses familiers qu'un homme prudent
ne peut être trompé que par des parjures. À mon retour,
il continua de me regarder ayec mépris, et ne vint pas
me saluer comme les autres citoyens; et comme il me-
nacait encore plus haut de me tuer, j'ordonnai , d’après
l'avis des évéques de ma province, qu'il füt gardé dans
un monastère. Il y était étroitement renfermé; mais grâce
(1) Sur les pauvres de l'église, voyez ci-dessus, chap. 27.
(2) On n'a pas dit précédemment qu'il.se fût contraint. Mais ce
sens, adopté par le traducteur précédent, me parait plus naturel
que celui-ci : J/ se retira dans ses propriétés ; ce que les mots la-
tins peuvent également signifier. m
356 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
nihil ei nisi. quod super se habuit relinquentes; ip-
samque abstulissent vitam , nisi fuga fuisset elapsus.
Resumtis dehinc viribus, cum aliquibus Turonicis
iterum inruit super preedones suos; interfectoque
uno , aliqua de rebus ipsis recepit, et in Turonicum
revertitur. Audiens hac Berulfus dux, misit pueros
suos cum armorum adparatu ad comprehendendum
eum. Ille vero cernens se jam jamque capi, relictis
rebus, basilicam sancti Hilarii Pictavensis: expetiit.
Berulfus vero dux res captas regi transmisit. Leudastes
enim egrediebatur de basilica, et inruens in domos
diversorum, praedas publicas exercebat. Sed et in adul-
terii$ saepe infra ipsam sanctam porticum (1) depre-
hensus est. Commota autem reginä, quod scilicet locus
Deo sacratus taliter pollueretur, jussit eum a basilica
sancti ejici. Qui ejectus, ad hospites suos iterum in
Bituricum expetiit, deprecans se occuli ab eis.
LI. Et licet de beati Salvii episcopi conlocutione
superius (2) memorare debueram, sed quia mente
(1) Regm. [et Clun.,] in ipsa basilica.ante porticum.
(2) * Prima verba hujus capitis sensu carent, si recidantur ea quæ
proxime antecedunt.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 357
à l'intercession de certains envoyés de l’évêque Félix, qui
avait été l'un des instigateurs de l'affaire précédente , et à
leurs: parjures pour circonvenir l'abbé, il parvint à
s'échapper, et se retira auprés de Félix , qui accueillit avec
empressement un homme vraiment exécrable.
Leudaste, se rendant en Berri, avait porté avec lui tous
les trésors qu'il avait amassés avec les dépouilles des pau-
vres. Peu après, des gens de Bourges, réunis avec le juge
de l'endroit, vinrent attaquer sa demeure, lui enlevèrent
tout l'or et l'argent.qu'il avait apporté, ne lui laissant que,
ce qu'il avait sur lui; et lui auraient arraché la vie, s'il
n'eüt échappé par la fuite. Mais ensuite, ayant reformé
son parti, il se jeta, avec quelques gens de Tours, sur ces
brigands, en tua un, reprit une partie de ses richesses, et
revint en Touraine. À cette nouvelle, le duc Bérulf en-
voya des serviteurs armés pour le saisir. Leudaste, se
voyant sur le point d'étre pris, abandonna ses effets, et
sé réfugia dans la basilique de Saint-Hilaire de Poitiers.
Le duc Bérulf s'empara de ses effets et les envoya au roi.
Cependant Leudaste sortait souvent de la basilique, se
jetait sur différentes maisons, et se livrait publiquement
au pillage. Souvent méme il fut surpris en adultére dans
l'enceinte du saint portique. La reine, irritée de ce qu'un
lieu consacré à Dieu était si honteusement profané, le fit
jeter hors de la basilique du saint. Chassé de là, il re-
tourna de nouveau chez ses hôtes du Berri, en les süp-
pliant de le cacher (1).
LI. J'aurais dà parler plus haut de mon entretien avec
(1) Toute cette histoire de Leudaste et de.ses inimitiés contre Gré-
goire, fait le sujet de la cinquiéme lettre sur l'histoire de France;
publiée par M. Augustin Thierry, Revue des deux Mondes, 1* mai
1856.
358 HISTORIA FRANCORUM, LIB. V.
excessit, esse sacrilegium (1) non arbitror, si in poste-
rum scribatur. Igitur cum, vale post synodum memo-
ratam regi jam dicto, ad propria redire vellemus, non
ante discedere placuit, nisi hunc virum, libatis oscu-
lis (2), linqueremus. Quem quaesitum in atrio Brinna-
cerisis domus reperi. Cui dixi quia jam eram ad pro-
pria rediturus. Tunc remoti paullulum , dum hinc
inde sermocinaremur, ait mihi : « Videsne super hoc
« tectum quae ego suspicio? » Cui ego : « Video enim
« supertegulum , quod nuper rex (5) poni precepit. »
Et ille : « Aliud, inquit, non adspicis? » Cui ego :
« Nihil aliud, inquam (4), video. » Suspicabar enim
quod aliquid joculariter loqueretur. Et adjeci : « Si
« tu aliquid magis cernis, enarra.» At (5) ille, alta
trahens suspiria, ait : « Video ego (6) evaginatum iræ
« divine gladium super domum hanc dependentem. »
Verumtamen non fefellit dictio sacerdotem : nam post
dies viginti, duo filii regis, quos superius mortuos
scripsimus , obierunt.
Ezxplicitus est (7) liber quintus, finitus in anno quinto
s Childeberti regis.
(1) * Corb., sacrilegum.... scribam. Colb., sacrilegium : sed ulti-
mum / expunctum est.
(2) * Reg. B et Colb., oculis.
(3) * Reg. B, nuper exponi pr.
(4) * Inquam, deest in Corb., Reg. B et Colb.
(5) * Corb. et Colb., et ille.
(6) * Reg. B et Colb., video enim evag.
(7) [Clun., explicit liber.] "Sic Corb. Hec omnia desunt in Reg. 8
et Colb. e
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. V. 359
le bignheureux évéque Sauve (1); mais comme j'ai oublié
de le faire, ce n'est pas un sacrilége, je pense, d'en parler
un peu plus tard. Lorsque après le concile mentionné ci-
dessus, ayant fait au roi mes adiéux, je me disposais à
revenir chez moi, je ne voulus point partir avant d'avoir
embrassé cet homme; je le cherchai donc, et le trouvai
dans le vestibule de notre maison de Braine (2). Alors je
lui anuonçai mon prochain départ. Tandis que placés à
l'écart nous parlions de choses et d'autres : « Vois-tu sur
« ce.toit, me dit-il, ce que. j'y aperçois moi-méme? —
« Je n'y vois, répondis-je, que la toiture supérieure code
«struite dernièrement par ordre du roi. —— Tu ne vois
«rien autre chose? — Non, rien autre chose. » Et, soup-
çonnant qu'il plaisantait, j'ajoutai : « Si tu vois quelque
« chose de plus, dis-moi ce que c'est. » Alors, poussant un
profond soupir :'«Je vois, dit-il, le glaive de la colère
« divine tiré et suspendu sur cette maison. » Et l'évéque
ue's'abusa pas dans sa prédiction; car, vingt jours aprés,
les-deux fils du roi, dont j'ai raconté la moft-précédein-
ment (3), n'existaient plus.
Ici finit le livre cinquième, s'arrétant à la cinquième
année du roi Childebert.
(1) Chap. 45. ,
(2) Probablemdfeue maisdh, où tous les évêques devaient sc-
journer pendant la durée de l'assemblée. Voyez le chap. précédent.
(3) Chap. 35. ; ,
dps
LIBER SEXTUS.
INCIPIUNT CAPITULA LIBRI SEXTI.
1. Quod Cbildebertus ad Chilpericum transiit; et de fuga Mum-
moli. — 2. De legatis Chilperici ab Oriente reversis. — 3. De
legatis Childeberti ad Chilpericum. — 4. Qualiter Lupus a
regno Childeberti fugatus est, — 5. Altercatio cum judæo. —
6. De sancto Hospitio reclauso, et abstinentia vel miraculis ejus.
— 7. De transitu Ferreoli Ucecensis episcopi. — 8. De Eparchio
reclauso Egolismensis urbis, — 9. De Domnolo Cenomannorum
episcopo. — 10. De basilica sancti: Martini effracta. — 11. De
Theodoro episcopo, et Dynamio. — 12. De exercitu contra
Bituricos commoto. — 13. De Lupo et Ambrosio Turonicis ci-
vibus interfectis. — 14. De portentis quz apparuerunt. — 15. De
obitu Felicis episcopi. — 16. Quod Pappolenus uxorem suam
recepit. — 17. De judæis per Chilpericum regem conversis. —
18. De legatis Chilperici ab Hispania reversis. — 19. De homi-
nibus Chilperici apud Urbiam fluvium. — 20. De obitu Chro-
dini ducis. — 21. De signis ostensis. — 22. De Cartherio epi-
scopo. — 23. Quod Chilperico regi filius natus est. — 24. De
insidiis Theodori episcopi , et de Gundovaldo. — 25. De signis
et prodigiis circa ea tempora visis, — 26. De Guntchramno
duce, et Mummolo. — 27. Quod Chilpericus rex est Parisius
ingressus. — 28. De Marco referendario, — 29. De puellis mo-
nasterii Pictavensis, seu, de virtutibus quæ in monasterio domne
Radegundis factæ sunt, — 30. De obitu Tiberii imperatoris. —
31. De multis malis, qux Chilpericus rex in civitatibus fratris
sui fieri jussit, vel ipse fecit. — 32. De interitu. Leudastis. —
33. De locustis , morbis, prodigiisque. — 34. De obitu filii
Chilperici, quem Theodoricum vocavit. — 35. De interitu Mum-
moli praefecti, et mulieribus interfectis, — 36. De Ætherio
LIVRE SIXIÈME.
SOMMAIRES DES CHAPITRES DU LIVRE SIXIEME.
1. Childebert se joint à Chilpéric : fuite de Mummol. — 2. Les
envoyés de Chilpéric reviennent d'Orient. — 3. Députation de
Childebert à Chilpéric. — 4. Comment le duc Loup fut chassé
du.'royaume de Childebert. — 5. Discussion avec un juif. —
6. Saint Hospice le reclus; son abstinence, ses miracles. —
7. Mort de Ferréol , évêque d'Uzés. — 8. Éparchius , reclus de
la ville d'Angouléme. — 9. Domnol, évéque du Mans. —
10. Basilique de Saint-Martin volée avec effraction. — 11. L'évé-
que Théodore, et Dynamius. — 12. Armée levée contre ceux
de Bourges. — 13. Assassinat de Loup et d'Ambroise, citoyens
de Tours. — 14. Prodiges, apparitions, — 15. Mort de l'évéque
Félix. — 16. Pappolen reprend sa femme. — 17. Juifs convertis
par le roi Chilpéric. — 18. Les envoyés de Chilpéric reviennent
d'Espagne. — 19. Ce qui arriva aux hommes de Chilpéric sur
la rivière de l'Orge. — 20. Mort du duc Chrodin, — 21. Signes
et présages. — 22. L'évéque Chartier, — 23. Naissance d'un
fils au roi Chilpéric. — 24. Perfidie de l’évêque Théodore :
Gundovald. — 95. Signes et prodiges. — 26. Le duc Gontran ,
et Mummol. — 27. Entrée du roi Chilpéric dans Paris. —
28. Marc le référendaire, — 29. Ce qui arriva à des religieuses
du monastère de Poitiers ; ou;ymiracles opérés dans le monastère
de Sainte-Radegonde. — 30. Mort de l'empereur Tibère. —
31. Maux que le roi Chilpéric ordonna de faire ou fit lui-même
dans les villes de son frère. — 32. Mort de Leudaste. — 33. Sau-
terelles , maladies , prodiges. — 34. Chilpéric perd un fils, qu'il
avait appelé Théodoric. — 35. Mort du préfet Mummol , et
supplice de plusieurs femmes. — 36. L'évéque Éthérius. Con-
duite déréglée d'un certain clerc. — 37. Assassinat de Lupence,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 363
abbé dans le Gévaudan. — 38. Mort de l'évéque Théodose : son
successeurt — 39. Mort de Remi , évêque de Bourges, Incendie
de la ville. Sulpice succéde à Remi. — 40. Dispute soutenue par
nous contre un hérétique. — 41. Le roi Chilpéric se retire à
Cambray avec ses trésors, — 42. Expédition de Childebert en
Italie. — 43. Rois de Galice. — 44. Divers prodiges. —
45. Noces de Rigonthe , fille de Chilpéric. — 46. Mort du roi
Chilpéric.
Fin des titres des chapitres. Ici commence le sixième livre, qui
prend à la sixième année du roi Childebert.
I. La sixième année de son règne (1), le roi Childe-
bert , rejetant l'alliance du roi Gontran, s'unit avec Chil-
péric. Peu aprés mourut Gogon (2), et Wandelin fut mis
à sa place. Mummol s'enfuit du royaume de Gontran, et
s'enferma dans les murs d'Avignon (3). A Lyon se réunit
un concile d'évéques (4), qui décida certaines questions,
et condamna les personnes d'une conduite reláchée. Le
concile se rendit ensuite auprés du roi, s'occupant beau-
coup de la fuite du duc Mummol, et quelque pet des
querelles des princes.
IL. Cependant des députés que le roi Chilpéric avait
envoyés trois ans auparavant auprès de l'empereur Tibère,
(1) An 581.
(2) Appelé convive du roi, liv. v, chap. 47.
(3) On a vu, iv, 30, que cette ville appartenait à Sigebert.
(4) Il s'agit ici, à ce qu'il parait, du troisième concile de Lyon,
quoique, dans le titre, on le place à la vingt-deuxième année de
Gontran, et à la huitiéme de Childebert, c'est-à-dire en 585 (Ruin.).
C'est aussi la date que D. Labat a fixée pour ce concile. Nous en avons
les six canons. 1l n'y est question.que de discipline ecclésiastique.
364 HISTORIA FRANCORUM, LiB. VI.
rum regno sita est, advenerunt. Sed priusquam. litus
adtingerent , navis acta vento , impulsa terris in frusta
minuitur. Legati vero cum pueris, se (1) in periculo '
cernentes, arreptis tabulis, vix ripe relati sunt, multis
puerorum amissis; sed plurimi evaserunt. Res autem
quas unde litori invexerant (2), incole rapuerant :
ex quibus quod melius fuit recipientes, ad Chilpericum
regem retulerunt. Multa tamen ex his Agathenses se-
cum retinuerunt. Tunc ego Novigentum villam ad
occursum regis abieram : ibique nobis rex misso-
rium (3) magnum, quod ex auro gemmisque fabri-
caverat in quinquaginta librarum pondere, ostendit ,
dicens : « Ego haec ad exornandam atque nobilitan-
« dam Francorum gentem feci. Sed et plurima adhuc,
« si vita comes fuerit, faciam. » Aureos etiam sin-
gularum librarum pondere, quos imperator misit ,
ostendit, habentes ab una parte iconem (4) impera-
toris pictam, et scriptum in circulo, TisEnu. Con-
sTANTINI. PznPETUI. AUGUST! : ab alia vero parte ha-
bentes quadrigam et ascensorem , continentesque
scriptum, GLoria. Romanorum. Multa autem et alia
ornamenta , quz a legatis sunt exhibita, ostendit.
palis notissima, valgo Agde, sub Narbone metropoli, in Septimania.
* Supra Cam., Marsiliensim.
(1) " Colb., Reg. B, cum pueris esse in...
(2) * Corb., unda.... invexerat, incole rapuerunt. Cam., unda....
invexerat. Reg. B, qua funda littoris invex. — Ynfra, qua melius
fuit. Colb. habebat ut Reg. J. Sed correctum est in quas unda
littori.
(3) Missorium vocabant pelvim seu discum ; aliqui eo nomine con-
cham designatam volunt, nonnulli abacum cum omni supellectile.
(4) * Corb., hiconam. Colb. ct Reg. B, igonam. Cam., icona.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 365
revinrent enfin non sans avoir éprouvé de longues fa-
tigues et de grandes pertes. Comme ils n'avaient osé
"aborder à Marseille à cause des discordes qui divisaient
les rois, ils se dirigèrent vers Agde, ville située dans le
royaume des Goths; mais au moment de toucher le ri-
vage, leur vaisseau, pousséspar les vents, heurta contre
terre , et se brisa. Dans ce péril extréme, les députés et
leur suite se saisirent de planches, et atteignirent la rive
avec peine : plusieurs de leurs gens y périrent; mais la
plupart échappérent. Leurs effets, poussés par les vagues
sur le rivage, avaient été pillés par les habitans : ayant
recouvré les plus précieux, ils les portérent au roi Chil-
péric : néanmoins les habitans d'Agde en retinrent une
bonne partie. A cette époque je m'étais rendu à la mai-
son royale de Nogent (1), pour me présenter au roi. Là,
ce prince nous montra un grand surtout (2), fabriqué par
son ordre, composé d'or et de pierres précieuses, et du
poids de cinquante livres : « Je l'ai fait, dit-il, pour don-
«ner du relief et de l'éclat à là nation des Francs. J'en
« ferai encore bien d'autres si Dieu me conserve la vie. »
Il me montra aussi des médailles d'or, du poids d'une
livre chacune, que lui avait envoyées l'empereur. D'un
cóté, elles portaient l'effigie. de l'empereur, avec cette
légende à l'entour : Tisertr. CONSTANTINI. PERPETUI. AU-
cusri. (Tibère, Constantin, Perpétuel, Auguste); de
l'autre, un char à quatre chevaux (3) et son conducteur,
(1) Peut-étre Saint-Cloud, ou Nogent-sur-Marne.
(2) Missorium ou mensorium, peut signifier un grand plat, ou une
espéce de buffet chargé de piéces d'argenterie, propre à étre placé
sur la table.
(3) Ou quadrige. Les pièces ainsi marquées s'appelaient quadri-
gat.
366 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
HI. Denique cum apud eamdem villam commora-
retur, Egidius, Remensis episcopus, cum primis
Childeberti proceribus in legationem ad Chilpericum
regem venit; ibique conlocutione facta ut, ablato
Guntchramni regis regno, hi se conjungere debeant
in pace, ait Chilpericus rex : « Filii mihi, peccatis
« increscentibus, non remanserunt, nec mihi nunc
« alius superest heres, nisi fratris mei Sigiberti (1)
« filius, id est Childebertus rex : ideoque in omnibus
« qua laborare pótuero hic heres exsistat; tantum
« dum advixero liceat mihi sine scrupulo aut discepta-
« tione cuncta tenere. » Át illi, gratias agentes, pactio-
nibus subscriptis (2), ea que locuti fuerant firmave-
runt, et ad Childebertum cum magnis muneribus sunt
regressi. Quibus discedentibus, Chilpericus rex Leu-
dovaldum (5) episcopum cum primis regni sui direxit.
Qui dato susceptoque sacramento (4), pactionibusque
firmatis, munerati (5) regressi sunt.
IV. Lupus vero, dux Campanensis (6), cum jam diu
(1) Dub., Sigoberthi.
(2) * Corb., Reg. B, pactionem. subscriptis.
(3) Corb., Leodoaldum, Bajocensem, ut videtur, de quo infra lib. ix,
cap. 13, aut Abrincensem, qui tunc quoque vivebat.
(4) Alii codd. excepto Corb. * et Cam. habent susceptoque de pace
sacramento. [Clun., data susceptaque de pace sacramenta.] "Sic
Reg. B et Colb.
(5) * Córb., muneribus adeptis. Cam., cum muneribus regr....
(6) Regm. [et Clun.], Campaniensis. Bad., Campanic : quz voces
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 367
avec cette inscription : Groni4. Romanorum. ( Gloire des
Romains). Il me fit voir encore plusieurs autres objets
précieux que lui avaient offerts les ambassadeurs.
JIL. Lorsque le roi Chilpéric était encore dans cette
campagne , Égidius, évéque de Reims, vint en ambassade
auprés de lui, avec les premiers d'entre les grands de
Childebert; et, aprés une conférence oü l'on proposa
d'enlever le royaume à Gontran, et de former une alliance
durable entre les deux rois, Chilpéric leur dit : « Par
« suite de mes péchés, il ne me reste plus de fils, ét je
« n'ai méme à présent d'autre héritier que le fils de mon
« frère Sigebert , c'est-à-dire le roi Childebert. Ainsi qu'il
« soit mon héritier pour tout ce que je pourrai acquérir
« par mes travaux. Je demande seulement de jouir de tout,
« ma vie durant, sans crainte et sans dispute. » Les am-
bassadeurs lui rendirent gráces, signérent les conven-
tions pour confirmer leurs paroles, et retournèrent auprès
de Childebert, honorés de grands présens. Aprés leur dé-
part, Chilpéric lui envoya l'évéque Leudovald et les pre-
miers de son royaume. Ceux-ci ayant donné et recu des
sermiens, et confirmé les traités, revinrent avec des pré-
seus de Childebert.
IV. Cependant Loup, duc de Champagne, était conti-
nuellement insulté et pillé par ses ennemis , surtout par
Ursion et Bertefred. Enfin, ceux-ci étant convenus de le
tuer, marchérent contre lui avec une armée. À cette vue,
la reine. Brunehaut , compatissant aux. maux d'un de ses
fidèles persécuté injustement, s'arma d'un courage viril,
et se jeta parmi les bataillons ennemis, en s'écriant : « Ar-
« rétez, ó guerriers! gardez-vous de cette mauvaise action!
368. HISTORIA FRANCOR
dr is fatigaretur et spoli
'rtim ione et Bertefredo (1), ad extremum
conventi acta ut occideretur, commoverunt exer-
citum contra eum. Quod cernens Brunichildis regina,
condolens fidelis sui insecutiones injustas, p ecingens
se vi r inrupit medios "hostium cuneos, dicens :
« Noli viri, nolite malum hoc facere; nolite per-
« sequi innocentem; nolite pro uno homine commit-
« tere praelium, quo solatium regionis intereat. » Hec
illa loquente, respondit Ursio : « Recede a nobis,
« mulier. Sufficiat tibi sub viro tenuisse regnum; -
« nunc autem filius tuus regnat , regnumque ejus n
« tua sed nostra tuitione salvatur. Tu vero recede a
« nobis, ne te ungulæ equorum nostrorum cum terra
esauro regis recondere, suis eum domibus intu-
lerunt , intendentes Lupo minas, pid dicentes :
Clavati ( 4)
eamdem provinciam designant n tii
quz lectio est Corb. et Colb. alii
* Reg. Z^, diu adversis.
(1) Corb., Berathfrido. * Colb. et Reg. B, Berahtfrido.
(2) Praesidium est pecunia, que auxilii causa seponitur; vel locus
secretior, ubi ejusmodi pecunia servatur, ex L. Si chorus, $. 1, de
Legat. 5. Præsidium non semel Plautus usurpat pro pecunia.
(3) * Corb., Colb., Reg. 8, Cam., virtuti nostre.
(4) * Corb., Colb., Reg. B, Lugdunæ Clavate. [Dub., tutatam
urbis Lugdonæ Clavate muris conjugem suam.]
: [ita Clun.]
. HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 369
« gardez-vous de poursuivre un innocent! gardez-vous ,
« pour un seul homme, de livrer un combat qui détruira
« les ressources du pays. » Tandis qu'elle parlait encore,
Ursion lui répondit : « Retire-toi, femme : qu'il te suffise
« d'avoir régné sous ton mari : maintenant c'est ton fils
« qui règné , et son royaume est sous notre protection et
« non sous la tienne. Retire-toi, si tu ne veux que les cornes
« de nos chevaux ne t'écrasent comme la poussière du
« sol. » Aprés que l'altercation se fut prolongée long-temps
sur ce ton, la reine, par son adresse, obtint enfin que le
combat n'eüt pas lieu. Mais, en quittant la place, ils se
jetérent sur les maisons de Loup, pillérent ses richesses
sous prétexte de les réunir au trésor du roi, et les empor-
térent chez eux, en proférant des menaces contre lui :
« Il n'échappera pas vivant à la force de nos bras.» Loup,
Se voyant en péril, mit sa femme en sûreté dans les | murs
de Laon; lui-méme se réfugia auprés du roi Gontran,
qui le reçut avec bonté; et il y resta caché, en ‘attendant
que Childebert eût atteint l'âge de majorité (1 )
(1) Voyez Éclairciss. et obere, ( Note a.)
I. 24 ^
370 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
regem confugit. À quo benigne susceptus cum eo
latuit, exspectans ut Childebertus ad ji: Aro perve-
niret ætatem. «
V. Igitur Chilpericus rex, cum adhuc apud supra-
dictam villam moraretur, impedimenta moveri præ-
cipiens, Parisius venire disponit. Ad quem cum jam
valedicturus accederem , judæus quidam , Priscus no-
mine, qui ei ad species coemendas familiaris erat,
advenit. Cujus cæsarie rex blande adprehensa manu,
ait ad me, dicens : « Veni, sacerdos Dei, ct impone
« manum super eum. » Illo autem (1) renitente, ait
rex : « O mens dura, et generatio semper incredula,
« quz non intelligit Dei filium (2) sibi prophetarum
« vocibus repromissum ; non intelligit ecclesiastica
« mysteria in suis sacrificiis figurata. » Hzec eo dicente,
judæus ait : « Deus non eget conjugio (5), neque prole
. « ditatur, neque ullum consortem regni habere pati-
« tur, qui per Moy sen ait : dete, videte quia ego sum
« Dominus, et absqué me non est Deus (4). Ego occi-
« dam et ego vivere faciam; percutiam, etego sanabo. »
Ad hac rex ait : « Deus ab spiritali utero Filium genuit
« sempiternum, non ætate juniorem , non potestate
« minorem, de quo ipse ait : Ez utero ante luciferum
« genui te. Hunc ergo, ante secula natum, in novissi-
« mis seculis mundo misit sanatorem, sicut ait pro-
« pheta tuus : Mzsit Verbum suum, et sanavit eos.
(1) * Corb., Colb., Reg. Z, Cam., illo quoque renit.... Supra, Cam.,
impone manus.
(2) In Corb. desunt hzc verba Dei filium, et infra deest vox con-
jugio. Bec., pro ecclesiastica mysteria, habet divina mysteria.
(3) *-Conjugio deest in Corb. et Cam.
(4) Casin., non est alius.
e HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. * 821
V. Le roi Chilpéric, qui était encore dans la campagne
nommée ci-dessus, fit préparer ses bagages, afin de se
rendre à Paris. Comme j'étais venu le trouver pour lui
dire adieu, il survint un juif nommé Priscus, attaché au
service du roi pour l'acquisition de divers objets de luxe.
Le roi l'ayant pris doucement par les cheveux, me dit :
« Viens, prêtre de Dieu, et impose-lui les mains.» Le
juif résistait : « O esprit dur, s'écria le roi; ó génération
«toujours incrédule, qui ne comprend pas le Fils de
« Dieu souvent promis par la voix de ses prophétes; qui
«ne comprend pas les mystères de l'Église, figurés par
«ses sacrifices! » À ces paroles, le juif ipoudit: « Dieu
« n'a pas besoin de se marier; il ne s'enrichit point de
« postérité; il ne souffre point d'associé à sa puissance,
« car il dit par la bouche de Moïse : Voyez, voyez que
«Je suis le Seigneur, et qu'il n'est pas d'autre Dieu
«que moi. C'est moi qui tuerai et qui ferai vivre ;
« qui frapperai et qui guérirai (Y). » Le roi répliqua ;,
« Dieu a engendré de son sein, mais spirituellement ,
«un Fils éternel, ni plus jeune d'áge, ni moindre en
« ponvoir, dont il a dit lui-même : Je t'ai engendre de
«mon sein avant l'étoile du jour (2). Ce fils, né avant.
« les siécles, il l'a envoyé dans les derniers siécles pour
« guérir le monde, comme le dit ton prophète : 77 2 en-
«voyé son verbe, et les a guéris (3). Ta prétends qu'il
« n'engendre pas? écoute ton prophète prétant ces pa-
(1) Deutér., xxxu, 59.
(2) Ps. cix, 3.
(3) Ps. cvr, 20.
379 * HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« Quod aütem ais, quia ipse non generet, audi pro-
« phetam tuum dicentem ex voce Dominica : Vum-
« quid ego, qui alios parere facio , ipse non pariam?
« heec enim de populo, qui in eum per fidem renasci-
« tur, ait. » Ad hec judæus respondit : « Numquid
« Deus homo fieri potuit, aut de muliere nasci, ver-
« beribus subdi , morte damnari ? » Ad hac rege ta-
cente, in medium me ingerens, dixi : « Ut Deus, Dei
« filius, homo fieret, non suæ, sed nostre necessi-
« tatis exstitit causa, Nam captivum peccato hominem,
« et diaboli servituti subjectum redimere non potue-
«rat, nisi hominem adsumsisset. Ego vero non de
« evangeliis et apostolo, quæ non credis, sed, de tuis
« libris testimonia praebens , proprio te mucrone con-
«fodiam , sicut quondam David Goliam legitur tru-
« cidasse. Igitur quod Deus homo futurus esset, audi
« prophetam tuum : £t Deus, inquit, et homo, et
« quis cognovit eum? et alibi : Hic est Deus noster,
«et non reputabitur alius preter eum ; qui invenit
« omnem viam scientie, et dedit illam Jacob puero
« suo , et Israël dilecto suo. Post hec in terris visus
« est et cum hominibus conversatus est. Quod autem
« de virgine nascitur, audi similiter prophetam tuum
« dicentem : Ecce virgo in utero concipiet, et pariet
« filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel, quod
« est interpretatum , nobiscum. Deus (1). Quod ver-
« beribus subdi, quod clavis adfigi deberet, et aliis
« quoque injuriis subjacere vel adfici , alius propheta
«ait: Foderunt manus meas et pedes meos : divise-
(1) Corb., quod. interpretatum, nobiscum est Deus. Wegm., acci-
piet, pro concipiet.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. . 373
« roles au Seigneur : Moi qui fais enfanter les autres,
«<n'enfanterai-je pas moi-même (1)? Or il parle ici du
« peuple qui renaît em lui par la foi. ».A cela le juif ré-
pondit : « Dieu a-t-il pu devenir homme, naître d'une
«femme, être frappé de coups, condamné à mort?»
Comme le roi gardait le silence, je me mélai de la dis-
pute. « Il fallait que Dieu, Fils de Dieu, devint homme,
« lui dis-je; il y avait nécessité, non pour lui, mais à cause
« de nous; car il ne pouvait délivrer l'homme des liens du
« péché, et le racheter de la servitude du diable, s'il ne
« se füt fait homme. Et je n'irai pas chercher mes témoi-
« gnages dans les évangiles ni dans l'apótre, auxquels tu
« ne crois pas; mais dans les livres que tu avoues, afin de
«te percer de ton propre glaive, comme nous y lisons
« qu'autrefois David tua Goliath. Ainsi, Dieu devait être
« fait homme; écoute là-dessus ton prophète : Dieu et
« homme, qui le connaît (2)? Et ailleurs: C’est là notre
« Dieu, et on n'en reconnaítra pas d'autre que lui, Il
« a trouve toutes les voies de la science, et les a don-
« nées à Jacob son enfant, à Israël son bien-aime.
« Ensuite il a été vu sur la terre, et il a vécu avec
« les hommes (3). Vl est né d'une vierge; écoute ericore
« ton prophète : Voici qu'une vierge concevra dans ses
« flancs, et enfantera un fils; et son nom. sera Em-
« manuel; ce qui veut dire, Dieu est avec nous (4). M
« devait être frappé, percé de clous, en butte à mille ou-
(1) Isaie, xxvi, 9.
(2) Ces paroles ne se trouvent point dans notre Vulgate.
(5) Baruch, im, 36, 37, 58.
(4) Isaie, vri, 14; Matth., 1, 25. Grégoire, qui ne veut combattre le
juif qu'avec les citations des livres juifs, ne devait pas ajouter cc
mots : quod est interpretatum , etc. Hs ne sont que dans S. Matthieu,
374 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« runt sibi vestimenta mea , etc., et iterum, Dederunt
«in escam meam fel, et in siti mea (1) potaverunt
« me aceto. Et quod per ipsum crucis patibulum la-
« bentem mundum et diaboli ditioni subjectum res-
« titueret in regno suo, idem David ait, Dominus
« regnavit a ligno. Non quod antea non regnaverit
v apud Patrem, sed super populum quem a diaboli
« servitute liberaverat rude regnum (2) accepit. » Ju-
dæus ad hac respondit : « Quae Deo fuit necessitas,
«ut ista pateretur ? » Cui ego : « Jam dixi tibi, Deus
« hominem creavit innoxium ; sed astu serpentis cir-
« cumventus (3), prævaricator precepti factus est :
« et ideo a sede paradisi ejectus, mundanis laboribus
« deputatus est : qui per mortem (4) unigeniti Dei
« Christi Deo reconciliatus est Patri.» Judaeus dixit :
« Non poterat Deus mittere prophetas aut apostolos ,
« qui eum ad viam revocarent salutis, nisi ipse humi-
« liatus fuisset in carne? » Ad hac ego : « A principio
« genus semper deliquit humanum, quem num-
« quam (5) terruit nec submersio diluvii, nec incen-
« dium Sodoma, nec plage Ægypti, nec miraculum
« maris Jordanisque divisio : qui semper legi Dei
« restitit, prophetis non credidit; et non solum non
« credidit, verum etiam ipsos praedicatores poeniten-
« tiee interemit. Ideo nisi ipse ad (6) eum descendisset
(1) In Corb., deest et in siti mea.
(2) Regm., liberaverat rudem, ligno. * Corb., Reg. B, rudem. In
Colb., m erasum est.
(5) * Colb., Reg. B, circumscriptus.
(4) * Corb., Colb., Cam., qui morte unigeniti.
(5) * Quem deest in Corb. — Colb., Reg. B, quem non terruit.
(6) * 4d deest in Corb., Colb. et Reg. Z.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 375
« wages, à mille tourmens; un autre prophète dit : //s ont
« percé mes mains et mes pieds; ils se sont partagé
«mes vétemens (1), etc. Et ailleurs encore : J/s m'ont
« donné du fiel pour nourriture , et dans ma soif m'ont
« abreuvé avec du vinaigre (2). Et pour annoncer qu'il
« devait par le supplice de la croix relever le monde
«abattu, le soustraire à l'empire du démon, et le re-
« mettre sous sa loi, le méme David a dit : Le Seigneur
« a: régné par le bois (3). Ce n’est pas qu'il n'ait régné
« auparavant avec le Pére; mais il a voulu prendre, sur le
« peuple qu'il avait délivré de la servitude du diable, une
« royauté plus visible. — Et quelle nécessité pour Dieu,
« reprit le juif, de souffrir tout cela? — Je te l'ai déjà
« dit, lui répondis-je : Dieu créa l'homme innocent; mais
« séduit par la ruse du serpent, l'homme désobéit au pré-
« cepte divin; et, pour ce motif, chassé du Paradis, con-
« damné aux travaux de la terre, il fut réconcilié avec
« Dieu par la mort du Christ son ‘Fils unique. — Mais
« Dieu ne pouvait-il envoyer des prophétes ou des apótres
« pour. le rappeler à la voie du salut, sans venir s'humi-
«lier lui-même dans la chair?» A cela je répondis :
« Depuis le commencement du monde, le genre humain
« a toujours été en faute ; rien n'a pu l'effrayer, ni la sub-
« mersion produite par le déluge, ni l'incendie de So-
« dome , ni les plaies de l'Égypte, ni le miracle de la mer
« et du Jourdain partageant leurs eaux. Toujours il a résisté
«à la loi de Dieu; il a refusé de croire les prophétes. Ce
« n'est pas assez, il a méme fait périr ceux qui lui pré-
(1) Ps. xxt, 17, 19.
(2) Ps. Lxvin, 22. : ;
(3) Ps. xxxv, 10. Voyez Kclairciss. et observ. (Note 5b.)
376 HISTORIA FRANCORUM. LIB. VI.
« redimere, hzc explere non poterat alter. Cujus nos
« nativitate renati, baptismo abluti, vulnere curati ,
« resurrectione erecti, ascensione glorificati sumus.
« Quod autem morbis nostris mederi venturus erat,
« propheta tuus ait : Livore ejus sanati sumus : et
« alibi, Zpse peccata nostra portabit , et orabit pro
« transgressoribus : et iterum, Sicut ovis, ad. occi-
« sionem ductus est; et quasi agnus coram tondente
« se ( 1) sine voce, sic non aperuit os suum. In hu-
« miliatione judicium ejus sublatum est. Generatio-
« nem ejus quis enarrabit? Dominus exercituum. no-
« men ejus. De hoc et Jacob ille, de cujus te jactas
« venisse generatione ; in illa filii sui Jude benedic-
« tione, quasi ad ipsum Christum filium Dei loquens,
«ait : Ædorabunt te filii patris tui. Catulus leonis
« Juda. De germine, fili mi, ascendisti. Recubans
« dormisti quasi leo, quasi catulus leonis. Quis susci-
« tabit (2) eum? Pulchriores oculi ejus vino, et dentes
«ejus lacte candidiores. Quis, inquit, suscitabit
« eum ? Et licet ipse dixerit : Potestatem habeo po-
« nendi animam meam , et potestatem habeo iterum
« sumendi eam ; tamen Paulus apostolus ait : Qui non
« crediderit quod Deus illum suscitavit a mortuis ,
« salvus esse non poterit. » Heec et. alia nobis dicen-
tibus, numquam compunctus est miser ad creden-
dum. Tunc rex, silente illo, cum videret eum his
sermonibus non compungi, ad me conversus, pos-
tulat ut, accepta benedictione, discederet. Ait enim :
(1) [Clun., coram tondente se obmutescit, sic.... in humilitate.] —
* Corb. et Colb., se deest. — Infra, in Corb., enarravit.
(2) * In Corb., Colb. et Reg. B, hic et infra, suscitavit.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 377
« chaient la pénitence. Si Dieu n’était descendu lui-méme
« pour le racheter, aucun autre n'aurait pu accomplir
«celte œuvre. Ainsi, régénérés par sa nativité, lavés
« par son baptême, guéris par sa blessure, relevés par
« sa résurrection , nous avons été glorifiés par son ascen-
«sion. Il devait venir pour guérir nos maux; ton pro-
« phète lui-même le dit : Nous avons été guéris par ses
« meurtrissures (1). Et ailleurs : // portera lui-méme nos
« péchés, et priera pour les transgresseurs de la loi (2).
« Et puis encore : J// a été conduit à la mort comme une
« brebis; et comme l'agneau reste sans voix devant
« celui qui va le tondre, de méme il n'a pas ouvert la
« bouche. Il a été enlevé au milieu des humiliations par
« la sentence de ses juges. Qui racontera sa généra-
« tion (3)? Son nom est le Dieu des armées (4). C'est de
« lui que Jacob, dont tu te vantes d'étre issu , parle dans
«cette célèbre bénédiction donnée à son fils Juda; il
« semble s'adresser au Christ lui-méme, Fils de Dieu : Les
« fils de ton père se prosterneront devant toi. Juda est
« un jeune lion. Faible germe, tu as grandi, mon fils (5):
« tu t'es incliné pour dormir, avec la majesté d'un lion,
« comme un jeune lion : qui pourra le réveiller? ses yeua:
« sont plus beaux que le vin, et ses dents plus blanches
« que le lait (6). Qui pourra le réveiller? dit-il. Et quoi-
(1) Isaie, Lun, 5.
(2) Zbid., xut, 12. ' '
(3) Jbid., vu, 8.
(4) Jbid., xiv, 5.
6) Genes., xrix, 8, 9. De germine est la traduction des Septahte;
mais la Vulgate porte : ad predam ascendisti, ce qui fait un sens plus
noble et plus naturel.
(6) Genes., ibid., 12.
378 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« Dicam, inquit, tibi, o sacerdos, quod Jacob dixit
« ad angelum qui ei loquebatur : Non dimittam te,
« nisi benedireris mihi. » Et hec dicens , aquam ma-
nibus porrigi jubet. Quibus ablutis, facta oratione,
accepto pane, gratias Deo agentes, et ipsi accepi-
mus, et regi porreximus; haustoque mero, vale
dicentes discessimus. Rex (1) vero, ascenso equite,
Parisius est regressus, cum conjuge et filia, et omni
familia sua.
VI. Fuit autem apud urbem Nicensem, eo tempore,
Hospitius reclausus, magne abstinentiæ, qui constric-
tus catenis ad purum corpus ferreis, induto (2) desuper
cilicio, nihil aliud quam purum pánem cum paucis
dactylis comedebat. In diebus autem quadragesime,
de radicibus herbarum ægyptiarum, quibus eremitæ
utuntur, exhibentibus sibi negotiatoribus , alebatur.
Et primum quidem jus (5) in quo coxerant hauriens,
ipsas sumebat in posterum. Magnas enim per eum
Dominus virtutes dignatus est operari. Nam quodam
(1) [Rex vero, usque ad (inem capitis, desunt in cod. Clun.]
(2) [Clun., indutus desuper cilicio.]
(3) * Jus deest in Corb., Colb., Cam. et Reg. J. — Hic babet: ipsa
sumcbat in potum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 379
« qu'il ait dit lui-même : J'az le pouvoir de quitter la vie,
« J'ai le pouvoir de la reprendre (1); cependant l'apótre
« Paul ajoute : Quiconque ne croira pas que Dieu l'a
« reveillé d'entre les morts, ne pourra être sauvé (2). »
Malgré: ces discours et d'autres du méme genre, ce mal-
heureux ne put jamais étre amené à croire. Le roi, le
voyant réduit au silence , mais insensible à toutes nos rai-
sons, se tourria vers moi, et me demanda en partant ma
bénédiction. « Je t'adresserai, me dit-il, ó évéque , les
« paroles de Jacob à l'ange qui conversait avec lui : Je
« ne te quitterai pas que tu ne m'aies béni (3). » En
méme temps il fit apporter de l'eau pour les mains : aprés
qu’elles furent lavées, je fis ane prière, pris du pain, et
ayant rendu gráce à Dieu, j'en pris moi-méme, et j'en
offris au roi ; et puis, ayant bu le vin, nous nous séparámes
en nous disant adieu. Le roi ayant: monté à cheval, re-
tourna à Paris avec sa femme, sa fille et toute sa maison.
VI. Il y avait à Nice, en ce temps-là, un reclus nommé
Hospice, personnage d'une grande abstinence; serré par
des chaines en fer qui pesaient à nu sur son corps, et re-
couvert d'un cilice par-dessus, il ne mangeait que du pain
avec quelques dattes. En caréme, il se bornait à des racines
de plantes communes en Égypte, dont les ermites font
usage, et que lui apportaient des négocians. Il buvait
d'abord le bouillon oü elles avaient cuit, et les mangeait
plus tard. Le Seigneur daigna opérer par lui de grandes
merveilles. A une certaine époque (4), le Saint-Esprit lui
(1) Jean évang., x, 18.
(2) Epit. aux Rom., x, 9.
(3) Genes., xxxu, 26.
(4) Vers l'an 576.
380 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
tempore, revelante sibi Spiritu sancto adventum Lan-
gobardorum in Gallias, hoc modo prædixit : « Ve-
« nient, inquit, Langobardi in Gallias, et devastabunt
« civitates septem, eo quod increverit malitia eorum
«in conspectu Domini; quia nullus est intelligens ,
« nullus est requirens Deum (1), nullus est qui faciat
« bonum, quo ira Dei placetur. Est enim omnis po-
« pulus infidelis, perjuriis deditus, furtis obnoxius,
«in homicidiis promptus, a quibus nullus justitiae
« fructus ullatenus crescit (2). Non decimae dantur,
« non pauperes aluntur, non teguntur nudi , non pe-
« regrini hospitio recipiuntur, aut cibo suflicienter
« satiantur : ideo hec plaga supervenit. Nunc autem
« dico vobis : Congerite omnem substantiam vestram
« infra murorum septa, ne a Langobardis diripiatur;
«et vos ipsos in locis firmissimis communite. » Hac
eo loquente, omnes obstupefacti, et valedicentes,
cum magna admiratione ad propria sunt regressi. Mo-
nachis quoque dixit : « Abscedite et vos a loco (5),
« auferentes vobiscum qua habetis : ecce enim appro-
« pinquat gens quam prædixi. » Dicentibus autem
illis : « Non relinquimus te, sanctissime pater, » ait :
« Nolite timere pro me; futurum est enim ut inferant
(1) * Nullus e. r. Deum, desunt in Reg. 7 et Colb.
(2) Sic * Colb., Reg. J et Corb., qui habet nul/atenus. Cam., nul-
latenus crescit ; alii vero [cum Clun.] gliscit.... pauper alitur et cetera
in singulari numero; et sic habentur apud Paulum diaconum, lib. ii
Hist. Langob., cap. 1, ubi Hospitii laudes ex Gregorio describit. De
decimis solvendis, Conc. Matisc. 11, ann. 585, can. 5. Fideles ad
decimarum solutionem hortantur patres Conc. Turon. n, ann. 567,
ad cladem avertendam, que imminebat.
(5) * Corb., a loco isto. '
À HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 381
ayant révélé l'arrivée prochaine des Lombards dans les
Gaules, il la prédit en ces termes : « Les Lombards vien-
« dront dans les Gaules, et dévasteront sept cités, parce
« que la malice de ce pays.s'est accrue en présence du Sei-
« gneur : car il n'y a plus personne qui comprenne , per-
« sonne qui recherche Dieu; personne qui fasse le-bien
« pour apaiser la colére de Dieu. En effet, tout le peuple
«est infidèle, livré aux parjures, adonné aux vols, tou-
« jours prompt pour l'homicide, et il ne porte absolument
«aucun fruit de justice. On ne paie plus les dimes, on
« ne nourrit plus les pauvres, on ne couvre plus celui qui
«est nu, on ne donne plus aux pélerins ou l'hospitalité,
« ou du moins une nourriture suffisante. De là, le fléau qui
« nous menace. Maintenant je vous dis : Réunissez tout
« votre avoir dans l'enceinte des villes, pour qu'il ne soit
« pas pillé par les Lombards, et fortifiez- vous dans les
« lieux les plus sûrs.» Tous, stupéfaits à ces mots, le sa-
luèrent, et retournèrent chez eux pleins d'admiration. 1l
dit aussi aux moines: « Et vous, retirez-vous d'ici, et
« emportez ce que vous possédez, car il approche ce peu-
« ple'que j'ai prédit. — Nous ne t'abandonnons pas; trés
« saint pere, lui dirent-ils. — Ne craignez rien pour moi :
«ils m'outrageront sans doute; mais le mal n'ira pas jus-
« qu'à la mort.» Quand les moines furent partis, ce peuple
arriva : et tandis que les Lombards ravagent tout ce qu'ils
trouvent, ils parviennent au lieu où le saint de Dieu était
renfermé. Il se montra par la fenétre d'une tour. Ceux-ci
investissent la tour sans pouvoir trouver un passage pour
aller jusqu'à lui. Alors deux d'entre eux montent sur le
toit, le découvrent, et voyant le reclus couvert de chaines
et revêtu d'un cilice : « C'est un malfaiteur, disent-ils ;
« il a commis un homicide; c'est pour cela qu'il est retenu
382 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« mihi injurias, sed non nocebunt usque ad mortem. »
Discedentibus autem monachis, venit gens illa; et dum
cuncta qua reperit vastat, pervenit ad locum, ubi
sanctus Dei reclausus erat. At ille per fenestram turris
ostendit se eis. Illi vero circumeuntes turrem , aditum
per quem ingrederentur ad eum invenire non pote-
rant. Tunc duo ascendentes detexerunt tectum, et
videntes eum cinctum (1) catenis, indutumque cilicio,
dicunt : « Hic malefactor est, et homicidium fecit ;
« ideo in his ligaminibus vinctus tenetur : » vocato-
que interprete, sciscitantur ab eo quid mali fecerit,
ut tali supplicio artaretur. At ille fatetur se hómici-
dam esse omnisque criminis reum. Tunc unus, ex-
tracto gladio ut in (2) caput ejus libraret , dextera
in ipso ictu suspensa diriguit, nec eam ad se potuit
revocare. Tunc gladium laxans, terre dejecit. Haec
videntes socii ejus, clamorem in coelum dederunt,
flagitantes a sancto, ut, quid agi oporteret (5), cle-
menter insinuaret. Ipse vero, imposito salutis signo ,
brachium sanitati restituit. Ille autem in eodem.loco
conversus, tonsurato capite, fidelissimus monachus
nunc habetur. Duo vero duces (4) qui eum audierunt,
incolumes patriæ redditi sunt : qui vero contemserunt
preceptum ejus, miserabiliter in ipsa Provincia sunt
defuncti. Multi autem ex ipsis a dæmoniis (5) cor-
(1) * Colb., Reg. Z, Cam.; vinctum catenis.
(2) * Zn deest in Corb., Colb. et Reg. Z.
(5) * Corb., agere potuerint. Colb. et Reg. B, agere poterant. Cam.,
quid agere poterint.
(4) In Regm. Duo vero qui eum adierunt, Paulus tamen libro lau-
dato cap. 2, habet duo duces.
(5) * Corb., demonibus. 1n Colb., demoniis mutatum est in demo-
nibus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 383
« enchainé.» Puis appelant un interpréte, ils lui demandent
quel æété son crime, pour mériter le supplice d'une prison
si étroite. Mais lui, avoue qu'il est un homicide, un pé-
cheur coupable de tous les crimes. Alors un des barbares
tira son épée pour lui en porter un coup sur la tête; mais
sa main droite, encoré étendue pour frapper, se sécha,
demeura immobile; et lâcha le glaive, qui tomba par terre:
A cette vue, ses compagnons poussent un grand cri vers le
ciel, et supplient la clémence du saint de leur indiquer
ce-qu'ils doivent faire. Pour lui, il guérit le bras du ma-
lade, en lui imposant le signe du salut. Et cet homme
Boon: à la foi, en ce lieu même, se fit couper les che-
? veux, et ést aujourd'hui un des moines les plus fervens.
Les deux chefs qui écoutèrent sa parole rentrèrent vivans
dans leur patrie: Quant à ceux qui méprisèrent ses en-
seignemens, ils périrent misérablement dans lé pays
méme (1). Plusieurs d'entre eux, saisis par les démons,
S'écriaient : « O saint homme, ó bienheureux, pourquoi
«nous tourmenter et nous brûler ainsi?» Mais il leur im-
posait les mains et les délivrait.
Un habitant d'Anjou, par l'excés d'une fièvre vio-
lente, avait perdu l'ouie et la parole; et quoique guéri
de la fièvre, il était demeuré sourd et muet. Or, on
avait envoyé de cette province un diacre à Rome, pour
en rapporter des reliques des bienheureux apôtres et des
autres saints qui protégent cette ville. ll vint chez les
parens du malade, et ceux-ci le priérent de prendre leur
fils pour compagnon de voyage, persuadés que s'il ‘allait
visiter les tombeaux des saints apótres, il serait aussitót
guéri. Dans leur route, ils arrivèrent au lieu où habitait
(1) En latin Provincia. Ge pays était la Provence.
384 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
repti , clamabant : « Cur nos, sancte et beatissime, sic
« crucias, et incendis? » sed imposita eis (1) manu,
mundabat eos. Post hæc homo erat Andegavensis in-
cola, qui per nimiam febrem eloquium pariter audi-
tumque perdiderat; et cum de (2) febre convaluisset ,
surdus permanebat ac mutus. Igitur (5) diaconus ex
provincia illa Romam directus est, ut beatorum apos-
tolorum pignera (4), vel reliquorum sanctorum qui
urbem illam muniunt, exhiberet. Qui cum (5) ad
parentes infirmi illius pervenisset , rogant ut eum sibi
comitem itineris sumere dignaretur, confisi quod si
beatissimorum apostolorum adiret sepulcra, protinus
posset adsequi medicinam, Euntibus autem illis , vene- *
runt ad locum ubi. beatus Hospitius habitabat. Quo
‘salutato ac deosculato, causas itineris diaconus (6)
pandit, ac proficisci se Romam indicat, seseque his
qui sancto viro de naucleris (7) amici. essent com-
mendari deposcit. Cumque ibi adhuc moraretur, sensit
vir beatus per spiritum Domini adesse virtutem ;-et
ait, diacono : « Infirmum qui comes tui nunc est. iti-
« neris, rogo ut meis conspectibus repræsentes. » At
ille nihil moratus, velociter ad metatum vadit, inve-
nitque infirmum febre plenum , qui per nutum aures
suas dare tinnitum indicabat : adprehensumque ducit
(1) * Cam., imposita ejus manu.
(2) * Corb., cum febre conv.... Colb., Reg. B, a febre.
(3) [Clun. Zgitur Magnebobus diaconus... directus est a S. Li-
cinio episcopo, ut beatorum. ]
(4) * Corb. et Colb., pignora.
(5) * Corb., Colb., Reg. Z2, quod cum ad. — Infra, sibi deest.
(6) * Diaconus deest in Corb., Colb., Cam. et Reg. Z.
(7) * Corb., de cleris.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 385
le bienheureux Hospice. Aprés l'avoir salué et baisé, le
diacre lui expose les motifs de son voyage, lui annonce
qu'il se rend à Rome, et lui demande de le recommander
à des mariniers de ses amis. Tandis qu'il y prolongeait
son séjour, le bienheureux sentit l'esprit du Seigneur lui
communiquer sa vertu, et dit au diacre : « Présente-moi,
« je t'en prie, le malade qui t'accompagne dans ta route. »
A l'instant le diacre se rend à son logis, et trouve, en
proie à un accès de fièvre, le malade, qui par un signe
lui annonça que les oreilles lui tintaient : il le saisit et le
conduisit devant le saint de Dieu. Celui-ci, le prenarit
ar la chevelure, l'attira prés d'une fenêtre, et , lui tenant
#la langue avec la main gauche, il lui versa sur la bouche
et sur la téte une huile bénite, en disant : « Au nom de
« mon Seigneur Jésus-Christ, que tes oreilles s'ouvrent,
« et que ta bouche soit déliée par cette vertu qui autre-
« fois chassa d'un homme sourd et muet un démon mal-
« faisant;» et en méme temps il lui demanda son. nom.
Celui-ci répondit à haute voix : « Je m'appelle un tel (1). »
À cette vue le diacre s'écria : « Que je te rends de gráces,
« ó Jésus-Christ, qui daignes me montrer de tels pro-
« diges par l'entremise de ton serviteur! Je cherchais
« Pierre, je cherchais Paul, Laurent, et les autres qui
« ont illustré Rome de leur sang, mais je les ai tous
« trouvés ici, ici je les vois tous. » Et il accompagnait de
larmes ces paroles que lui arrachait l'admiration. Mais
l'homme de Dieu, toujours en garde contre les séduc-
(1) I1 dit son nom, mais Grégoire ne le sait pas. D’après quelques
mss. on pourrait croire que le nom est Pir ou Pie; mais c'est proba-
blement une altération du mot sic. Il semble d'ailleurs que Grégoire
lui aurait donné une terminaison latine.
11. 25
386 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
ad sanctum Dei. At ille adprehensa manu cæsarie,
adtraxit caput illius in fenestram, adsumtoque oleo
benedictione sanctificato, tenens manu sinistra lin-
guam ejus , ori verticique capitis infudit, dicens : « In
« nomine Domini mei Jesu Christi aperiantur aures
« tuse, reseretque os tuum virtus illa, que quondam ab
« homine surdo et muto noxium. ejecit dæmonium. »
Et hzc dicens, interrogat nomen. Ille vero clara voce
ait : « Sic dicor (1). » Cum hec vidisset diaconus,
ait : « Gratias tibi immensas refero , Jesu Christe , qui
« talia per servum tuum dignaris (2) ostendere. Quæ-
« rebam Petrum, quarebam Paulum, Laurentium-
« que, vel reliquos, qui Romam proprio cruore in-
« lustrant; hic omnes reperi, hic cunctos inveni. »
Hoc eo cum maximo fletu et admiratione dicente, vir
Dei omni intentione vanam vitans gloriam, ait : « Sile,
« sile (5), dilectissime frater, non hzc ego facio, sed
« ille qui mundum ex nihilo condidit, qui pro nobis
« hominem suscipiens (4), caecis visum, surdis audi-
« tum, mutis prestat eloquium; qui leprosis cutem
« pristinam (5), mortuis vitam, et omnibus infirmis
« adfluentem medicinam indulget. » Tunc diaconus
gaudens et valedicens, abscessit cum comitibus suis.
Quibus discedentibus (6), homo quidam Dominicus,
sic enim erat viro nomen, a nativitate cæcus, advenit
ad istius miraculi virtutem probandam. Qui dum in
(1) Colb. et Chesn. Pir dicor. * Reg. B, Pie dicor.
© (2) [Clun., dignatus es operare.]
(8) * Sile, semel tantum in Corb., Colb. et Reg. B.
(4) *.Corb., Colb., Cam., Reg. 2, suscepit.
(5) [Clun., cutem sels restituit, mortuis vitam.]
(6) * Quibus discedentibus desunt in Cam.
E
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 387
tions de la vaine gloire : « Silence, dit-il, silence, mon
« trés cher frére; ce n'est pas moi qui fais cela, mais celui
« qui a créé le monde de rien; qui, se revétant pour nous
« de l'humanité, donne la vue aux aveugles, l'ouie aux
«sourds, la parole aux muets; qui rend aux lépreux leur
« peau ancienne; aux morts, la vie; et distribue à tous
«les infirmes un reméde qui ne leur manque jamais. »
Alors le diacre, plein de joie, lui dit adieu, et se retira
avec ses compagnons. Aprés leur départ, un homme,
appelé Dominique, aveugle de naissance, vint pour faire
l'épreuve de cette vertu miraculeuse. Quand il eut sé-
journé dans le monastére deux ou trois mois, livré à la
priére et aux jeünes , enfin l'homme de Dieu l'appelle à
lui, et lui dit : « Veux-tu recouvrer la vue? — Mon désir,
« lui répond l'aveugle, était de connaitre des choses qui
« me sont inconnues , car j'ignore ce que c'est que la lu-
"- miére. Je sais seulement que tout le monde en fait
« l'éloge; pour moi, depuis ma naissance jusqu'à ce jour, je
« n'ai pu mériter de la voir.» Alors le saint lui faisant, avec
de l'huile bénite, une croix sur les yeux, dit : «Au nom de
« Jésus-Christ notre rédempteur, que tes yeux s'ouvrent. »
Et à l'instant ses yeux furent ouverts, et il était dans
l'admiration à la vue des merveilles que Dieu a répandues
dans le monde et qui frappaient ses regards. Ensuite une
femme, tourmentée de trois démons, comme elle le dé-
clarait elle-méme, fut amenée au saint reclus. Quand il
l'eut bénie par um saint attouchement , et lui eut imposé sur
le front le signe de la croix avec de l'huile consacrée, les
démons la quittérent, et elle se retira délivrée. Une autre
jeune fille, tourmentée par l'esprit immonde, fut aussi
guérie par sa bénédiction. Quand Hospice sentit appro-
cher le jour de sa mort, il appela le prévót du mo-
388 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
monasterio duobus aut tribus mensibus resideret , ora-
tioni ac jejuniis vacans, tandem vocat eum ad se vir
Dei, et ait : « Vis recipere visum? » Cui ille ait :
« Voluntas, inquit, mea erat ignota cognoscere (1).
« Nam quee sit lux ignoro. Unum tantum scio, quod
« ab omnibus conlaudatur (2) : ego autem ab initio
« ætatis meæ usque nunc videre non (5) merui. »
Tunc cum oleo benedicto super oculos ejus crucem
sanctam faciens, ait : « In nomine Jesu Christi re-
« demtoris nostri aperiantur oculi tui. » Et statim
aperti sunt oculi ejus : et erat admirans cernensque
magnalia Dei que in hoc mundo videbat. Dehinc
mulier quaedam, quae, ut ipsa declamabat, tria habens
daemonia , ad eum adducta est : quam cum tactu sacro
benedixisset , atque ex oleo sancto crucem fronti ejus
imposuisset , ejectis daemonibus purgata discessit. Sed
et aliam puellam, ab spiritu immundo vexatam, be-
nedictione sanavit. Cum autem jam dies obitus ejus
adpropinquaret, vocavit ad se prepositum monaste-
rii, dicens : « Exhibe ferramentum (4), et inrumpe
« parietem , et mitte nuntios ad episcopum civitatis,
« ut veniat ad me.sepeliendum. Die enim tertia ab hoc
« egredior mundo, et vado in: requiem destinatam,
« quam mihi Dominus repromisit. » Heec eo dicente,
misit prepositus monasterii ad episcopum civitatis
Nicensis, qui ei hec nuntiarent. Post haec Crescens
quidam venit ad fenestram, et videns eum catenis
(1) Regm., ignota conspicere.
(2) Corb., ab hominibus laudatur. * Cam., ab hominibus, — Supra,
Colb. et Reg. B, unum tamen.
(5) [ Clun., videre non potui.]
(4) | Clun., ferramenta.... et vadam.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 389
nastère (1), en lui disant : « Apporte des outils en fer pour
« percer la muraille, et envoie des messagers à l'évéque de
« la cité pour qu'il vienne m'ensevelir. Dans frois jours,
«je sors de ce monde, et je vais au repos qui m'attend
« et que le Seigneur m'a promis. » Aprés ces paroles, le
prévót envoya à l'évéque de Nice pour lui annoncer cette
nouvelle. Puis, un nommé Crescent s'approcha de sa
fenétre, et le voyant chargé de chaines et rempli de vers :
«O mon maitre, dit-il, comment peux-tu supporter de
« si cruels tourmens avec tant de courage? — Il me for-
« tifie, répondit le saint, celui au nom duquel je souffre
« tous ces maux. Mais je te l'assure; je me dégage de ces
« chaînes, et je vais entrer dans mon repos.» Quand le
troisiéme jour fut arrivé, il détacha ses liens, se prosterna
pour prier; et aprés avoir prié fort long-temps avec
larmes, il se placa sur un banc, étendit les pieds, éleva
les mains au ciel en action de gráces, et rendit l'esprit.
Aussitót tous les vers qui pénétraient ses saints membres
disparurent. Cependant l'évéque Austadius étant arrivé,
fit ensevelir avec le plus grand soin ce corps bienheu-
reux (2). Je tiens tous ces détails de la bouche méme
de ce sourd muet guéri par Hospice, ainsi que je l'ai
raconté, Il me cita de lui bien d'autres miracles encore ;
(1) Le prévót était chargé des intérêts temporels du monastère.
Præpositus peut encore signifier le prieur, ou la seconde personne
aprés l'abbé. Ici, l'abbé est Hospice lui-méme.
(2) On ne trouve pas Austadius daus le catalogue des évéques de
Nice. On voyait encore au xvii* siècle, prés de Ville-Franche, à trois
milles de Nice, les débris d'une tour et d'une église consacrée à San-
Sospír; c'est le nom corrompu de saint Hospice. Ces édifices furent
abattus pour la construction d'une tour que Victor Amédée fit bátir
en cet endroit. ( Tiré de Ruinart. )
390 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
vinctum , vermibus plenum, ait : « O domine mi,
« qualiter tam valida (1) tormenta tolerare tam for-
« titer potes? » Cui ille ait : « Confortat me ille pro
« cgjus nomine hzc patior. Dico autem tibi, quia jam
« absolvor ab his vinculis, et vado in requiem meam. »
Adveniente autem die tertia , deposuit catenas quibus
vinctus erat, prostravitque (2) se in orationem ; et
cum diutissime cum lacrymis orasset, conlocans se
super scamnum , extensis pedibus (3), elevatisque ad
coelum manibus, gratias agens Deo, tradidit spiritum.
Et statim omnes vermes illi, qui sanctos artus perfo-
rabant, evanuerunt. Adveniens autem Austadius epi-
scopus, beatum corpus studiosissime sepulture man-
davit. Hec omnia ab ipsius ore cognovi, quem superius
mutum et surdum ab eo sanatum exposui : qui multa
mihi et alia de ejus virtutibus narravit; sed prohibuit
me res illa loqui, quia audivi vitam ipsius a multis
fuisse conscriptam.
VII. Eo (4) tempore Ferreolus Ucecensis episcopus ,
magnee vir sanctitatis, obiit, plenus sapientia et intel-
lectu. Qui libros aliquos epistolarum , quasi Sidonium
secutus, composuit. Post cujus obitum, Albinus ex
præfecto, per Dynamium (5) rectorem Provinciæ, extra
(1) * Tam valida desunt in Cam. — Infra, absolvor in his vinculis.
(2) * Corb., Colb., Reg. Z, prostravit se in.
(3) Regm., pedibus ac manibus, elevatisque ad caelum oculis.
(4) Hoc caput deest in Corb. et Colb. [deest et in Dub., * in Reg. 8
et Cam., sicut et quatuor sequentia.] Ferreolum uti martyrem ple-
rique colunt.
(5) De Dynamio non semel infra Gregorius. Ejus laudes cecinit
Fortunatus lib. vi, carm. 11 et 12, ubi etiam de Albino, Jovino, et
"Theodoro, de quibus hic Gregorius, et infra cap. 11.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 391
mais je n'ai pu en parler, parce que j'ai appris que.sa vie
avait été écrite par plusieurs auteurs.
VII. En ce temps mourut Ferréol, évèque d'Uzés, homme
d'une grande sainteté, rempli de sagesse et de. pénétra-
tion. Il avait composé quelques livres de lettres, comme
s'il eût pris Sidoine pour modèle. Après sa mort, Albinus,
ancien préfet, poussé par Dynamius, gouverneur de la
Provence, s'empara de l'épiscopat sans l'agrément du roi.
Mais aprés en avoir joui à peine trois mois, comme il
allait étre dépossédé, il mourut. Ensuite Jovin, autrefois
gouverneur de la Provence, recut un diplóme du roi qui
l'investissait de l'épiscopat. Mais il fut prévenu: par le
diacre Marcel, fils du sénateur Félix, qui, dans une assem-
blée des évéques de la province, fut élu par l'influence
de Dynamius. Ensuite Marcel, attaqué violemment lui-
399 HISTORIA FRANCORUM , LIB. VI.
regis consilium, suscepit episcopatum : quo non am-
plius quam tribus utens mensibus , cum ad hoc causa
restitisset ut removeretur, defunctus est. Jovinus ite-
rum qui quondam Provincie rector fuerat, regium
de episcopatu preceptum accipit. Sed praevenit eum
Marcellus diaconus, Felicis senatoris filius. Qui con-
vocatis comprovincialibus, per consilium Dynamii
episcopus ordinatus est. Sed et ipse vi pulsatus dein-
ceps a Jovino, ut removeretur, conclusus in civitate,
virtute se defensare nitebatur; sed cum non valeret,
muneribus vicit.
VIII. Obiit (1) et Eparchius reclausus Egolismensis,
vir magnifice sanctitatis , per quem Deus multa mira-
cula ostendit : de quibus, relictis plurimis, pauca
perstringam. Petrogorice urbis incola fuit; sed post
conversionem clericus factus, Egolismam veniens,
cellulam sibi ædificavit. In qua collectis paucis mona-
chis, in oratione morabatur assidue : et si ei aliquid
auri argentique offerebatur, aut in necessitatibus pau-
perum, aut in redemtione captivorum distribuebat.
Panis in cellula (2) illa, eo vivente, coctus numquam
fuit, sed a devotis, cum necessitas exegisset, infere-
batur. Magnam enim catervam populorum de obla-
tionibus devotorum redemit; pusularum (5) malarum
venenum crucis signo sepe compressit, dæmonas de
obsessis corporibus oratione abegit; et judicibus ple-
rumque, ut culpabilibus ignoscerent, dulcedine profusa
(1) Hoc caput laudatur in libro de miraculis S. Eparchii. DM.
Ecolesinensis ; paulo post Ecolesinam. ]
(2) [Clun., in loco illo.]
(3) Regm., pustularum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 393
méme par Jovin, qui voulait le chasser du siége épiscopal,
s'enferma dans la ville, et tenta de résister par la force;
mais comme il se sentait ‘plus faible, il obtint la victoire
par des présens.
VIII. Alors mourut aussi Éparchius (1), reclus d'Angou-
léme, homme d'une éclatante sainteté, par qui Dieu opéra
beaucoup de miracles. D'un grand nombre, que je passe
sous silence, je n'en citerái que quelques uns. Il était habi-
tant de Périgueux; mais, converti à la vie religieuse, il
fut fait clerc, et vint à Angoulême, où il se construisit une
cellule. Là, ayant réuni quelques moines, il se livrait
assiduement à la prière ; et si on lui offrait de l'or et de l'ar-
gent, il l'employait aux besoins des pauvres ou au rachat
des captifs. Jamais, de son vivant, pain ne fut cuit dans
sa cellule; mais des dévots lui en apportaient lorsqu'il en
avait besoin. De leurs offrandes il racheta un grand nom-
bre de captifs. Souvent il détruisit, avec le signe de la
croix, le venin des pustules malignes; chassa, par la
‘prière, les démons du corps de plusieurs possédés; et la
plupart du temps, par la douceur de ses paroles, com-
manda aux juges, plutôt qu'il ne les pria, d’être indülgens
(1) Vulgairement nommé saint Cybar. 1l mourut le 1*' juillet,
an 581.
394 HISTORIA. FRANCORUM, LIB. VI.
imperavit potius quam rogavit. Nam ita erat dulcis
adloquio, ut ei negare non possent, cum fuisset in-
dulgentiam deprecatus. Quodam vero tempore, dum
pro furto quis ad pendendum deduceretur, qui et in
aliis multis sceleribus, tam in furtis quam in homi-
cidiis accusabatur ab incolis criminosius, et hec ei
nuntiata fuissent, misit monachum suum ad depre-
candum judicem (1), ut scilicet.culpabilis ille vitæ
concederetur. Sed insultante vulgo atque vociferante,
quod , si hic dimitteretur, neque regioni neque judici
possit esse consultum, dimitti non potuit. Interea (2)
extenditur ad trocleas, virgis ac fustibus cæditur, et
patibulo condemnatur. Cumque moestus monachus
abbati renuntiasset : « Vade, inquit, adtende a longe,
« quia scito quod, quem homo reddere noluit, Domi-
« nus suo munere donabit. Tu vero cum eum cadere
« videris, protinus adprehensum adducito in monaste-
« rium. » Monacho vero jussa complente, ille proster-
nitur in oratione; et tamdiu in lacrymis ad Dominum
fudit preces, quoadusque, disrupto obice cum catenis,
terre restitueretur adpensus. Tunc monachus adpre-
hensum eum, abbatis conspectibus incolumem repræ-
sentat. At ille, gratias Deo agens, comitem arcessiri
jubet, dicens : « Semper me benigno ánimo solitus
« eras audire, fili dilectissime; et cur hodie induratus,
« hominem, pro cujus vita rogaveram , non laxasti? »
At ille : « Libenter te, inquit, audio, sancte sacer-
« dos; sed, insurgente vulgo, aliud facere non potui,
mn ETERNI cu sf,
(1) Eum infra comitem appellat. Et re vera comites ad dicendum
jus in civitatibus erant instituti, [In Vita sancti Eparchii , ab auctore
æquali scripta, comes ille Chramnulfus appellatur. ]
(2) Sic Casin. et Bec.; alii, Zn terra extenditur, ad.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 395
envers les coupables. Telle était en effet la douceur de
son langage , qu'on ne pouvait le refuser lorsqu'il sollici-
tait l'indulgence. Un jour qu'on menait pendre un voleur
pris sur le fait, et accusé par les habitans de plusieurs
autres crimes, comme larcins et homicides, Éparchius,
instruit de cette nouvelle, envoie un de ses moines pour
demander au juge la gráce du coupable. Mais comme le
peuple s'élevait contre cette demande, en criant que, si
on le reláchait, il n’y aurait plus de sûreté ni pour la
contrée ni pour le juge, il ne put rien obtenir. Cependant
le criminel est étendu sur la roue, frappé à coups de
verges et de báton, et condamné au gibet. Quand le
moine, tout chagrin, eut fait son rapport à l'abbé : « Va,
« lui dit ce dernier; observe de loin : car, sache-le bien,
« celui qu'un homme n'a pas voulu me rendre, Dieu me
« le donnera par un effet de saibéralité. Pour toi, quand
« tu le verras tomber, prends-le sur-le-champ , et amène-
«le au monastère. » Tandis que le moine exécutait ses
ordres, le saint resta prosterné, et adressa au Seigneur
ses larmes et ses priéres, jusqu'à ce que la corde et les
chaînes s'étant rompues, le pendu tomba par terre. Alors
le moine le prit , et le présenta vivant aux yeux de l'abbé.
Celui-ci , rendant grâce à Dieu, fit venir le comte, et lui
dit : « Tu avais coutume de m'écouter avec bienveillance,
« ó mon fils chéri! pourquoi , plus dur aujourd'hui , n'as-
«tu pas reláché l'homme dont je te demandais la gráce?
« — Je t'écoute volontiers, saint prêtre, répondit le juge;
« mais*voyant le peuple s'insurger, je n'ai pu faire autre-
« ment, par crainte d'une sédition. — Eh bien! dit le
« réclus, tu ne m'as pas écouté, mais Dieu a daigné m'en-
« tendre; et celui que tu as livré à la mort, il l’a rendu à
« la vie. Tiens, ajouta-t-il, le voilà debout devant toi, en
396 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« timens super me seditionem moveri. » Et ille : « Tu,
« inquit, me non audisti ; Deus autem audire dignatus
«est; et quem tu tradidisti morti , ille vitæ restituit.
« En, inquit, coram te adstat sanus. » Hac eo dicente,
prosternitur ad pedes ejus comes stupens (1), quod
videbat vivere quem in mortis interitu reliquisset. Haec
ego ab ipsius comitis ore cognovi : sed et alia multa
fecit, quae insequi longum putavi. Post quadraginta
quatuor vero annos reclusionis suæ, parumper febre
pulsatus, tradidit spiritum; protractusque a cellula ,
sepulturae mandatus est. Magnus autem conventus,
ut diximus, de redemtis in ejus processit exsequiis;
IX. Domnolus (2) vero, Cenomannorum episcopus,
ægrotare coepit. Tempore enim Chlothacharii regis,
apud Parisius ad basilicafn sancti Laurentii gregi mo-
nasteriali preefuerat : sed quoniam , Childeberto se-
niore vivente, semper Chlothachario regi fidelis exsti-
tit, et nuntios illius ad speculandum missos crebrius
occulebat, præstolabatur rex locum in quo pontifi-
catus honorem acciperet. Migrante autem Avennien-
sis (5) civitatis pontifice, istum illuc dare delibera-
verat. Sed beatus Domnolus, hzc audiens, ad basilicam
sancti Martini antistitis, quo tunc Chlothacharius rex
ad orationem venerat, accessit, et nocte tota in vigi-
liis excubans, per priores qui aderant, regi suggestio-
nem intulit ut non quasi captivus ab ejus elongaretur
adspectu; nec permitteret simplicitatem illius inter
(1) Sic cod. Regm. ; alii, ad pedes comitis stupentis.
(2) Regm. habet hic Mummolus, sed infra, ut ceteri, Domnolus
Subscripsit conc. Turon. 11, ann. 567.
(5) (Cluniac., Cenomaniensis civitatis, mendose. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 397
« boüne santé. » À ces mots, le comte se précipite à ses
pieds, étonné de voir vivant celui qu'il avait: laissé à
l'article. de la mort. J'ai appris ce fait de la bouche méme
du comte. Éparchius fit encore beaucoup d'autres choses,
qu'il serait trop long de raconter. Apràs quarante-quatre
ans de réclusion volontaire, attaqué d'une légère fièvre,
il rendit l'esprit (1). On le tira de sa cellule pour l'ense-
velir; et un grand nombre de captifs, rachetés par lui,
comme je l'ai dit ci-dessus, accompagnèrent ses’ funé-
railles.
IX. Cependant Domnol, évéque du Mans, tomba
malade. Au temps du roi Clotaire, il avait gouverné un
couvent de moines à Paris, dans la basilique de Saint-
Laurent (2); et, comme du vivant méme de Childebert
l'ancien, il était toujours resté fidéle au roi Clotaire, qu'il
cachait les messagers que ce prince envoyait souvent pour
examiner l'état des affaires, ce roi attendait l'occasion
d'un siége vacant pour l'élever aux honneurs de l'épisco-
pat. Quand l'évêque d'Avignon fut mort, Clotaire songea
à Domnol pour le remplacer : mais, à cette nouvelle, le
bienheureux se rendit à la basilique de Saint-Martin, où
le roi Clotaire était venu pour prier, et y ayant passé
(1) 11 mourut le 1° juin, an 581.
(2) Ce monastère , selon Ruinart et D. Bouquet, fut depuis l'église
paroissiale du méme nom dans le faubourg Saint-Denis. La basilique
de Saint-Martin nommée plus bas est, selon les mémes, le célébre
prieuré de ce nom, maintenant Conservatoire des Arts et Métiers.
1l faut avouer qu'alors ces deux églises étaient assez loin de la ville;
à moins qu'on n'explique apud Parisius par, auprés de Paris. Voyez
plus bas, chap. 25.
398 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
senatores sophisticos, ac judices philosophicos (1) fa-
tipari, adserens hunc locum humilitatis sibi esse po-
tius quam honoris. Ad hec rex annuens, migrante
Innocentio Cenomannorum episcopo, ipsum ecclesiæ
illi antistitem destinavit. Jam adsumto episcopatu ,
talem se tantumque prebuit, ut in summee sanctitatis
culmen evectus, debili usum gressuum , cæco (2) resti-
tueret visum. Qui post viginti duos episcopatus annos,
dum se cerneret morbo regio calculoque gravissime
fatigari, Theodulfum abbatem in locum suum præe-
legit : cujus adsensui rex prebuit voluntatem ; sed
non multum post tempus, mutata sententia, in Bade-
chisilum (5) domus regiae majorem transfertur electio.
Qui tonsuratus, gradus quos clerici sortiuntur ascen-
dens, post quadraginta dies, migrante sacerdote, suc-
cessit.
— X. His diebus, basilica sancti Martini a furibus
effracta fuit. Qui ponentes ad fenestram absidæ can-
'cellum , qui super tumulum cujusdam defuncti erat,
ascendentes per eum, effracta vitrea, sunt ingressi;
auferentesqué multum auri argentique, et palliorum
(1) [Cod. Clun. deest philosophicos.]
(2) Claudus appellabatur Rainarius, et hic cæcus Siagrius, ex Vite
auctore.
(5) Regm. [et Clun.,] Baldechilum. Is est Badegisilas, ut habet
Chesn., de quo non semel infra Gregorius. Subscripsit conc. Matisc. it,
ann. 585. Mirum est autem de eo nihil prorsus haberi in actis episco-
perum. Cenomann., qua tomo in. Analect. Mabillon., edita sunt. Vide
lib. 1n. Mirac. S. Martini, cap. 55. Hæc prima est, ni fallor, mentio
majoris-domus apud Gregorium.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 399
toute la nuit en oraisons, il fit demander au roi, par les
grands qui se trouvaient là, de ne pas l'éloigner de sa
présence comme un captif; de ne pas livrer un homme
simple comme lui aux attaques de sénateurs sophistiques
et de juges philosophes; assurant que cette place serait
pour lui une cause d'humiliation plutót que d'honneur.
Le roi y consentit, et à la mort d'Innocent, évéque du
Mans, il le nomma prélat de cette église. Mis en posses-
sion de l’épiscopat, il s'éleva par.son mérite et ses vertus
au plus haut point de sainteté, et rendit méme à un boi-
teux l'usage du pied; à un aveugle, celui de la vue. Aprés
vingt-deux ans d'épiscopat, se voyant cruellement tour-
menté par l'épilepsie et par la pierre, il désigna pour lui
succéder l'abbé Théodulf, et le roi approuva son choix.
Mais peu aprés il changea d'avis, et fit élire à sa place
Badegisil, maire du palais. Celui-ci fut tonsuré, passa
par tous les degrés de la cléricature; et l'évéque étant
mort quarante jours aprés, il lui succéda.
X. Dans ces jours-là, des voleurs entrérent par effrac-
tion dans la basilique de Saint-Martin (1). Ayant appuyé
contre la fenétre de l'abside un treillage qui était placé
sur le tombeau d'un mort, ils montérent dessus, et en-
trérent dans l'église en brisant les vitres; puis ils se
retirérent emportant beaucoup d'or, d'argent, et d'étoffes
de soie : ils n'avaient pas craint de fouler aux pieds le
saint tombeau oü nous osons à peine appliquer nos
lévres. Mais la vertu du saint fit découvrir les sacriléges
par un chátiment terrible : car aprés avoir consommé
leur crime, ils s'étaient rendus à Bordeaux, où, dans
(1) Celle de Tours, comme l'indique la suite du chapitre.
400 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
holosericorum, abierunt, non metuentes super sanc-
tum sepulcrum pedem ponere, ubi vix vel os adplicare
præsumimus. Sed virtus sancti voluit hanc temerita-
tem etiam cum judicio manifestare terribili. Nam hi
perpetrato scelere: ad Burdegalensem civitatem ve-
nientes, orto scandalo , unus alterum interemit : sic-
que patefacto opere, furtum repertum est, ac de
hospitali eorum argentum comminutum (1), et pallia
sunt extracta. Quod cum regi Chilperico (2) nuntia-
tum fuisset, jussit eos alligari vinculis, et suo con-
spectui præsentari. Tunc ego, metuens ne ob illius
causam homines morerentur, qui vivens in corpore
pro perditorum vita sæpius deprecatus est, epistolam
regi precationis transmisi , ne nostris (5) non accusan-
tibus, ad quos prosecutio pertinebat, hi interfice-
rentur. Quod ille benigne suscipiens, vitz restituit.
Species vero, quae dissipatæ fuerant, studiosissime
componens, loco sancto reddi precepit.
XI. Apud (4) Massiliensem vero urbem Dynamius,
rector Provincize, graviter insidiari Theodoro episcopo
coepit. At ille ad regem properare disponens, com-
prehensus ab eo, in medio civitatis tenetur; et gra-
viter injuriatus, tandem laxatus est. Clerici autem
Massilienses dolum cum Dynamio moliebantur, ut ab
episcopatu ejiceretur. Sed dum ad regem Childebertum
ambularet, cum Jovino ex prefecto a Guntchramno
(1) Sic Regm. [Clun.] et Bad. ; alii, communitum.
(2) Regm. [et Clun.,] Chlotario. ij
(3) Sie Casin. et Regm. Editi vero cum Bec., ne nobis.
(4) Hoc etsi desit in pluribus mss., non tamen ab interpolatore ad-
ditum est. Vide notas in cap. seq. et in cap. 24 hujus libri.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 401
une dispute, un des deux tua son camarade. Ce fait avéré
donna. lieu de retrouver les traces du vol précédent; et
on tira de leur hôtel l'argenterie mise en pièces, et les
voiles de soie. Le roi Chilpéric, instruit de cet événe-
ment, ordonna qu'ils fussent garrottés et amenés en sa
présence. Mais moi, craignant de voir périr des hommes
pour la cause de celui qui-pendant sa vie avait souvent
prié pour sauver des coupables, j'adressai au roi une
lettre de supplication pour leur éviter le supplice, puisque
nous ne les accusions pas, nous à qui il appartenait de
les poursuivre. Le roi accueillit cette requéte avec bien-
veillance, et leur laissa la vie. Quant aux objets précieux
qui avaient été dispersés, il les fit soigneusement recueil-
lir et replacer dans le lieu saint.
XI. A Marseille, Dynamius, gouverneur de la Pro- ,
vence, se mit à persécuter cruellement l'évéque Théo-
dore. Et comme celui-ci se disposait à se rendre auprés
du roi, il le fit saisir au milieu de la ville, le rétint pri-
sonnier, l'accabla d'outrages, puis enfin le relácha. Or les
clercs de Marseille complotaient avec Dynamius pour lui
faire perdre l'épiscopat. Tandis que Théodore se dirigeait
vers Childebert, il fut arrêté avec Jovin, ex-préfet, par
ordre du roi Gontran. A cette nouvelle, les clercs de
Marseille, remplis de joie de ce qu'il était déjà prison-
nier, déjà exilé, hors d'état de retourner jamais à Mar-
seille, s'emparent des maisons de l'église, inventorient
les objets consacrés au service des autels, ouvrent les
It. 26
D
402 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
rege detineri jubetur. Quod audientes Massilienses
clerici, gaudio magno repleti, quod jam teneretur,
jam deputaretur exsilio ; quod jam in hoc res persti-
tisset, ut numquam reverteretur, domos ecclesie
adprehendunt, ministeria (1) describunt, regestoria
reserant, promtuaria exspoliant, omnesque res ec-
clesize, tamquam si jam mortuus esset episcopus, per-
vadunt, diversa crimina de pontifice proloquentes ,
que falsa, Christo auspice, deprehenduntur (2).
Childebertus vero, postquam cum Chilperico pacifi-
catus est, legatos ad Guntchramnum regem mittit,
ut medictétem Massiliæ, quam ei post obitum patris
sui dederat, reddere deberet. Quod si nollet, noverit
se multa perditurum pro partis istius retentione (5).
Sed ille cum hec reddere nollet , vias claudi precepit,
ut nulli per regnum ejus transeundi aditus panderetur.
Hec cernens Childebertus, Gundulfum, ex domestico
ducem factum, de genere senatorio , Massiliam dirigit.
Qui cum non auderet ambulare jam per Guntchramni
regnum, "Turonis venit. Quem benigne susceptum ,
recognosco matris meæ avunculum ;: retentumque
mecum quinque diebus, impositisque necessariis, abire
permisi. Illé vero progressus, Massiliam ingredi, ob-
sistente Dynamio, non valebat. Sed nec episcopus, qui
jam tunc cum Gundulfo venerat, in ecclesia sua reci-
piebatur. Dynamius autem una cum clericis portas
obserat urbis, insultans pariter ac utrumque despi-
(1) Id est-vasa sacra. Ubi observandum jam consuetudinem tunc
invaluisse, ut defuncto episcopo, clerici quecumque poterant diri-
perent.:
(2): Alias, deprehendit.
(5). [Clun., retentatione.]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 403
coffres, pillent les celliers; et, comme si l’évêque était
déjà mort, s'approprient tous les biens de l'église, en
chargeant le pontife de diverses imputations, qui , gráce
au Christ, se sont trouvées fausses.
Childebert, aprés avoir fait la paix avec Chilpéric, en-
voya des députés au roi Gontran, pour lui redemander la
moitié de Marseille, qu'il lui avait donnée aprés la mort
de son pére. En cas de refus, il lui faisait craindre de
perdre beaucoup pour avoir voulu retenir cette. partie.
Mais Gontran s'y refusa, et fit garder les routes pour que
personne ne püt s'ouvrir un passage à travers ses états.
Alors Childebert dirigea vers Marseille Gondulf, de
race sénatoriale (1), qui de domestique (2) était devenu
. duc. Mais comme celui-ci n'osait traverser le royaume de
Gontran, il vint à Tours. Je le reçus amicalement, et
ayant reconnu en lui un oncle de ma mére (3), je le re-
tins avec moi pendant cinq jours; puis, aprés lui avoir
donné tout ce qui lui était nécessaire, je le laissai aller.
Mais arrivé au terme de son voyage, il ne pouvait entrer
dans Marseille, car Dynamius s'y opposait; et l'évéque,
(1) Grégoire appelle familles sénatoriales, celles qui, du temps des
Romains , avaient été admises dans le sénat. Ces sénateurs de province
étaient appelés sénateurs étrangers (peregrini), et la plupart n'avaient
jamais vu Rome. Peut-être aussi notre auteur appelle-t-i] sénateurs
ceux qui tenaient le premier rang dans leurs villes ( Ruin. ), c'est-à-
dire ceux qui composaient les sénats ou curies des cités.
(2) Sur la fonction de domestique, voyez liv. 1v, chap. 5, note 2.
(3) Selon Lecointe, il était frére de saint Nisier, évéque de Lyon.
404 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
ciens, episcopum scilicet et Gundulfum. Tandem ad
colloquium ducis adscitus, in basilicam beati Ste-
phani, qua urbi est proxima , venit. Ostiarii enim
custodiebant edis ingressum, ut, introeunte Dynamio,
valvæ protinus clauderentur. Quo facto, exclusæ arma-
torum turbæ post Dynamium ingredi nequiverunt.
Quo non intelligente, dum diversa inter se super alta-
rium conferunt, recedentes ab altario, salutatorium
ingrediuntur. Introeuntem cum his Dynamium nu-
datumque jam a suorum solatio terribiliter incre-
pant : fugatisque satellitibus, qui cum armis, eo ab-
ducto (1), circumstrepebant, seniores civium ad.se
dux una cum episcopo collegit, ut civitatem ingrede-
retur. Tunc Dynamius, hzc omnia cernens, veniam
petens, datis duci multis muneribus, reddito etiam
sacramento sc fidelem episcopo deinceps regique futu-
rum, suis induitur indumentis (2). Tunc reseratis tam
| portarum quam sacrarum ædium valvis , ingrediuntur
utrique civitatem, dux scilicet et episcopus, cum
signis et laudibus diversisque honorum vexillis. Cle-
rici autem, qui sceleri huic mixti fuerant, quorum
caput. Anastasius abbas et Proculus presbyter. (5)
erant, intra Dynamii tecta confugiunt, petentes ab
eo opem refugii, a quo fuerant incitati (4). Multi
tamen eorum per idoneos fidejussores dimissi, ad re-
(1) Sic Regm. et Bec., alii adducto.
(2) [Clun., vestimentis. ]
(3) Regm., [Clun.,] Proculus abba. Bad., Proculi presbyteri. Porro
Anastasius abbas erat sancti Victoris, monasterii etiam nunc apud
Massiliam celeberrimi, ord. sancti Benedicti, quod a Joanne Cassiano
seculo quinto conditum fuit.
(4) [Clun., fuerant invitati. ]
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 405
qui s'était joint à Gondulf, n'était pas reçu dans son église.
Dynamius, d'accord avec les clercs, avait fermé les portes
de la ville, et de là insultait également Gondulf et Théo-
dore. Enfin, engagé à une conférence avec le duc, il-vint
le trouver dans la basilique de Saint-Étienne, hors de-la
ville. Or les portiers gardaient l'eritrée de l'église pour-en
fermer les portes aussitót que Dynamius serait introduit,
Ce qui fut fait; et la troupe d'hommes armés qui accom-
pagnait. Dynamius. resta en. dehors sans pouvoir entrer.
Celui-ci ne s'en aperqut pas. Aprés avoir parlé de diffé-
rentes choses auprès de l'autel, on s'en éloigne et on
entre. dans la sacristie. Dynamius y entra avec les autres.
Alors ceux-ci le voyant séparé de tous ceux qui pouvaient
le: secourir, lui font des reproches terribles : puis, après
la dispersion des satellites armés qui faisaient grand bruit
en dehors depuis qu'on avait emmené leur chef, le duc
réunit auprès de lui l'évêque et les plus distingués des
citoyens pour entrer dans la ville. Dynamius, voyant tout
ce qui.se passait, demanda grâce, fit au duc plusieurs
présens, et ayant promis par serment d'étre désoignais
fidèle à l'évêque et au roi, il fut recouvert de ses véte-
mens (1). Alors s'ouvrirent les portes de la ville et-des
églises; et tous deux, le duc et l’évêque, entrèrent dans
Marseille, au milieu des acclamations, du son des cloches
- et des diverses bannières des grands officiers du roi. Les
cleres complices de ce crime, à la téte desquels étaient
l'abbé. Anastase et le prêtre Procule, se réfugient dans la
maison de Dynamius, demandant asile et protegtion à -.
celui m les avait soulevés. Néanmoins plusieurs d'entre
(1) Il en avait peut-être été dépouillé, avec violence, par ceux qui
venaient de lui arracher un serment. _
406 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
gem jussi sunt ambulare. Interea Gundulfus, subjugata
civitate in Childeberti regis ditionem , restitutoque in
locum suum antistite, ad regem Childebertum regres-
sus est. Sed Dynamius, immemor fidei quam Childe-
berto regi promiserat, ad Guntchramnum regem nun-
tios dirigit, dicens, quod partem sibi debitam civitatis
per episcopum perderet, nec umquam Massiliensem
urbem suo potiretur dominio, nisi hic evellatur ab ea.
At ille, ira commotus, jubet contra fas religionis, ut
pontifex summi Dei artatus vinculis sibi exhiberetur,
dicens : « Trudatur exsilio inimicus regni nostri , ne
« nobis nocere amplius valeat. » Sed cum episcopus
de his suspectus esset, nec facile posset ab urbe erui ,
advenit festivitas dedicationis oratorii ruris suburbani.
Cumque ad haec festa , egressus civitatem , properaret ,
subito armati, cum magno fremitu ab occultis insidiis
scatentes, sanctum vallant antistitem ; dejectumque
ab equo, fugant omnes comites ejus , servientes alli-
gant, clericos cedunt, ipsumque super miserabilem
imppnentes (1) caballum, nullum de suis sequi per-
mittentes, ad regis deducunt presentiam. Cumque
per Aquensem præterirent urbem , Pientius (2) epi-
scopus loci, condolens fratri, datis clericis ad sola-
tium, impositisque necessariis, abire permisit. Dum
hec agerentur, clerici iterum Massilienses domos ec-
clesiæ reserant, arcana rimantur, et alia describunt ,
alia suis domibus inferunt. Episcopus vero ad regem
(1) [Clan., equum imponentes. ]
(2) Sic Bec. et Regm. cum Bad.; alii, Piencus. Pientii episc. Aquen-
sis, id est Aquarum Sextiarum, Aix en Provence, missus, subscripsit
concilio Matiscon. II, ann. 585.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 407
eux , reláchés sous caution, recurent ordre d'aller trouver
le roi. Cependant Gondulf, ayant soumis la ville à la
domination de Childebert et rétabli l'évéque sur son
siége, retourna auprés de ce roi. Mais Dynamius, ou-
bliant la foi jurée à Childebert, envoya des messagers
au roi Gontran pour lui dire que l'évéque lui ferait per-
dre la portion de la ville qui lui appartenait (1), et que
jamais il ne serait le maitre de Marseille si on n'en arra-
chait cet homme. Gontran, ému de colére, ordonna,
malgré le respect dà à la religion, qu'un pontife du Dicu
tout-puissant lui fût amené chargé de chaines, en disant :
« Qu'on jette en exil l'ennemi de notre royaume, pour
« qu'il ne puisse nous nuire davantage. » Mais comme les
soupcons de l'évéque étaient éveillés sur ce point, et qu'il
n'était pas facile de le tirer hors de la ville, survint la
soleunité d'une dédicace pour un oratoire de la campagne,
situé prés de Marseille. Et lorsqu'il fut sorti de la ville,
se rendant en grande hâte à cette fête, des hommes armés
sélancent tout à coup à grands cris d'une embuscade
secréte, entourent le saint prélat, le renversent de che-
val, mettent en fuite ses compagnons, enchainent ses
serviteurs, battent ses clercs, et le plaçant sur un mau-
vais cheval, sans permettre à aucun des siens de l'ac-
compagner, l'emménent pour le présenter au roi. Comme
ils traversaient la ville d'Aix, Pientius, évéque de l'en-
droit, s'apitoyant sur le sort d'un frère, lui donna des
cleres pour l'assister, et ne le laissa partir qu'aprés lui
(1) 1l semble, par ce qui précède, que Gondulf avait réduit toute
la ville sous l'obéissance de Childebert, pour punir Gontran dé n'avoir
pas voulu lui rendre la moitié qui lui appartenait, Le récit est aussi
vague que devaient être peu précisés les droits de deux souverains
sur une seule ville.
408 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
deductus , nec culpabilis inventus, ad civitatem suam
redire permissus , cum grandi est a civibus laude sus-
ceptus. Ex hoc autem gravis inimicitia inter Gunt-
chramnum regem et Childebertum nepotem suum
. exoritur, disruptoque foedere, sibi invicem insidia-
bantur. d
XII. Igitur Chilpericus rex cernens has discor-
dias (1) inter fratrem ac nepotem suum pullulare ,
Desiderium ducem evocat, jubetque ut aliquid ne-
quitiæ inferat fratri. At ille, commoto exercitu, Rag-
novaldo (2) duce fugato, Petrogoricum pervadit ;
exactoque sacramento , Aginnum pergit. Haec audiens
uxor Ragnovaldi, quod scilicet, fugato viro suo, hæc
et civitas in potestatem regis Chilperici redigeretur (5),
basilicam sancti martyris Caprasii expetiit. Sed extracta
(1) Quz scilicet capite precedenti memorantur, ut fatetur Cointius.
Et tamen caput istud 12, rejicere non potest, quod in omnibus codd.
habeatur ; admittat itaque et precedens necesse est, licet in pluribus
scriptis desideretur; nec inferat eo ipso aliquod caput esse interpo-
laturi, quod in codd. quibusdam desint. Et quidem utriusque capitis
epitomen fecit Fredegarius cap. 87.
(2) Sic Corb., Bec., Regm. et Cam., cum aliquot editis. Colb. vero
et Chesn., Hegnovaldo, et Reginovaldo. "Reg. B, Reginvaldo. —
Corb., Petrocoricum.... Agennum. Cam., Petroricum.
(3) Sic Corb. * et Cam. ; alii vero, Jue civitates in.... redigerentur :
[ita Clun.] * et Reg. 8. Corb. lectionem prætulimus. Nam tunc capto
Aginno, uxor Ragnovaldi, qua ad basilicam sancti Caprasii, in hac
urbe sitam, confugerat, in hostium manus devenit.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 409
avoir fourni tout ce qui lui. était nécessaire. Tandis que
ces choses se passaient les clercs de Marseille ouvrent de
nouveau les maisons de l'église, fouillent dans les lieux
les plus cachés ,*font l'inventaire de plusieurs objets, et
transportent les autres dans leurs demeures. Cependant
l’évêque, conduit devant le roi et trouvé innocent, eut
la permission de retourner dans sa ville, où il fut ac-
cueilli avec de grandes acclamations de la part des ci-
toyens. Mais de là naquit une profonde inimitié entre le
roi Gontran et Childebert son neveu; et leur alliance
ainsi rompue, ils se tendaient réciproquement des piéges.
XII. Chilpéric, voyant croitre ces germes de discorde
entre son frére et son neveu, appela le duc Didier, et lui
ordonna de faire quelque méchanceté à son frère. Celui-ci
se mit en marche avec une armée, et ayant forcé le duc
Ragnovald de prendre la fuite, s'empara de Périgueux,
exigea des habitans serment de fidélité, et se dirigea sur
Agen. La femme de Ragnovald, apprenant la fuite de son
mari et la soumission probable de cette derniére ville à
la domination de Chilpéric, se réfugia dans la basilique
du saint martyr Caprasius (1). Mais arrachée de cet asile
et dépouillée de ses richesses et de sa suite, elle fut en-
voyée à Toulouse sous caution, et là se retira encore dans
la basilique de Saint-Saturnin (2). Cependant Didier
s'empara de toutes les villes de cette contrée appartenant
à Gontran, et les soumit à l'empire de Chilpéric. De son
cóté, le duc Bérulf, apprenant qu'il était bruit parmi
ceux de Bourges d'entrer sur le territoire de Tours, leva
X
(1) Ou Saint-Caprais; en gascon, Saint- Grapásy.
(2) A Toulouse, on l'appelle Saint-Sernin.
410 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
exinde, et spoliata facultate ac solatio famulorum, datis
fidejussoribus , 'Tholosam dirigitur : ibique iterum in
basilica sancti Saturnini ingressa ( 1) residebat. Deside-
rius vero cunctas civitates, quæ in parte illa ad regem
Guntchramnum adspiciebant, abstulit, et ditionibus
regis Chilperici subegit. Berulfus ver dux , cum Bitu-
riges (2) mussitare, quod Turonicum terminum in-
grederentur, audisset, exercitum commovet, et se in
ipsos fines statuit. Graviter tunc pagi Isiodorensis (3)
ac Berravensis urbis Turonicæ devastati sunt. Sed et
postea crudeliter qui in hac obsidione adesse non po-
terant , sunt damnati. Bladastes (4) vero dux in Vas-
coniam abiit, maximamque partem exercitus sui
amisit.
XIII. Lupus (5) vero urbis Turonicæ civis, cum,
uxore perdita ac liberis, clericatum expeteret , a fratre
Ambrosio prohibitus est, timens ne heredem insti-
tueret Dei ecclesiam , si ei conjungeretur : rursumque
illi uxorem providit, et diem in quo ad sponsalia
donanda conjungerentur, male suasus frater indi-
cit (6). Dehinc ad Cainonense castrum, ubi hospi-
(1) * Ingressa deest in Corb. et Cam.
(2) Colb., Regm. [Clun.] * Colb: et Reg. P, Bituricos ; Bad., Bitu-
' rigos; et quidem hic designantur homines regionis Bituricensis.
[Dub., Bitoricos mussitare, quod Toronicum.... in ipso fine.] * Corb.,
Bituricus musitaret; Cam., Betorigos.
(3) Corb., pagus Siodunensis. Regm. mendose Autisiodorensis aut.
* Reg. B, statuit graviter : tunc Isyodorenses.... urbes. Sed retinenda
vulgata lectio.
(4) Alii Blandastes, aut Bladastis. Corb. [et Dub.,] Baudastis.
* Colb., Reg. 8, Blandastis. Cam., Baudastis.
(5) Deest hoc caput in Corb., Colb. [et Dub.] * Reg. Z et Cam.
' (6) * D. Bouquet, habet incidit. Errore videlicet typographico.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. LIT
une armée et s'établit dans leur pays. Alors les cantons :
d'Yzeures et de Barrou (1), de la cité de Tours, furent
cruellement dévastés. Puis ensuite on condamna sans
pitié ceux qui n'avaient pu se trouver à cette expédition.
D'autre part, le duc Bladaste marcha contre la Gasco-
gne (2), et perdit la plus grande partie de son armée.
XIII. Loup, habitant de la ville de Tours, ayant perdu
sa femme et ses enfans, demandait la cléricature; mais son
frére Ambroise s'opposa à son dessein , craignant que s'il
se donnait à l'église, il ne l'instituát son héritière : il lui
chercha donc une nouvelle épouse; et son frére, cédant
à ses mauvais conseils, fixa le jour oü on devait se réunir
pour les fiançailles. De là ils arrivèrent ensemble au chá-
teau de Chinon, où ils avaient une maison. Mais la femme
(1) Ce sont deux villages sur la Creuse, vers les limites de la Tou-
raine et du Berri ( Indre-et-Loire, arr. de Loches : Fzeures, canton
de Preuilly ; Barrou, canton de Pressigny-le-Grand).
(2) Selon Ruinart, il faut entendre ici par Gascogne le séjour pri-
mitif des Gascons dans les Pyrénées, et non la Novempopulanie, où ils
s'établirent plus tard. Selon Valeis, Notice des Gaules, c'est la No-
vempopulanie qui est désignée ici sous le nom de Gascogne. Mais les
Gascons n'en étaient pas encore entièrement les maîtres, puisqu'on
les voit, liv. x, chap. 7, descendre de leurs montagnes, ravager le pays,
et regagner impunément leurs retraites,
412 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
tium. habebant, pariter advenerunt. Sed uxor Am-
brosii, cum esset adultera et alium amore lupanario,
exoso marito, diligeret , insidias viro tetendit. Cumque
hi germani pariter epularentur, et nocte usque ad
ebrietatem vino maduissent, in uno strato pariter
quieverunt. Tunc moechus uxoris Ámbrosii, nocte
veniens, quiescentibus cunctis et vino depressis, ac-
censis igne paleis, ut videret quid agerent (1), ex-
tracto gladio, Ambrosium in capite librat, ita ut
descendens per oculos gladius cervical capitis ampu-
taret. In quo ictu expergefactus Lupus, et se in san-
guinem volutari decernens, exclamat voce magna,
dicens : « Heu, heu, succurrite, frater meus inter-
« fectus est. » Moechus vero, qui jam perpetrato sce-
lere discedebat, hac audiens, regressus ad lectum ,
Lupum (2) adit. Quo repugnante, multis plagis lace-
ratum oppressit, et mortali ictu sauciatum, semivi-
vum reliquit. Sed nullus de familia sensit. Mane au-
tem facto , stupebant omnes de tanto scelere. Lupus
tamen adhuc vivens (5) inventus, sicut actum fuerat
referens, spiritum exhalavit. Sed nec longum mere-
trix lugendi sumsit spatium; sed paucis diebus inter-
positis (4), conjuncta moecho, discessit.
XIV. Anno (5) igitur septimo Childeberti regis, qui
erat Chilperici et Guntchramni vicesimus et primus,
(1) Alii, ageret. .
(2) [Clun., ad lectum Lupi adiit.]
(3) [Clun., vivens nanctus. ]
(4) [Clun., diebus peractis.]
(5) Hoc caput integrum refert Fulbertus in epist. 97, quæ est ad
Robertum regem, ubi habet, Æ#nn. sexto, etc.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. (0418
/ d'Ambroise, qui était une adultère, ét qui, haissant son
mari ; en aimait un autre d'un amour de prostituée, con-
spira:contre la vie d'Ambroise. Les deux frères, donc,
après avoir dîné ensemble, et bu du vin toute la nuit
jusqu'à s'enivrer, se couchérent ensemble dans un même
lit. Alors l'amant de la femme d'Ambroise vint pendant
la nuit, quand tous étaient accablés par le sommeil et le
vin, et ayant allumé du feu avec de la paille pour voir ce
qu'ils faisaient, il tira son épée, et en frappa Ambroise
sur la tête, de manière que le glaive, lui traversant les
yeux, alla percer méme l’oreiller. Loup, réveillé par le
coup, se voit inondé de sang, et s'écrie à haute voix :
« Au secours! au secours! mon frère est assassiné ! »
L'adultére, qui déjà se retirait aprés avoir consommé son
crime, retourna vers le lit en entendant ces paroles, et se
précipita sur Loup. Celui-ci résiste; l'assassin le déchire
de plusieurs blessures , l'accable, lé frappe d'un coup
mortel, et le laisse à demi mort. Personne de la maison
ne s'apercut de rien. Le lendemain matin, tout le monde
était dans l'étonnement d'un si grand crime. Loup, trouvé
encore vivant; raconta les choses comme elles s'étaient
passées , et rendit l'esprit. La courtisane ne s'imposa pas
un bien long deuil; mais quelques jours aprés, elle se
réunit à son amant, et partit avec lui (1).
XIV. La septiéme année du régne de Childebert (2),
qui était la vingt et unième de Chilpéric et de Gontran,
au mois de janvier, eurent lieu des pluies, des éclairs et de
grands éclats de tonnerre. Des fleurs se montrérent sur les
— (1) D s'appelait Védaste-Avon. Yo liv. vii, chap. 3.
(2) An 582.
414 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
mense januario , pluviæ, coruscationes atque tonitrua
gravia fuerunt; flores in arboribus ostensi sunt;
stella, quam cometem superius nominavi , adparuit ,
ita ut in circuitu ejus magna nigredo esset : et illa
tamquam in foramine (1) aliquo posita, ita inter te-
nebras relucebat, scintillans , spargensque comas.
Prodibat autem ex ea radius miræ magnitudinis, qui
tamquam fumus magnus incendii adparebat a longe.
Visa est autem ad partem occidentis in hora noctis
prima. In die autem sancto Paschae apud Suessionas (2)
civitatem coelum ardere visum est, ita ut duo adpa-
rerent incendia; et unum erat majus, aliud vero
minus. Post duarum vero horarum spatium, conjuncta
sunt simul, factaque pharo magna, evanuerunt. In
Parisiaco vero termino verus sanguis ex nube defluxit,
et super vestimenta multorum hominum cecidit, et
ita tabe maculavit, ut ipsi propria indumenta hor-
rentes abnuerent. Tribus enim locis in termino civi«
tatis illius hoc prodigium adparuit. In Silvanectensi (5)
vero territorio, hominis cujusdam domus, cum ille
mane surgeret, sanguine respersa ab intus adparuit.
Magna igitur (4) eo anno lues in populo fuit; valitu-
dines varie, maligne (5), cum pusulis et vesicis (6),
( 1) Pos tanquam si in foramen aliquod.] * Sic Corb., Colb. et
Reg.
HE Ping. B, Sessionis. Cam., Sessionas. — Infra, pro majus....
minus, Corb. et Reg. B, habent major.... minor. Sic Colb. sed. cor-
rectum in majus... minus.
(3) * Colb. et Reg. B, in silva vero nectense ter....
(4) * Corb. et Cam., magna tamen.
(5) Bad., varie, morbive ; alii ed. cum Fulberto, miinæ. [Ita Clun.]
* Cam., maligne.
(6) * Colb. et Reg. P, pustulis et vessicis. Corb., pusculis et vis-
sicis quem m. p. adficierunt mortem.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 415
arbres : l'étoile, que j'ai déjà nommée comète, apparut
dans le ciel, au milieu d'un espace fort noir; et comme
si.elle eût été placée dans un trou, elle reluisait parmi
les ténèbres, lançant des étincelles et une brillante che-
velure. Il en partait un rayon d'une grandeur merveil-
leuse, qui apparaissait au loin comme la fumée d'un vaste
incendie. Cette comète était visible à l’occident, dans la
première heure de la nuit. A Soissons, dans le saint jour
de Páques, le ciel parut tout en feu, comme embrasé par
deux incendies, l'un plus fort, l'autre moins cónsidé-
rable. Deux heures aprés ils se réunirent, et ayant jeté
une vive clarté, ils disparurent: Dans le territoire de
Paris, il tomba des nuages du saug véritable, qui s'at-
tacha aux vétemens de plusieurs persones, et les souilla
de telle sorte qu'elles s’en dépouillèrent avec horreur; et
ce prodige se répéta en trois endroits de ce pays. Dans le
territoire de Senlis, un homme, en se levant le matin,
trouva sa maison toute tachée de.sang à l'intérieur. Or
cette année, une grande mortalité affliged la population:
diverses maladies très malignes, accompagnées de bou-
tons et d'ampoules, firent périr un grand nombre d'ha-
bitans. Plusieurs, cependant, échappèrent à force de
soins. Nous apprimes.aussi que, cette année, une ma-
ladie inguinale avait exercé ses fureurs à Narbonne; e&
qu'elle ne laissait aucun intervalle entre l'attaque et la
mort du malade.
416 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
quee multum populum adfecerunt morte. Multi tameu,
adhibentes studium , evaserunt. Audivimus enim eo
anno in Narbonensem urbem inguinarium morbum
graviter desevire, ita ut nullum esset spatium , cum
homo correptus fuisset ab eo.
XV. Felix (1) vero, episcopus Namneticæ civitatis,
in hanc valetudinem conruens, graviter ægrotare
ccepit. Tunc vocatis ad se episcopis, qui propinqui
erant, supplicat ut consensum, quem in Burgundionem
nepotem suum fecerat, suis subscriptionibus robora- :
rent. Quod cum factum fuisset, eum ad me dirigunt.
Erat tunc temporis Burgundio quasi annorum viginti
quinque. Qui veniens, rogat ut accedens usque Nam-
netas, episcopum eum in locum avunculi, qui adhuc
superstes erat, tonsoratum consecrare deberem. Quod
ego abnui, quia canonibus non convenire cognovi (2).
Consilium tamen præbui, dicens : « Habemus scrip-
«tum in canônibus, fili, non posse quemquam ad
« episcopatum accedere, nisi prius ecclesiasticos gra-
« dus regulariter sortiatur (5). Tu ergo, dilectissime,
« revertere illuc, et pete ut ipse te qui elegit debeat
« tonsorare. Cumque presbyterii honorem acceperis,
« ad ecclesiam assiduus esto : et cum eum Deus mi-
« grare voluerit, tunc facile episcopalem gradum as-
« cendes. » At ille regressus, consilium acceptum
(1) Hoc caput deest in Corb., Colb. [et Dub.] * Cam. et Reg. J.
(2) Hoc vetitum can. 8, conc. Niceni. Quod postea aliis complu-
ribus confirmatum fuit.
(5) Sic statuit concil. Sardicense can. 15, in greco 10, quod summi
pontifices deinceps et alii patres variis in synodis confirmarunt. Vide
Gratian., dist. 52 et 59.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 417
XV. Cependant Félix, évêque de Nantes, atteint de
cette contagion, tomba sérieusement fnalade. Alors il
appela prés de lui les éyéques voisins, et les supplia d'ap-
puyer par leurs signatures un projet d'élection qu'il avait
rédigé en faveur de Bourguignon son neveu. Quand cela
fut fait, ils me l'envoyérent. Bourguignon était alors âgé
d'environ vingt-cinq ans. Arrivé auprès de moi, il me
pria de venir jusqu’à Nantes, et, après lui avoir donné la
tonsure, de le sacrer évêque à la place de son oncle qui
vivait encore. Je m'y refusai, parce que je reconnus que
les canons s'y opposaient. Je lui donnai cependant des
conseils, et lui dis : « Nous trouvons écrit dans les ca-
« nons, mon fils, que personne ne peut parvenir à l'épi-
« scopat , s’il n'obtient d'abord régulièrement les degrés
« ecclésiastiques. Ainsi, mon trés cher frère, retourne
«à Nantes, et demande la tonsure à celui qui t'a choisi.
« Quand tu auras recu la dignité de prétre, sois assidu
«à l'église; et lorsque Dieu voudra qu'il sorte de ce
« monde, tu monteras facilement au rang d'évéque. » De
retour chez lui, il négligea de suivre mes conseils, parce
que l’évêque Félix semblait aller un peu mieux; mais
quand la fièvre eut disparu, ses jambes se couvrirent de
boutons purulens; et le malade y ayant appliqué un trop
fort cataplasme de cantharides qui les fit tomber en pour-
* riture , termina se? jours dans la trente-troisième année
i". 27
418 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
adimplere dissimulavit, eo quod Felix episcopus ab
incommodo levius agere videretur. Sed postquam fe-
bris discessit, tibiæ ejus ab humore pusulas emiserunt.
Tunc cantharedarum cataplasmam nimium validam
ponens, computrescentibus tibiis, anno episcopatus
sui tricesimo tertio, ætate septuagenaria, vitam fini-
vit. Cui Nonnichius, consobrinus ejus, rege ordi-
nante, successit.
XVI. Audiens (1) autem Pappolenus ejus obitum,
neptem illius de qua separatus fuerat, recepit. Ante
hoc autem tempus desponsatam eam habuerat : sed
dissimulante de nuptiis Felice episcopo, hic cum
magna cohorte veniens, ab oratorio puellam abstraxit,
et in basilicam beati Albini confugit. Tunc Felix epi-
scopus, ira commotus, circumventam puellam dolis a
marito separavit; mutataque veste apud Vasatensem ur-
bem in monasterio posuit. Sed illa occultos pueros (2)
nuntios dirigit, ut scilicet eam ereptam a loco in quo
posita erat, acciperet. Quod ille non abnuens, ad-
sumtam de monasterio puellam suo conjugio copu-
lavit, regalibusque munitus præceptionibus, timere
parentum distulit minas.
XVII. Rex vero Chilpericus multos Judaeorum eo
anno baptizari precepit; ex quibus plures excepit
(1) Hoc caput, quod cum præcedenti necessario conjungitur, exstat
totidem verbis in mss. Corb. et Colb., unde inferendum utrumque
esse Gregorii fetum.
(2) Sic Corb., * et Cam. Editi cum Bec., puero. In Regm. haec
vox deest. Utraque lectio bona. Raro tamen puer pro viro usurpatur,
sæpius pro servo, etiam provectæ ætatis, non etatem, ut loquitur
Hieronymus, sed conditionem exprimendo. $ Colb. et Reg. B, per
occultos pueros.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 419
de son épiscopat, la. soixante - dixióme de sa vie (1).
Nonnichius, son cousin, lui succéda, par la volonté du
roi.
XVI. A la nouvelle de sa mort, Pappolen reprit avec
lui sa nièce, dont il avait été séparé. Avant ce temps,
elle avait été fiancée avec lui. Mais comme Félix différait
toujours le mariage, Pappolen vint avec une troupe con-
sidérable, enleva la jeune fille de l'oratoire épiscopal, et
se réfugia dans la basilique de Saint-Aubin. L'évéque Félix,
ému de colère, après avoir circonvenu la jeune fille par
ses artifices, la sépara de son mari, et l'ayant forcée de
quitter l’habit du siècle, la confina dans un monastère à
Bazas. Celle-ci envoya des émissaires secrets à Pap-
polen pour qu'il l'arrachát du lieu où elle était renfer-
mée, et la reprit avec lui. Pappolen y consentit, enleva
la jeune fille hors du monastére, et se l'attacha par les
liens du mariage. Puis, muni d'un privilége royal, il n'eut
plus à craindre les menaces des parens.
XVII. Le roi Chilpéric fit baptiser, cette année, beau-
coup de juifs, dont plusieurs furent tenus par lui sur les
(1) Félix mourat le 6 janvier 582. Il est honoré comme saint par
ceux de Nantes. Notre auteur a parlé de lui peu favorablement, liv. v,
chap. 5. M. Augustin Thierry, dans sa cinquième lettre sur l'histoire
de France, a expliqué d'une manière plausible l'inimitié qui régnait
entre Félix et Grégoire, tous deux hommes de mérite, et faits pour
s'estimer.
490 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
e (1) sancto lavacro. Nonnulli tamen eorum corpore
tantum, non corde ablati, ad ipsam quam prius per-
fidiam habuerant, Deo mentiti, regressi sunt, ita ut
et sabbatum observare (2), et diem Dominicum ho-
norare viderentur. Priscus vero ad cognoscendam
veritatem nulla penitus potuit ratione deflecti. Tunc
iratus rex, jussit eum custodiæ mancipari , scilicet ut
quem credere voluntarie non poterat, saltem (5) cre-
dere faceret vel invitum. Sed ille, datis quibusdam
muneribus, spatium postulat, donec filius ejus Mas-
siliensem Hebræam accipiat; pollicetur dolosè se
deinceps quae rex jusserat impleturum. Interea oritur
intentio inter illum et Phatirem (4) ex judæo conver-
sum, qui jam regis filius erat ex lavacro. Cumque die
sabbati Priscus præcinctus orario, nullum in manus (5)
ferens ferramentum, Mosaicas leges quasi impleturus,
secretiora competeret, subito Phatir (6) adveniens,
(1) * Corb., Colb., Reg. B, a sancto. — Infra, Corb., corpore abluti
tantum, non corde. Colb. et Reg. B, nonnulli tamen quorum corpore.
(2) * Corb., observarent. — Post, Corb., Colb., Cam. et Reg. #,
videantur.
(5) * Corb., Colb., Cam. et Reg. B, poterat , audire et credere.
(4) Sic Corb. et Colb., cum Chesn., Bec., vero Pathiren, aliquot
ed. Pathirem : [ita Clun.,] Regm., Colb., alter et Bad., Patrem, et
infra, Pater. * Corb., ex judæis conv.... — Colb. et Reg. B, quia jam
regi filius. Porro alter cod. Colbertinus qui caret initio, incipit ab
his verbis, Priscus præcinctus orario, etc., quem codicem sub sancti
Michaelis nomine laudat Cointius : nos vero ut duos hosce codd. Col-
bertinos a se se invicem distinguamus, priorem qui fuit sancti Arnulfi
Mettensis, Colb. a. hunc vero Colb. m. appellabimus. * Capitum dis-
tinctione caret.
(5) * Cam., Colb. a, Reg. B, Colb. m., in manu. — Corb., mosay-
cas. Cam., moesacas.
(6) * Corb., Phatiren. Colb. a, Reg. B, Fatir. Colb. m., Pater.
Cam. Patiren.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 421
fonts sacrés. Plusieurs d'entre eux cependant, purifiés de
corps et non pas d'esprit, mentirent à Dieu, et retournè-
rent à leur ancienne perfidie ( 1); de sorte qu'ils observaient
le sabbat en paraissant honorer le jour du Seigneur:
Mais Priscus (2) ne put être engagé par aucun motif à la
connaissance de la vérité. Le toi, irrité, le fit garder en
prison, pour forcer du moins à croire, méme malgré lui,
celui qu'il ne pouvait amener à une foi volontaire. Mais
celui-ci, au moyen de quelques présens , demanda un délai
(jusqu'à ce que son fils eüt épousé une juive de Mar-
séille), et promit faissement d'accomplir ensuite les
ordres du roi. Dans l'intervalle, une dispute s'éleva entre
lui et Phatir, un de ces juifs convertis que le roi avait
tenus sur les fonts de baptême : et comme un jour de
sabbat Priscus, les reins entourés d'un suaire, sans aucun
instrument de fer à la main, se rendait dans un lieu se-
cret, probablement pour observer la loi de Moïse, Phatir,
survenant tout à coup avec un glaive, l'égorgea, ainsi que
ses compagnons, et après ce meurtre, se réfugia dans la
basilique de Saint-Julien (3) avec ses serviteurs, qui se
tenaient sur la place voisine. Tandis qu'ils y séjournaient ,
ils entendent dire que le roi, après avoir fait périr leur
maître, les ferait tirer de la basilique, et tuer comme des
malfaiteurs. Alors l'un d’entre eux, lorsque déjà leur
(1) C'est-à-dire leur erreur : nous dirions aujourd'hui, leur religion :
mais nous avons dü conserver l'expression méme de notre auteur,
puisqu'elle nous fait connaitre le jugement qu'il portait des juifs et de
leur croyance.
(2) Voyez chap. 5.
(3) Cette basilique est l'église de Saint-Julien-le- Pauvre, aujour
d'hui chapelle de l'Hótel-Dieu. La place voisine était probablement
du méme côté, sur la rive gauche de la Seine.
422 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
ipsum gladio cum sociis qui aderant jugulavit. Quibus
interfectis, ad basilicam sancti Juliani cum pueris suis,
qui ad propinquam plateam erant (1), confugit.
Cumque ibidem residerent, audiunt quod rex, domi-
num (2) vita excessum, famulos tamquam malefac-
tores a basilica tractos, juberet interfici. Tunc unus
ex his, evaginato gladio, domino suo (5) jam fugato,
socios suos interficit, ipse postmodum cum gladio de
basilica egressus : sed inruente super se populo, cru-
deliter interfectus est. Phatir (4) autem, accepta li-
centia, ad regnum Guntchramni , unde venerat , est
regressus; sed non post multos dies a parentibus
Prisci interfectus est.
XVIII. Igitur legati Chilperici regis, id est Anso-
valdus et Domegiselus (5), qui ad conspiciendam do-
tem in Hispanias fuerant missi, regressi sunt. His
diebus Leuvichildus (6) rex in exercitu contra Her-
(1) * Corb., Reg. Z. Colb. m., erat.
(2) Sic Corb. et Bec., pro domino vita excesso, Colb. a. habet do-
minum vilæ cæsum., et altera manu, dominum illorum præcipiebat
cadi, famulos vero, etc. ; alii domino vitæ ceso. [Dub., domino vita
excesso.] " Reg. Jj, dominum uite cæsum. Colb., vite cessum. Post,
ad basilica tract.
(3) Corb., Bec., Colb. m., et aliquot editi non habent suo. [Nec
habet Dub.] * Cam., Dominum jam fugatis sociis suis.
(4) Qus sequuntur ad finem capitis desunt in Colb. m. [et Clun.]
* Cam., pater.
(5) Alii * ut Corb., Colb. a. et Reg. B. Ænsoaldus. [Clun., Domi-
chisilus ; Dub., 4nsoaldus et Domigiselus. Paulo post ambo, Hermi-
nichildum.] * Colb. a., Domighiselus. Reg. B, Domichyselus. Colb. m.,
Domichisilus. Post, in Hispanüs directi fuerant; et infra, Hermini-
childum.
(6) * Corb., Leuvigildus; Reg. B, Leuvihildus.... Herminihildum ;
Cam., Herminichildum. Colb. a., Leuvihildus. — Herminigildum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 423
maitre avait pris la fuite, tire un glaive, égorge ses com-
pagnons, et sort peu aprés de la basilique, son glaive à
la main ; mais le peuple se jeta sur lui, et le massacra im-
pitoyablement. Phatir, aprés en avoir obtenu la permis-
sion, retourna dans le royaume de Gontran, d’où il était
venu; mais peu de jours aprés, il fut tué par les parens
de Priscus.
XVIII. Les députés du roi Chilpéric, Ansovald et
Domegisil , revinrent d'Espagne, où ils avaient été en-
voyés pour y prendre connaissance de la dot destinée à
sa fille (1). En ces jours-là, le roi Leuvigild était à la téte
d'une armée contre son fils Herménegild , à qui il enleva
la ville de Mérida. Nous avons dit, plus haut (2), comment
ce jeune prince avait fait alliance avec les généraux de
l'empereur Tibére. Cette circonstance fut pour les dépu-
tés un obstacle qui retarda leur retour. Quand je les vis,
j étais inquiet de savoir comment la foi du Christ se sou-
tenait encore dans le peu de chrétiens qui étaient restés
en ce pays. Ansovald me répondit : « Les chrétiens qui
(1) C'est-à-dire, que devait apporter à sa fille le prince avec qui on
voulait la marier. C'était l'ancienne coutume des Germains, chez qui
la dot était apportée, non par la femme au mari, mais à la femme par
le mari ( Tacit, Germ., 6). Une excellente note de la traduction
précédente fait sentir que cette coutume tenait la femme dans une
dépendance servile à l'égard de son mari.
(2) Voyez liv. v, chap. 39.
424 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
menegildum filium suum residebat, cui (1) et Eme-
ritam civitatem abstulit. Nam hic qualiter cum ducibus
imperatoris Tiberii fuerit conjunctus, jam superius
exposuimus. Nam et legatis hæc causa innexuit moras
ut tardius regrederentur. Quibus visis, ego sollicitus
eram, qualiter in ipsis Christianis, qui pauci in eo
loco remanserant, fides Christi ferveret. Tunc mihi
hæc (2) Ansovaldus respondit : « Christiani qui nunc
« apud Hispanias commorantur, catholicam fidem in-
« tegre (5) servant. Sed rex novo nunc ingenio eam
« nititur exturbare, dum dolose et ad sepulcra mar-
« tyrum, et in ecclesiis religionis nostre orare con-
« fingit (4). Dicit enim : Manifeste cognovi esse Chris-
« tum filium Dei æqualem patri ; sed Spiritum sanctum
« Deum penitus esse non credo, eo quod in nullis
« legatur codicibus Deus esse (5). » Heu, heu, quam
iniquam sententiam (6), quam venenosum sensum,
quam pravam mentem! Et ubi est illud quod Do-
. minus ait, Spiritus Deus est; et illud Petri, quod
ad (7) Ananiam ait : Quid tibi visum est tentare
Spiritum. sanctum ? Non es: hominibus. mentitus,
sed Deo. Ubi est et illud (8) quod Paulus, mystica
(1) * Corb., cui Emeritam ; Cam., cui et Meretam; Colb. m., cui
Meritam. — Post, hic deest.
(2) * Corb., quem hec Ansoaldus ; Colb. a., Colb. m., Reg. B, cui
hec À.
(5) [Clun., integram servant.] * Sic Colb. m.
(4) * Colb. m., ecclesiis religiosis nostra orare confringit.
(5) * Colb. m., codicibus esse christi.
(6) [Clun., quam iniqua sententia, quam venenosus sensus, quam
prava mens ! * Corb., quam inquam sent.
(7) * Corb., quod Annaniam ; Colb. m., quod Adnaniam.
(8) * Corb., Colb. a., Reg. Z, et ubi est illud; Colb. m., ubi est
illud.
: HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 425
« sont maintenant en Espagne conservent dans sa pureté
« la foi catholique; mais le roi emploie une nouvelle.ruse
« pour la détruire. Il fait semblant de prier aux tombeaux
« des martyrs et dans les églises de notre culte, et dit :
« Je reconnais que le Christ est manifestement le fils de
« Dieu, l'égal du pére; mais je ne crois pas du tout que
« le Saint-Esprit soit Dieu, parce qu'on ne lit dans aucun
« texte qu'il est Dieu.» — Hélas! hélas ( 1)! quelle sentence
inique! quel sentiment empoisonné! quel esprit dépravé!
et que devient donc ce que dit le Seigneur(2) : L'Esprit
est Dieu (3)? et cette parole de Pierre à Ananie : 45-/u
bien pu mentir au Saint-Esprit? Ce n'est pas aux
hommes que tu as menti, c'est à Dieu (4)? et cette
autre de Paul, rappelant les dons mystérieux du Sei-
gneur : C'est un seul et méme Esprit qui opére toutes
ces choses, distribuant à chacun ses dons comme il lui
plait (5)? Or celui qui fait ce qui lui plaît n'est soumis
au pouvoir de personne. — Ansovald, s'étant rendu au-
prés de Chilpéric, y fut suivi d'une ambassade espagnole
qui, de Chilpéric, alla trouver Childebert, et puis re-
tourna en Espagne.
(1) Ces paroles peuvent étre considérées comme unc réflexion de
l'auteur, aussi bien que comme une réponse faite à Ansovald.
(2) Voyez, sur la divinité du Saint-Esprit, la dispute rapportée plus
haut, v, 44. Ce sont les mémes citations.
(5) Jean, iv, 24.
(4) Act., v, 3, 4.
(5) 1 Cor., xu, ri.
496 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI. .
dona commemorans, ait : H«c enim operatur unus
atque idem Spiritus, dividens unicuique (1) prout
vult. Qui enim operatur quod vult, nulli cognosci-
tur esse subjectus. Accedente autem Ansovaldo ad
Chilpericum regem, legatio (2) Hispanorum est sub-
secuta : qua de Chilperico ad Childebertum accedens,
in Hispanias est regressa.
XIX. Apud pontem vero Urbiensem civitatis Pari-
siacæ Chilpericus rex custodes posuerat, ut insidia-
tores de regno fratris sui ne nocerent aliquid, arce-
rentur. Quo (5) Asclepius ex duce præcognito, nocte
inruens, interfecit omnes, pagumque ponti proxi-
mum graviter depopulatus est. Cumque hac regi
Chilperico nuntiata fuissent, mittit nuntios comitibus
ducibusque et reliquis agentibus (4), ut, collecto
exercitu, in regnum germani sui inruerent. Sed pro-
hibitus est consilio bonorum hominum, ne faceret (5),
dicentium sibi : «Illi perverse egerunt, tu vero sa-
« pienter age. Mitte fratri nuntios, et si injuriam
« tuam emendare voluerit, nihil mali quæras (6) : si
(1) " Colb. m., dividens singulis.
(2) Hac legatione, ut Cointio videtur, functi sunt Florentius et
Exsuperius, de quibus in lib. m, Mirac. sancti Martini, cap. 8. —
* Colb. a., Reg. B, Hispaniorum. — Infra, Corb., Hispaniis ; Reg. B,
Spaniis. Colb. m., in Hispaniis est regressus.
(3) Bec., * Colb. a. et Cam., quod Asclepius ; Bad., quo.... ex duce
cognito ; * Corb., Asclipius ; Colb. m., quod Asclipius.
(4) Id est officialibus regiis. Apud Romanos Frumentariis successe-
rant. Vide Gothofred. in codice Theodos.
(5) * Corb., Reg. B, ne facerent; in Colb. a., 1 erasum est. Colb.
m., consilium bonorum ne facerent ; Corb., Reg. B, Colb. a., Colb. m.,
Cam., dicentibus.
(6) Corb., nihil male geris. [Dub., nihil male egeris; Clun., emen-
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 427
XIX. Le roi Chilpéric avait placé des gardes au pont
de l'Orge (1), dans le Parisis, pour arréter au passage
les hommes du royaume de Gontran, et les empécher de
faire aucun mal : mais l'ancien duc Asclépius, instruit à
l'avance de ces dispositions, vint fondre sur les gardes
pendant la nuit, les tua tous, et ravagea cruellement le
pays voisin du pont. À cette nouvelle, le roi Chilpéric
envoya des messagers à tous ses comtes, ducs, et autres
officiers, avec ordre de lever une armée et d'envabir le
royaume de son frère; mais il en fut détourné par le con-
seil de plusieurs hommes de bien, qui lui dirent : « Ils
« ont mal agi; mais toi, sois plus sage : envoie des messa-
« gers à ton frére; et s'il veut réparer le tort qu'il t'a fait,
«ne cherche à lui causer aucun mal. S'il s'y refuse, tu
« verras ensuite ce que tu dois faire. » Chilpéric, se rendant
à ces raisons, contremanda l'armée, et envoya une am-
bassade à son frére. Gontran répara le mal, et demanda
une réconciliation compléte à son frére qu'il aimait.
(1) L'Orge, sur la gauche de la Seine, au sud de Paris. Valois,
Notit. Gall., pense que ce pont pourrait étre à Savigny ou à Juvisy.
Pourquoi pas à Chatres, aujourd'hui Arpajon, qui est sur la grande
route d'Étampes à Paris? Or, Étampes était à Gontran, iz, 20.
498 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« vero noluerit, tractabis deinceps quid sequaris. » Et
sic ratione (1) accepta, prohibito exercitu, legationem
fratri dirigit. Sed ille cuncta emendans, fratris quæ-
sivit (2) integre caritatem.
XX. Eo anno Chrodinus obiit, vir magnifice (5)
bonitatis et pietatis , eleemosynarius valde, paupe-
rumque refector, profluus ditator ecclesiarum, cleri-
corumque nutritor. Nam sæpe a novo fundans villas,
ponens vineas, ædificans domos , culturas erigens (4),
vocatis episcopis quorum erat parva facultas, dato
epulo , ipsas domos cum cultoribus et culturis, cum
argento, peristromatibus (5), utensilibus, ministris
et famulis benigne distribuebat (6), dicens : «Sint
« hec ecclesiæ data, ut, dum de his pauperes reficiun-
« tur, mihi veniam obtineant apud Deum. » Multa
autem et alia bona de hoc viro audivimus, qua
insequi longum est. Transiit autem «etate septuage-
naria (7).
XXI. Hzc in hoc anno iterato (8) signa adparue-
daverit , nihil male egeras.] * Colb. a. et Reg. B, male geras; Colb
m., emendaverit, nihil male geras; Cam., nihil mali geres.
(1) Colb. m., oratione.
(2) * Colb. m. et [Clun., requisivit.] * Cam., Colb. a. et Reg. Z
integram carit....
(3) [Clun., magnifice sanctitatis. ] * Sic Colb. m.
(4) * Colb. m., erogens. .
(5) * Corb., Cam., Reg. 2, Colb. a., Colb. m., parastromatibus.
(6) * Reg. B, distribuit. Colb. a., olim distribuat ; nuuc distribuit
(7) Colb. a., Reg. B et Chesn., octuagenaria.
(8) [Clun., iteratis signis.] * Corb., signa iteratis; Reg. B, Colb. m.,
Colb. a., iteratis signa. — Cam., eclymsim.
,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 429
XX. Cette année mourut Chrodin homme remarquable
par la bonté de son áme et sa piété; prodigue d'aumónes,
soutien des pauvres, il enrichissait les églises, et nourris-
sait les clercs. Souvent il établissait à neuf des habitations
de campagne, plantait des vignes, bátissait des maisons,
mettait des terres en culture; puis invitait des évéques
dont les revenus étaient modiques, et aprés le repas il
leur distribuait charitablement, avec des hommes et des
terres , les maisons elles-mémes, pourvues d'argenterie,
de tapisseries , d'ustensiles, de domestiques et de servi-
teurs, en leur disant : « Que tout cela soit donné à l'église,
« afin que les pauvres qui en seront nourris m'obtiennent
« gráce auprés de Dieu. »
Nous avons encore appris sur cet homme beaucoup
d'autres bonnes actions qu'il serait trop long de racon-
ter, Il mourut ágé de soixante-dix ans (1).
XXI. Cette année, des signes se montrèrent une se-
conde fois. La lune s'éclipsa. Dans le territoire de Tours,
du sang véritable coula d'un morceau de pain rompu. Les
murs de Soissons s'écroulérent. A Angers, la terre trem-
bla. Des loups entrérent dans les murs de Bordeaux, et
dévorèrent des chiens, sans aucune crainté des hommes.
Des traits de feu parcoururent le ciel en divers sens. La
(1) Les louanges du duc Chrodin ont été chantées par Fortunat ,
. liv. ix, pièce 16.
430 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
runt : luna eclipsim passa est; infra Turonicum ter-
ritorium verus de effracto pane sanguis effluxit; muri
urbis Suessionicæ conruerunt; apud Andegavam ur-
bem terra tremuit; infra muros vero Burdegalensis
oppidi ingressi lupi canes devoraverunt, nequaquam
homines (1) metuentes : per coelum ignis discurrere
visus est. Sed et Vasatensis (2) civitas incendio con-
cremata est, ita ut ecclesie vel domus ecclesiastice
vastarentur. Ministerium tamen omne ereptum fuisse
cognovimus.
XXII. Rex (5) igitur Chilpericus, pervasis civitatibus
fratris sui, novos comites ordinat, et cuncta jubet sibi
urbium tributa deferri. Quod ita impletum fuisse
cognovimus. His diebus adprehensi sunt duo homines
a Nonnichio (4) Lemovicine urbis comite, deferentes
ex nomine Charterii Petrogoricæ urbis episcopi lit-
teras, quae multa improperia loquebantur in regem :
in quibus inter reliqua erat insertum , quasi quere-
retur sacerdos se a paradiso ad inferos descendisse;
scilicet quod a regno Guntchramni in Chilperici fuerit
ditiones commutatus. Has litteras cum his hominibus
jam dictus comes sub ardua custodia regi direxit. Rex
vero patienter propter episcopum mittit, qui eum suo
conspectui præsentarent, discussurus utique (5) si
vera essent qua ei opponebantur, an non. Adveniente
vero episcopo, rex homines illos cum litteris repræ-
———————————————
(1) * Colb. a., Reg. B, Colb. m., hominem.
(2) * Cam., Vasanensis.
(3) Hoc caput deest in Corb., Colb. a. [et Dub.,] * Cam. et Reg. 3.
(4) Colb. m., Nunnichio lemovicæ : infra, habet Nonnichius. Car-
terius autem subscripsit conc. Matisc. II, ann. 585.
(5) Colb. m., itaque.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 431
ville de Basas fut consumée par un incendie qui dévasta
l'église et les maisons qui en dépendaient. Cependant tous
les vases sacrés, à ce qu'on nous dit, furent sauvés des
flammes.
XXII. Le roi Chilpéric, ayant envahi certaines villes
de son frère (1), y établit de nouveaux comtes, et or-
donna que les tributs de toutes ces villes lui fussent remis:
ce qui fut, dit-on, exécuté. Dans ces jours-là, Nonni-
chius, comte de Limoges, fit saisir deux hommes, por-
teurs de lettres au nom de Chartier, évéque de Périgueux,
dans lesquelles le roi était fort maltraité. On y lisait, entre
autres choses, que l'évéque se plaignait d'étre tombé du
paradis en enfer, en passant de l'obéissance de Gontran
sous la domination de Chilpéric. Or le comte envoya au
roi les lettres avec les hommes étroitement gardés; mais le
roi, sans s'irriter, voulant discuter la vérité ou la fausseté
de ces imputations , envoya à l’évêque l'ordre de paraître
en sa présence. Quand celui-ci fut arrivé, le roi lui re-
présenta les hommes et les lettres, et lui demanda s'il les
avait envoyées. L'évéque le nia. On demanda aux porteurs
de qui ils les tenaient ; ils nommérent le diacre Fronton.
Interrogé sur le compte de ce diacre, l'évéque répondit
(1) Les villes prises avant l'affaire de pont'de l'Orge, comme Péri-
gueux et Agen. Voyez liv. vi, chap. 12.
432 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
sentat : interrogat sacerdotem , si ab eo directe fue-
rint. Negat ille a se directas. Interrogantur vero
homines a quo eas acceperint. Frontunium (1) dia-
conum proferunt. Interrogatur sacerdos de diacono.
Respondit sibi eum esse precipuum inimicum, nec
dubitari debere ipsius esse nequitias, qui contra eum
sæpius causas commovisset iniquas. Adducitur diaco-
nus sine mora; interrogatur a rege : confitetur super
episcopum , dicens : « Ego hanc epistolam episcopo
« jubente dictavi (2). » Proclamante vero episcopo, et
dicente quod sepius hic ingenia quaereret qualiter
eum ab episcopatu dejiceret, rex misericordia motus,
commendans Deo causam suam, cessit utrisque, de-
precans clementer episcopum pro diacono, et suppli-
cans ut pro se sacerdos oraret : et sic. cum honore
urbi remissus est. Post duos vero menses Nonnichius
comes, qui hoc scandalum seminaverat (3), sanguine
percussus, interiit; resque ejus, quia absque liberis
erat, diversis a rege concesse sunt.
XXIII. Dehinc Chilperico regi, post multa funera
filiorum, filius nascitur (4). Ex hoc jubet rex omnes
custodias relaxari, vinctos absolvi, compositionesque
negligentum (5) fisco debitas precepit omnino non
exigi. Sed magnum deinceps dolum (6) hic intulit
infans.
(1) Editi, Bec. [et Clun.,] Frontonium.
(2) Id est scripsi. Vide Mabillon., notas in epist. 304 sancti Ber-
nardi.
(3) * Colb. m., seminavit.
(4) * Colb. m., natus est.
(5) * Corb., negligenti ; Cam., neglegenti ex fisco.
(6) Legendum puto dolorem. Vide infra, cap. 54 et 55. Dolum tamen
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 433
qu'il était son ennemi déclaré, et qu'on ne devait point
douter que ce ne füt une méchanceté de la part d'un
homme qui s'était souvent montré envers lui hostile et
injuste. A l'instant le diacre fut amené ; et, interrogé par
le roi, il chargea l'évêque en disant : « J'ai dicté cette
« lettre par l'ordre de l'évéque. » Celui-ci se récria, en
disant que cet homme cherchait souvent des artifices pour
le perdre et le faire dépouiller de l'épiscopat. Alors le roi,
émy'lle compassion , recommanda sa cause à Dieu, et les
renvoya tous deux, priant l'évéque de pardonner à son
diacre, et le suppliant de prier Dieu pour lui. Ainsi Char-
tier fut renvoyé avec honneur dans sa ville épiscopale.
Deux mois aprés, Nonnichius, auteur de ce scandale,
mourut d'un coup de sang; et comme il était sans enfans,
ses biens furent accordés par le roi à différentes per-
sonnes.
XXIII. Ensuite, aprés la mort de tant d'enfans, il na-
quit un fils à Chilpéric. A cette occasion, le roi adoucit
la rigueur des prisons, fit ôter les fers aux captifs, et dé-
fendit d'exiger les amendes dues au fisc par ceux qui
avaient manqué à leur service; mais cet enfant dc int
plus tard la cause d'un grand mal.
434 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
XXIV. Nova (1) iterum contra Theodorum epi-
scopum bella consurgunt. Nam Gundovaldus, qui se
filium. Chlothacharii regis esse dicebat, de Constan-
tinopoli veniens, Massiliam est advectus. De cujus
origine quedam strictim libuit memorare. Hic cum
natus esset in Galliis, et diligenti cura (2) nutritus,
ut regum istorum mos est, crinium flagellis per terga
demissis, litteris eruditus, Childeberto regi a matre
repræsentatur, dicente ea : « Ecce , inquit, nepbjem
« tuum, Chlothacharii (5) regis filium : et quia invisus
« habetur patri, suscipe eum, quia caro tua est. »
Quem ille, eo quod ei filii non essent, cin
retinebat secum. Nuntiantur hæc regi Chlothachario :
misitque fratri nuntios, dicens : « Dimitte puerum
« ut veniat ad me. » Nec moratus ille juvenem fratri
direxit. Quo viso, Chlothacharius jussit tonderi (4)
comam capitis ejus, dicens : « Hunc ego non gene-
«ravi. » Igitur post Chlothacharii regis obitum, a
hunc exponit Valesius de morte Mummoli, quam hujus filii obitus
occasione Fredegundis ipsi infensa procuravit, infra, cap. 55. Cete-
rum exstat in Marculfi lib. 1, formula, quæ est 59. Ut pro nativitate
regis (sic in ipso ortu regum nostrorum filii reges appellabantur),
ingenui relaxentur. De ejus baptismo infra, cap. 27. * Cam., hinc
intulit. .
(1) Quod plura de his quz pertulerat a Dynamio, in cap. r1 supra
retulerit. Unde licet in codd. Corb. et Colb., undecimum non habea-
tur, ex hoc tamen et 12 capite, quod in utroque codice exstat, patet
ab interpolatore non fuisse additum. Porro Gondovaldum semper
scripsimus, qua lectio est codd. mss. licet in' editis Gundobaldus
dicatur. * Cam., Gunvaldus. Infra, Gundovaldus.
(2) " Golb. m., causa. — Infra, et Reg. B, dimissis.
(5) * Corb., Colb. m., Chlothartü, et infra, uterque Chlothario.
(4) * Corb., Reg. D, tundi ; Cam. et Colb. m., tondi. — Hic supra,
pro direxit, transmisit.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 435
H
XXIV. De nouvelles querelles s'élevérent contre l'évé-
que. Théodore. .En effet Gondovald, qui se disait fils du
roi Clotaire, revint de Constantinople, et aborda à Mar-
seille. J'ai cru devoir rappeler brièvement quelques dé-
tails sur son origine. Il était né en Gaule ; avait été élevé
avec le plus grand soin, et instruit dans les lettres; et
conservait , comme les rois de cette famille, sa chevelure
entière déployée sur ses épaules : il fut présenté au roi
Childebert (1) par sa mère, qui lui dit : « Voici ton neveu,
«fils du roi Clotaire; mais comme il est odieux à son
« pére, prends-le. sous ta protection, parce qu'il est de
.« ton sang. » Comme Childebert n'avait point de fils, il
l'accueillit, et le gardait à, sa cour. Cette nouvelle fut
annoncée au roi Clotaire, qui dépécha des messagers vers
son frère pour lui dire : « Envoie-moi cet enfant , que je le
« voie. » À l'instant, Childebert lui envoya le jeune homme.
Quand il l'eut devant les yeux , Clotaire lui fit couper sa
chevelure, en disant: «Cet enfant n'est pas de moi. »
Aprés la mort de Clotaire, il.fut accueilli par le roi Cha-
ribert; puis Sigebert, l'ayant attiré auprés de lui, le fit
raser de nouveau, et. l'envoya dans la ville d'Agrippine,
maintenant nommée Cologne (2). Il s'échappa encore de
cet endroit, et ayant laissé croître ses cheveux, il alla trou-
ver Narsès, alors gouverneur de l'Italie. Dans ce pays il
prit une femme, dont il eut plusieurs enfans; puis se rendit
(1) Childebert l'ancien, frère de Clotaire. 1l paraît qu'en effet Gon-
dovald était fils de Clotaire et d'une femme de basse condition : mais
Clotaire refusait de le reconnaitre, peut-étre parce qu'il suspectait la
fidélité de cette femme.
(2) Colonia Agrippinensis, fondée par Agrippine, mère de Néron.
Tacit., Ann., xu, 27. On s'habitua, plus tard, à.ne la nommer que
Colonia.
436 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
Chariberto rege susceptus ést. Quem Sigibertus arces-
situm , iterum amputavit comam capitis ejus, et misit
eum in Agrippinensem civitatem , quz nunc Colonia
dicitur. Ille quoque ab eo loco delapsus (1), dimissis
iterum capillis, ad Narsetem abiit, qui tunc Italiæ
præerat : ibique uxore accepta, filios procreavit, et
ad Constantinopolim accessit. Inde, ut ferunt, post
multa tempora a quodam invitatus ut veniret in Gal-
lias, Massiliam adpulsus, a Theodoro cpiscopo sus-
ceptus est. Et (2) ab eodem etiam acceptis equitibus,
Mummolo duci conjunctus est. Erat autem tunc
Mummolus in civitate Avennica, sicut supra jam dixi-
mus. Guntchramnus vero dux adprehensum Theodo-
rum episcopum in custodiam pro hac causa detrusit (5),
reputans cur hominem extraneum intromisisset in
Gallias , voluissetque Francorum regnum imperialibus
per hec subdere ditionibus. At ille epistolam, ut
aiunt, manu majorum Childeberti regis subscriptam ,
protulit , dicens : « Nihil per me feci, nisi quæ mihi à
« dominis nostris et senioribus imperata sunt. (4) »
Custodiebatur igitur sacerdos in cellula, nec permit-
tebatur ecclesie propinquare. Quadam vero nocte,
dum adtentius oraret ad Dominum, refulsit cellula
nimio splendore, ita ut comes qui erat custos ejus,
ingenti pavore terreretur (5) : visusque est super eum
(1) * Corb., Cam., Colb. m., dilapsus.... Corb., demissis; Reg. B,
Colb. m., Narsitem.... ibi accepta uxore.
(2) Et ab, etc., usque ad conjunctus est, desunt in Corb. “et Cam.
— Colb. m., ab eodem, etc., et deest.
(5) * Corb., retrusit, reputans eum cur.
(4) * Colb. m., jussa sunt.
(5) * Ingenti deest in Corb. — Reg. B, teneretur.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 437
à Constantinople. De là, invité, dit-on, par un certain
personnage ( 1), à revenir en Gaule, il aborda à Marseille,
et fut accueilli par l’évêque Théodore. Il en reçut même
des chevaux, et alla se réunir à Mummol. Mummol était
alors, comme nous l'avons dit ci-dessus (2), dans la ville
d'Avignon. Quant au duc Gontran , il se saisit de l’évêque
Théodore, et le fit retenir en prison, lui reprochant
d'avoir introduit un étranger en Gaule, et d'avoir voulu
par là soumettre le royaume des Francs à la domination
- impériale. Mais l’évêque produisit, à ce qu'on assure, une
lettre signée par les grands du royaume de Childebert ,
en disant : « Je n'ai rien fait de moi-même; tout m'a
«été ordonné par mes seigneurs et maîtres.» L'évéque
était donc gardé dans une cellule; et on ne lui permettait
pas d'approcher de l'église. Une nuit, tandis qu'il adres-
sait une fervente priére au Seigneur, la cellule brilla
d'un éclat extraordinaire, de sorte que le comte qui le
gardait fut saisi d'une grande frayeur; et on vit au-dessus
de sa tête un globe de la plus vive lumière pendant l'espace
de deux heures. Le lendemain matin, le comte racontait
cette merveille aux autres personnes qui l'accompagnaient.
Ensuite Théodore fut conduit vers le roi Gontran, avec
l’évêque Épiphane, qui, pour fuir les Lombards, s'était
établi à Marseille; et qui se trouvait impliqué dans cette
affaire. Examinés par le roi, ils ne furent point trouvés
coupables : cependant le roi les fit toujours garder à vue,
et l'évéque Épiphane mourut en cet état, aprés beau-
coup de tourmens. Quant à Gondovald, il se retira dans
(1) Ils étaient deux, à ce qu'il parait : Mummol et Gontran Boson.
Voyez chap. 26.
(2) Chap. 1.
438 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
lucis immensa globus per duarum horarum spatium.
Mane autem facto, narrabat hac comes ille ceteris qui
cum eo erant. Post hec autem ductus est ad Gunt-
chramnum regem cum Epiphanio episcopo (1), qui
tune Langobardos (2) fugiens, Massilie morabatur,
scilicet quod et ipse conscius hujus cause fuisset. Dis-
cussi igitur à rege, in nullo inventi sunt crimine. Rex
tamen jussit eos sub custodia degere : in qua post multa
supplicia Epiphanius episcopus obiit. Gundovaldus
vero in insulam maris secessit, exspectans eventum
rei. Guntchramnus vero dux cum duce Guntchramni
regis res Gundovaldi divisit (5), et secum in Arvernum
detulit immensum, ut ferunt, argenti pondus et re-
liquarum rerum.
XXV. Anno octavo Childeberti regis , pridie calen-
das februarias, cum die Dominico apud urbem Turo-
nicam ad (4) matutinas signum commotum fuisset,
et populus surgens ad ecclesiam conveniret, coelo nu-
bilo, cum pluvia globus magnus ignis (5) de coelo
dilapsus, in spatio mülto cucurrit in aera. Qui tantam
lucem dedit, ut tanquam media die omnia cerneren-
tur. Quo iterum in nubem suscepto, nox successit.
Aque vero extra solitum invaluerunt : nam tantam
(1) * Corb., Ephyfanio. Hunc Forojuliensem ecclesiam rexisse con-
jicit Cointius, qui Exspectati decessoris sui nomine adhuc presbyter
subscripsit concilio Aurelianensi V.
(2) [Clun., à Longobardis fugiens.] " Corb., a Longobardos ;
Colb. m., Languobardis fugiens.
(5) * Colb. m., visit.
(4) Colb. m. et [Clan., ad Matutinos.] — * Hoc caput deest in
Reg. D.
(5) * Corb. et alii igneus; Colb. m., igneus de celo lapsus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 439
une ile de la mer, pour attendre l'événement. Le duc
Gontran partagea les trésors de Gondovald avec un des
ducs du roi Gontran, et emporta, dit-on, en Auvergne,
une immense quantité d'or, d'argent et d'autres objets
précieux.
XXV. La huitiéme année du roi Childebert (1), la
veille des calendes de février, un dimanche, dans la ville
de Tours, la cloche sonnait les matines, et le peuple se
levait pour se rendre à l'église, lorsque , d'un ciel couvert
de. nuages, avec la pluie tomba un grand globe de feu
qui parcourut un long espace dans l'air, et jeta une si vive
lumiére, que l'on distinguait tous les objets comme en
plein jour. Puis, le globe étant rentré dans le nuage, la
nuit revint comme auparavant. Les eaux s'accrurent ex-
traordinairement; et la Seine, unie à la Marne, causa
une telle inondation autour de Paris, que beaucoup de
naufrages eurent lieu entre la cité et la basilique de Saint-
Laurent (2). |
(1) An 585.
(2) Voyez Éclairciss. et observ. (Note c.)
440 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
inundationem Sequana (1) Matronaque circa Parisius
intulerunt, ut inter civitatem et basilicam sancti Lau-
rentii naufragia sæpe contingerent (2).
XXVI. Guntchramnus quoque dux Arvernum cum
supradictis thesauris reversus , ad Childebertum regem
abiit. Cumque exinde regrederetur cum uxore et fi-
liis (5), a Guntchramno rege comprehensus retine-
batur, dicente sibi rege : « Tua invitatio Gundovaldum
« adduxit in Gallias, et ob hoc ante hos annos abistr
« Constantinopolim. » Cui ille : « Mummolus, inquit,
« dux tuus ipse suscepit eum , et in (4) Avenione secum
« retinuit. Nuncautem permitte me, et adducam ipsum
« tibi, et tunc immunis ero ab his que imputantur
« mihi. » Cui rex ait : « Non permittam te abire, nisi
« dignas luas poenas pro his qua commisisti. » At ille
cernens se morti propinquum (5), ait : « Ecce filium
« meum ; suscipe illum, et sit obses pro his quee pro-
« mitto domino meo regi : et nisi Mummolum addu-
« cam tibi, perdam (6) parvulum meum. » Tunc rex
permisit eum abire, retento secum ejus infantulo. At
(1) Corb. [Dub.] “et Colb. a., Sigona, quo nomine Sequanam 'in
vet. scriptis quandoque exprimi cx aliis etiam locis constat. * Cam.,
Sygona.
(3) * Colb. m., contigerent.
(3) * Corb., Cam., filiabus.
(4) [In cod. Clun. * et in Colb. m., deest in Avenione. Paulo post,
adducam eum ad te.] * Corb., Reg. B, Avennione. — Infra, Colb. m.,
Avinione.
(5) * Corb., se mortem propinquam; Reg. B, se mortem propin-
quum ; Cam., sibi mortem propinquam.
(6) * Colb. m. et [Clun., pareulum meum interfice.|
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 44t
E]
XXVI. Le duc Gontran, étant donc retourné à Cler-
mont avec les trésors dont nous avons parlé plus haut,
alla se rendre auprés du roi Childebert. Comme il en re-
venait avec sa femme et ses enfans, il fut arrété et retenu
par le roi Gontran , qui lui dit : « C'est toi dont les invita-
« tions pressantes ont amené Gondovald dans les Gaules,
« et c'est pour ce motif que tu es allé à Constantinople
« dans ces dernières années.» Le duc Gontran lui répondit :
« C'est ton duc Mummol qui l'a lui-méme accueilli et gardé
« avec lui dans Avignon; mais donne-moi la liberté, je te
« l'aménerai, et je me justifierai ainsi du fait que tu me
« reproches. — Je ne te laisserai point partir, dit le roi,
« avant que tu ne subisses la juste punition de ton crime. »
Le duc, se voyant menacé de la mort, lui dit : « Voilà
« mon fils; prends-le , et qu'il serve d'otage pour garantie
« de tout ce que je promets au roi mon maître. Si je ne
« 'améne Mummol, je consens à perdre mon fils. » Alors
le roi le laissa partir, en gardant avec lui le jeune enfant.
Le duc, ayant réuni des hommes de l'Auvergne et du Ve-
lai, marcha vers Avignon. Par les artifices de Mummol,
on n'avait préparé sur le Rhóne que des bátimens en
mauvais état. Ils y entrent sans défiance ; mais arrivés au
milieu du fleuve, les vaisseaux, chargés d'hommes, s'en-
foncérent. Dans cette situation critique, les uns échap-
pèrent à la nage, quelques autres saisirent les planches
mémes des vaisseaux, et atteignirent lé rivage; mais la
plupart , moins adroits, périrent dans le fleuve. Cepen-
dant le duc Gontran arriva devant Avignon. Or Mummol ,
442 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
ille, adsumtis secum Arvernis atque Vellavis (1), Ave-
nionem abiit. Sed astu Mummoli naves in Rhodano
infirma preparata (2)sunt; ascendentesque simpli-
citer, ut in medio amnis venerunt, impletis navibus
mergebantur. Tunc in periculo positi, alii nando evase-
runt, nonnulli vero, arreptis ipsarum navium tabulis,
adtigerunt litus. Plerique autem , quorum minor fuit
astutia , in amne demersi sunt (5). Guntchramnus vero
dux advenit Avenionem. Providerat enim Mummolus,
postquam infra (4) muros urbis illius est ingressus , ut
quia pars parva residebat , que non vallabatur à Rho-
dano , educta ex eo parte, locus ille totus hoc alluvio (5)
muniretur : in quo loco fossas magnæ profunditudinis
fodit, præparatosque dolos aqua decurrens operuit.
Tunc, adveniente Guntchramno, ait ex muro Mum-
molus : « Si fides est integra, veniat ille ab una parte
« ripae, et ego ex alia, et quod voluerit eloquatur. »
Quo cum convenissent (6), ait Guntchramnus e contra,
hoc:enim brachium fluminis inter utrumque erat po-
situm :'« Si licet (7), inquit , vadam : quia sunt aliqua
(1) * Cam., Fillavis; Reg. B, Avellavis. In Colb. a 2, a additum es.
supra liaesm.
(2) * Colb. m., Colb. a. et Reg. B, parate s. — Supra, Ce 2;
Colb. m., Rodano. — Infra, ut d. in Corb.
(3) * Colb. m., in anne dimersis.
(4) * Corb., [Clun.,] Reg. B, Colb. a., Colb. m., intra.
(5) [Dub.,] ex hoc alveo. * Colb. a., Reg. B, hoc alveo. Corb ,
quæ non valebatur ad Rodanum, ut eductam ex eo partem, l. i. t.
ex hoc alveo munir.... Colb. m., ut eductam ex eo partem.... Cam.,
ut eductam ex eo partem.... hoc alveo.
(6) * Corb., Colb. a., Reg. B, quod cum venisset. — Supra, Colb.
m., loquatur.
(7) * Reg. 5, Colb. a. et Colb. m., scilicet.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 443
aprés son entrée dans cette ville, voyant qu'à l'excep-
tion d'un seul côté peu étendu, elle était protégée par
le fleuve, avait détourné un bras du Rhóne pour cou-
, vrir d'eau la partie restée sans défense. Il fit donc creu-
ser en cet endroit des fossés d'une grande profondeur,
et ces piéges furent dissimulés par les courans d’eau
qui les remplissaient: Quand Gontran arriva, Mummol
lui dit du haut des murs : « S'il est de bonne foi, que cet
« homme vienne d'un côté du fleuve et troi de l'autre; et
« qu'il me dise ce qu'il veut. » Arrivés tous deux sur'la
rive, séparés par le bras du fleuve , Gontran lui dit : «Si
« tu le permets , j'irai à toi, parce qu'il y a certaines choses
« sur lesquelles nous devons conférer en secret. — Viens,
« lui dit Mümmol, ne crains rien. » Gontran entra donc
dans le fleuve avec un de ses amis; mais comme celui-ci
était chargé d'une lourde cuirasse , à peine eut-il atteint
le fossé, qu'il s'enfonca sous les eaux, et ne reparut plus (1).
Gontran enfoncait aussi, et était entraîné par la rapidité
du courant, lorsqu'un de ceux qui étaient présens, lui pré-
sentant sa lance de manière à ce qu’il pût la saisir, le ra-
mena au rivage. Alors, après s'étre mutuellement accablés
d’outrages, Mummol et lui se retirèrent. Tandis que Gon-
tran assiégeait cette ville avec l'armée du roi Gontran (2),
(1) Je suppose que ces courans avaient peu de largeur, et semblaient
à Gontran des ruisseaux facilement guéables. Probablement les bords
en étaient peu profonds, et tout à coup un gouffre était formé par le
fossé creusé d'avance, et rempli d'eau...
(2) Valois pense qu'il faut lire Childebert, parce que l'Auvergne et
le Velai obéissaient à ce prince. Mais d'abord tous les mss. donnent
Guntchramni ; ensuite, cette armée du roi Gontran , avec laquelle le
duc fait le siége d'Avignon, est peut-être distincte de l'escorte com-
posée des hommes de l'Auvergne et du Velai, avec laquelle il avait
tenté précédemment de surprendre Mummol.
444 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« quae inter nos secretius conferantur (1). » Cui ille :
« Veni, ait, ne timeas. » Ingressus cum uno amicorum
suorum, ut erat loricæ pondere adgravatus, ilico
amicus ille, ut foveam amnis adtigit, sub aquis de-
mersus nusquam comparuit. Guntchramnus vero cum
demergeretur atque portaretur ab unda veloci, unus
de adstantibus, porrecta manui ejus hasta (2), eum
litori reddidit (5). Et tunc inlatis sibi (4) conviciis ,
ipse et Mummolus discesserunt. Obsidente quoque
Guntchramno ipsam urbem cum exercitu Gunt-
chramni (5) regis , nuntiata sunt hec Childeberto. At
ille ira commotus , cur hec non jussus ageret, Gun-
dulfum superius dictum illuc direxit. Qui , amota obsi-
dione (6), Mummolum Arvernis adduxit : sed post
paucos dies Avenionem regressus est.
XXVII. Chilpericus rex pridie (7) quam Pascha
celebraretur, Parisius abiit. Et ut maledicto (8) , quod
in pactione sua et fratrum suorum conscriptum erat,
ut nullus eorum Parisius sine alterius voluntate ingre-
deretur, carere posset , reliquiis sanctorum multorum
precedentibus , urbem ingressus est; diesque Paschae
cum multa jocunditate tenuit; filiumque suum bap-
(1) Cam., conferamus.
(2) * Corb., porrectam uni ejus hastam ; Colb. m., porrecta manu
ejus h.
(3) [Clun., Zittori restituit.] * Sic Colb. m.
(4) * Sibi d. in Colb. m.
(5) Valesius legendum censet. Childeberti. * Vide notam gallicam
(6) " Colb. m., Quia moto obs. — Infra, Avennione.
(7) * Corb., pridem.
(8) Corb., Reg. B, Colb. m., maledictum; Cam., maledictum
pactum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 445
cette nouvelle fut annoncée à Childebert. Ce prince , ir-
rité de ce qu'il agissait ainsi sans son ordre, envoya
Gondulf, nommé plus haut (1), qui fit lever le siége, et
conduisit Mummol en Auvergne ; mais peu de jours aprés,
ce dernier revint à Avignon.
XXVII. Le roi Chilpéric, la veille des fêtes de Pâques,
alla à Paris; et pôur éviter les malédictions prononcées
dans le traité conclu avec ses frères contre celui qui entre-
rait à Paris sans le consentement des autres (2), il entra
dans cette ville, précédé des reliques de plusieurs saints ;
célébra les jours de Pâques avec beaucoup d'allégresse; et
fit baptiser son fils, que Ragnemod , évêque de Paris,
tint sur les fonts de baptéme. Par son ordre, on le nomma
Théodoric.
(1) Chap. 11.
(2) Voyez liv. vut, chap. 6.
446 HISTORIA- FRANCORUM , LIB. VI.
tismo tradidit, quem Ragnemodus ipsius urbis sacerdos
de lavacro sancto suscepit, ipsumque Theodoricum
vocitari praecepit.
XXVIII. Marcus (1) quoqué referendarius , cujus
supra meminimus, post congregatos de iniquis de-
scriptionibus thesauros, subito lateris dolore detentus,
caput totondit, atque poenitentiam accipiens, spiri-
tum exhalavit : resque ejus fisco conlatæ sunt. Nam
magni ibidem thesauri ex auro argentoque, et multa-
rum specierum (2) reperti sunt, nihil exinde secum
aliud portans , nisi anime detrimentum.
XXIX. Legati de Hispaniis reversi nihil certi renun-
tiaverunt , eo quod Leuvichildus (5) contra filium suum
seniorem in exercitu resideret. In monasterio autem
beatæ Radegundis puella quaedam, nomine Disciola (4),
qua beati Salvii Albigensis episcopi neptis erat, obiit
hoc modo. Cum ægrotare coepisset , et ei assidue soro-
res aliæ (5) deservirent , venit dies ille quo migraret a
corpore; et circa horam nonam ait sororibus : « Ecce
« jam leviorem me sentio; ecce nihil doleo : nunc
« autem non est necesse sollicitudini vestre, ut mihi
« curz aliquid impendatis; sed potius discedite a me,
(1) * Colb. m., Marchus.
(2) * Reg. B, multarum specie rerum.
(3) * Colb. m., Leuvigildus. — Infra, Radegunde , ut in Reg. B.
(4) Colb. a. “et Reg. B, Discila. Uti sancta colitur cum Agnete
abbatissa, III. Idus maias. Habetur in litaniis Pictonicis, que ab Hen-
rico Ludovico Castaneo episc. Pictavensi sant vulgata. * Cam. supra
Albiensis episc.
(5) * Sorores alie deest in Colb. m.
HISTOIRE. DES FRANCS, LIV. VI. 447
XXVIII. Marc le référendaire, dont nous avons parlé
plus haut (1), aprés avoir amassé de grands trésors au
moyen de contributions illégales levées sur les peuples,
saisi tout à coup d'une douleur de:cóté, se rasa la tête,
prit l'habit de pénitent (2), et rendit l’âme aussitôt. Ses
biens furent réunis au fisc. On trouva chez lui de grands
amas d’or, d'argent et de beaucoup d'objets précieux : mais
de tant de trésors il n'emporta rien que la perte de son
áme.
XXIX. Les députés, revenus de l'Espagne, n'en rap-
portérent aucune réponse positive, parce que Leuvigild
était toujours en guerre contre son fils aîné. Dans le mo-
nastère de Sainte-Radegonde (3), une jeune fille, nommée
Disciola, nièce du bienheureux Sauve, évêque d’Albi,
mourut de la manière suivante. Elle était tombée malade,
et les autres sœurs la soignaient assidument, lorsque vint
le jour où elle devait quitter son corps. Vers la neuvième
heure, elle dit à ses sœurs : « Voici que je me sens plus
« légère; je n'éprouve plus de douleur. Il n'est plus né-
« cessaire que vous vous inquiétiez de moi pour me don-
« ner des soins; mais plutót éloignez-vous, pour que je
(1) Liv. v, chap. 29.
(2) La tonsure était commune aux pénitens, comme aux deres et
aux moines. Concil. d'Agde, an 506, can. 15. Sidonius Apoll., lett. 24,
liv. iv, et note de Sirmond. €
(3) Monastère de la Sainte-Croix, à Poitiers, fondé par sainte si
degonde. Voyez liv. 11, chap. 7
448 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« quo facilius sopori relaxer. » Hæc audientes sorores
ejus , recesserunt parumper à cellula; et post paullulum
advenerunt. Denique stantibus illis coram ea, ex-
pectabant quid ab illa elocutionis audirent. Ipsa autem,
expansis manibus, benedictionem a nescio quo efllagi-
tans, ait : « Benedic, inquit, mihi, Sanéte (1) ac famule
« Dei excelsi ; ecce enim jam tertio fatigaris hodie mei
« causa. Et cur, Saricte, pro infirma muliercula cre-
« bras injurias sustines?» Interrogantibus vero illis
ad quem haec verba proferret, penitus non est affata (2).
Tunc facto modico intervallo , emisit vocem magnam
cum risu; et sic tradidit spiritum. Et ecce quidam
energumenus (3), qui tunc ad beate Crucis gloriam
mundandus advenerat , arrepta manibus cæsarie, con-
lisit sein terram , dicens : « Heu, heu, heu (4) nobis,
« qui tale damnum perpessi sumus! vel licuisset (5)
« prius causas inquirere, et sic de potestate nostra
« fuisset ablata hæc anima (6). » Inquirentibus vero
his qui aderant, quod esset hoc verbum quod loque-
batur, respondit : « Ecce animam puelle Michael
« angelus suscepit , et ipse eam ad coelos evehit (7).
, * Princeps vero noster, quem vos diabolum nomina-
« tis, nihil in ea participatur. » Post hzc corpus aquis
ablutum ita (8) candore niveo refulgebat, ut nullum
(1) * Reg. B, sancta.... famula.... — Supra, nescio a qua.
(2) * Corb., Reg. B, Colb. a., Colb. m., effata.
(5) * Corb., Reg. P, Colb. a., Colb. m., inerguminus.
(4) * Corb., Colb. a., Reg. B, heu, heu nobis.
(5) * Colb. m., vel licui sit.
: (6) * Colb. a., Reg. B, ablata, hac enim ab inquirentibus his.
(7) * Corb., Cam., ad colum evexitt
(8) Corb., corpus a quibus ablutum est, aiebant, ita candore , etc.
— " Infra, Corb., Reg. Z, Colb. a. et Colb. m., candidior.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 449
« repose plus facilement. » Ses sœurs, l'entendant ainsi
parler, se retirérent un instant de sa cellule, et revinrent
peu aprés. Elles se tenaient debout devant elle, attendant
ce. qu'elle allait leur dire. Disciola, les bras étendus, de-
manda à je ne sais qui sa bénédiction en ces termes:
« Bénis-moi , saint serviteur du Trés-Haut; car voilà trois
« fois que tu te fatigues aujourd'hui pour ma cause. Pour-
« quoi , ó saint! souffres-tu, pour une pauvre femme, des
« outrages si multipliés? » Les sœurs lui demandèrent à
qui elle s'adressait ; mais elle ne répondit rien. Puis, aprés
un court intervalle, elle fit entendre un grand éclat de
rire, et rendit l'esprit. Au méme moment, un possédé, qui
était venu devant la gloire de la sainte Croix (1) pour en
obtenir sa guérison , saisit sa chevelure avec ses mains , et
se frappa la tête contre la terre, en disant : « Hélas! hé-
« las! malheur à nous, qui avons éprouvé un tel dom-
« mage! Au moins, s'il nous eût été permis de plaider
« notre cause avant que cette áme ne nous füt enlevée ! »
Les assistans lui demandèrent ce qu'il voulait dire : «Voici,
« répondit-il , l'ange Michel qui se charge de la jeune fille,
« et qui la porte dans le ciel; et notre prince, que vous
« nommez le diable, n'y a point de part. » Ensuite, quand
le corps eut été lavé, il devint si éblouissant de blancheur,
que l'abbesse ne put trouver sous sa main aucun linge
plus blanc que son corps. Cependant elle fut ensevelie
dans un linceul propre, et livrée à la sépulture. Une autre
jeune fille de ce monastére eut une vision, qu'elle raconta
à ses sœurs. Elle croyait, dit-elle, parcourir une route;
et son vœu était d'arriver en marchant jusqu'à la fontaine
(1) C'est-à-dire dans l'église méme du monastère, dédiée à la sainte
‘Croix.
MH. 29
450 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
linteum reperire abbatissa potuisset in promtu , quod
corpore candidius cerneretur : induta tamen linteis
mundis, sepulturae mandata est. Nam et alia puella
hujus monasterii visum vidit quod sororibus retulit.
Putabat, inquit, se iter aliquod conficere; et erat ei
votum ut ad fontem vivum gradiens perveniret. Cum-
que viam nesciret, vir quidam se obviam obtulit, di-
cens : «Si, inquit, vis ad fontem vivum accedere , ero
« ego prævius itineris tui. » Át illa gratias agens , se-
quebatur præcedentem. Quibus ambulantibus, perve-
nerunt (1) ad fontem magnum, cujus aque tanquam
aurum splendebant (2), herbæ vero in modum diver-
.sarum gemmarum vernante luce radiabant. Et ait vir
ad eam : « Ecce fontem vivum, quem multo labore
« quæsisti. Satiare nunc ab ejus (5) fluentis, ut fiat
« tibi fons aqua vivæ salientis in vitam æternam. »
Cumque illa avide (4) ex his aquis hauriret, ecce ab
alia parte veniebat abbatissa; et denudatam puellam
induit eam veste regia : quee tanta luce, auroque, et
monilibus refulgebat, ut vix posset intendi, dicente
sibi abbatissa : « Sponsus enim tuus mittit tibi. hac
« munera. » Hzc cum puella vidisset , compuncta est
corde , et post dies paucos rogavit abbatissam , ut sibi
in qua includeretur cellulam præpararet. At (5) illa
velociter perfecta , ait : « Ecce, inquit, cellulam ; quid
(1) * Inde ad finem capitis deest in Reg. Z.
(2) Corb, aqua.... splendebat ; * Cam., aqua resplendebat. —
Infra, Corb., ecce: fonte vivo.
(3) * [Clun., satiare nunc ab eo; ut.] " Sic Colb. m.
(4) * Colb. m., pro avide, videret.
(5) Regm., 4t illa ut rogaverat, cellulam præparavit, eique tunc
dixit : Ecce, ete.”
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 451
vivante. Comme elle ne connaissait pas le chemin, un
homme s'offrit à ses yeux, et lui dit : «Si tu veux aller
«à la fontaine vivante, je marcherai devant toi pour
«te guider. » Celle-ci le remercia , et le suivit. Tout en
marchant, ils arrivérent à une grande fontaine, dont les
eaux brillaient comme de l'or; à l'entour, les herbes,
semblables à des pierres précieuses de mille couleurs va-
riées, rayonnaient de toute la lumiére du printemps; et
cet homme lui dit : « Voici la fontaine vivante que tu as
« cherchée avec tant de peine. Abreuve-toi largement à
« cette source, afin qu'elle devienne en ta faveur une fon-
« taine d'eau vive jaillissant pour la vie éternelle. » Tandis
qu'efle buvait avidement de cette eau, d'un autre cóté
venait l'abbesse , qui dépouilla la jeune fille, et la couvrit
d'un vêtement royal si brillant de lumière, d'or et de
pierreries , qu'on pouvait à peine en soutenir l'aspect. En
méme temps, elle lui disait : « C'est ton époux qui t'envoie
« ces présens. » À la suite d'une telle vision, la jeune fille,
touchée de componction , demanda quelques jours après,
à l'abbesse, de lui préparer une cellule pour s'y enfermer.
Tout fut bientôt prêt, et l'abbesse lui dit : « Voici 12 cel-
« lule; que désires-tu de plus? » La jeune fille demanda
qu'on lui permit d'y vivre en recluse. Cette grâce lut est
accordée, et au milieu des vierges rassemblées, de leurs
saints cantiques, des cierges allumés, la bienheureuse
Radegonde la conduit elle-méme par la main jusqu'au lieu
de sa retraite. Alors, disant adieu à tout le monde, elle
embrassa chacune de ses compagnes, et fut renfermée.
On boucha l'ouverture par où elle était entrée; et encore
aujourd'hui, dans cette cellule, elle se livre tout entiére
à la prière et à la lecture. ,
452 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« nunc desideras? » Puella vero petiit ut recludi per-
mitteretur. Quod cum ei præstitum fuisset (1), con-
gregatis virginibus cum magno psallentio , accensis
lampadibus, tenente sibi beata Radegunde manum, ad
locum usque perducitur. Et sic vale faciens omnibus,
et osculans singulas quasque, reclusa est. Obstructo-
que (2) aditu per quem ingressa fuerat, ibi nunc ora-
tioni ac lectioni vacat.
XXX. Hoc anno Tiberius imperator migravit a
seculo, magnum luctum relinquens populis de obitu
suo. Erat enim summae bonitatis, in eleemosynis
promtus , in judiciis justus , in judicando cautissimus ;
nullum despiciens (5), sed omnes in bona voluntate
complectens : omnes diligens, ipse quoque diligebatur
ab omnibus. Hic cum ægrotare coepisset, et se jam vi-
vere desperaret, vocavit Sophiam Augustam, dicens :
« Ecce jam impletum sentio tempus vitæ mea : nunc
« cum consilio (4) tuo eligam, qui reipublicae praeesse
« debeat. Oportet enim strenuum eligi , qui pro me sit
« huic potestati (5). » At illa Mauricium quemdam
elegit, dicens : « Valde strenuus et sagax est vir iste :
(1) * Corb., fuit. — Infra, Radegunde manu.
(2) * Corb., structoque. — Infra, vacans; Colb. m., structoque
aditum.... oratione... lectione. Cam., lectioni evagat.
(5) * Colb. a., Reg. P, dispiciens.
© (4) * Corb., cum deest; Reg. B, cum silentio tuo.
(5) Sic Corb. at Regm. JVos enim oportet providere, qui tantae
sublimitati adjungi dignus sit. Ceteri omittunt hunc versum. (Dub.
Qui præsit huic potestati. Clun. Non oportet enim eligi sine tuo con-
silio huic potestati.] * Colb. a., Reg. B. Qui præsit. Colb. m. Non
oportet enim elegi, usque igitur huic potestati. Cam. Strenuum éligere
qui præsit huic potestati.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 453
XXX. Cette année (1), l'empereur Tibére quitta le
monde, et sa mort fut un grand sujet de deuil pour ses
peuples. Il était, en effet, d'une bonté parfaite, porté à
l'aumóne, juste dans ses arréts, prudent lorsqu'il fallait
juger; sans mépris pour personne, mais d'une égale bien-
-veillance pour tout le monde, il aimait tous ses sujets,
et en était généralement aimé. Quand il fut tombé ma-
lade, et qu'il désespéra de sa guérison, il appela l'impéra-
trice Sophie, et lui dit ; « Je le sens, j'ai rempli le temps
« que j'avais à vivre. Maintenant, aidé par ton conseil, je
« choisirai celui qui doit gouverner la république. Il faut,
«en effet, choisir un homme actif qui me remplace dans
« cette fonction supréme. » Sophie choisit un certain Mau-
rice, en disant : « Cet homme est trés actif et très habile.
« Souvent, dans des combats contre les ennemis de la ré-
« publique , il a remporté la victoire. » Elle parlait ainsi,
dans l'espérance de l'épouser après la mort de Tibère :
mais quand celui-ci connut le choix de l'impératrice, il
fit revêtir sa fille des ornemens impériaux, et appelant
(1) Nous sommes à l'année 585, la huitième année du règne de Chil-
debert (voyez chap. 25) ; mais il est prouvé que la mort de Tibère
est de 582.
454 HISTORIA FRANCORUM ; LIB. VI.
« nam et sæpius contra inimicos reipublice dimicans ,
« victorias obtinuit. » Hec enim dicebat, ut isto trans-
eunte , hujus conjugio necteretur. Sed Tiberius post-
quam consensum cognovit Augustæ de hujus electione,
jussit ornari (1) filiam suam ornamentis imperialibus,
et vocato Mauricio, ait : « Ecce cum (2) consensu
« Sophie Auguste ad imperium eligeris : in quo ut
« firmior sis, filiam meam tradam tibi. » Et accedente
puella, tradidit eam pater Mauricio , dicens : « Sit tibi
« imperium meum cum hac puella concessum (5).
« Utere eo(4)felix, memorque semper esto, ut æquitate
« et justitia delecteris. » At ille, accepta puella, duxit
eam ad domum suam : et, transacta solemnitate nup-
tiarum , Tiberius obiit. Igitur celebrato justitio, Mau-
ricius indutus diademate et purpura (5), ad Circunr
processit : acclamatisque sibi laudibus, largitis po-
pulo (6) muneribus, in imperio confirmatur.
XXXI. Denique Chilpericus rex legatos nepotis sui
Childeberti (7) suscepit, inter quos primus erat Egidius
Remensis episcopus. Quibus intromissis ad regem,
data suggestione, dixerunt: « Pacem quam cum domino
« nostro nepote tuo fecisti, petit a te (8) omnimodis
« conservari : cum fratre vero tuo pacem habere non
(1) * Corb., Colb. duo, exornari; Reg. B, exornare.
(2) * Cum deest in Corb. et Reg. Z.
(3) * Corb., consensum. .
(4) Alii, ea. — * Corb., Reg. B ; Colb. duo, memor semper ut æqui-
tate et justitia delecteris.
(5) * Corb., purpura et bysso.
(6) [Clun., largito populo munera.] Sic Colb. m.
(7) " Reg. B, rtepoti suo Childebertho. — Colb. m., suscipit.
(8) * Colb. m., petit ad te. — Infra, suos deest.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 455
Maurice, lui dit : « D'accord avec l'impératrice Sophie,
«je te choisis pour empereur. Afin de t'affermir sur le
« tróne, je te donnerai ma fille en mariage. » La jeune
fille approcha, et son père la remit à Maurice, en lui di-
sant : « Que mon empire te soit donné avec cette jeune
« fille. Puisses-tu y trouver le bonheur, et n'oublier jamais
« de chercher tes plaisirs dans l'équité et la justice. » Mau-
rice accepta la jeune princesse, et la conduisit à sa mai-
son. Quand les noces eurent été célébrées, Tibére mourut.
Aprés les jours donnés à la douleur, Maurice, orné du
diadème et de la pourpre, s'avanca dans le Cirque, où il
fut salué par de vives acclamations; puis, ayant fait au
peuple les largesses d'usage, il fut confirmé dans la pos-
session de l'empire.
XXXI. Enfin le roi Chilpéric recut de son neveu Chil-
debert une députation, à la tête de laquelle était Egidius,
évéque de Reims. Lorsqu'ils furent introduits auprés du
roi et qu'on leur eut accordé la parole, ils dirent : « Ton
« neveu te demande de maintenir absolument la paix que
« tu as faite avec lui; mais il ne peut rester en paix avec
« ton frère, parce que celui-ci, aprés la mort de son père,
« lui a enlevé sa portion de Marseille, qu'il retient ses trans-
« fuges , et ne veut point les lui renvoyer. Aussi ton neveu
« Childebert veut maintenir intacte la bonne amitié qui
« est maintenant entre vous deux. — Mon frére, répondit
« Chilpéric, est repréhensible eri plusieurs points; car si
« mon fils Childebert veut se rendre un compte exact des
«choses, il trouvera que son oncle a été de connivence
456 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« potest, quia partem Massiliæ ei post mortem abstulit
« patris, fugacesque suos retinet, nec eos vult ei re-
« mittere. Ideo Childebertus nepos tuus caritatem,
« quam nunc tecum retinet, integre vult servare. »
Et ille : « In multis , inquit, frater meus accessit cul-
« pabilis. Nam si ordinem rationis filius meus Childe-
« bertus inquirat, cognoscet protinus quod hujus con-
« ludio pater ejus est interfectus. » Hæc eo dicente;
Egidius episcopus ait (1) : « Si eum nepote tuo con-
« jungeris, et ipse conjungitur tibi, commoto exer-
« citu, ultio quz debetur super eum velocius infere-
« tur(2).» Quod cum juramento firmassent, obsidesque
inter se dedissent, discesserunt. Igitur fidens in pro
missis eorum Chilpericus, commoto regni sui exercitu,
Parisius venit : ubi cum resedisset, maguum dispen-
dium rerum incolis intulit. Berulfus vero dux cum
Turonicis, Pictavis, Andegavisque, atque Namneticis,
ad terminum Bituricum venit. Desiderius vero et Bla-
dastes, cum omni exercitu provincie sibi commissee (5),
ab alia parte Bituricum vallant , multum vastantes-per
quas venerunt regiones. Chilpericus vero jussit exer-
citum, qui ad eum accessit , per Parisius transire. Quo
transeunte, et ipse transiit, atque ad Miglidunense (4)
(1) * Colb. m., episcopus ejus. * Post, jungeris.... tecum.
(2) * Corh., inferatur ; Colb. m., infertur.
(9) Colb. m., commissum pro commisso ; Corb. vero, communi exer-
citu provincie sibi commisso: [Ita Dub.] * Cam., cum uno exercitu.
(4) Sic Corb. hic et cap. sequenti. Variant etiam alii codices scripti.
Aliquot enim habent Mecledonense cum plerisque editis [Ita Dub. et
Clun.] pro quo ín Colb. a. et quidem antiqua manu, positum est,
Medolonensim. Bec. et Regm., Mededonense. * Reg. B, Mecledu-
nensim nisi sit Mededun.... Colb.-m., atque Mededonensi.
BISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 457
« dans la mort de son père.» À ces mots, l'évêque Egi-
dius prenant la parole : « Si tu te joins à ton neveu, et
« qu'il se joigne à toi, tous deux marchant avec une ar-
« mée, vous tirerez promptement de votre ennemi une
« vengeance légitime. »£et accord ayant été confirmé par
des sermens, on se donna des otages de part et d'autre, et
on se quitta. En conséquence, Chilpéric, comptant sut les
promesses de ces députés, mit en mouvement l'armée de
son royaume, et vint à Paris, où son séjour causa de grandes
dépenses aux habitans. Cependant le duc Bérulf, avec
ceux de Tours, d'Angers, de Poitiers et de Nantes, vint
sur les limites du Berri. Didier et Bladaste, avec toute
l'armée de la province, qu'on leur avait confiée-(1), in-
vestirent le Berri d'un autre cóté, aprés avoir cruelle-
ment ravagé les pays par oü ils étaient venus. Chilpéric
voulut que l'armée qui venait le joindre traversát Paris.
Quand elle fut passée, il passa outre lui-même, et se
rendit au cháteau de Melun, dévastant tout le páys pat
le fer et le feu; et quoique l'armée de son neveu ne füt
pas venue le: joindre, cependant des généraux et des dé-
putés de ce prince étaient avec lui. Alors il envoya aux ducs
nommés ci-dessus des messagers pour leur dire : « Entrez
« dans le Berri, et avancez jusqu'à la ville, pour en exi-
« ger, en mon nom, le serment de fidélité.» Mais ceux du
Berri, réunis au nombre de quinze mille hommes auprès
de Cháteau-Meillant (2), combattirent contre le duc Di-
(1) Voyez Eclairciss. et observ. (Note d.).
(2) Nous adoptons, avec Lebeuf et D. Bouquet, cette interprétation,
plutôt que celle de Mehun-sur-Evre, qu'avaient proposée Lecointe,
Valois et Ruinart. L'armée de Bérulf avec ceux de Tours, Poitiers,
Angers, Nantes, doit naturellement attaquer le Berri par le nord et
458 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
castrum abiit, cuncta incendio tradens atque devas-
tans. Et licet exercitus nepotis sui ad eum non venis-
set, tamen duces et legati ejus cum ipso erant. Tunc
misit nuntios ad supradictos duces , dicens : « Ingredi-
« mini Bituricum (1), et accedentes usque ad civita-
« tem, sacramenta fidelitatis exigite de nomine nos-
« tro. » Biturici vero cum quindecim millibus ad
Mediolanense (2) castrum confluunt, ibique contra
Desiderium ducem confligunt : factaque est ibi strages
magna, ita ut de utroque exercitu amplius quam
septem millia cecidissent. Duces quoque cum reli-
qua parte populi ad civitatem pervenerunt, cuncta
diripientes vel devastantes : talisque depopulatio inibi
acta (3) est, qualis nec antiquitus est audita fuisse; ut
nec domus remaneret, nec vinea, nec arbores; sed
cuncta succiderent , incenderent (4), debellarent. Nam
et ab ecclesiis auferentes sacra ministeria , ipsas incen-
dio concremabant. Guntchramnus vero rex cum exer-
citu contra fratrem suum advenit, totam spem in
Dei (5) judicio collocans. Qui die una (6) jam vespere ,
misso exercitu, maximam partem de germani sui exer-
citu interfecit. Mane autem concurrentibus legatis,
(1) |Clan., Ziturigam.] — * Infra, Corb., Biturigi; Colb. m., Bi-
turigum; Biturigi, idem, ad civitates.
(2) Ita codd. Corb., Bec. [Dub. et Clun.], quamvis in editis Me-
cledonense habeatur. “Reg. P, Mediolansim ; Colb. m., Mediolanensi.
Colb. a., Medolonensem, ex antiqua correctione.
(9) * Colb. m., facta est.
(4) * Incenderent deest in Corb. et Reg. B, in hoc deest etiam
debellarent. Colb. m., sed justa succenderent, debellarent. — Supra,
domus remanerent. — lufra , deest sacra.
(5) * Dei deest in Reg. B.
(6) * Corb., Diei una.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 459
dier. Et là il se fit un si grand carnage, qu'il périt plus
de sept mille hommes dans chaque armée. Les généraux,
avec le reste de leurs gens, parvinrent jusqu’à la ville,
pillant et ravageant tout le pays; et alors eut lieu une
dévastation sans exemple dans le souvenir des hommes.
Il ne restait plus ni maisons, ni vignes, ni arbres; mais
tout était coupé, incendié , détruit. On enlevait des églises
les vases sacrés, on brülait les églises ellessmémes. Ce-
pendant le roi Gontran , avec une armée , se présenta de-
vant son frère (1), plaçant toute son espérance dans le
jugement de Dieu. Un jour, vers le soir, il envoya contre
lui son armée, qui détruisit une grande partie de celle de
son frère. Le matin, ils s'envoyérent réciproquement des
députés, et firent la paix, avec promesse mutuelle de
s'en rapporter au jugement des évéques et des seigneurs :
celui qui serait reconnu avoir dépassé les bornes de la loi
devait payer à l'autre une composition. À ces conditions,
ils se séparérent en bon accord. Le roi Chilpéric, ne pou-
vant empécher ses troupes de se livrer au pillage, tua de
sa main le comte de Rouen; puis revint à Paris, aban-
donnant le butin et reláchant les captifs. Ceux qui assié-
par l'ouest : celle de Bladaste et Didier l'attaquent par un autre cóté,
probablement par le midi; et les habitans sont venus se réunir à un
point voisin de la frontière pour s'y opposer. Ensuite, il semble que l'ar-
mée victorieuse parcourt un certain espace avant d'arriver à Bourges :
or Cháteau-Meillant est à une quinzaine de lieues de cette ville, tandis
que Mehun en est trés voisin. Enfin, l'attaque du Berri du cóté du
sud, par l'armée de Bladaste, est encore plus vraisemblable, si le
gouvernement de Bladaste et de Didier, appelé Provincia, était la
réunion des provinces méridionales conquises récemment par Chil-
péric sur Gontran. Voyez la note précédente.
(1) Près de Melun, où nous avons vu que Chilpéric était posté avec
une armée.
460 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
pacem fecerunt, pollicentes alter alterutro, ut quic-
quid sacerdotes vel seniores populi judicarent, pars
parti componeret, quae terminum legis excesserat : et
sic pacifici discesserunt. Chilpericus vero rex cum exer-
citum suum à prædis arcere non posset , Rhotomagen-
sem (1) comitem gladio trucidavit : et sic Parisius re-
diit, omnem relinquens praedam , captivosquerelaxans.
At isti qui Biturigas (2) obsidebant , accepto mandato
ut reverterentur ad propria , tantas preedas secum sus-
tulerunt, ut omnis regio illa , unde egressi sunt, valde
putaretur evacuata, vel de hominibus, vel de ipsis
pecoribus. Ingressus quoque exercitus Desiderii atque
Bladastis per Turonicum, incendia , prædas et homi-
cidia tanta fecerunt , sicut solet contra inimicos fieri :
nam et captivos abduxerunt, de quibus spoliatos plu-
rimos postea dimiserunt (5). Subsecutus est morbus
pecorum hanc cladem, ita ut vix (4) unicum remane-
ret; novumque esset si aliquis aut jumentum (5)
videret, aut cerneret buculam. Sed dum hæc ageren-
tur; Childebertus rex cum exercitu suo uno in loco
residebat. Nocte autem quadam , commoto exercitu,
magnum murmur contra Egidium episcopum et duces
regis minor populus elevavit (6), ac vociferari coepit,
(1) Editi aliquot Rhotongerisem.* Reg. B, Rotomagensi; Colb. m.,
Rotogernsem, at supra scriptum, ma.
(2) * Colb. m., Biturigam. — Tnfra, deest regio : deest et de ipsis,
ante pecoribus. Cam. , ita isti qui Bit...
(3) * Corb., demiserunt.
(4) * Reg.: B, vix vel unicum ; Colb. duo, vix i! initium ; Cam.,
vel inditium remanerit.
(5) Colb. a: [et Dub.,] juvencum.
(6) * Colb. m.; elevare ac vociferare. — Infra, dominationi alteri,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 461
geaient Bourges, ayant recu l'ordre de retourner chez
eux, emportèrent tant de butin, que toute la contrée,
à mesure qu'ils se retiraient, semblait absolument vide
d'hommes et de troupeaux. Pareillement l'armée de Didier
et de Bladaste, étant entrée sur le territoire de Tours,
se signala par des incendies, des pillages, des homi-
cides , comme on fait ordinairement en pays ennemi. Ils
emmenaient les habitans captifs, et pour la plupart les
renvoyaient après les avoir entièrement dépouillés. Ce
désastre fut suivi d'une maladie sur les troupeaux, de
sorte qu'il restait à peine une seule téte de bétail, et que
c'était une nouveauté de voir une bête de somme ou d'aper-
cevoir une génisse. Tandis que tout cela se passait, Chil-
debert était avec son armée, réunie dans un méme lieu.
Une nuit, l'armée se souleva; le petit peuple fit entendre
des murmures toujours croissans contre l'évéque Egidius
et les ducs du roi, puis vociféra et s'écria sans ménage-
ment : « À bas ces courtisans du roi qui vendent son
« royaume , qui soumettent ses villes à un autre maitre,
«et livrent le peuple du prince à une domination étran-
« gère! » A la suite de ces vociférations et d'autres sem-
biables , le matin étant venu, ils saisissent leurs armes,
et courent à la tente du roi pour y surprendre l'évéque et
les seigneurs , les accabler, les frapper, les déchirer avec
le glaive. Averti de leur dessein, l'évéque prit la fuite,
monta un cheval, et se dirigea vers sa ville épiscopale;
mais le peuple le poursuivait à grands cris, lui jetant des
pierres, et vomissant contre lui mille outrages. Ce qui le
sauva, c'est qu'ils n'avaient pas de chevaux préts. Cepen-
dant les montures de ses compagnons s'étant lassées, il
continua seul sa course, dominé par une telle crainte,
qu'un de ses souliers étant tombé à terre, il ne prit pas le
462 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
et publice proclamare : « Tollantur a facie regis qui
« regnum ejus venumdant, civitates illius dominationi
« alterius subdunt, populum ipsius principis alterius
« ditionibus tradunt. » Dum hec et his similia voci-
ferando proferrent, facto mane, adprehenso armorum
adparatu ,'ad tentorium regis properant, scilicet ut,
adprehensis episcopo et senioribus, vi opprimerent ,
verberibus adficerent (1), gladiis lacerarent. Quo com-
perto, sacerdos fugam iniit, ascensoque equite, ad
urbem propriam tendit. At populus ille cum clamore
sequebatur, projiciens post eum lapides , evomensque
convicia. Fuit tunc (2) ei haec causa presidium, quod
hi paratos equites non habebant. Attamen lassatis so-
ciorum equis , solus pertendit episcopus, tanto timore
perterritus ut unam caligam de pede elapsam colli-
gere (5) non curaret : et sic usque civitatem venieris,
se infra murorum Remensium septa conclusit.
XXXII. Ante paucos (4) autem menses Leudastes
in Turonicum cum precepto regis advenit, ut uxorem
reciperet, ibique commoraretur. Sed et nobis episto-
lam sacerdotum manu subscriptam detulit , ut in com-
munionem reciperetur. Sed quoniam litteras reginæ
non vidimus, cujus causa (5) maxime a communione
remotus fuerat , ipsum recipere distuli, dicens : « Cum
« reginæ mandatum suscepero , tunc eum recipere non
(1) * Colb. m., adficerent deest.
(2) * Corb., Reg. P, Colb. duo, fuitque tunc.
(5) * Corb., alligare; Cam., de pice elapsam.
(4) * Hoc caput deest, in Reg. 8. — Corb. et Cam., ante paucos
vero menses.
(5) * Colb. m., causc.... communioni.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 463
temps de le ramasser ; et parvenu en cet état jusqu'à la
ville, il s'enferma dans les murs de Reims.
XXXII. Peu de mois auparavant, Leudaste (1) était
arrivé dans le territoire de Tours, muni d'une autorisa-
tion du roi, pour y prendre femme, et y fixer son séjour.
Il nous présenta aussi une lettre signée de plusieurs évé-
ques, afin d'étre admis à la communion : mais ne voyant
pas de lettres de la reine, qui.avait principalement con-
tribué à le faire exclure de la communion, je différai de
l'y admettre en disant : «Quand j'aurai reçu l'ordre de la
« reine, alors je te recevrai sans hésiter. » Dans l'inter-
valle j'envoyai vers elle, et elle me répondit par un écrit
ainsi concu : « Obsédée par plusieurs personnes, je n'ai
(1) Ennemi personnel de notre auteur. Voyez liv. v, ch. 49 et 5o.
464 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« morabor. » Interea ad eam dirigo : que mihi scripta
remisit , dicens : « Compressa a multis aliud facere non
« potui, nisi ut eum abire permitterem ; nunc autem
« rogo ut pacem tuam non mereatur, neque eulo-
« gias (1) de manu tua suscipiat, donec a nobis quid
« agi debeat plenius pertractetur. » At ego hec (2)
scripta relegens, timui ne interficeretur : accersitoque
socero ejus, hac ei innotui (5), obsecrans ut se cautum
redderet , donec regine animus leniretur. Sed ille con-
silium meum, quod pro Dei intuitu simpliciter insi-
nuavi , dolose suscipiens, cum adhuc nobis esset ini-
micus, noluit agere que mandavi : impletumque est
illud proverbium (4) , quod quemdam senem narran-
tem audivi : « Amico inimicoque bonum semper præbe
« consilium , quia amicus accipit , inimicus spernit. »
Spreto ergo hoc consilio, ad regem dirigit (5), qui
tunc cum exercitu in pago Miglidunensi (6) degebat :
deprecatusque est populum, ut regi preces funderet ,
ut (7) ejus presentiam mereretur. Deprecante igitur
omni populo (8), rex se videndum ei prebuit. Prostra-
tusque pedibus cjus veniam flagitavit. Cui rex : « Cau-
« tum, inquit, te redde paulisper, donec, visa regiua,
(1) * Colb. m., eblogias ; Corb., euglogias.
(2) * H«c deest in Corb. Id., legens. — Infra, deest ei.
(3) * Colb. m., hec innotuit. Obs. m. s. captum r.
(4) * Colb. m., proverbium deest ; Cam., impletumque est autem.
(5) * Corb., Cam., direxit.
* (6) Colb. a., Melodennense; Bec., Megledunense. [Dub. * et Cam.,
Methedonense ; Clun., Megledonensi.] Colb. m., Megledonensim.
Vide cap. præced.
(7) * Corb., et ejus.
(8) * Colb. m., populo omni regem, rex.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 465
« pu faire autrement que de le laisser partir; mais je t'en
« prie, qu'il n'obtienne de toi aucune réconciliation, qu'il
« ne recoive pas la communion de ta main, jusqu'à ce que
« nous ayons décidé, aprés un plus mür examen, de ce
« qu'il convient de faire. » En relisant cet écrit, je crai-
gnis qu'on ne voulût l'assassiner. Je fis venir son beau-
pére , auquel je communiquai mes craintes, et je le suppliai
de se tenir sur ses gardes jusqu'à ce que le ressentiment
de la reine füt apaisé. Je lui donnais ce conseil sans ar-
riére-pensée, et pour l'amour de Dieu; mais comme il
était toujours mon ennemi, il le prit pour un piége, et
refusa de tenir la conduite que je lui prescrivais. Ainsi
fut justifié ce proverbe que j'ai entendu de la bouche
d'un vieillard : « À un ami, à un ennemi, donne toujours
« un bon conseil, parce que l'ami en profite, l'ennemi le
« méprise. » Ayant donc dédaigné mes avis, il envoya un
message aü roi, qui était alors avec son armée sur le ter-
ritoire de Melun , et il priait les soldats de supplier le roi
pour qu'il daignát l'admettre en sa présence. Toute l'armée
intercédant en sa faveur, le roi lui permit de se présenter,
et Leudaste, prosterné à ses pieds, implora son pardon.
« Agis quelque temps avec prudence, lui dit le roi, jusqu'à
« ce que tu aies vu la reine et que tu t'accordes avec elle
« sur les moyens de regagner ses bonnes gráces; car tu es
'« bien coupable à son égard. » Mais lui, toujours impru-
dent'et léger, plein de confiance, parce qu'il avait obtenu
d'étre admis en présence du roi, suivit ce prince de re-
tour à Paris ; et un dimanche , au milieu de l'église, il se
prosterna aux pieds de la reine en lui demandant pardon:
mais celle-ci, frémissant de rage et maudissant son aspect,
le repoussa loin d'elle, et, les yeux en larmes, s'écria :
« Puisque je n'ai point de fils qui puisse soutenir ma cause
i". 50
' 466 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« conveniat qualiter ad ejus gratiam revertaris; cui
« multum (1) inveniris esse culpabilis. » At ille, ut
erat incautus ac levis, in hoc fidens , quod regis præ-
sentiam meruisset , rege Parisius revertente , die Domi-
nico, in ecclesia sancta, reginæ pedibus provolvitur,
veniam deprecans. At illa, frendens et exsecrans ad-
spectum ejus, a se repulit , fusisque lacrymis, ait : « Et
« quia non exstat (2) de filiis , qui criminis mei causas
« inquirat , tibi eas, Jesu Domine, inquirendas com-
« mitto. » Prostrataque pedibus regis , adjecit: « Vae
« mihi , que video inimicum meum , et nihi] ei præ-
« valeo. » Tunc repulso eo a loco sancto, missarum
sollemnia celebrata sunt. Igitur egresso (5) rege cum
regina de ecclesia sancta , Leudastes usque (4) ad pla-
team est prosecutus , inopinans quid ei accideret : do-
mosque negotiantum circumiens, species rimatur ,
argentum pensat , atque diversa ornamenta prospicit ,
dicens : « Haec et hec comparabo, quia multum mihi
« aurum argentumque resedit. » Ista illo dicente, subito
advenientes reginæ pueri, voluerunt eum vincire (5)
catenis. Ille vero evaginato gladio, unum verberat :
reliqui (6) exinde succensi felle, adprehensis parmis (7)
et gladiis, super eum inruerunt. Ex quibus unus librans
(1) [Clun., multum videris. | * Sic Colb. m.
(2) * Colb. m., stat. — Cam., Jhesu Christe inquir.
(5) * Cam., regresso.
(4) * Corb., Leudastesque ad.... domus negotiant.
(5) * Corb., vinci c. ille quoque evag. ; Colb. m., vincere; Cam ,
ille quoque.
(6) " Reliqui deest in Corb., Colb. a. et Cam. Colb. m., unum ex his
vibrat. exinde.
(7) [Clun., armis et gladüs super eum ruunt.} * Colb. m, et in
gladiis... ruunt.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 467
« lorsque je suis accusée, c'est à toi, Seigneur Jésus, que
« j'en confie la défense. » Puis se jetant aux pieds du roi,
elle ajouta : « Malheur à moi , qui vois mon ennemi, et ne
« peux avoir sur lui l'avantage! » Leudaste ayant donc été
repoussé du lieu saint, la solennité de la messe fut célé-
brée. Quand le roi sortit de l'église avec la reine, Leu-
daste les suivit jusqu'à la place (1), sans prévoir ce qui
devait lui arriver. Il parcourait les maisons des négo-
cians, se faisait montrer leurs marchandises, pesait de
l'argenterie , et examinait divers objets précieux en disant :
« J'achéterai ceci et cela, parce qu'il me reste beaucoup
« d'or et d'argent. » Il parlait encore lorsque des servi-
teurs de la reine arrivérent subitement, et voulurent le
garrotter; mais lui, tire son épée et frappe l'un d'entre
eux. Alors les autres, émus de colère, saisissent leurs
boucliers et leurs glaives, et se jettent sur lui. L'un d'eux
lui asséne un coup qui lui enléve en grande partie les che-
veux et la peau de la téte. Comme il s'enfuyait par le
pont de la ville, son pied ayant glissé entre les deux pièces
de bois qui forment le pont , il se cassa la jambe, et fut
alors arrêté. On lui lia les mains derrière le dos, et il fut
remis à des gardes. Le roi le fit soigner par des méde-
cins, pour que, guéri de ses blessures, il füt ensuite tor-
turé par de longs supplices. On le conduisit.dans une
propriété du fisc, où la gangréne, qui se manifesta dans
ses plaies, le réduisit à la derniére extrémité. Enfin , par
ordre de la reine, on l'étendit à terre sur le dos, la téte
(x) Cette place était près de l'église, c'est-à-dire de la cathédrale ;
remplie de marchands ; prés d'un pont. Dulaure conjecture, avec assez
de vraisemblance, qu'elle était à peu prés où se trouve le Marché-
Neuf.
408 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
ictum, maximam partem capitis ejus a capillis et cute
detexit. Cumque per pontem urbis fugeret, elapso
inter duos axes , qui pontem faciunt, pede, effracta (1)
oppressus est tibia : ligatisque post tergum manibus,
custodiae mancipatur. Jussitque rex ut sustentaretur (2)
a medicis , quoadusque ab his ictibus sanatus, diuturno
supplicio cruciaretur. Sed cum ad villam fiscalem duc-
tus fuisset, et, computrescentibus plagis, extremam
ageret (5) vitam , jussu regine in terram projicitur
resupinus, positoque ad cervicem ejus vecte immenso,
ab alio ei gulam verberant (4) : sicque semper perfi-
dam agens vitam, justa morte finivit.
XXXIII Anno nono Childeberti regis partem
Massiliæ Guntchramnus rex ipsi (5) nepoti suo refudit.
Legati principis Chilperici de Hispaniis regressi , nun-
tiaverunt provinciam Carpitaniam graviter a locustis
fuisse vastatam, ita ut non arbor, non vinea , non
silva, non fructus aliquis (6), aut quicquam viride
remaneret , quod non a locustis everteretur. Aiebant
enim inimicitias illas, qua inter Leuvichildum (7) et
.
(1) [Clun., pede effracto.] * Sic Colb. m.
(2) Sic Corb., plerique editi cum Bec., * et Colb. a., studeretur, id
Colb., est curaretur. [ Clun. * et Colb. m., studiretur. |
(3) * Corb., extremam ageret, tunc jussu.
(4) Regm., immenso, gladio ejus gulam transverberant.... perfi-
dam ducens quoad vixit vitam, eam sic finivit. * Colb. m., alio ei
gulam. Cam., semper infidam. Colb. a., semper deest.
(5) * Cam., Reg. B, ipse.
(6) * Corb., Colb. a., Reg. 2, aliqui; Colb. m., aliquid. — Infra,
Reg. J et Colb. duo, qui non a locustis.
(7) * Reg. B, Leuvieldum. Colb. a, Leuhvigildum. Colb. m., Leu-
vilgildum. — Infra, Corb., agere, pro augeri.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 469
appuyée sur une grande pièce de bois, et avec une autre
on lui frappa sur la gorge. Telle fut la juste mort qui
termina une vie remplie de crimes.
XXXIII. La neuvième année (1) du roi Childebert , le
roi Gontran rendit de lui-méme à son neveu la portion de
Marseille qui lui appartenait. Les députés de Chilpéric,
revenus des Espagnes, annoncérent que la province de
Carpitanie (2) avait été cruellement ravagée par les sau-
terelles, au point qu'il ne restait pas un arbre, pas une
vigne, pas une forêt, pas une espèce de fruit ou de ver-
dure, qu'elles n'eussent détruit. Hs disaient aussi que
l'inimitié qui avait surgi entre Leuvigild et son fils s'ac-
croissait toujours plus violente. Une maladie contagieuse
dévastait avec plus de furie encore plusieurs endroits de
cette contrée, mais exerçait surtout ses ravages à Nar-
bonne (3). Depuis trois ans qu'elle avait envahi cette
ville, elle s'était calmée, et déjà les habitans fugitifs-y
(1) An 584.
(2) Maintenant partie de la Nouvelle - Castille. Tolède en était la
capitale.
(5) Narbonne et les autres villes de la Septimanie étaient alors
attribuées à l'Espagne, puisqu'elles obéissaient aux Visigoths. (Ruin.)
dt Google
470 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
filium suum pullulaverant, vehementer augeri. Lues
quoque magis in illis partibus sæviens multa loca
devastabat (1); sed maxime apud urbem Narbonen-
sem (2) validius desæviebat , et jam tertio anno , quod
ibidem adprehenderat (5), et requieverat, populique
revertentes (4) a fuga, iterum morbo consumti sunt.
Nam et Albigensis (5) civitas maxime ab hoc incom-
modo laborabat. His diebus adparuerunt a parte Aqui-
lonisnocte media radii multi, fulgore nimio relucentes,
qui ad se venientes, iterum separabantur, usquequo
evanuerunt. Sed et coelum ab ipsa septentrionali plaga
ita resplenduit, ut putaretur auroram (6) producere.
XXXIV. Legati iterum (7) ab Hispania venerunt,
deferentes munera, et placitum accipientes cum Chil-
perico rege, ut filiam suam, secundum conniventiam
anteriorem, filio (8) regis Leuvichildi tradere deberet
in matrimonium. Denique dato placito, et omnibus
pertractatis, legatus ille reversus est. Sed Chilperico
regi egresso de Parisius, ut in pagum Suessionicum (9)
(1) Sic Regm. Alii, per loca enim ejus lues vastabat ; sed. [Ita
Clun., nisi quod deest, ejus.] * Sic Corb., Reg. B, Colb. m. in Cam.,
augeri per loca enim vastabant, sed.
(2) * Apud deest in Corb. — Infra, Colb. m., validus.
(3) Colb. a., descvierat; Regm., advenerat.
(4) * Gorb., populoque revertenti. — Colb. m, morbo consumptis.
(5) * Corb., Albiensis ; Colb. m., Albigensim.
(6) * Sic Corb., Reg. 2, Colb. m., et plures editi.
(7) Deest hoc caput in Vat., Corb., Colb. a., [et Dub.) licet habeant
sequens quod isti necessario conjunctum est. — * Deest in Reg. £,
qui nec habet sequentia, usque ad cap. 41. Deest et in Cam.
(8) Reccaredo scilicet, Hermenegildi fratri, cui ipsa, nempe Ri-
gunthis, jamdudum promissa fuerat. [ Clun., convenientiam.| " Colb.
m., coniventia.... Leuvichildi.
(a) * Colb. m , #7 pago Sessonico.
RISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 471
rentraient ; mais Ja maladie les frappa de nouveau, et en
fit périr un grand nombre. La cité d'Albi fut aussi bien
tourmentée par ce fléau. En ces jours-là on vit paraitre,
la nuit, du cóté du nord, beaucoup de rayons, brillant
d'un vif éelat; ils convergeaient les uns vers les autres,
puis se séparaient; enfin ils s'évanouirent ; et le ciel, dans
la région septentrionale, fut éclairé d'une si forte lumière,
qu'on croyait voir naitre l'aurore (1).
XXXIV. Une députation vint encore une fois de l'Es-
pagne, avec des présens, pour arréter avec le roi Chilpéric
l'époque où, d’après les conventions antérieures, il don-
nerait sa fille en mariage au fils (2) du roi Leuvigild.
L'époque fixée, et toutes choses convenues, l'envoyé se
retira; mais le roi Chilpéric, en quittant Paris pour se
rendre dans le Soissonnais, éprouva un nouveau chagrin.
Son fils, qu'il avait fait baptiser l'année précédente (3),
mourut de dyssenterie. C'est ce qu’annonçait cette flamme
échappée des nuages , dont j'ai parlé plus haut. Alors ils
revinrent à Paris accablés de douleur, ensevelirent l'en-
faut, et envoyèrent après l'ambassadeur, le priant de re-
venir pour ajourner l'époque convenue ; car, disait le roi :
« Le deuil est dans ma maison; comment célébrerai-je les
« noces de ma fille? » Il voulut méme envoyer en Espagne
(1) D'oà est venu à ce phénomène le nom d'aurore boreale.
(2) Recared, frére d'Herménegild, à qui Rigonthe avait été pro-
mise. Voyez chap. 18.
(3) Théodéric. Voyez chap. 25 et 27.
472 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI. .
accederet, novus luctus advenit. Filius enim ejus,
quem anno superiore sacro baptismate abluerat, a
dysenteria (1) correptus , spiritum exhalavit. Hoc
enim fulgor ille, quem superius ex nube dilapsum
memoravimus, figuravit. Tunc cum immenso fletu
regressi Parisius , sepelierunt puerum , mittentes post
legatum ut reverteretur; scilicet, ut placitum quod
posuerat , prolongaret, dicente rege : « Ecce planctum
«in domo sustineo ; et qualiter nuptias filie cele-
« brabo? » Voluit enim tunc aliam filiam illuc dirigere,
quam de Audovera habebat, et eam in monasterio
Pictavensi posuerat. Sed illa distulit, resistente præ-
cipue beata Radegunde, et dicente : « Non est enim
«dignum ut puella Christo dicata iterum ad seculi
« voluptates (2) revertatur.
XXXV. Dum autem hec agerentur, nuntiatur re-
gine puerum qui mortuus fuerat , maleficiis et incan-
tationibus fuisse subductum , ibique Mummolum præ-
fectum (5), quem jam diu regina invisum habebat,
conscium esse. Unde factum est ut, epulante eo in
domo sua, quidam de aulicis regis puerum dilectum
sibi, qui a dysehteria correptus fuerat , lamentaretur.
Cui prefectus respondit : « Habetur mihi herba in
« promtu (4), de qua si dysentericus hauriat, quam-
«libet desperatus sit, mox sanatur. » Nuntiatis his
regine, majore furore succenditur. Interea adpre-
(1) * Colb. m., desenteria.
(2) " Colb. m., in seculi voluptatibus.
(5) * Colb. m., præfecit.
(4) * Corb., /n habitu. — Post, Colb. m., de qua 5i desenteria.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 73
une autre fille (1) qu'il avait eue d'Audovére, et qu'il avait
placée dans le monastére de Poitiers; mais il renonca à
ce projet, surtout à cause de la résistance de la bienheu-
reuse Radegonde , qui disait : « Il ne convient pas qu'une
« jeune fille vouée à Jésus-Christ retourne aux voluptés
« du siècle. »
XXXV. Tandis que ces choses se passaient, on annonce
à la reine que l'enfant qu'elle avait perdu était mort vic-
time de maléfices et d'enchantemens, et que le préfet Mum-
mol (2), dés long-temps odieux à la reine, était complice de
ce crime. Il arriva aussi qu'un jour, à la table de Mummol,
un courtisan du roi se lamentait de ce qu'un enfant qu'il
chérissait avait été attaqué de dyssenterie. Le préfet lui
répondit : « J'ai à ma disposition une herbe qui, prise en
« breuvage, guérit toute personne malade de dyssenterie,
« füt-elle désespérée. » Ces paroles, rapportées à la reine,
l'enflamment d'une nouvelle fureur. Cependant elle fait
(1) Basine, qui excita tant de troubles dans ce mouastire, comme
on le verra plus bas, liv. ix, chap. 39.
(2) Jl ne faut pas le confondre avec le patrice Mummol, général de
Gontran, depuis peu passé au service de Childebert, et dont il a été
question si souvent. On croit que celui-ci était préfet ou maire du
palais de Chilpéric.
474 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
hensas mulieres urbis Parisiacæ tormentis applicat,
ac verberibus cogit fateri (1) quæ noverant. At illæ
confitentur se maleficas esse, et multos occumbere
leto se fecisse testatæ sunt , addentes illud quod nulla
ratione credi patior : « Filium, aiunt, tuum, o regina,
« pro Mummoli præfecti vita donavimus. » Tunc
regina tormentis gravioribus mulieribus adfectis , alias
enecat, alias incendio tradit; alias rotis, ossibus con-
fractis, innectit. Et sic Compendium villam una cum
rege secessit, ibique universa regi qua de prefecto
audierat revelavit. Rex vero, missis pueris, jussit eum
arcessiri; discussumque catenis onerant et suppliciis
subdunt (2). Trabi post tergum revinctis manibus ad-
penditur, et ibi quid maleficii noverit interrogatur :
sed nihil de his qua superius memoravimus confi-
tetur. Hoc tamen protulit, sæpius se inunctiones et
potiones , quæ ei regis reginæque gratiam preeberent ,
ab his mulieribus suscepisse. Depositus igitur de
poena, vocat ad se lictorem, dicens : « Nuntia (5)
« domino meo regi , quia nihil mali sentio de his quæ
« inlata sunt. » His auditis rex : « Verum (4) ne est,
«inquit, hunc esse maleficum , si de his nihil est
« leesus poenis? » Tunc extensus ad trochleas, tamdiu
loris triphcibus cæsus est, quoadusque ipsi lassarentur
tortores : posthæc sudes ungulis manuum pedumque
(1) * Corb., facere.
(2) * Colb. m., tradunt.
(3) * Corb., dic domino.... malesentio. Colb. a., dic domino.
(4) Regm., ait, Putasne verum est quia hic maleficus est, et istis
non lesus est panis; extendatur igitur ad trochleas et tamdiu loris
triplicibus cedatur, quoadusque ipsi lassentur tortores.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 475
. saisir plusieurs femmes de Paris, les applique à la torture,
et à force de coups les contraint de déclarer ce qu'elles
savaient. Celles-ci se confessent sorcières, attestent qu'elles
ont fait périr plusieurs personnes, et ajoutent cette cir-
constance, que je prétends incroyable : « Nous avons sa-
« crifié ton fils, ó reine! pour obtenir la vie de Mummol.»
Alors la reine redouble la rigueur de leurs tortures,
et fait tuer les unes, brüler les autres; ou les attache
à des roues en leur brisant les os. Puis elle se retira
avec le roi:dans la maison royale de Compiègne, et
là, lui révéla tout ce qu'elle avait appris sur le préfet.
Le roi se le fit amener par des serviteurs, et l'inter-
rogea; puis ils le chargèrent de chaînes et le livrérent
à différens supplices. On le suspendit à une poutre,
les mains liées derrière le dos, et on lui demanda ce
qu'il savait de ces maléfices. Mais il n'avoua aucun des
faits que nous avons rapportés plus haut. Seulement il
déclara avoir souvent recu de ces femmes , des onguens
et des breuvages qui devaient lui procurer la faveur du
roi et de la reine. On le détacha donc du poteau. Alors
il appela l'exécuteur et lui dit : « Annonce au roi mon
« maitre, que je ne sens aucun mal des tourmens que
« j'ai subis. » À ces mots, le roi s'écria : « N'est-il pas
« vrai qu'il est un sorcier, s'il n'a rien souffert de tous
«ces chátimens? » Alors on l'étendit sur des roues, et
on le frappa avec de triples courroies, jusqu'à ce que
les bourreaux fussent lassés; ensuite on lui enfonça des
bátons pointus dans les ongles des mains et des pieds.
Et lorsqu'il n'avait plus à attendre que le coup du glaive,
levé sur lui pour lui trancher la tête, il obtint de la reine
grâce pour sa vie; mais il eut à subir une humiliation aussi
cruelle que la mort. Car, placé sur un chariot, il fut
476 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
defigunt (1). Cumque in hoc causa ageretur ut ad
decidendam cervicem ejus gladius immineret, a regina
vitam obtinuit; sed non fuit minor morte humilitas
subsecuta. Nam impositus plaustro, ad Burdegalénsem
urbem, in qua ortus fuerat, ablata ommi facultate,
transmittitur : in via vero ictuatus (2) sanguine, vix
accedere quo jussus est valuit. Sed non post multum
tempus spiritum exhalavit. Post hæc regina, adpre-
henso pueruli thesauro , tam vestimenta quam reliquas
species, vel ex serico (5), àut quocumque vellere
invenire potuit, igne consumsit ; quod ferunt quatuor
plaustra levasse : aurum vero et argentum fornace
conflatum reposuit, ne aliquid integrum remaneret
quod ei planctum filii in memoriam revocaret.
XXXVI. Ætherius vero (4), Luxoensis episcopus,
cujus supra. meminimus, hoc ordine a civitate sua
vel expulsus est vel receptus. Clericus quidam ex-
stitit ex Cenomannica urbe, luxuriosus nimis ama-
torque mulierum, et gulæ ac fornicationis, omnique
immunditiæ valde (5) deditus. Hic mulieri cujusdam
sæpius scorto commixtus, comam capitis totondit,
mutatoque virili habitu (6), secum in aliam civitatem
deduxit, ut suspicio adulterii auferretur, cum inter
(1) * Corb., Colb. m., difigunt.
(2) Bad., ictus ; Colb. m., ictu actus.
(3) * Corb., vel syríco; Colb. duo, sirico.
(4) Hoc caput deest in Vat., Corb., Colb. a. * Reg. P, Cam. et [in
Dub.] sicut et tria sequentia. In Colb. m., licet nulle sint capitum
distinctiones, hoc suo numero xxxvi, insignitur. Regm. habet, Æthe-
ricus vero Luxoviensis. Editi Lyxoensis, seu Lixoensis.
(5) * Falde deest in Colb. m.
(6) Regm., mutatoque femineo habitu in virilem.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 477.
envoyé dans la ville de Bordeaux, lieu de sa naissance,
mais dépouillé de tous ses biens. Frappé en route d’un
coup de sang, il put à peine arriver à sa destination; et
peu de temps aprés, il rendit l'esprit. Ensuite, la reine
ayant pris le trésor (1) de son enfant, fit jeter au feu ses
vétemens et tout ce qu'elle put trouver de ses effets, même
en soie (2) ou de toute autre étoffe, et les détruisit entiè-
rement. On prétend qu'il y en avait la chargé de quatre
chariots. Quant aux objets d'or et d'argent, elle les garda
aprés les avoir fait fondre péle-méle dans une fournaise
ardente, afin qu'il ne restát rien d'entier qui püt lui rap-
peler son fils et sa douleur.
XXXVI. Étherius, évêque de Lisieux, dont nous avons
parlé précédemment (3), fut chassé de sa ville, puis y
rentra, de la manière suivante. Il avait un clerc, originaire
(1) On voit par là que le trésor d'un prince renfermait non seule-
ment de l'or et de l'argent, mais des habits, des étoffes et d'autres
objets précieux.
(2) Cette expression prouve que la soie était alors chose trés rare. On
sait qu'elle ne devint commune en France que dans le xvur siècle,
(3) Il n'est question nulle part, dans les ouvrages de Grégoire de
Tours, de cet Étherius; d'où Lecointe en a inféré que ce chapitre,
qui d’ailleurs manque dans la plupart des manuscrits, était, comme
beaucoup: d'autres, une interpolation. Sans vouloir prononcer sur
cette question, sujette à controverse, nous dirons que Ruinart, pour
défendre l'authenticité de ce chapitre, rappelle que, dans un autre
chapitre non suspect, iv, 6, notre auteur, en nommant Tétricus,
évéque de Langres, ajoute de méme : cujus memoriam fecimus, quoi-
qu'il ne soit pas nommé auparavant dans son histoire. Mais du moins
il en avait fait mention dans un autre opuscule; au lieu que Éthérius
n'a jamais été nommé par lui ; à moins que ce ne soit dans un ouvrage
perdu. ws : :
478 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
incognitos devenisset. Erat enim mulier ingenua ge-
nere et de bonis orta (1) parentibus. Comperto autem
post dies multos propinqui ejus quae acta fuerant , ad
ulciscendam humilitatem generis sui velocius prope
rant, repertumque clericum vinctum custodie man-
cipant; mulierem vero igni consumunt. Et, sicut
cogit auri sacra fames, clericum sub pretio venum-
dari procurant, ea videlicet ratione ut aut esset qui
redimeret, aut certe morti ‘addiceretur obnoxius.
Cumque haec Ætherio episcopo: » delata fuissent , miseri-
cordia motus, datislviginti aureis(2), eumab imminenti
exemit. interitu. Igii iquam. vitee donatus est,
profert se literarum eue. doctorem , promittens sacer-
doti quod, si ei ei pueros. delegaret , perfectos eos (5)
in litteris redderet. Gavisus auditu sacerdos, pueros
civitatis collegit, ipsique delegat ad docendum. De-
nique cum jam honoraretur a civibus, et pontifex ei
aliquid terre vinearumque largitus fuisset, ac per
domos parentum eorum quos erudiebat, invitaretur,
reversus ad vomitum, unius pueruli matrem, imme-
mor anterioris injuriæ, concupiscit. Quod cum pudica
viro mulier declarasset, conjuncti parentes ejus gravis-
simis clericum tormentis subdentes , interimere vo-
luerunt. Quem sacerdos iterum misericordia motus,
castigatum verbis lenibus liberavit, honorique re-
stituit. Sed mens læva numquam ad bonitatem potuit
inclinari, sed potius factus est ejus inimicus a quo
sepius fuerat de morte redemptus. Conjunctus est
(1) [Clun., et bonis ornata natalibus.] * Colb. m., de bonis orta
natalibus.
(2) Regm., argenteis.
(3) * Colb. m., perfectus hic in.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. VI. 79
du Mans, dissolu, aimant les femmes, et livré à la gour-
E mandise, à la fornication et à toute espèce de vices im-
mondes. Comme il entretenait commerce avec une femme
Amariée, une vraie prostituée, il lai fit couper la che-
velure, l'habilla en homme, et l'emmena dans une autre
" ville, pour éviter tout soup re au milieu de
gens inconnus. étai e et née
d'honnétes pare t lu
aprés, découvert .
minés bir.
vendre le dere,
Étherius, instr doute affaire, fut eun de com-
passion; il donna vingt pièces d'or, et le délivra de
ce péril imminent. Quand il eut été ainsi rendu à la
vie, le clerc se donna pour docteur dans les lettres,
et promit à l’évêque que, s'il lui confiait des enfans ,
il en ferait des savans accomplis. L'évéque, ravi de
ce qu'il entendait , réunit les enfans de la ville, et
lui confia le soin de les instruire. Déjà il était en
honneur auprès des habitans; il avait reçu de l'évéque
une terre et des vignes; il était invité dans les maisons
des parens dont il instruisait les fils : mais, retournant
à ses honteux penchans , oublieux de tout ce qu'il avait
souffert autrefois, il jeta un regard de concupiscence
sur la mère d'un de ses élèves. Cette femme vertueuse,
s'en étant plainte à son mari, ses parens réunis firent
subir au clerc de rudes tourmens, et voulurent méme
le tuer. L'évéque, encore une fois ému de compassion ,
480 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
enim archidiacono (1) civitatis : et se episcopatu
dignum proferens , episcopum molitur occidere. Loca-
toque clerico , qui eum bipenne percuteret, ipsi
ubique discurrunt, mussitant , amicitias clam inligant;.
proferunt praemia ut, si sacerdos obiret, ipse succe-
deret. Sed misericordia Domini anticipavit eorum (2)
perfidiam, crudelitatemque iniquorum hominum ve-
loci pietate repressit. Die vero quo sacerdos operarios
in agro adgregaverat ad sulcandum, clericus ante
dictus cum securi prosequitur sacerdotem nihil de
his penitus scientem (3). Tandem igitur haec adver-
tens : « Quid tu , inquit , me attentius cum hac
« bipenne prosequeris? » At ille timore perterritus ,
ad genua viri provolvitur, dicens : « Fortis esto, sa-
« cerdos Dei. Nam scias me emissum ab archidiacono
« ac praeceptore , ut te securi percuterem. Quod cum
« sæpius facere voluissem, et ictum dextra suspensa
« librarem , tegebantur tenebris oculi mei , et aures
« obserabantur, totumque corpus tremore quatie-
« batur; sed et manus absque virtute erant, et qua
« optabam implere non poteram : cum vero manus
« deposuissem , nihil mali senticbam omnino. Cognovi
«enim quoniam tecum est Dominus, eo quod non
« potui aliquid tibi nocere. » Hzc eo dicente, flevit
sacerdos, imponens silentium clerico : reversusque
domum cœnæ discubuit. Qua exacta, in strato suo
quievit, habens circa lectum suum multos lectulos
clericorum. Denique diflisi hi de clerico, per se nefas
(1) * Colb. m., archidiaconus, quod malim.
(2) [Clun., eorum miseriam.] * Sic Colb. m.
(3) " Colb. m., nescientem. |
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 481
lui adressa de douces réprimandes, le délivra, et le ré-
tablit dans ses fonctions. Mais cette áme perverse ne
put jamais se-tourner au bien : au contraire, il devint
léfinemi de celui qui l'avait si souvent rachetésde la
mort. Il se joignit donc à l'archidiacre de la cité, qui (1),
se déclarant digne de l'épiscopat, complota de tuer l'é-
véque. Puis ayant pris un clerc à gages pour le frapper
d'un coup de hache, ils se mettent à courir partout, à
parler bas, à former des liaisons secrétes, à faire des
offres; afin que, si l'évéque venait à mourir, l'archidiacre
lui succédát. Mais la miséricorde divine prévint leur per-
fidie, et sa bonté déjoua promptement les complots cri-
minels de ces hommes injustes. Un jour que l’évêque ,
avait réuni des ouvriers dans un champ pour le faire la-
bourer, le clerc dont nous avons parlé, le suivait avec
sa hache. Le saint homme ne se doutait de rien; enfin,
il s'en apercut : « Pourquoi donc, lui dit-il, me suis-tu
« si assidüment avec cette hache? » Celui-ci frappé de
crainte, se jette à ses genoux , en disant : t Prends cou-
«rage, prêtre de Dieu. Apprends que j'ai été envoyé
« par l'archidiaere et le précepteur pour te frapper de ma
« hache. Souvent j'ai voulu le faire, et lorsque je levais
«le bras pour asséner le coup, mes yenx se couvraient
«de ténèbrés; mes oreilles se fermaient, et tout mon
« corps tremblait, agité par un frisson; mes mains étaient
« sans force, et incapables de servir mes projets. Mais
« quand j'avais abaissé mon bras, je ne sentais plus aucune
(1) Par la construction de la phrase latine, on croirait que c'est le
clerc professeur qui veut devenir évêque ; mais l'archidiacre étant,
par son rang, plus prés de cette dignité, devait y avoir des préten-
tions plus fondées. Nous avons adopté le sens suivi par le traducteur
précédent. |
ll. 31
482 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
perficere cogitantes, nova argumenta machinantur,
. per quae aut eum vi exstinguerent (1), aut certe cri-
men, quo a sacerdotio divelleretur, imponerent. In-
terea quiescentibus cunctis, media fere nocte, cubieu-
lum sacerdotis inrumpunt , exclamantes voce magna
atque (2) dicentes vidisse se mulierem a cubiculo
egredi , ipsamque ob hoc dimisisse, dum ad episcopum
festinassent. Et sane pars haec (5) et consilium diaboli
fuit, ut in tali ætate crimen imponerent sacerdoti ,
qui erat fere septuaginta (4) annorum. Nec mora,
conjuncto secum iterum antedicto clerico , adligatur
sacerdos catenis ab ejus manibus de cujus collo sepius
vincula discusserat; et arduæ custodiæ mancipatur ab
eo quem de coenosis carceribus plerumque liberave-
rat. At ille cognoscens inimicos sibi vehementer inva-
. luisse, Domini misericordiam cum lacrymis in vincula
compactus exorat. Mox opprimuntur somno custodes,
solutisque divinitus vinclis, de custodia procedit in-
noxius, noxiorum frequentissimus liberator : deinde
dilapsus, ad regnum,(5) Guntchramni regis transiit.
Quo discedente, liberius jam conjuncti satellites ad
regem Chilpericum properant pro episcopatu pe-
tendo, multa crimina: de episcopo proloquentes, ad-
dentes ista : « In hoc cognosce, rex gloriosissime (6),
« vera esse hac qua dicimus, quia, mortem pro scele-
« ribus timens, ad fratris tui transiit regnum. » Quod
(1) * Colb. m., per quam aut eum vi, aut..
(2).* Colb. m., atque deest.
(3) Casin., et insaniæ pars hec.
(4) [Clun., annorum octoginta. |
(5) [ Clun., ad regem Guntchramnum transüt.] * Sic Colb. m.
(6) * Colb. m., gloriose.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 483
« souffrance. J'ai reconnu que le Seigneur est avec toi,
« puisque je n'ai pu te faire le moindre mal.» A ces mots,
l'évêque pleura, imposa silence au clere, et de retour à sa
maison, se mit à table pour souper. Le repas terminé, il se
reposa dans son lit, autour duquel étaient plusieurs autres
lits pour ses clercs (1). Ses ennemis s'étant défiés du clerc
qu'ils soudoyaient, songèrent à exécuter par eux-mémés
leur projet sacrilége et machinèrent un autre complot
soit pour le faire périr violemment, soit pour le charger
d'un crime qui pût l'exclure de l'épiscopat. Tandis que tous
dormaient, vers minuit, ils se précipitent dans la chambre
oü couchait l'évéque, criant à haute voix qu'ils ont vu
une femme sortir de sa chambre, et qu'ils l'ont laissée
aller en s'empressant de courir à l’évêque. Et certaine-
ment c'était une action et une pensée diabolique, d'im-
puter un tel crime à un évêque de cet âge, car il'avait
alors environ soixante-dix áns. À l'instant même (or le
clerc, dont il'a été question, était réuni de nouveau avee
eux) l’évêque est chargé de chaînes par les mains de
celui dont le cou avait été plusieurs fois par lui dégagé
de ses liens; et gardé sévèrement. par celui qu'il avait
souvent délivré de la fange des prisons. Reconnaissant
que ses ennemis l'avaient enfin emporté sur lui, étroite-
ment garrotté; il implora avec larmes la miséricorde du
Seigneur. Bientót ses gardiens tombérent accablés par le
sommeil , et ses liens s'étant brisés par miracle, il sortit
de sa prison sans aucun mal, lui si souvent le libérateur
de ceux qui lui avaient fait du mal. Ensuite il s'échappa,
(1) Les canons voulaient que les évéques eussent continuellement
avec eux des témoins de leur conduite privée. (S. Grégoire-le-Grand ,
liv. 1v, épit. 44.)
484 HISTORIA FRANCORUM. LIB. VI.
ille non credens, hos ad civitatem redire jubet. Dum
hec agerentur, moesti cives de pastoris absentia,
cognoscentes omnia quæ de eo acta fuerant per invi-
diam et avaritiam perpetrata; adprehensum cum sa-
tellite archidiaconum injuriæ subdentes, ad regem
petierunt ut reciperent sacerdotem suum. At rex
legatos fratri suo dirigit, adserens nihil se criminis
in episcopo reperisse. Tunc Guntchramnus rex, ut
erat benignus et profluus ad miserandum, multa ei
munera contulit, dans etiam epistolas per omnes epi-
scopos regni sui, ut peregrinum aliquo (1) pro Dei
intuitu consolarentur. Tunc circumiens civitates ,
tanta ei a sacerdotibus Dei collata sunt, tam in ves-
tibus quam in auro, ut vix civitati quæ meruerat
posset inferre (2) : impletumque est illud quod ait
apostolus : Quia diligentibus Deum omnia concur-
runt in bonum. Nam huic peregrinatio divitias attulit,
et exsilium opes multas invexit. Post heec regrediens,
a civibus cum tali honore susceptus est, ut prae gau-
dio flerent, et benedicerent Deum, qui tandem eccle-
size tantum restituit sacerdotem.
XXXVII. Lupentius vero abbas basilicae sancti
(1) Bec., [Clun.] * et Colb. m., aliquid.
(2) * Sic reposuimus ex Colb. m.; Ruin. et Bouq. habebant inferri.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 489
et se retira dans le royaume.de Gontran. Aprés son dé-
part, ses ennemis conspirant avec plus de liberté, s'em-
pressent d'aller trouver le roi Chilpéric pour lui demander
l'épiscopat. Ils alléguent plusieurs chefs d'accusation
contre leur évêque, et ajoutent : « Reconnais , 6 roi trés;
« glorieux ,la vérité de nos paroles, en ce que, par crainte
«'de la mort due à ses crimes, il s'est réfugié dans-le
« royaume de ton frère. » Le roi, sans les croire, leur or-
donna de retourner dans leur ville. Sur ces .entrefaites,
les citoyens affligés de l'absence de leur pasteur , et
convaincus que tout ce qui s'était passé avait été l’œuvre
de l'envie et de l'avarice, se saisirent de l'archidiacre et
de son satellite, les maltraitérent, et demandérent au
roi de leur rendre leur évéque. Chilpéric envoya des
députés à son frére, l'assurant qu'il n'avait trouvé rien
de répréhensible dans l'aecusé. Alors le roi Gontran, qui
était d'ailleurs bon et miséricordieux , lui fit plusieurs
présens, et envoya des lettres à tous les évéques de son
royaume , afm qu'ils donnasseñt ; pour l'amour de Dieu,
quelque: consolation à l'étranger. Et celui-ci, en traver-
sant les villes, recut des prétres de Dieu, tant de secours en
or et en vétemens, qu'à peine put-il rapporter dans sa ville
épiscopale tout ce qu'il avait reçu; et alors fut accompli
ce not de l'apótre : Pour ceux qui aiment Dieu, tout
concourt au bonheur (1). Car ce voyage en pays étranger,
lui apporta des richesses, et l'exil accrut ses ressources.
Puis à son retour il fut accueilli avec grand honneur,
au point que tous pleuraient de joie et bénissaient Dieu
qui avait enfin rendu à l'église un tel évéque.
XXXVII Lupence, abbé de la basilique de Saint-Privat,
(1) Rom. vui, 28.
486 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
Privati martyris urbis Gabalitanæ, a Brunichilde :
regina arcessitus , advenit. Incusatus enimi, ut ferunt ,
fuerat ab Innocentio supradicte urbis comite, quod
profanum aliquid effatus de regina fuisset. Sed dis-
.qussis causis, cum nihil de crimine majestatis con-
scius esset inventus, discedere jussus est (1). Verum
ubi viam carpere coepit, iterum ab antedicto comite
captus, et ad Ponticonem (2) villam deductus, multis
suppliciis est adfectus : dimissusque iterum ut rediret,
cum super Áxonam íluvium tentorium tetendisset ,
iterum inruit super eum inimicus ejus. Cujus vi (5)
oppressi amputatum caput in culeum oneratum lapi-
dibus posuit, et flumini dedit : reliquum vero corpus
vinctum cum saxo immersit gurgiti. Post dies vero pau-
cos adparuit quibusdam pastoribus, et sic extractum a
flumine sepulture mandatum est. Sed dum necessi-
tates funeris pararentur, et ignoraretur quis esset e
populo, presertim cum caput truncati non invenire-
tur, subito adveniens aquila levavit culeum a fundo
fluminis, et ripe deposuit : admirantesque qui ade-
rant, adprehenso culeo, dum sollicite quid contineret
inquirunt, caput truncati reperiunt; et sic cum reli-
quis artubus est sepultum. Nam ferunt nunc et lumen
ibi divinitus adparere : et si infirmus ad hunc tumu-
lum fideliter deprecatus fuerit, accepta sospitate re-
cedit.
(1) * Colb. m., inventus, discussus est.
(2) * Colb. m., Ponteronem.
(5) [Clun., quem vi oppressum.] * Sic Colb. m.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 487
martyr, dans la ville de Gabale (1), mandé par la reine Bru-
nehaut, se présente devant elle. Il avait été accusé, dit-on,
par Innocent, comte de cette ville, d'avoir parlé de la reine
avec irrévérence. Mais aprés un mür examen, reconnu non
coupable du crime de lése-majesté, il recut ordre de se reti-
rer. À peine avait-il commencé à se mettre en marche, qu'il
fut pris de nouveau par le méme comte, et conduit à la
maison royale de Ponthion où il fut cruellement tour-
menté ; puis reláché une seconde fois, avec permission de
retourner chez lui , comme il venait de dresser sa tente sur
les bords de l'Aisne (2), son ennemi se précipita encore
sur lui, le terrassa, lui coupa la téte et la mit dans un
sac chargé de pierres qu'il jeta dans le fleuve. Ensuite
il attacha le reste du corps à une grosse pierre, et le
plongea dans l'abime. Peu de jours aprés, quelques
bergers l'ayant aperçu, le tirèrent de l'eau et lui rendi-
rent les honneurs de la sépulture. Tandis qu'on préparait
ce qui était nécessaire pour ses funérailles, sans que l'on
püt savoir qui il était, surtout parce qu'on ne trouvait
point la téte qui avait été coupée, tout-à-coup, sur-
vint un aigle qui tira un sac du fond du fleuve, et le
déposa sur la rive. Les assistans pleins d'admiration
prennent le sac, et cherchant avec curiosité ce qu'il
contenait , trouvent la téte de la victime; de sorte qu'elle
fut ensevelie avec le reste du corps. On dit que mainte-
nant, il apparaît en ce lieu une lumière toute divine; et
que si un malade prie avec confiance auprès de ce tom.
beau, il s'en retourne guéri.
(1) Voyez liv. iv, chap. 4o. Lupence est ordinairement appelé saint
Louvent, |
(2) On ne conçoit guère comment de Ponthion, près de Vitry, il
se dirige vers l'Aisne pour retourner en Gévaudan : à moins que redire?
ne signifie qu'il devait retourner auprès de la reine.
488 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
XXXVIII. Theodosius (1) Rutenorum episcopus ,
qui sancto Dalmatio successerat, diem obiit. In. qua
ecclesia in tantum pro episcopatu intentiones et scan-
dala orta convaluerunt, ut pene sacris ministeriorum
vasis et omni facultate meliori nudaretur. Verumta-
men Transobadus presbyter rejicitur, et Innocentius
Gabalitanorum comes eligitur ad episcopatum, opitu-
lante Brunichilde regina. Sed adsumto episcopatu,
confestim Ursicinum Cadurcinæ (2) urbis episcopum
lacessere coepit, dicens, quia dioeceses Rutenae eccle-
size debitas retineret. Unde factum est ut, diuturna
intentione gliscente, post aliquot annos conjunctus
metropolis (5) cum suis provincialibus apud urbem
Arvernam residens, judicium emanaret, scilicet ut
parochias, quas numquam Rutena ecclesia tenuisse
recolebatur, reciperet : quod ita factum est. —
XXXIX. Remigius (4) Biturigum episcopus obiit.
Cujus post transitum gravi incendio pars maxima civi-
tatis cremata est : ibique (5) illa qua hostilitati rese-
(1) De S. Dalmatio, Theodosii electione, et Transobado vide supra
lib. v, cap. 47. Transobadus dicitur in Colb. m., Trusobaldus, iu
Regm., Teusoballus , in aliis Trasobadus.
(2) [Clun., Cadorcine, ] * et Colb. m.
(5) Sic Colb. m., Regm. [et Clun ,] quz est sincera lectio : ita enim
Gregorius et alii auctores ejus ævi habent pro metropolitanus. Vide
conc. Paris. III, can. 8, et Marculfi formulas : unde male apud
Chesn., et aliquot alios editos metropolitanis : melius nonnulli metro-
politanus.. Is erat Sulpicius, ex cap. sequenti.
(4) Idem antistes sub Aternedii nomine subscripsit concilio Matisc. T,
anno 581. Ejus et successoris Vita habetur in Patriarchio Bituricensi,
cap. 26 et 27, tom. i. Biblioth. nove Labbei. * In Colb. m. deest
episcopus. :
(5) Ibique , etc., usque ad perierunt , desunt in Colb. m. [et Clun.]
At Cas. habet Aostilitati restiterant.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 489
XXXVIII. Théodose, évéque de Rhodez, successeur de
saint Delmace, mourut vers ce temps : et telles furent
les disputes et les querelles élevées dans cette église, au
sujet de son: successeur à l'épiscopat, qu'elle fut presque
entiérement dépouillée de ses vases sacrés et de ses ri-
chesses les plus précieuses. Cependant, le prêtre Tran-
sobad fut rejeté; et Innocent (1), comte de Gévaudan,
élu évéque par la protection de la reine Brunehaut. Mais
à peine en possession de son évéché, il attaqua Ursicin ,
évêque de Cahors, lui reprochant de retenir certaines
paroisses qui appartenaient à l'église de Rhodez. Et
comme la dispute devenait plus vive en se prolongeant,
quelques années aprés, le métropolitain (2) réunit à Cler-
mont une assemblée des évêques de la province, d'ou
émana un jugement , qui rendit à Ursicin des paroisses
que, de mémoire d'homme, l'église de Rhodez n'avait ja-
mais possédées (3) : ce qui fut exécuté.
XXXIX. Remi, évêque de Bourges, mourut. Aprés
sa mort , une grande partie de la ville fut consumée par
un terrible incendie, qui détruisit tout ce qui avait
échappé aux ravages de la guerre (4). Ensuite Sulpice
fut promu dans cette ville à la dignité épiscopale, par
(1) Celui dont il vient d'étre question dans le chapitre précédent.
Voyez liv. x, chap. 8.
(2) C'est-à-dire l'évéque de Bourges, Sulpice (non pas Sulpice-Sévère
l'historien, mort vers 420), dont il est question dans le chap. suivant.
Les suffragans de l'évéché de Bourges étaient : Clermont, Limoges,
Cahors, Rhodez, Albi, Javols ( depuis Mende), et Saint-Paulien en
Velai (plus tard le Puy). Ces diocèses composaient la province ecclé-
siastique de Bourges, ou première Aquitaine.
(3) Voyez Éclairciss. et observ. (Note e.)
(4) Voyez chap. 31.
490 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
derant , perierunt. Post heec Sulpicius in ipsa urbe ad
sacerdotium, Guntchramno rege favente, preeligi-
tur (1). Nam cum multi munera offerrent, hec rex
episcopatum quaerentibus respondisse fertur : « Non
« est principatus nostri consuetudo sacerdotium ve-
« numdare sub pretio; sed nec vestrum eum præmiis
« comparare : ne et nos turpis lucri infamia (2) note-
« mur, et vos mago Simoni comparemini, Sed juxta
« Dei præscientiam Sulpicius vobis erit episcopus. »
Et sic ad clericatum deductus, episcopatum ecclesiae
supradictze suscepit. Est enim (5) vir valde nobilis,
et de primis senatoribus Galliarum, in litteris bene
eruditus rhetoricis (4), in metricis vero artibus nulli
secundus. Hic (5) synodum illam, cujus supra me-
minimus, pro parochiis Cadurcinis (6) fieri com-
monuit,
XL. Legatus vero, Oppila nomine, de Hispaniis
advenit, multa munera Chilperico regi deferens. Ti-
mebat.enim rex Hispanorum, ne Childebertus exer-
citum (7) ad ulciscendam sororis sue injuriam com-
moveret : quia Leuvichildus adprehensum filium suum
Hermenegildum (8), qui sororem Childeberti accepe-
rat, retruserat in custodiam , ipsa muliere cum Grecis
relicta. Igitur cum die sancto Pasche hic legatus Tu-
(1) * Colb. m., prelegitur.
(2) * Colb. m., turpi luchrum infamio. — Infra, magi Simonis.
(3) [Clun., erat enim vir.)
(4) * Colb. m., rectoricis. ) \
(5) [Hic synodum, etc., usque ad commonuit, desunt in Clun. |
(6) * Cadurcinis deest in Colb. m.
(7) * Exercitum deest in Colb. m. — Ínfra, Leuvilchildus.
(8) * Colb. m., Herminicldum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 491
la faveur du roi Gontran. Comme plusieurs lui offraient
des présens, le prince répondit à ceux qui ambition-
naient cet évéché : « Ce n'est ni la coutume de mon gou-
« vernement, de vendre à prix d'argent le sacerdoce; ni
« votre devoir, de l'acheter par des présens. Craignons,
« nous, d’être déshonoré par amour infáme du gain; vous,
« d'étre comparés au magicien Simon. Mais conformément
« à la volonté de Dieu, Sulpice sera votre évéque. » Ainsi
engagé dans la cléricature, Sulpice fut chargé, comme
évéque, de cette église. C'est un personnage tout-à-fait
remarquable; issu des plus nobles sénateurs des Gaules ;
instruit à fond dans les belles-lettres , ne le cédant à per-
sonne dans l'art des vers. C'est lui qui fit assembler le
synode dont nous avons parlé plus haut, relativement
aux paroisses dépendantes de Cahors.
XL. Un envoyé, nommé Oppila, arriva d’Espagne, ap-
portant beaucoup de présens au roi Chilpéric. En effet, le
foi des Espagnols craignait que Childebert ne levát une
armée pour venger l'outrage de sa sœur, parce que Leu-
vigild avait jeté en prison son fils Herménegild, qui
avait épousé la sceur de Childebert (1), et que celle-ci était
restée entre les mains des Grecs. Oppila étant arrivé
à Tours le saint jour de Páques, nous lui demandámes
s'il était de notre religion. Il répondit qu'il croyait ce que
croient les catholiques. En conséquence, il se rendit avec
nous à l'église, et assista jusqu'à la fin, à la solennité de
la messe : mais il ne fit point la paix avec nous (2), et ne
(1) Ingonde, fille de Sigebert : v, 59. .
(2) C'est-à-dire, il ne voulut point recevoir le baiser de pais.
492 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
ronis advenisset, sciscitati sumus utrum nostre re-
ligionis esset. Respondit ipse se hoc credere quod
catholici credunt. Exinde procedens nobiscum ad ec-
clesiam, Missarum solemnia tenuit : sed neque pacem
cum nostris fecit, neque de sacrificiis. communica-
vit (1). Cognitumque est mendacium esse quod dixe-
rat, se esse catholicum. Nihilominus ad convivium
invitatus adfuit. Cumque ego sollicitus requirerem
quid crederet, respondit : « Credo Patrem et Filium
« et Spiritum Sanctum unius esse virtutis. Cui ego
« respondi : Si haec, ut adseris, credis, que obstitit
« causa ut de sacrificiis, quæ Deo offerimus, commu-
« nicare differres? Et ille : Quia, inquit, gloriam
« non recte respondetis : nam juxta Paulum aposto-
« lum nos dicimus, gloria Deo Patri per Filium; vos
« autem dicitis, gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto :
« cum doctores ecclesiarum doceant, Patrem per Fi-
«lium nuntiatum fuisse in mundo, sicut ipse Pau-
« lus (2) : Regi autem seculorum immortali, invisibili,
« soli Deo honor et gloria in sæcula sæculorum (5);
« per Jesum Christum. Dominum nostrum. Et ego
« respondi : Patrem per Filium adnuntiatum nulli ca-
« tholico (4) esse incognitum reor; sed sic prædicavit
« Patrem-in (5) seculo, ut et se virtutibus ostenderet
« Deum. (6) Deo autem Patri hzc necessitas fuit Fi-
(1) * Corb., Colb. duo et Cam, de sacrificiis sacris. — Infra ,
Corb., mendum, pro mendacium.
' (2) * Colb. m., alibi Paulus ait.
(5) * Colb. m., amen.
(4) * Corb., Cam. et Colb. duo, nulli Catholicorum.
(5) [Clun., in mundo, ] * et Colb. m.
(6) * Deo autem Patri, etc., ad ut quia mundus deest in Colb. m.
HISTOIRE DES FRANGS, LIV. VI. 493
voulut point participer au sacrifice (1). Je reconnus ainsi
qu'il avait menti en se disant catholique. Néanmoins je l'in-
vitai à ma table : il accepta; et comme je lui demandais avec
instances ce qu'il croyait, il répondit : «Je crois le Père, le
« Fils et le Saint-Esprit, unis.dans une méme vertu. — Si
« telle est ta croyance, comme tu le prétends, qui t'a empé-
« ché de prendre part aux sacrifices que nous offrons à Dieu?
« — Parce que, dit-il, vous employez mal le mot gloire dans
« vos répons: conformément à l'apótre Paul, nous disons :
«gloire à Dieu le père par le Fils; vous, vous dites:
« gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, tandis que
« les docteurs de l'église nous apprennent que le Père a
«& été annoncé au monde par le Fils, comme le dit Paul
« lui-même : Au roi des siècles, immortel, invisible, seul
« Dieu, honneur et gloire dans les siècles des-siècles,
« par Jésus-Christ notre Seigneur (2). ». A: cela. je. ré-
pondis : « Que le Père ait été annoncé parle Fils; c'est
«une vérité connue de tout catholique, je ‘pense: mais
« tout en annoncant le Pére au monde, le Fils s'est montré
« Dieu par sa puissance : or ce fut une nécessité à Dieu
« le père , d'envoyer son fils au monde pour lui faire con-
« naitre Dieu; et le forcer, puisqu'il n'avait point cru aux
« patriarches, aux prophétes et au législateur lui-méme ,
« de croire du moins au Fils. C'est pour cela. qu'il est né-
« cessaire de rendre gloire à Dieu, sous le nom des trois
« personnes. Ainsi nous disons : gloire à Dieu le père qui
(1) Ne communia point.
(2) 1. Timoth., 1, 17. Il est remarquable que ces mots sur lesquels
s'appuie Oppila, per Jesum Christum Dominum nostrum , ne sont pas
dans le texte; et Grégoire ne lui reproche pas une citation inexacte,
Voyez une discussion du méme genre avec un autre envoyé de Leu-
. vigild : v, 44.
494 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« lium mittendi ad terras, ut ostenderet Deum ; ut
« quia mundus patriarchis, et prophetis , atque ipsi
« Latori legis non crediderat, saltem vel Filio cre-
'« deret. Ideoque: necesse est ut sub significatione (1)
« personarum gloria detur Deo. Dicimus ergo, gloria
« Deo Patri, qui misit Filium : gloria Deo Filio, qui
« sanguine suo redemit mundum : gloria Deo Spiritui
« sancto, qui sanctificat hominem jam redemtum.
« Nam tu qui (2) dicis, gloria Patri per Filium, adi-
« mis gloriam Filio; quasi ipse non sit gloriosus cum
« Patre, propterea quod eum adnuntiavit in mundo.
« Nuntiavit, ut diximus, Filius Patrem in mundo;
«sed multi non crediderunt, dicente Johanne evan-
« gelista : Zn sua (5) propria venit, et sui eum non
« receperunt. Quotquot autem eum receperunt , dedit
« eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in
« nomine ejus. Nam tu qui Paulo apostolo derogas,
« et sensum ejus non intelligis, percipe quam caute
« loquitur, et juxta (4) ut recipere quis potest, adverte
« qualiter prædicat inter gentes incredulas, ut nulli
« onus grave videatur imponere , sicut quibusdam di-
« cit : Lac (5) vobis potum dedi, non escam; nondum
« erm. poteratis : sed nec adhuc quidem potestis.
« Perfectorum est enim solidus cibus. Sed et aliis dicit :
« Nihil vobis prædicavi , nisi Christum (6) , et hunc
(1) * Corb., signatione.
(2) * Colb. m., quid dicis.
(3) Sic Corb., Bec., Colb. a., Cam. et Regm., alii non habent sua.
Et infra, Corb. et Regm., quotquot, eum, etc.
(4) Al., juste. * Colb. m., justa. Colb. a., juste.... quos potest.
- (5) Hac verba usque ad nihi! vobis, desunt in Corb., qui sane est
scriptoris omissio.
(6) * Cam., Christum Jhesum.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 495
«a envoyé le Fils; gloire à Dieu le fils, qui par son
« sang a racheté le monde; gloire à Dieu, Saint-Esprit,
«qui sanctifie l'homme aprés sa rédemption: Mais toi
« qui dis: gloire au Père par le Fils, tu prives le Fils
« de sa gloire; comme s'il ne partageait pas la gloire de
«son Père, parce qu'il l'a annoncé dans le monde. Le
«Fils, comme nous le disons, a annoncé le Père au
« monde; mais plusieurs n'ont point cru en lui; témoin ,
« Jean l'évangéliste : // est venu (1) chez lui et les siens
«ne l'ont pas recu. Mais à tous ceux qui l'ont recu
«il a donné le pouvoir de devenir enfans de Dieu,
«c'est-à-dire à tous ceux qui croient en son nom.
« Toi qui discrédites l'apótre Paul (2), et ne comprends -
« pas le sens de ses paroles, remarque comme il parle
« prudemment et selon l'intelligence. de chacun : écoute
« comme il préche au milieu des nations incrédules , sans
«paraître imposer à personne un fardeau trop. pesant ,
« lorsqu'il dit, par exemple, à quelqués-uns : Je ne vous
« ai nourris que de lait et non pas de viandes solides :
« vous ne pouviez alors les supporter; vous ne le pouvez
« pas encore (3). Car la nourriture solide est pour les
« parfaits (4). Vl dit à d'autres : Je ne vous ai préché
« que le Christ , et le Christ crucifié (5). Maintenant que
« veux-tu, hérétique? parce que Paul a préché seulement
« Jésus-Christ crucifié, doutes-tu de la résurrection du
« Christ? remarque plutót sa prudence, et reconnais son
(1) Jean, 1, 12.
(2) En l'appelant e en témoignage pour appuyer des opinions héré-
tiques.
(5) x. Cor., m, 2.
(4) Hebr., v, 14.
(5) x. Cor., ui, 2.
496 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« crucifirum. Nunc autem quid vis, o tu heretice,
« quia Paulus Christum tantum crucifixum prædicavit,
«resurrexisse tu dubitas? Adverte potius cautelam
« ejus, et vide astutiam , quid aliis dicit, quos robus-
« tiores videbat in fide : Et sz, inquit, novimus Chris-
« tum (1) crucifixum , nunc autem. jam non novimus.
« Nega ergo, tu accusator Pauli, si tanta mentem (2)
« dementia cepit , quia nec crucifixus est. Sed, quæso,
« relinque ista , et audi consilium melius : adhibe col-
« lyria oculis lippis, et lucem prædicationis apostolicae
« percipe. Secundum homines enim loquebatur Pau-
« lus humilius, ut eos ad celsioris fidei fastigia suble-
« varet, sicut alibi ait : Omnibus omnia factus sum,
«ut omnes lucrifacerem. Numquid homo. mortalis
« non est daturus gloriam Filio, quem ipse Pater non
« semel, sed (5) bis et tertio glorificavit e coelo? Aus-
« culta quid de coelis loquitur, cum idem Filius, des-
« cendente Spiritu sancto, sub Johannis manu bapti-
« zaretur : Aie est, ait, Filius meus dilectus , in quo
«bene complacui. Certe si oppilatas habes aures, ut
« ista non audias, crede apostolis quid in monte au-
« dierint , cum transfiguratus (4) Jesus in gloria loque-
« retur cum Moyse et Helia : nempe de nube splendida
« Pater ait : Zic est Filius meus carissimus , ipsum
« audite. » Ad hec hereticus respondit : « Nihil in his
« testimoniis Pater de gloria loquitur Filii , nisi tan-
« tum ipsum Filium monstrat. » Et ego : «Si enim ista
(1) Editi Jesum Christum. * In Corb. deest Christum.
(2) * Corb. et Cam., si tantum mente dem. ; Colb. m., sí tantum
mentem.
(3) * Colb. m., non bis et tertio.
(4) * Cab., figuratus.
HISTOIRE DES- FRANCS, LIV. VI. 497
« adresse lorsqu'il dit à d'autres qu'il voyait plus robustes
« dans leur foi : Sz nous avons connu Jésus-Christ cru-
« cifié, maintenant nous ne le connaissons plus (1).
« prétendras-tu donc ,.accusateur de Paul, si ta folie va
« jusque - là, que le Christ n'a pas été crucifié? mais, je
« t'en prie, laisse ces vaines subtilités, pour écouter de
« meilleurs conseils. Applique un collyre sur tes yeux
« malades, et reçois la lumière de'la: prédication de
«l’apôtre. En effet, selon les hommes , - Paul. parlait
« d'abord plus humblement, pour les élever ensuite au
«sommet de la foi la plus sublime, comme il le dit
« ailleurs : Je me. suis fait tout pour tous, afin d'étre
« utile à tous (2)..Eh quoi! un homme, un être mortel,
« n’accordera pas la gloire au Fils, que le Père, lui-même,
« non pas une, mais deux et trois fois, a glorifié du haut
« du ciel? Écoute ce qu'il dit dans les cieux, lorsque le
« Saint-Esprit descendait sur son fils baptisé par la main
« de Jean : Celui-ci est mon fils bien-aimé , dans lequel
«J'ai mis toute mon affection (3). Si tu as les oreilles
« assez bouchées pour ne pas entendre ces paroles, crois
« du moins les apótres.quand ils rappellent ce qu'ils ont
« entendu, lorsque Jésus transfiguré conversait dans sa
« gloire avec Moïse et Élie : du milieu d'une nuée lu-
« mineuse le Père fit entendre ces mots : C’est là mon
« mon fils bien-aimé; écoutez-le (4). — A cela l'hérétique
(1) 2. Cor., v, 16. Le texte porte secundum carnem, au lieu de
crucifixum ; c'est le méme sens. Jésus-Christ souffrant et crucifié est
toujours Jésus-Christ fait homme et babitant sur la terre. Maintenant
nous ne le connaissons plus comme homme, mais comme dieu. Telle
est, je crois, la pensée de l'apótre.
(2) 1. Cor., ix, 22. Le texte dit : ut omnes facerem salvos.
(3) Matth., ui, 17. .
(4) Matth:, xvi, 5,:et 2. Petr, 1, 17.
n. 5a
498 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
« sic recipis , proferam tibi aliud testimonium, in quo
« Pater. reddidit Filium gloriosum. Veniente autem
«. Domino ad passionem, cum ille diceret : Pater, glo-
« rifica Filium tuum, ut Filius tuus glorificet (1)
« te ; quid ei Pater respondit de coelo? Nonne ait'(2) :
« Et glorificavi, et iterum. glorificabo? Ecce enim
« Pater glorificat eum propria voce, et tu (3) ei glo-
« riam conaris adimere! Voluntatem quidem ostendis,
« sed potestas nulla suppetit (4). Nam qui Pauli apostoli
« accusator exsistis, audi ipsum , immo 'Christum in
« ipso loquentem : Omnis lingua confiteatur (5), quia
« Dominus. Jesus- Christus in gloria est Dei' patris.
« Quod si nunc communis est cum Patre gloria , et in
« ipsa qua nunc Pater est gloria commoratur (6), qua-
« liter eum tu quasi inglorium (7) exhonoras? Aut cur
« non erit ei reddenda gloria inter homines , qui 'pari
« gloria cum Patre regnat in coelis? Confitemur ergo
« Christum. filium. Dei Deum verum : ideoque quia
« Deitas una, una (8) erit et gloria. » Post hac dato
silentio, ab altercatione cessatum est. Ille quoque ad
Chilpericum regem aecedens , oblatis muneribus quae
rex Hispanorum miserat, in Hispaniam est regressus.
(1) Regm., clarificet; et infra, clarificavi.... clarificabo. (Clun ,
clarificet te.|
(2) * Ait deest in Corb.
(5) * Colb. m., et cum ei.... adimere, volunt...
(4) * Corb., Cam., subpeditat ; Cam., infra, Paulo apostolo.
(5) * Corb., confitebitur.
(6) * Corb., Cam., commemoratur.
(7) * Colb. duo, éngloriosum. '
(8) * Corb., deitas una erit et gloria. Cab, a., ideoque Peitas una
erit. .
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 499
« répondit : Dans tous ces témoignages, le Pére ne parle
« pas de la gloire du Fils; seulement il déclare qu'il est
«son fils. — Si tu l'interprétes ainsi, repris-je, je te
« prodairai un autre témoignage où le Père rendit gloire
« aü Fils. Quand le Seigneur, arrivé au moment de sa
« passion , disait : Mon père, glorifiez votre fils, pour
«que votre fils vous glorifie à son tour (x), que lui
« répondit le Père du haut du ciel? ne dit-il pas : Je l'ai
« glorifié et je le glorifierai encore (2)? Voici que. le
« Pére le glorifie de sa propre voix, et toi tu t'efforces
« de lui enlever sa gloire : tu le voudrais, on le voit
« bien, mais tu n'en as pas le pouvoir. Car toi qui te
« fais l'accusateur de l'apótre Paul, écoute-le, ou plu-
« tót écoute le Christ, parlant par sa bouche : Que toute
«langue confesse que le Seigneur. J.-C. est dans la
«gloire de Dieu le père (3). Si donc la gloire lui est
«commune avec le Père, s'il réside dans la méme gloire
« que le Père, comment veux-tu le. déslionorer en lui
« ótant sa gloire? ou pourquoi les hommes ne devraient-
«ils pas lui rendre gloire sur la terre, lui qui règne
« aussi glorieux que le Père dans le ciel? Nous confes-
«sons donc le Christ vrai fils du vrai Dieu; et parce
« qu'ils n'ont qu'une seule divinité, ils n'ont aussi qu'une
«seule gloire. » À ces mots, je gardai le silence, et la
dispute fut terminée. Ensuite Oppila se rendit auprés
du roi Chilpéric; et lui ayant offert les présens envoyés
par le roi des Espagnols, il retourna en Espagne.
(1) Jean, xvu, 1.
(2) Jean, xii, 28. Ces paroles ont été prononcées avant la passion,
ét par conséquent ne répondent pas aux précédentes.
(3) Philip., u, 11:
500 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
XLI. Comperto autem Chilpericus rex quod Gunt-
chramnus frater ejus cum Childeberto nepote suo
pacem (1) fecerat, et civitates, quas violenter inva-
serat, ci simul vellent auferre; cum omuibus thesauris
suis in Cameracensem (2) urbem discessit, et omnia
quz melius habere potuerat , secum tulit. Misitque ad
duces et comites (5) civitatum nuntios, ut muros com-
ponerent urbium , resque suas cum uxoribus et filiis
infra murorum (4) munimenta concluderent; atque
ipsi , si necessitas exigeret (5), repugnarent viriliter ,
ne eis pars adversa noceret; illud addens : « Et si
« aliquid perdideritis, cum de inimicis (6) ulciscemur,
« majora conquiretis : » nesciens patrationem victo-
riarum in manu Dei consistere. Deinde sepius exer-
citum commovet, et iterum (7) infra terminum re-
quiescere jubet. His diebus ei filius natus est (8),
quem in villa Victoriacensi (9) nutrire precepit,
dicens : « Ne forte, dum publice videtur , aliquid mali
« incurrat et moriatur. »
XLIL (10) Childebertus vero rex in Italiam abiit.
Quod cum audissent Langobardi, timentes ne ab ejus
(1) * Colb. m., pacem deest.
(2) * Corb., Cam. et Colb. m., Camarac....
(3) * Colb. m., comites suos civit...
(4) [Clun., murorum tecta;] * et Colb. m.
(5) * Colb. m., egerit.
(6) [Dub., ulciscimini.] * Colb. duo, ulciscimur.
(7) * Corb., deest iterum.
(8) * Corb., Cam., natus fuerat.
(9) * Corb., Cam. et [Dub., nutrire jubet ne.]
(10) * Hinc, ad vocem exercitus, cap. 43, deest in Reg. B. — Colb. m.,
rex deest.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 501
XLI. Chilpéric ayant appris que son frère Gon-
tran avait fait la paix avec son neveu Childebert, et
qu'ils voulaient lui enlever les villes dont il s'était em-
paré par violence, se retira avec tous ses trésors dans
la ville de Cambray , et y porta avec lui tout ce qu'il
avait de plus précieux. ll envoya aux ducs et aux
comtes des cités l'ordre de mettre en état les murs
des. villes, d'enfermer leurs richesses, leurs femmes et
leurs enfaus derriére de solides remparts; et de se dé-
fendre eux-mêmes vigoureusement , s'il était besoin,
de manière à ce que l'ennemi ne püt leur faire de mal ;
ajoutant : « Si vous perdez quelque chose, vous en
«recouvrerez davantage, quand nous nous vengerons
«de nos ennemis. » Il ne savait pas que la victoire est
dans la main de Dieu! Ensuite il mit plusieurs fois son
armée en mouvement, et lui ordonnait toujours de
s'arrêter en deçà des frontières. Dans ces jours-là , il lui
naquit un fils, qu’il fit nourrir dans sa maison de Vitry (1),
«de peur, disait-il , que sil était vu en public, il
« n'éprouvát quelque mal et ne mourût. »
XLII Cependant, le roi Childebert partit pour
l'Italie. A cette nouvelle, les Lombards craignant d’être
détruits par son armée , se soumirent à sa domination (2),
lui donnèrent beaucoup de présens, et promirent d’être
de fidéles sujets. Ayant obtenu d'eux tout ce qu'il vou-
lait, le roi revint dans les Gaules, et fit mettre en mou-
vement une armée qu'il dirigea sur l'Espagne; mais il
(1) C'est le Vitry près de Douai, où fut tué le roi Sigebert : 1v, 52
Ce fils est Clotaire II, qui lui succéda.
(2) Soumission purement nominale ; comme celle des Bretons ;
comme le fat plus tard celle des Bavarois.
502 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI
exercitu. czederentur , subdiderunt se ditioni ejus ,
multa ei dantes munera , ac promittentes se parti ejus
esse fideles atque subjectos. Patratisque cum his om-
nibus que voluitrex, in Gallias est regressus : atque
exercitum commoveri precepit, quem in Hispaniam
dirigi jussit; sed quievit (1). Ab imperatore autem
. Mauricio, ante hos annos, quinquaginta millia solido-
rum acceperat, ut Langobardos de Italia ex truderet (2).
Audito autem imperator , quod cum his in pace con-
junctus est, pecuniam repetebat : sed hic fidus a sola-
tiis, ne (5) responsum quidem pro hac re voluit reddere.
XLIII. In Gallicia (4) quoque novæ res acte sunt,
quæ desuperius (5) memorabuntur. Igitur cum Herme-
negildus, sicut supra diximus, patri infensus esset (6),
et in civitate quadam Hispaniae cum conjuge resideret,
solatio fretus Imperatoris, atque Mironis Gallicien-
sis (7) regis, patrem ad se cum exercitu venire cogno-
vit, consiliumque iniit qualiter venientem aut repel-
leret, aut necaret; nesciens miser (8) judicium sibi
imminere divinum , qui contra genitorem , quamlibet
(1) Regm., sed nescio qua de causa remansit. Nam ab.
* (2) * Corb., extraheret. f
(3) " Cam., Colb. a , nec responsum.
(4) Corb., Colb. a. et Freh., Gallia. [Ita Dab] Bad. melius Callecia.
* Colb. m., Gallitia.
(5) Gallice dessous : unde Colb. a. habet inferius. * Corb., desuper
iis; Colb. m., superius. — Infra, Herminichildus.
(6) * Corb., patri infensus de imperatoris atque m. g. r. media
desunt. — Cam., solatio fretus imperatoris deest. Solatio deest in
Colb. a.
(7) * Colb. m., Calliciensis ; Cam., Calgensis; Colb. a., Ver
Post regis, additam est supra lineam virtute.
(8) * In Colb. m., miser erasum est
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 503
s'arrêta. li avait reçu de l'empereur Maurice, dans les
aunées précédentes, cinquante mille sous d'or pour chas-
ser les Lombards d'Italie. L'empereur, apprenant qu'il
avait fait la paix avec eux, redemandait son argent (1).
Mais Childebert , confiant dans ses forces, ne voulut pas
méme lui répondre à ce sujet.
XLIIL' En Galice, il se passa de nouveaux évérie-
mens que nous allons raconter. Herménegild, comme
nous l'avons dit plus haut (2), toujours ennemi de son
pére, résidait dans une ville d'Espagne (3), avec son
épouse, appuyé de l'alliance de l'empereur et de Mir,
roi de Galice. Apprenant que son père s'avancait contre
lui avec une armée, il tint conseil sur les moyens de le
repousser ou de le tuer; ignorant , le malheureux, qu'il
attirait sur sa téte le jugement de Dieu, en formant de
tels projets contre un pére, méme hérétique. Aprés une
délibération sur ce sujet , il choisit entré plusieurs milliers
de soldats, trois cents hommes armés, et les enferma
dans le château d'Osser (4), dont l'église contient des
(1i) Voyez des lettres à ce sujet. D. Bouquet, tom. rv, p. 82-88.
(2) Liv. v, chap. 59.
(3) Séville, dont l'évéque saint Léandre avait été envoyé à l'empe-
reur Tibère, pour implorer son appui contre Leuvigild. (Ruin.)
(4) Probablement prés de Séville; mais on ignore en quel endroit :
c'est. peut-être l’Ærsa des anciens, dans la Sierra- Morena. La suite
prouve que ce fort était dans les défilés des montagnes. Notre auteur,
504 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
hereticum , talia cogitaret. Habito ergo tractatu, de
multis virorum millibus (1) trecentos viros elegit ar-
matos, et infra castrum Osser (2), in cujus ecclesia
fontes divinitus complentur, includit; ut scilicet primo
impetu ab his pater territus ac lassatus (5), facilius
ab inferiore manu, quae erat plurima, vinceretur.
Denique his dolis Leuvichildus rex cognitis, cogita-
tione maxima fatigatur. «Si, inquit, illuc cum omni
« exercitu abiero, conglobatus in unum exercitus ad-
« versariorum (4) jaculis crudelissime sauciatur. Si
« vero cum paucis vadam , virorum fortium manum
« nequeo superare : tamen cum omnibus ibo (5). »
Et accedens ad locum viros protrivit (6), castrumque
combussit, sicut jam superius memoratum est. Pa-
trata (7) quoque victoria ,. cognovit Mironem regem
contra se cum exercitu residere. Quo circumdato,
sacramenta exigit sibi in posterum fore fidelem. Et sic
datis sibi invicem muneribus, unusquisque ad propria
est regressus. Sed Miro postquam in patriam rediit,
non multos post dies conversus ad lectulum, obiit.
Infirmatus enim ab aquis Hispanice (8) fuerat malis,
aeribusque incommodis. Quo defuncto, filius ejus
Eurichus Leuvichildi regis amicitias expetit (9) : dato-
(1) * Corb., mille trecentos.
(2) Alii, Osset, seu Oser. [Dub. Esser.] castrum erat ex adverso
Hispalis, olim a Romanis Julia Constantia dictum
(3) * Colb. m., laxatus.
(4) * Corb. et Colb. m., conglobatis.... adversorum.
(5) Corb., ibit pro ivit. — * Supra, manum deest in Colb. m.
(6) * Corb., Reg. 2, Colh. a, proteruit ; Colb. m., prostravit.
(7) * Cam., parata.
(8) " Corb., in Hispania, Colb. m., in malis aeribusque.
(9) [ Clun., expetiit. Hoc anno. Media desunt.] * Sic Colb. m. —
Supra, Euricus.
| HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 505
fontaines qui se remplissent miraculeusement; afin que
son père, effrayé et lassé par cet obstacle dès sa pre-
mière attaque, fût vaincu: plus facilement par l'armée
nombreuse qui était derrière, Leuvigild apprenant cette
ruse, fut long-temps dans une grande perplexité. « Si je
« vais là, se dit-il, avec toute mon armée, cette foule
«réunie en un seul corps sera cruellement maltraitée
« par les traits de mes ennemis. Si j'y vais avec pcu
« de monde, je ne pourrai vaincre cette troupe d'élite.
« Cependant j'irai avec tous mes soldats. » Et s'approchant
de ce lieu, il écrasa les guerriers, et brüla le fort, comme
noüs l'avons: déjà dit (1). Quand il eut remporté la
victoire, il apprit que'le roi Mir marchait contre lui à la
téte d'une armée. Il l'enveloppa, et lui fit promettre par
serment de lui être fidèle pour l'avenir. Puis, s'étant fait
des présens l'un à l'autre, ils retournérent chacun chez
eux. De retour dans sa patrie, Mir peu de jours aprés
se mit au lit et mourut (2). Sa maladie avait été causée
par les mauvaises eaux de l'Espagne, et l'insalubrité de
l'air. À sa mort, son fils Eurich (3), sollicite l'alliance
du roi Leuvigild , et lui ayant fait les mémes sermens que
son pére, il monta sur le tróne de Galice. Cette méme
année, Audica, son parent, fiancé à sa sœur, vint avec
une armée, se saisit de sa personne, le fit clerc, et
liv. 1, chap. 24, des Miracles des Martyrs, place cette ville en Lusi-
tanie. — Quant aux fontaines miraculeuses qu'elle renferme, ce sont
celles dont il a été question liv. v; chap. 17. Voyez la note 5 à ce
sujet.
(1) Voyez liv. v, chap. 39.
(2) An 582.
(3) Ou Eboric. Remarquez qu'il ne devient roi que sous le bon
plaisir de Leuvigild. La nationalité des Suèves touchait alors à sa fin.
506 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
que, ut pater fecerat , sacramento, regnum Galliciense
suscepit. Hoc vero anno cognatus ejus Audica (3),
qui sororem illius desponsatam habebat , cum exercitu
venit ; adprehensumque clericum facit, ac diaconatus
sive presbyterii ei imponi honorem jubet : ipse vero (2)
accepta soceri sui uxore, Galliciense regnum obtinuit.
Leuvichildus vero filium suum Hermeuegildum (5)
cepit, et secum usque Toletum adduxit, condemnans
eum exsilio : uxorem tamen ejus a Grecis eripere non
potuit.
XLIV. Locustæ quoque de Carpitania (4) provin-
cia, quam per quinque vastaverant annos, hoc anno
progresse , aggeremque publicum tenentes, ad aliam
se provinciam , quae huic vicina erat provincize, contu-
lerunt. Quarum spatium in centum (5) quinquaginta
extenditur millia longitudo, latitudo vero in centum
millibus terminatur. Hoc anno multa prodigia adpa-
ruerunt in Galliis, vastationesque multe fuerunt in
populo. Nam mense Januario rose visa sunt ; circa
solem quoque circulus magnus adparuit , diversis colo-
ribus mixtus, ut solet in illo coelestis iris ambitu, plu-
via discedente (6), monstrari. Pruina graviter vineas
exussit; tempestas etiam subsecuta vineas segetes-
que (7) per plurima loca vastavit; residuum quoque
(1) Edit. Auduca. Regm. nomen non exprimit, [nec Clun.] * Nec
Colb. m. — Supra, Cam., regnum Galliense. Colb. a., Audita.
(2) * Corb., Colb. duo et Cam.; ipse quoque.
(5) * Reg. 2, Colb. a., Ermunigildum. — Infra, Corb., Tolitum.
(4) * Reg. P, Colb. a., Carpentania ; Colb. m., Carpitana.
(3) In Corb., Cam. [et Dub.] deest centum.
(6) Corb., Colb.:a. {et Clun.,] * et Colb. m., descendente.
(7) * Reg. 8, Colb. a., vineas egestasque. — In Corb., deest per.
Cam., segetesque ac plurima loca. Vastavit deest
IHSTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 507
lui imposa de force la dignité de diacre ou de prêtre.
Pour lui, ayant épousé la femme de son beau-père (1),
il devint roi de Galice (2). Leuvigild fit prisonnier son
fils Hetménegild, 'et l'emmena avec lui à Toléde; puis
le condamna à l'exil. Mais a» ne put retirer sa bru des
mains des Grecs.
XLIV. Cette’ année, les sauterelles sortant de la pro-
vince de Carpitanie (3) qu'elles avaient ravagée pendant
cinq ans, et suivant la route publique, se portèrent dans
une autre province voisine. Elles occupaient en longueur
uu espace de 150 milles, et de roo milles en largeur.
Cette année, plusieurs prodiges apparurent dans les
Gaules, et de grands désastres eurent lieu pour les
peuples. Au mois de janvier on vit naître des roses.
Autour du soleil, parut un grand cercle , mélé de diverses
couleurs, comme on en voit dans l'arc-en-ciel , à la suite
de la pluie. Une gelée blanche brüla les vigues ; un
ouragan qui vint ensuite, dévasta en plusieurs lieux
les vignes et les moissons, et une sécheresse obstinée
cohsuma ce qu'avait épargné la grêle, Il ne parut que
des fruits chétifs sur quelques vignes; sur les autres,
rien du tout: de sorte que les hommes, irrités contre
Dieu, ouvrirent les enclos de leurs vignes, et y intro-
(1) Sisegonthe, veuve de Mir. An 585.
(2) Lui-méme fat, en 585, dépouillé et fait prêtre par Leuvigild,
qui anéantit la puissance des Sab en Espagae; ( Chron. d'Isidore.)
(3) Chap. 55.
2508 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
grandinis siccilas immensa consumsit; exiguusque
fructus in aliquibus vineis visus, in aliis vero nullus :
ita ut irati contra Deum homines, patefactis aditi-
bus vinearum, pecora vel jumenta intromitterent,
noxias sibi immiscentes miseri preces, atque dicentes :
« Numquam in his vineis palmes nascatur in sempi-
« ternum! » Arbores vero , que mense Julio poma
protulerant , mense Septembri fructus alios ediderunt.
Morbus pecorum iteratus invaluit, ita ut vix quic-
quam remaneret.
XLV. Interim advenientibus calendis Septembri-
bus, Gotthorum (1) magna legatio ad regem Chilpe-
ricum accedit. Ipse vero jam regressus Parisius, fa-
milias multas de domibus fiscalibus auferri precipit,
et in plaustris componi : multos quoque flentes et
nolentes abire, in custodiam retrudi jussit, ut eos
facilius cum filia transmittere posset. Nam ferunt mul-
tos sibi ob hanc amaritudinem vitam laqueo extor-
sisse, dum de parentibus propriis auferri metuebant.
Separabatur autem filius a patre , mater a filia, et cum
gravi gemitu ac maledictionibus discedebant : tantus-
que (2) planctus in urbe Parisiaca erat , ut planctui
compararetur Ægyptio. Multi vero meliores natu (3),
qui vi compellebantur abire , testamenta condiderunt ,
(1j * Corb., Ghotorum.
(2) [Clun., [tantus metus atque planctus.] * Corb. et Cam., planc-
tus urbi Par.... Colb. m., tantusque metus atque planctus.
(3). Sic dicebantur qui dignitate aliqua aut opibus pollebant; non-
nunquam etiam majores natu, aut. seniores appellabantur; et e con-
trario minores natu qui nihil supra plebeios habebant, Vide Glossar.
Cangii. " Corb., majores natu. Vi decst, ct in Colb. m.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 509
duisirent des troupeaux et des bétes de somme , en y
joignant, les malheureux ! des imprécations contre eux-
mémes : « Que jamais, disaient-ils, qu'à tout jamais, ces
« vignes ne produisent de sarmens! » Les arbres qui avaient
donné leurs fruits en juillet, en produisirent d'autres en
septembre. Une maladie se jeta encore sur les bestiaux,
tellement qu'il n'en resta presque plus.
XLV. Cependant, à l'approche des calendes de sep-
tembre, une grande députation de Goths vint trouver
le roi Chilpéric. Lui-méme, de retour à Paris, ordonna
de prendre plusieurs familles des maisons du fisc, et de
les placer sur des chariots, Comme un grand nombre
pleuraient et ne voulaient pas partir, il les fit retenir en
prison, pour pouvoir plus facilement les forcer de partir
avec sa fille. On prétend que plusieurs, désespérés, termi-
nèrent leur vie par la corde, craignant d’être enlevés à
leurs parens. En effet, on séparait le fils du père, la
mére de la fille, et tous partaient avec de profonds
gémissemens et des malédictions; et dans Paris régnait
une désolation comparable à celle de l'Égypte. Plusieurs
méme d'une naissance meilleure, contraints de partir,
firent des testamens, oü ils abandonnaient leurs biens aux
églises; et ils demandérent qu'aussitót que la jeune fille
serait entrée en Espagne, on ouvrit leurs testamens,
comme s'ils étaient déjà -dans le tombeau. Cependant il
arriva à Paris des députés du roi Childebert, pour re-
commander à Chilpéric de ne rien distraire des villes
510 HISTORIA FRANCORUM, LID. VI.
resque suas ecclesiis deputantes, atque petentes ut,
cum in Hispanias puella introisset , statim testamenta
illa, tamquam si jam essent sepulti, reserarentur. In-
terea legati regis Childeberti Parisius advenerunt, con-
testantes Chilperico regi (1), ut nihil de civitatibus,
quas de regno patris sui tenebat, auferret , aut de
thesauris ejus in aliquo filiam munreraret (2); ac non
mancipia, non equites, non juga boum, neque ali-
quid hujuscemodi de his auderet adtingere. De quibus
legatis unum ferunt. clam interemtum; sed nescitur
a quo : suspicio tamen vertebatur ad regem. Promit-
tens vero Chilpericus rex nihil de his contingere ,
convocatis melioribus Francis reliquisque fidelibus,
nuptias celebravit filie sue. Traditaque legatis Got-
thorum , magnos ei thesauros dedit. Sed et mater ejus
immensum pondus auri argentique, sive vestimento-
rum, protulit, ita ut videns heec rex, nihil sibi reman-
sisse putaret. Quem cernens regina commotum , con-
versa ad Francos, ita ait : « Ne putetis , o viri, quic-
« quam hic de thesauris anteriorum regum haberi :
« omnia enim quse cernitis , de mea proprietate oblata
« sunt , quia mihi gloriosissimus rex multa largitus est.
« Et ego nonnulla de proprio congregavi labore (5),
«et de domibus mihi concessis, tam de fructibus
« quam de tributis, plurima reparavi. Sed et vos ple-
« rumque me muneribus vestris ditastis, de quibus
« sunt ista que nunc coram videtis : nam hic de the-
« sauris publicis nihil habetur. » Et sic animus regis
(1) * Reg. B, Colb. a., Hilpericum regem. — Infra, Corb., regno
fratris sui.
(2) * Mut de thesauris.... muneraret desunt in Corb. et Cam.
(5) In Corb. [et Dub.] deest /abore.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 511
qu'il tenait du royaume de son frére (1); de ne donner
en présent à sa fille aucune partie des trésors de Sige-
bert; de ne toucher ni aux esclaves, ni aux chevaux,
ni aux bœufs de labour, ni à rien enfin de ce qui lui
avait appartenu. On dit qu'un de ces députés fut tué se-
crétement. On ne sait par qui : mais on soupconnait le
roi. Chilpéric promit de ne toucher à rien de tout cela;
et dans unc réunion des principaux Francs et des autres
fidèles, il.célébra les noces de sa fille (2). Puis, il la remit
aux ambassadeurs des Goths, et lui donna de grands tré-
sors. Mais sa mére y ajouta une si grande quantité d'or,
d'argent et d'habits précieux, que le roi à cette vue pensa
qu'il ne lui restait plus rien. La reine, s'apercevant de
son émotion, se tourna vers les Francs, et leur dit : « Ne
« croyez pas, guerriers, qu'il y ait là rien des trésors des
«rois précédens. Tout ce que vous voyez est pris de ce
« que je posséde en propre, parce que mon trés glorieux
« roi m'a fait beaucoup de largesses : j'y ai ajouté le fruit
«de mon travail; et une grande partie vient des revenus
«que j'ai-tirés, soit'en nature, sóit en argent , des mai-
« sons qui m'ont été concédées. Vous-mémes , m'avez en-
«richie de plusieurs présens; et vous en voyez là une
«partie. Mais il ne s’y trouve rien provenant des trésors
« publics. » Et le roi abusé crut à ses paroles. Telle était
la multitude des. objets en or et en argent, et des autres
choses précieuses , qu'ils faisaient la chargé de cinquante
chariots. Les Francs, de leur cóté, offrirent beaucoup de
présens. Les uns donnèrent de l'or; d'autres de l'argent ;
quelques uns des chevaux ; la plupart des vêtémens; en
(3) Sigebert, père de Clildebert.
(2) Voyez liv. vn, chap. g.
512 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
delusus est. Nam tanta fuit multitudo rerum, ut au-
rum argentumque et reliqua ornamenta quinqua-
ginta plaustra levarent. Franci vero multa (1) munera
obtulerunt : alii aurum, alii argentum , nonnulli equi-
tes (2), plerique vestimenta, et unusquisque, ut potuit,
donativum dedit. Jam vero valefaciens puella, post la-
crymas et oscula, cum de porta egrederetur, uno car-
rucæ eflracto axe (5), omnes Mala-hora dixerunt :
quod a quibusdam pro auspicio susceptum est. Deni-
que hac de Parisius progressa, octavo ab urbe milliario
tentoria figi precepit. Surgentes enim quinquaginta
viri de nocte, adprehensis centum equitibus optimis ,
totidemque frenis aureis, ac duobus catinis (4) magnis,
ad Childebertum regem fuga dilapsi abierunt. Sed ct
per totum iter cum labi quis potuisset , effugiebat , fe-
rens secum qua arripere potuisset. Adparatus quoque
magnus expense (5) de diversis civitatibus in itinere
congregatus est : in quo nihil de fisco suo rex dari
precepit, nisi omnia de pauperum conjecturis (6).
Sed quoniam suspicio erat regi, ne frater aut nepos
(1) * Multa deest in Colb. m.
(2) [Hic et infra, Dub., equos.]
(3) * Reg. B, ac sic pro axe. Sic-correctum in Colb. a. — Colb. m.,
mala ora.
(4) * Ruin., Bouq. habebant duabus catenis, at Corb. et Reg. B,
duobus catinis, quod multo probabilius videtur, ex lib. ui, cap. 7, 24,
et hujusce libri cap. 2, ubi catini inter regalia ornamenta habentur.
Colb. duo, duobus catenis, qui, quum e sepe pro ; ponatur, aliqua
parte nostram lectionem defendunt.
(5) Regm. et Chesn., et expense.... congregate sunt. * Reg. B et
Colb. a., magnus et expense.
(6) Id est contributionibus aut collectis, potissimum quæ extra or-
dinem fiebant : alias conjecta dicebantur, ut observat Bignonius ad
lib. : Marculfi, cap. 3.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 513
un mot, chacun fit son offrande selon ses moyens. Enfin :
la jeune fille fit ses adieux, aprés bien des larmes et
des baisers. Comme elle franchissait la porte, un essieu
de sa voiture se brisa; et tous crièrent ma/heur! ce qui
fut interprété par quelques personnes comme un pré-
sage. Elle s’éloigna de Paris; et à huit milles de cette
ville, elle fit dresser ses tentes. Dans la nuit, cinquante
hommes se levérent, et ayant pris cent des meilleurs.
chevaux , autant de freins d'or, et deux grands plats (1),
s'enfuirent et,se retirérent auprès du roi Childebert. Et
pendant toute la route, quiconque pouvait s'échapper ,
s'enfuyait avec tout ce quil avait pu ravir. On exigea
aussi, de toutes les villes que traversait le cortége, de
grands préparatifs pour subvenir à sa dépense; car le roi
défendit que le fisc y contribuát en. rien : tous les frais-
étaient supportés par les pauvres (2), imposés extraor-
dinairement. En outre , comme le roi .craignait que-son
frére ou son neveu ne tendissent en route quelque piége
à sa fille, il la fit escorter par une armée. Or avec elle
étaient de grands personnages:le duc Bobon, fils de
Mummolen , avec son épouse, en qualité de paranymphe ;
Domegisil et Ansovald : son majordóme était Waddon,
qui avait gouverné autrefois le comté de Saintes : le
(1) Nous adoptons la leçon catinis. Nous avons vu que des plats
d'argent, discus, in, 7, qui étaient peut-être des espèces de surtout,
missoria, v1, 2, étaient des objets d'ornement auxquels les rois te-
naient beaucoup. Dans les présens de Childebert à Théodebert on
voit figurer des plats, catinis, 1, 24.
(2) Expression vague. S'agit-il ici seulement des pauvres des églises,
C'est-à-dire des petits propriétaires-dépendans de l'église (voy. note c,
liv. v), ou des pauvres en général : de ceux qui possédaient le moins,
soit clercs, soit laïcs, et qui payaient toujours le plus, paree qu'ils
étaient les plus faibles ?
It. 55
.514 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
aliquas insidias puellae in via pararent, vallatam ab
exercitu pergere jussit. Erant autem cum ea viri ma-
gnifici ,Bobo dux, filius Mummoleni, cum uxore, quasi
' paranymphus; Domegiselus, et. Ansovaldus; major-
domus autem Waddo (1), qui olim Santonicum rexerat
comitatum : reliquum vero vulgus super (2) quatuor
millia erat. Ceeteri autem duces et camerarii (3), qui
cum ea properaverant, de Pictavo regressi sunt : isti
vero iter conficientes (4), pergebant. ut poterant. Per
quam viam tanta spolia , tantæque prædæ factæ sunt,
ut vix valeant enarrari. Nam hospitiola pauperum
exspoliabant , vineas devastabant : ita ut incisis caudi-
cibus cum uvis (5) auferrent, levantes pecora, vel
quicquid invenire potuissent; nihilque per viam qua
gradiebantur relinquentes : impletumque est quod dic-
tum est per Johel prophetam : Residuum locustæ.co-
medit eruca (6) ,'et residuum erucæ comedit bruchus,
et residuum bruchi comedit rubigo. Na et hoc actum
est tempore, ut residuum pruinze protereret tempes-
tas , et residuum tempestatis exureret siccitas , et, resi-
duum siccitatis auferret hostilitas.
(1) Colb. m. [Clun.] et Chesn., Watdo; Regm., Wardo; Bec. et
Cam., Waldo. In indice capitum Colb. a., J/aládo. — "Supra, Reg. Z,
Bodo, pro Bobo; Corb. €t Colb. m., Donigüeho; Cam. et Reg. 7,
» Domigisilus; Corb., Ansoaldus.
(2) * Reg. B, per.
(3) * Corb. et Colb. m., camararii.
(4) [Clun.; conficiebant pergentes ,] “et Colb. m. Cam., istis...
conficientibus.
(5) * Corb., Coditibus; Reg. B, tot vitibus cum.
(6) Corb., * Cam. et Reg. 7, erugo. Colb. m., eruga. — Infra
tamen , erucaái. — Id., brucus.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. $15
reste de la troupe allait au-delà de quatre mille. Quant
aux autres ducs et aux autres chambriers qui étaient
partis avec elle, ils la quittérent à Poitiers. Les autres
poursuivant leur route, allaient comme ils pouvaient :
et dans leur chemin il se commit tant de pillages , tant
dé déprédations, qu'on ne saurait les compter. Ils dé-
pouillaient les cabanes des pauvres; dévastaient les vignes,
coupant et emportànt les ceps avec les grappes; enle-
vaient les troupeaux et tout ce qu'ils pouvaient trouver;
et ne laissaient absolument rien partout où ils passaient.
Alors fut accomplie la parole du prophète Joel : La che-
nille a mangé les restes de la sauterelle, le ver les
restes de la chenille, et la nielle les restes du ver (1).
Il en. fut de méme à cetté époque, où l'ouragan dé-
truisit les restes de la gelée; la sécheresse brüla' les
restes de l'ouragan ; et l'ennemi sport les restes de
la sécheresse.
(1) Joel., 1, 4. Le texte est ainsi conçu : residuum erucæ comedit
locusta , et residuum locustæ comedit bruchus, etc.
516 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
XLVI. His itaque cum hac preda pergentibus, Chil-
pericus, Nero nostri temporis ct Herodes , ad villam
Calensem , quee distat ab urbe Parisiaca quasi centum
stadiis, accedit; ibique venationes exercet. Quadam
vero die regressus de venatione, jam subobscura nocte,
dum de equo susciperetur , et unam manum super sca-
pulam pueri retineret , adveniens (1) quidam eum cul-
tro percutit sub ascellam , iteratoque ictu ventrem
ejus perforat : statimque profluente copia sanguinis
tam per os quam per aditum vulneris, iniquum fudit
spiritum. Quam vero malitiam gesserit, superior lectio
docet. Nam regiones plurimas sepius devastavit atque
succendit : de quibus nihil doloris , sed lætitiam magis
habebat; sicut quondam Nero, cum inter incendia
palatii tragoedias decantaret. Persæpe homines pro fa-
cultatibus eorum injuste punivit. In cujus tempore
pauci quodammodo episcopatum clerici meruerunt.
Erat enim gulæ deditus, cujus deus venter fuit. Nul-
lumque se (2) asserebat esse prudentiorem. Confecit-
que duos libros, quasi Sedulium meditatus, quorum
versiculi debiles nullis pedibus subsistere possunt; in
quibus, dum non intelligebat, pro longis syllabas
breves posuit, et pro brevibus longas statuebat : et
alia opuscula, vel hymnos , sive missas (3), quae nulla
ratione suscipi possunt. Causas pauperum exosas ha-
(1) * Colb. m. [Clun., sustentaret, adveniens.] * In Chronico sancti
Benigni eadem verba describuntur; sed additur : adveniens quidam,
"nomine Falco, qui missus a Brunichilde fuerat, eum cultro, etc.
(2) * Corb., Reg. Z, Cam., Colb. m., sibi. o
(5) Id est collectas'seü orationes, uti viri docti interpretantur. Quam
varias autem significationes patiatur vox missa, nemo nescit; * Corb,
missas edidit.
HISTOIRE DES FRANCS, LIY. VI. 517
XLVIL Tandis qu'ils cheminaient ainsr-en pillant,
Chilpéric , le- Néron et l'Hérode de notre temps (1), se
rendit à sa maison de Chelles, éloignée de Paris d'environ
cent stades, et s'y livra à la chasse. Un jour qu'il re-
venait de chasser, à l'entrée de la nuit, au moment
où on l'aidait à descendre de cheval, et qu'il tenait
encore la main appuyée sur l'épaule d'un serviteur , un
homme s'approchant , le frappa sous l'aisselle d' un coup
de couteau, puis d'un second coup lui perca le ventre ;
et le sang s'échappant à grands flots de sa bouche et
de sa blessure , il rendit à l'instant son ame criminelle (2).
Quelle fut sa malice dans ses actions, on l'a yu par
les. récits qui précédent. Souvent il dévasta et incendia
un grand: nombre de contrées : et il n'en ressentait
aucune douleur; il en était plutôt joyeux , comme autre-
fois Néron , lorsqu'il déclamait des tragédies au milieu
de son palais en feu (3). Souvent il punissait des hommes
injustement, pour avoir leur bien. De son temps, peu
de -clercs arrivèrent. à l'épiscopat. Il était adonné à la
gourmandise, et faisait un dieu de son ventre. Il préten-
dait que personne ne le surpassait eu prudence. Il coin-
posa aussi, comme disciple. de Sedulius, deux livres (4),
dont les vers clochent sans pouvoir se tenir sur leurs
pieds; car, par ignorance, il a mis des syllabes brèves
(1) Sans vouloir faire l'apologie de ce roi, nous ne le voyons-pas,
d’après le récit même de notre historien, beaucoup plus cruel que la
plupart des princes de sori temps. C'est Frédegonde qui est, sans con-
tredit, le véritable monstre de cette époque.
(2) En 584.
(3) Sueton., vi, 58; mais ce n "était pas son palais qui élait en iu.
c'était toute la ville.
(4) Voyez liv. v, chap. 45.
518 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
bebat. Sacerdotes Domini assidue blasphemabat ; nec
aliunde magis , dum secretus (1) esset, exercebat ridi-
cula vel jocos, quam de ecclesiarum episcopis. Illum
ferebat levem, alium superbum; illum abundantem,
istum luxuriosum ; illum asserebat elatum, hunc tumi-
dum. Nullum: plus (2) odio habens quam ecclesias.
Aiebat enim plerumque : « Ecce pauper remansit fis-
« cus noster, ecce divitie nostre ad ecclesias sunt
« translatae; nulli penitus, nisi soli episcopi regnant :
« periit honor noster, et translatus est ad episcopos
« civitatum. » Haec aiens (5), assidue testamenta , quae
in ecclesias conscripta erant , plerumque disrupit , ip-
sasque patris sui preeceptiones , putans quod non rema-
neret qui voluntatem ejus servaret, sepe (4) calcavit.
Jam de libidine atque luxuria non potest reperiri (5)
in cogitàtione, quod non perpetrasset in opere; no-
vaque semper ad lædendum populum ingenia perqui-
rebat : nam si quos hoc tempore culpabiles reperisset,
oculos eis jubebat erui. Et in preceptionibus , quas
ad judices pro suis utilitatibus dirigebat, hæc addebat :
« Si quis praecepta nostra contemserit , oculorum avul-
« sione multetur. »-Nullum umquam pure dilexit; a
nullo dilectus est : ideoque cum spiritum exhalas-
—————MM——————
(1) * Cam., Reg. Z, secretius.
(2) Sic Corb., Colb. m. ét Bec.-alii nullam rem plus. Cam., nullos
plus odio. |
(5) Alias, agens, [ita Clun. paulo post, i» ecclesiis, | * ut Colb. m
— * Supra, Corb., agebat, pro aiebat.
(4) * Colb. m., specie.
(5) * Corb., Reg: P, Colb, m., repperi.
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 519
pour des longues et des longues pour des brèves. Il écrivit
encore divers opuscules, des hymnes, des oraisons pour
la messe, dont on ne peut faire aucun usage. Il avait en
haine tout ce qui intéressait les pauvres ; il invectivait
continue]lement contre les prétres du Seigneur; et dans son
particulier , ne trouvait pas de texte plus fécond pour ses
dérisions et.ses plaisanteries , que les évêques des églises.
L'un, selon lui, était léger, l'autre superbe ; celui-ci
était trop riche, celui-là trop ami des plaisirs : l'un était
fier "l'autre orgueilleux. Il ne haissait rien tant que les
églises. Il disait ordinairement : « Voici que notre fisc est
« appauvri : nos richesses ont passé aux églises. Il n'y a
« plus de rois que les évêques : notre dignité est perdue
« et a passé aux évéques des cités. » Et en se plaignant
ainsi, il annulait souvent des testamens écrits en faveur
des églises ; souvent aussi il foulait aux pieds les priviléges
accordés par som père, comme s’il ne restait personne
pour exécuter sa volonté. Quánt aux actes de débauche
et de luxure, on h'en peut imaginer aucun qu'il n'ait
accompli en réalité. Il cherchait toujours de nouvelles
inventions pour-tourmenter le peuple. À ceux qu'il trou-
vait coupables, il faisait arracher les yeux; et dans les
ordonpances qu'il envoyait aux juges , relativement à sès
: affaires, il ajoutait : « Si quelqu'un méprise nos ordón-
«mances, qu'on le punisse en lui arrachant les yeux.»
Comme il n'aima jamais véritablement personne, il n'était
aimé de personne : aussi quand il eut expiré, tous les siens
l'abandonnérent. Mallulf , évêque de Senlis, qui depuis
trois jours était sous une tente (1) sans avoir pu le voir,
(1) Fait à remarquer : il n'y avait pas d'hótelleries publiques pour
les voyageurs.
520 HISTORIA FRANCORUM, LIB. VI.
‘set (1), omnes eum reliquerunt sui (2). Mallulfus
autem Silvanectensis episcópus, qui jam tertia die in
tentorio residebat, et ipsum videre non poterat , ut
eum interemtum audivit, advenit; ablutumque vesti-
mentis melioribus induit; noctem in hymnis deduc-
tam, in navim levavit, et in basilica sancti Vincentii,
quæ est Parisius , sepelivit, Fredegunde (5) regina in
ecclesia derelicta.
Explicit liber sextus Georgii Florentis, sivé Gregorii
Turonensis episcopi. Deo gratias (4).
(1) Hic in codice camaracensi finem habet liber sextus. Hic, quoque
desinit prior pars codicis, multo quidem vetustioris scripture (uncialis
est), quam que sequitur : nempe septimo seculo ineunte, ut-quidam
docti judicaverunt, exarata. Utriusque specimen dedit in praefatione
secundi rerum Franeicarum tomi. D. Bouquet. Ille autem codex, ‘ut
videre fuit, cum sæpe laudato Corbeiensi in multis consentit.
(2) Corb., non habet sui. Porro Mallulfus, aliis Malulfus ; in Colb.
m., Regm. [et Clun.,] Madulfus, Aimoino Madalulfus, colitur uti
sanctus apud Silvanectenses, iv. Nonas maii, qui dies est translationis
ejus.
(5) * Reg. B, Fredegunda. :
(4) Hic desinit cod. Corbeiensis , nisi quod sub lib. iv. finem, tam
in illo cod. quam in Bellovacensi, refertur fragmentum ex capp. 7 et 8,
libri vn. Hzc verba explicit, etc., ex Corb. descripsimus. [Cod. Clun.
et Colb. m., habent tantum, explicit liber v1.] * Deest in Reg. B,
HISTOIRE DES FRANCS, LIV. VI. 521
ayant appris sa mort, s'approcha, le lava, le couvrit de
vétemens honorables, et aprés avoir passé la nuità chanter
des hymnes le transporta sur un bateau, et l'ensevelit à
Paris dans la basilique de Saint-Vincent (1). Cependant la
reine Frédegonde avait été délaissée dans l'église cathé-
drale (2).
Fin du livre sixième de Georges Florent, autrement
dit Grégoire , évéque de Tours. Gráces à Dieu.
(1) Ce fat depuis, comme on sait, l'abbaye Saint-Germain.
(2). L'auteur des Gestes des Francs, ch. 55, et, aprés lui, Aimoin,
ui, 56, attribuent la mort de Chilpéric à Frédegonde, qui craignait
la vengeance du roi pour ses amours avec Landri. Childebert, en re-
demandant Frédegonde à Gontran, vu, 7, semble aussi l'accuser de
ce crime. Cependant Sunnigisil, qüi s’avoua coupable de la mort de
Chilpéric, x, 19, ne chargea pas Frédegonde. Elle-méme l'impute à
Ébérulf, chambrier de Chilpéric, vit, 21. Ue de Ruinart, au ch. 95
de lHist. abrégée, par Fredegaire.)
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ÉCLAIRCISSEMENS
ET OBSERVATIONS.
LIVRE QUATRIÈME.
Norge a, Pace 7. |
« Si Clotaire veut imposer une taxe sur les biens de l'église,
« l’évêque Injuriosus ne s'y oppose point comme à une entreprise
« contraire à la liberté de la nation, mais comme à un sacrilége.
« Il oublie qu'il est citoyen,: pour ne parler qu'en évêque, qui
« croit que les possessions de l'église sont le patrimoine de Dieu
« et des pauvres. » -
(Mably, Observat. sur T Hist. de France, liv, 1, chap. 3.)
Qu'importe? mais nous voyons, dans cette circonstance du moins,
qu'une taxe ne peut être imposée par le roi que du consentement
des parties intéressées. Il faut que les évêques souscrivent l'ordon-
nance pour qu'elle ait, en quelque sorte, force de loi.
,
Norge b, Pace 9.
Sur le rang et les fonctions des domestiques à la cour de nos
anciens fois, on ne peut établir rien de certain. On les voit régir
des domaines royaux comme intendans (Marculf, liv. n, form. 59);
régler d'avance les dépenses nécessaires lorsque le roi devait se
rendre à un: plaid solennel ( Grég. de Tours, liv. x, chap. 98). Îls
sont nommés à la suite des grands du royaume, optimates, avec
les comtes, les majordómes, les graffions , les: chanceliers , etc.,
dans la préface de la loi des Bourguignons, et au titre 88 de la loi
des Ripuaires. Dans ce dernier passage ils sont nommés avant les
comtes. Ils assistaient aussi le roi dans ses jugemens ; ce que prou-
vént Marculfe (liv. 1, formule 25), un plaid de Clovis III ( Ma-
billon, de Re diplomat., liv. vi, n° 19), ct un autre de Childe-
524 ÉCLAIRCISSEMENS
bert HII. (ibid., n° 24). Dans ces deux pièces, les domestiques
sont également nommés à la suite des optimates , et aprés les
comtes. Enfin, il paraît qu’ils administraient quelquefois des pro-
vinces : Ut sex provincie quas..... totidem agunt domestici , sub
illius administratione solius regerentur ( Auctor vitæ S. Arnulfi
episc. Metensis, cap. 4). On peut donc dire que leurs attributions
variaient selon le bon plaisir du prince, à la personne duquel ils
étaient attachés pour le servir en toute occasion.
A la cour des empereurs d'Orient , ils étaient soumis à un chef
appelé comte des domestiques : mais il ne parait pas que ce titre
ait été en usage auprès de nos rois. |
Voyez le Glossaire de Ducange , au mot Doriesticus.
Nore c, Pace 11.
La phrase latine doit être regardée cómme une parenthèse, car
elle n’explique en rien la précédente. Elle semble même la con-
tredire. L'auteur. vient d'appeler regrnum le domaine de ces
petits souverains; et cependant , ajoute-t-il, ils ne sont pas qua-
lifiés de rois. En effet, qu'ils fussent comtes ou rois aux yeux du
roi des Francs, ils n'en étaient^pas moins maîtres absolus chez
eux, malgré les paroles de soumission que la force leur arrachait
quelquefois (Voyez liv. 1x, chap. 18). Rappelons-nous aussi que
les comtes de Bretagne ne possédaient alors que la partie la plus
occidentale de cette contrée. Rennes et Nantes ne leur apparte-
naient pas; car on les voit attaquer souvent ces deux villes ( liv. v,
-chap. 30, 32), Vannes méme semble avoir été pour eux une aequi-
sition récente en 578 (liv. v, chap. 27). Ainsi les souscriptions
des évéques de ces trois villes au concile d'Orléans , en 511, ne
prouvent rien en faveur de la domination que Cloyis pouvait exercer
sur les Bretons. La soumission , du reste purement nominale, de
la pointe occidentale de la Gaule, Cornu Gallic (Frodoard, Chron. ,
an 919), ou de la basse Bretagne , datait probablement de la
réunion des Armoriques avec les Francs, vers 497.
ET OBSERVATIONS. $525
Norte d, Pace 15.
Civitatem Arvernam est la ville même, nommée aussi Arverna
urbs (1, 12); Arvernis urbs (n, 18); Arvernum (1v, 11, et
passim). Le nom de, Clarus mons, ou Clermont, se trouve pour la
premiére fois dans le 4* continuateur de Frédégaire, chap. 125
(Voyez de Valois, Notice des Gaules, au mot Arverni). Encore
s'agit-il d'un fort, castrum, distinct de la ville; Arverna urbs, à la-
quelle peu à peu il communiqua son nom. Cependant, pour abréger,
nous avons employé en francais le nom de Clermont, tout en re-
connaissant l'anachronisme.
Note d, Supplément à la note 5, Pace 15.
Ordinatores semble signifier les administrateurs , ceux qui sont
chargés des intérêts temporels de l'évéché , qui veillent à ses reve-
nus, qui en règlent l'emploi , ete.; Ministri, ceux qui secondent l'é-
véque dans ses fonctions spirituelles ; les archiprétres et les archi-
diacres (Ducange, Gloss.). Il aurait mieux valu peut-être traduire
ce dernier mot pat #ücaires,
Note e, Pace 19.
D’après la lecture attentive des chap. 6 , 7, 15, 26 , du liv. iv,
5, 47, du liv. v, et d'autres de notre auteur, on peut établir les
points suivans, relativemeñt au, mode en-usage à cette époque pour
l'élection d’un évêque. Pour qu'elle fût régulière ou canonique,
quatre choses devaient y concourir : |
1°. Le choix du clergé et du peuple de la ville épiscopale :
Consensio, electio, Rédigé par écrit en forme d’acte , il s'appelait
consensus, et était envoyé au roi ( Voy. note m).
2. La confirmation: de ce choix par le roi : confirmatio, ordi- |
natio. Cette dernière expression semble sé prendre, dans Grégoire
de Tours , quelquefois pour la simple désignation faite par le roi
d'un sujet qu'il voulait porter à l'épiscopat; plus souvent pour la
confirmation de l'élection d'un évêque , ou sa nomination définitive
par le roi ; quelquefois enfin pour son sacre et son installation.
526 - ÉCLAIRCISSEMENS
3. Le sacre du nouvel évêque, par un ou plusieurs autres évé-
ques : Consecratio, benedictio episcopalis, ordinatio.
4°. L'installation dans sa cathédrale, faite également par d'autres
évéques. u.
C'était donc le choix du clergé qui indiqnait l’évêque à élire ;
et souvent le roi confirmait ce choix. L'évéque nommé était sacré
ordinairement par les évéques de la province métropolitaine; quel-
quefois néanmoins , éomme au chap. 7, par des évêques de toute
autre province, choisis exprès par le ror. Mais le roi n'approuvait
pas toujours le choix du clergé , et nommait à la place tel ou tel
autre qui était plus en faveur à la cour, ou plus fortement recom-
mandé, L'art. 1* de l'édit de Clotaire II en 615, résume tout ce
que nous venons de dire : « Ut episcopo decedente , in loco ipsius,
« qui a metropolitano ordinari debet cum provincialibus, a clero
. « et populo eligatur ; et si persona condigna fuerit, per ordinatio-
« nem principis ordinetur ; vel certe si de palatio eligitur, per me-
« ritum personæ et doctrinz ordinetur. »
On voit, par le chap. 6, que les évéques auraient voulu dimi-
nuer l'influence du roi dans lès élections , et sacrer celui qui avait
été désigné d'abord par le choix du clergé; comptant bien obtenir
ensuite l'agrénent du roi, dont l'approbation ne serait devenue
ainsi qu'une vaine formalité : comme il arriva plus tard pour les
papes , qui firent notifier leur élection à l'empereur, sans douter le
moins du monde de leur consentement.
Il résulte de tout ceci , que le.choix des évéques , sous la pre-
miére race, appartenait définitivement au roi; et que le pape de
Rome n’y était absolument pour rien. :
Nore f, Pace 21.
Athanagild ; révolté contre Aguila , avait appelé à son aide l'em-
pereur Justinien, qui envoya en Espagne le patrice Libère. Par
son secours, Áthanagild resta vainqueur. Aguila fut tué ; et Atha-
nagild lui succéda , l'an 554. Mais ensuite, voulant se débarrasser
de ses auxiliaires, il leur fit une guerre dont il ne vit pas la fin; car
ils ne furent entiérement expulsés de l'Espagne que sous le régne
de Suintila ; vers 623 (Voyez la Chron. des Gots, par Isidore de
ET OBSERVATIONS. 597
Séville, ère 592, selon l'édit..de Labbe). En retranchant 38 ans
(car on sait que l'ére d'Espagne précède de 38 anis l’ère vulgaire), on
a l'ati 554 pour l'avénement d'Athanagild. L'édition de cette chro-
nique donnée à la suite de Jornandès ( Lugduni Batavor., 1597), et .
qui s'arréte à l'avénement de Sisebut en 612, dit, en parlant de
cette armée romaine: « Adversus quos huc usque confligitur. Nam.
« frequentibus antea præliis cæsi, nunc vero multis casibus fracti ac
« diminuti sunt. » Ils existaient donc encore, quoique bien affaiblis,
en 612. L'édition donnée par Labbe ( Nov. bibl. Mss., t. 1, p. 61)
va jusqu'à la 5* année du régne de Suintila, c'est-à-dire 626, et s'ex-
prime ainsi sur cette méme armée romaine, toujours à la méme ére,
592 (554), époque de l'avénement d' Athanagild : « Adversus quos huc
s usque conflictum est. Frequentibus antea præliis cæsi ; nunc veró
« multis casibus fracti ac finiti. » Ce qui suppose leur expulsion
définitive encore récente en 626. L'auteur dit en outre de Suintila,
ère 659 (an. 621), « Romana castra perdomuit.... Urbes residuas,
« quas in Hispaniis Romana manus agebat, prælio conserto obti-
« nuit. » L'expulsion des Romains doit donc étre placée entre 621
et 626. L'Art de vérifier les dates la met en 623. L'auteur de la
chronique a-t-il donné , à quatorze ans de distance, deux éditions
du. méme ouvrage , ou un continuateur a-t-il changé son texte? -
Nore g, Pace 25.
- Rebellantibus signifie, ou que les Saxons recommencaient la
guerre comme des ennemis peuvent le faire , ou qu'ils se révoltaient
comme des alliés ou des sujets mécontens. On ne peut douter qu'il
ne faille adopter le second sens , puisqu'on voit plus bas, chap. 14,
qu'ils payaient un tribut annuel aux rois d'Ostrasie. Mais depuis
quand étaient-ils devenus leurs tributaires? C'est peut-étre aprés
la défaite des Thuringiens par Clovis, ou au plus tard aprés la
destruction du royaume de Thuringe par Thierri , en 529. |
Quant à l’époque de cette révolte des Saxons, elle est marquée
à l'an 555-de la chronique de Marius; mais cette même chronique
place le.ravage de la Thuringe par Clotaire, en punition des se
cours donnés aux Saxons , après la seconde expédition de Clotaire '
contre eux , en 556: C'est une erreur vraisembloblement , puisque
598 ÉCLATRCISSEMENS
Clotaire fut vaincu dans-cette seconde guerre ( voy. chap. 14) , et
qu'il n'aurait guère pu se venger des auxiliaires de ses vain-
queurs.
Norx h, Pace. 29.
Sollius noster est Caius Sollius Apollinaris Sidonius , évêque
de Clermont, mort en 484, par conséquent compatriote de Gré-
goire de Tours, également natif d'Auvergne.
La citation est du liv. r, épitre 2, adressée à Ecdiciss. L'au-
teur dit, en parlant de Séronat : « Totum quod concupiscit quasi
* comparat; nec dat pretia contemnens , nec accipit instrumentä
« desperans. » e
Les deux phrases de Sidonius et de Grégoire sont également obs-
cures. Pour ne nous occuper que de la seconde, la difficulté réside
à la fois daus le mot instrumenta , et dans la tournure du second
membre , qui semble correspondant au premier. Point de doute sur
le sens du premier membre : « Nec dabat pretia: contemnens. » Il
ne payait pas le prix [ de ses acquisitions]; par mépris [ pour les
vendeurs]. En conservant la même tournure pour le second, on
aura : « et ne recevait pas instrumenta, par désespoir. » Mais de
quoi désespérait-il? et que faut-il entendre par instrumenta ? La
traduction de M. Guizot s'exprime ainsi : « I] n'en donnait pas le
prix p» dédain , et n'en prenait point d'acte de vente, faute d'es-
poir qu'on püt ] le regarder comme légitime. ». Mais l'expression
dare instrumenta se retrouve quelques lignes plus bas, et signifie
évidemment que Cautin veut se faire livrer les titres de propriété.
« Rogabat ut ei chartas... daret, Nisi instrumenta daret ,... necari
jussit. Sed ille... nunquam præbuit instrumenta... Nisi has char-
tulas as » Plus haut il est dit : « Per chartas... Chrotechil-
dis .. proprietatém aliquam possidebat.» Ici charta et instrumenta
sont à peu prés synonymes. Quoique notre auteur écrive mal, cc-
pendant aurait-il, presque dans la méme phrase, donné au méme
mot deux significations aussi différentes : Acte de la vente qu'on
lui fait : titre de propriété appartenant à un autre ? ou , si l'on veut
conserver le méme sens à ce mot dang les deux passages, se serait-il
contredit au point de dire de cet homme , d'abord qu'il ne prenait
ET OBSERVATIONS. 529
pas d'acte de vente, par désespoir ; ensuite , qu'il fait tout pour
obtenir d'Anastase un acte de vente , ou de donation forcée , qui
puisse garantir son droit de propriété ?
Cette corisidération m'a fait adopter le sens qu'on lit dans notre
traduction ; commesi l'auteur avait voulu dire : « et, non accipiens
instrumenta , desperabat. »
Je laisse à de plus habiles le soin de fixer irrévocablement le sens
de cette phrase, qui péche ou par l'expression ou par la tournure.
*
Nore i, Pace 39.
t
Regnum Francie suscepisset. Cette France est évidemment le
royaume de Théodebald , l'Ostrasie , et non pas l'ensemble de tous
des royaumes des Francs, puisque Childebert n'est pas encore
mort ; puisque c'est en parcourant ce royaume de nouvelle acqui-
sition que Clotaire apprend la révolte des Saxons. Pourquoi l'Os-
trasie , en particulier, est-elle appelée France? Les royaumes de
Clotaire et de Childebert qui, réunis , furent depuis la Neustrie,
ne s'appelérent-ils pas aussi de ce nom ? Il est probable que l’Os-
trasie prit d'abord et conserva plus long-temps cette dénomination
spéciale, parce qu'elle renfermait la France primitive, Germa-
nique, au-delà du Rhin, où avaient régné Priam , Faramond,
Clodion (Prosper, Aquit. Chr.); puis les pays en decà du Rhin où
s'établirent d'abord les Francs lors de leurs premières invasions.
On voit dans l'histoire le nom de France s'avancer, pour ainsi
dire, et s'étendre de l'est à l'ouest, puis du nord au sud, à mesure
que les établissemens des Francs deviennent plus puissans et plus
durables. Mais on sait que la Loire fut long-temps la limite où
s'arréta cette dénomination. Le reste était la Gaule ( Voyez la
note 16 de l'Introduction de notre édition d'Abbon , p. 269, 270).
On y trouve onze acceptions différentes du mot France; mais ce
nom , uppliqué à l'Ostrasie seule, n'y est pas. Il faudrait l'ajouter
aprés le n? 1.
Nore /, Pace 41.
C'est bien là le caractère d'un peuple barbare tel qu'étaient les
premiers Francs. Ils sont soumis à leurs rois, quand ceux-ci les
mènent au combat ou au pillage; pour peu que les rois semblent
Hn. . 54
wd
530 ÉCLAIRCISSEMENS
mollir, les sujets se croient en droit de leur faire la loi. Les Ostra-
siens particulièrement, comme plus barbares, plus rapprochés de
leur indépendance primitive, ayant eu moins de contact avec la
servilité romaine, étaient moins disposés à obéir à leurs rois, Té-
moin l'expédition de Leutharis et Beucelin , entreprise malgré la
volonté du roi Théodebald, en 554 (voyez Agathias) ; voyez aussi
notre auteur, liv. vt , chap. 4 et 31.
Nore m, Pace 43. ]
Nous avons vu , note e, sur l'élection des évêques, que lorsque
le peuple et le clergé d'une ville s'étaient accordés sur le choix
d'un évéque , on rédigeait par écrit un acte de cet accord , appelé
Consensus, puis on le faisait passer sous les yeux du roi, en le,
priant de confirmer ce choix ( Voyez la formule de cette demande,
Marculf, liv. 1, n° 7). Le roi envoyait l'ordre de sacrer et d'in-
staller, soit celui qu'on lui avait demandé , soit tout autre , par un
diplôme appelé preceptum ou præceptio (Ce dernier mot se trouve
‘à la fin de ce chapitre. Voyez-en la formule, Marculf, 1, 5). ll fai-
sait encore savoir sa volonté par une autre forme de diplóme ap-
pelée indiculus, dont on peut voir la formule dans Marculf, liv. 1,
n° 6. La différence entre le preceptum et l'indiculus consistait,
selon Bignon, en ce que le premier était signé de la main du roi,
peut-être scellé de son anneau, et par conséquent avait une bien
plus grande autorité. Le second n'était en quelque sorte qu'une
lettre d'avis non scellée. (Tiré de la note de Ruinart sur ce passage.)
Note n, Pace 53.
Divitiam Civitatem. Plusieurs manuscrits et la plupart des édi-
tions portent Mustiam , Niustiam , Nutiam.
Divitia, peut-être Deutz , vis-à-vis Cologne , au-delà du Rhin.
Nutia serait plutôt Nuitz , un peu plus bas , mais en decà.
L'auteur remarque , comme une preuve de l'animosité des
Saxons , qu'ils pénétrent jusqu'à Divitia. Cette ville, quelle qu'elle
soit, était probablement au-delà du Rhin; car il n'omettrait pas
de dire qu'ils passent ce grand fleuve, barrière naturelle des
peuples de la Germanie. D'ailleurs , si les ravages s'étaient étendus
en dec, Clotaire aurait eu des preuves certaines de leur rébel-
ET OBSERVATIONS. 531
lion , tandis qu'on lui en parle comme d'un bruit qui se répand , et
non comme d'un fait qui s'est passé sous les yeux des Ostrasiens de
Gaule. Nous avons donc dû préférer la lecon Divitia; et sans pré-
tendre garantir l'identité de ce ljeu et du village de Deutz , nous
n'hésitons pas à le croire sur la rive droite du Rhin. Le mot Francia,
dans ce passage, doit s'entendre seulement de la France Germa-
nique , partie de la France Ostrasienne.
Nore o, Pacx 65.
On peut remarquer ici que le sort régle le partage des royaumes
entre les quatre frères.
Ce n'est que par ce chapitre que nous savons quelle était la ca-
spitale des quatre royaumes des fils de Clovis (Voyez liv. m1,
chap. 1). Mais , comme nous l'avons fait observer en cet endroit ,
il serait bien difficile de déterminer au juste l'étendue de chacun
de ces royaumes. Ce pourrait être l'objet d'une dissertation parti-
culière, dont voici les points à établir :
1°. Possessions de Clovis dans les Gaules, au moment de sa
mort. Étendue de son empire.
9», Étendue et domaines des royaumes de ses quatre fils.
3°. Quelle part , soit du royaume d'Orléans, en 524, soit de la
Bourgogne, en 534, soit dela Provence , en 540, chacun des trois
rois qui survécurent à Clodomir, ajouta-t-il à son royaume primitif?
4. Quelle fut la part des quatre fils de Clotaire Ie", en 561?
5°. Comment le royaume de Chérebert fut-il partagé entre ses
trois fréres?
Voici, d'une manière approximative, d’après Le Cointe et Pagi,
la division des provinces et des cités de la Gaule entre les quatre
fils de Clovis.
1^. Thierri, avec l'Ostrasie, c'est-à-dire la France Germanique
et tous les pays de la Gaule entre le Rhin et la Meuse, possédait
Reims , Châlons-sur-Marne, Troyes ; et au-delà de la Loire, Cler-
mont, Rhodez, Cahors, Albi, dans la premiére Aquitaine ; et
Uzès dans la Narbonnaise. Après la mort de Clotaire I*', Sigebert
paraît avoir eu de plus Avignon, une partie de Marseille, et ce
que les Francs avaient conservé de leurs conquêtes en Italie.
2. Clodomir, roi d'Orléans, possédait cette ville, Tours, une
532 ÉCLAIRCISSEMENS
partie du Berri et la ville de Bourges, Nevers, Tonnerre, l'Anjou,
le Maine et la Gascogne ; Gontran y ajouta tout l'ancien royaume
de Bourgogne , et une partie de la Provence. Mais quelques villes
de Clodomir en furent distraites. Tours, par exemple, appartint
à Charibert.
3. Childebert , roi de Paris, avait Paris, Meaux , Senlis, Beau-
vais ; la seconde Lyonnaise ; Rennes , Nantes , Vannes, et quelques
villes de l’Aquitaine. Charibert eut de plus Tours, le Querci,
l'Albigeois , et une partie de la Provence.
4°. Clotaire eut Soissons , Laon , Saint-Quentin , Amiens , tout
le pays entre la Somme , la Meuse et l'Océan, et une partie de
l'Aquitaine.
Mais les démembremens du royaume de Clodomir aprés le pre-
mier partage, et du royaume de Charibert aprés le second , jettent
une grande confusion dans cette partie de la géographie politique
de. notre histoire.
Nore p, Pace 157.
Comment Charésigil et Sigila , serviteurs de Sigebert , sont-ils
frappés avec lui , au milieu de son armée ? Sont-ce les deux émis-
saires de Chilpéric qui , après avoir assassiné le roi , se jettent sur
ses principaux officiers ? Mais, encore une fois, comment cela
est-il possible au milieu de l'armée de Sigebert , surtout si , comme
le dit Aimoin, ri, 12, les deux assassins furent aussitôt mis en
piéces par les soldats du roi? Charégisil et Sigila furent-ils blessés
en voulant défendre Sigebert , ou en voulant venger sa mort sur la
personne des assassins , quialors les auraient frappés en se défen-
dant eux-mêmes ? ou bien enfin, Chilpéric avait-il dans l'armée de
Sigebert un parti qui , voyant ce roi mort, se déclara ensuite contre
lui et ses aflidés ? Cette supposition n'est pas sans vraisemblance.
Sigila avait probablement mérité la haine de Chilpéric, comme
conseiller de Brunehaut, à l'influence de laquelle sur l'esprit de
Sigebert on attribuait l'animosité de celui-ci contre Chilpéric.
Nore q, Pace 159.
« De la mort de Théodebert l'Ancien à celle de Sigebert , on
comple 29 ans. » Voyons si ce calcul est exact.
ET OBSERVATIONS. 533
Sigebert meurt la 14* année de son régne. Clotaire était mort
la 51* année de son régne; par conséquent , 50 ans pleins aprés la
mort de Clovis; en 561. Théodebert est mort 37 ans aprés Clovis,
en 548 : de 37 à 50, la différence est 13; ce qui joint aux 14 ans
de Sigebert, fait 27 ans pour l'espace écoulé depuis la mort de
Théodebert jusqu'à celle deSigebert. Plusieurs manuscrits donnent
28 ans , ce qui se rapproche de notre calcul.
La mort de Clovis étant fixée à l'an 511, les autres dates se dé-
terininent d'elles-mémes :
Mort de Théodebert , 37 ans aprés : 548 ; date fixée par Marius
dans sa chronique , et adoptée par l'4frt de vérifier les dates.
Mort de Clotaire, 13 ans aprés : 561 ; adopté par les mémes.
Mort de Sigebert, 14 ans aprés : 575; date dont on convient
généralement.
Note r, Pace 161.
Nous ne voulons pas justifier les dates et les époques données ici
par notre auteur, encore bien moins fonder dessus un systéme de
chronologie. Mais ses nombres étant une fois admis , nous préten-
dons que les sommes ne sont pas aussi défectueuses qu'on l'a cru.
Cela tient aux différentes leçons des manuscrits, qui sont loin de
s'accorder sur ces nombres.
Ceux qui sont donnés à la fin de ce livre, tels que les ont admis
D. Ruinart et D. Bouquet, font bien la somme de 5774.
De la création au déluge............... 2242 ans.
Du déluge à la naissance d'Abraham...... 942
D'Abraham à la sortie d'Égypte scene 462
De l'Exode à la construction du temple... 480
De là à la captivité... ...,............. 390
De la captivité à la passion de J.-C....... 668
De là à la mort de saint Martin......... 412
Total........... 5596
De la mort de saint Martin à celle de Clovis. 112
De là à la mort de Théodebert.......... 37
De là à la mort de Sigebert.......:..... 29
534 ' — ÉCLAIRCISSEMENS
A la fin du 1* livre, qui s’arréte à la mort de saint Martin, on
devrait trouver 5596 ans; et cependant le texte de Ruinart donne
seulement 5546. Mais c'est par la faute des lecteurs ou des copistes
de manuscrits , qui , au lieu de LxLv1, pour exprimer 96 (comme
à la fin de ce 4* livre, les années de la construction du temple à la
captivité sent exprimées ainsi, cccLxL , 390), ont lu nupxrvi. Le
manuscrit de Corbie donne vd (c'est-à-dire nun) , Lxzvr, 5596.
Voyons maintenant si quelques uns des nombres donnés par
Grégoire de Tours sont fondés en raison.
1°. Jusqu'au déluge, 2242. C'est le calcul selon le grec, adopté
par tous les anciens chronologistes.
2*. A la naissance d'Abraham , 942 ans. En y joignant 75 ans,
áge de sa vocation , on a 1017 ans. C'est le calcul du samaritain.
3°. A la sortie d'Égypte, 462ans. 11 faut y comprendre les 75 ans
d'Abraham avant sa vocation. Reste donc 387 ans pour l'intervalle
de la deuxiéme à la troisiéme époque. L'hébreu en donne 430.
4°. À la fondation du temple, 480. Calcul d'Ussérius et de la
Vulgate.
5°. À la captivité, 390. En y joignant les 70 ans de captivité
qui entrent ordinairement dans le nombre des années de cette
époque, on trouve 460 ans. L'Art de vérifier les dates en ad-
met 462.
6°. A la passion de J.-C. , 668 ans. En déduisant les 70 ans de
captivité, ou plutót 76 , selon Grégoire, reste 592 ; puis 37 ans de
la vie de J. C. , on trouvera 555 pour cette époque , qui est seule-
ment de 536 ans. Mais remarquons que le manuscrit de Corbie
donne ici 648 ans , ce qui nous donne en dernier résultat 535 ans.
On voit que ce systéme de chronologie pour les temps qui pré-
sèdent J.-C. n'est pas moins raisonnable que beaucoup d’autres.
Mais depuis cette époque ses calculs sont dénués de toute base:
412 ans après la passion de J.-C. pour la mort de saint Martin ;
et 112 ans de plus pour arriver à celle de Clovis, rejetteraient cette
mort jusqu'en l'année 557 de J.-C. , c'est-à-dire prés d'un demi-
siécle trop tard.
Ne cherchons donc point à établir une chronologie d'aprés les
données inexactes de notre auteur. Nous nous contenterons de
suivre , non celle de Ruinart adoptée par Bouquet , mais celle de
l'Art de vérifier les dates.
ET OBSERVATIONS. 535
LIVRE CINQUIEME.
Note a, Pace 185.
Arisitensis vicus.
Mandajors (Mém. de l Acad. des Inscriptions , Vom. v, p. 336)
pense que cet évéché était situé entre ceux d'Uzés et de Vabres, et
occupait à peu prés la méme étendue que plus tard le diocése
d'Alais , détaché de celui de Nimes, en 1692. Le diocèse d'4fri-
situm, aprés avoir eu quelques évéques , avait été réuni à celui de
Nimes, au temps de Charlemagne. Il est certain que la ville d’Ari-
situm , si toutefois elle est la méme que Arisidium, était voisine
d'Uzés, et par conséquent assez loin de Rhodez. Un manuscrit cité
par Meurisse, Hist. des Évêques de Metz, en 1634, dit : « Hzc
« civitas Ucetia sita est in provincia Narbonensi prima , item præ-
« dieto Arisidio vicina.» Cependant Grégoire dit que les quinze pa-
roisses de cet évêché étaient revendiquées par Delmace , évêque de
Rhodez; ce qui les suppose contigués à l'évéché de Rhodez. Aussi
D. Vaissette place A#risitum dans le Rouergue méme. Il cite ( Hist.
du Languedoc, tom. 1 , p. 157) une charte de Guillaume , comte
de Rouergue, de l'an 1207, où sont énumérés les villages suivans,
composant l'Arsaguez : « Buzens , Galhac , Provenquières, Séverac-
l'Église, Ligons , Gagnac , Laissac , Monferran » (Aveyron , arr.
de Milhau, canton de Laissac), et il pense que l'Arsaguez est
l'ancien Vicus Arisitensis, ou l’Arsat, du nom duquel , peut-être,
Laissac nous retrace quelques vestiges. Ce pays a pu tirer son
nom de la Serte, affluent de l'Aveyron, dans le voisinage de la-
qnelle sont les villages mentionnés ci-dessus.
Y avait-il donc un évéque pour si peu de paroisses? Selon le
méme D. Vaissette , ce pays avait été repris sur les Goths par Clo-
taire, .en 560. Comme c'était une conquête nouvelle ; enlevée à un
peuple arien , on aura jugé à propos d'y établir un évêque, pour
ramener les habitans à la vraie doctrine. Cet évéché , après avoir
été régi par quelques évêques , dont trois sont nommés par Valois
(Notice des Gaules, au mot Arisitum), fut réuni probablement à
l'évêché de Rhodez , comme l'évéché de Selle détaché de celui de
536 ÉCLAIRCISSEMENS
Poitiers, y fut rejoint peu aprés (1v, 18). Ainsi, dans un autre
ordre de choses, La Rochelle, récemment enlevée aux protestans ,
avait formé presque à elle seule un gouvernement militaire (l'Àu-
nis), dont le chef ne recevait des ordres que du roi ; il en était de
méme de la petite province de Roussillon , nouvellement conquise
sur les Espagnols; tandis que d'autres gouvernemens , comme la
Champagne , la Normandie, la Guienne, etc. , occupaient une vaste
étendue de territoire.
Nore 5, Paex 227.
Ces fontaines qui se remplissaient miraculeusement , étaient dans
l'église d'Osset en Espagne ( Voy. liv. v1, chap. 43). C'étaient
des baptistéres , comme il y en avait dans toutes les églises, qui se
trouvaient remplis d'une manière surnaturelle le Samedi-Saint ,
seul jour où , dans l'origine, étaient baptisés les catéchuménes. Le
baptéme de Clovis un jour de Noël fut une exception, suivie depuis
en France et en Angleterre. Il y avait de ces baptistéres miracu-
leux à Embrun , d'aprés le Martyrologe d'Adon , cité par Le Cointe
(Annal. ecclésiast. des Francs, ann. 497, n° 3 ) « Baptisterium...
« in sacrosanctis Paschalis festi vigiliis , divina virtute , singulis
« annis , aquis subitis inundatur, et per septem ejusdem solemni-
« tatis dies , gratia exuberante permanet. »
De ce que ces fontaines s'étaient remplies d'elles-mémes à une
certaine époque, c'était donc , selon Grégoire, une grande preuve
en faveur de l'opinion qui placait la féte de Páques à cette méme
époque.
Nore c, Pace 273.
Selon Carpentier (Suppl. au Gloss. de Ducange), les pauvres
de l'église, appelés aussi Matricularii (Greg. Tur. vr, 29), étaient
nourris par elle et attachés à son service pour des travaux de toute
espéce.
Juniores, selon Ducange , étaient les clercs au-dessous des sous-
diacres, ceux qui avaient été admis aux ordres mineurs, et qui , par
conséquent , étaient attachés à l'église par des fonctions religieuses.
M. Guérard propose de traduire ainsi le passage en question :
H
ET OBSERVATIONS. 537
« Chilpéric fit exiger son ban (1) de tous les petits possesseurs et
«. de tous les officiers subalternes de l'église. »
Tous les pauvres de l'église étaient-ils possesseurs? c’est peu
probable. Il y avait donc , en quelque sorte , plusieurs classes de
pauvres , parmi lesquels les plus distingués étaient comme des vas-
saux de l'église, qui lui devaient pour leur fief un service quel-
conque , plus relevé sans doute à proportion que la condition du
pauvre était moins humble.
Note d, Pace 313.
* La Loire fut plus grosse que l'année précédente , parce que le
torrent du Cher vint s'y réunir. »
Quel sens donner à cette phrase? Le Cher auparavant ne se
jetait-il pas dans la Loire? Où aurait-il coulé? Dans l'Indre? mais
l'Indre se jette aussi dans la Loire; l'Indre, accru par le Cher,
aurait dà grossir la Loire de la méme quantité d'eau.
Le Cher, qui coule pendant uu certain espace parallélement à
la Loire, et à peu de distance, se déborda-t-il alors , et se réunit-il
temporairement à la Loire, avant sa jonction avec ce fleuve, par
exemple, à partir de Tours?
Ou bien , est-ce alors que se forma , prés de Tours, le premier des
canaux, ou bras de rivière, par lesquels le Cher se joint à la Loire
avant de se réunir définitivement avec elle? On conçoit qu'au mo-
ment où il versa dans la Loire une partie des eaux du Cher, il dut
accroître notablement cette partie de la Loire, depuis Tours jus-
qu'à là jonction définitive du Cher. Dans cette hypothèse , j'adop-
terais assez volontiers la lecon ab amne superiore , donnée par un
manuscrit. La Loire devint tout à coup bien plus forte au-dessous
de Tours que dans la partie supérieure de son cours. Songeons
toujours que c'est à Tours qu'est placé notre historien.
*
(1) Le ban des rois, pour défaut de service à la guerre ou de compa-
rution dans les assemblées publiques, était, sous les rois carolingiens,
une amende fixe de soixante sous d'argent. ( B. G.)
538 ÉCLAIRCISSEMENS
Nore e, Pace 331.
Lettres inventées par Chilpéric.
On pent douter que la véritable forme de ces caractères nous ait
été conservée, tant les manuscrits diffèrent entre eux. Celui de
Corbie , le plus ancien de tous ceux que nous avons pu consulter,
les représente telles que nous les avons insérées dans notre texte.
Le manuscrit reg. B, ainsi : e, y, Z, A. La plupart des éditions,
ainsi : O * Z II. Aimoin, liv. r1, chap. 40, par ces quatre lettres
grecques, plus différentes des autres : #, x, 5, @. Lesquelles
adopter de préférence? D. Rivet ( Hist. littéraire de la France,
tom. 111, p. 342) pencherait plus volontiers pour celles d'Aimoin.
Et nous sommes assez de son avis : en effet , quoique nous ne puis-
sions non plus savoir au juste quels sons il voulait représenter par
ces lettres, on peut cependant conjecturer, d’après les différens
textes, que c'étaient &long , H aspiré, Th, J7/, sons qui se trouvent
à peu prés rendus par les caractéres d'Aimoin. Le projet de Chil-
péric, comme l’a fort bien remarqué M. Augustin Thierri, dans
sa 6° Lettre sur l'Histoire de France (Revue des deux Mondes,
1°* décembre 1836), n'était pas aussi absurde que semble l'insi-
nuer notre historien. Il voulait représenter, avec des caractères-ap-
prochant de ceux des Romains, des sons germaniques , qu'on ne
pouvait autrement exprimer dans la langue latine.
Du reste, ces lettres eurent la méme fortune que celles de
Claude (Suét., Claud., 41 , et Tacit. , Inn. , x1, 14), et ne sur-
vécurent pas à leur inventeur. En effet, les peuples ne consentent
jamais volontiers à changer leur langue ou les caractéres de leur
écriture. Les Francs pouvaient avoir besoin d'exprimer leurs
formes germaniques en latin; mais les Romains ne sentaient pas
la nécessité d'adopter ces mots et ces formes barbares , ni par con-
séquent , des signes nouveaux, propres à les représenter plus com-
modément. Cette Tutte entre les deux langues dans les parties oc-
cidentales de la Gaule, se termina , comme on sait , à l'avantage
du latin , qui finit par prédominer et par faire disparaitre chez ces
Francs de l'ouest leur langage primitif ; tellement qu'au ix* siècle,
on appelait les Neustriens Francs romains, pour les distinguer
des Francs tudesques ou Ostrasiens. —
ET OBSERVATIONS. 539
LIVRE SIXIÈME.
Nore a, Pace 396.
Nous avons traduit legitimam «tatem , par l’âge de la majo-
rité. Cet âge, sous la première race, était-il déterminé? On sait
que , par une ordonnance de Charles V (aoüt 1374) , la majorité
de nos rois fut fixée à qnatorze ans ( Voy. Ordonn. royales, tom. vi,
p. 26, et tom. vir, p. 518). À propos de cette ordonnance, le
président Hénault prétend que , dans les deux premiéres races , le
roi n'était majeur qu'à vingt-deux ans. Où l'a-t-il vu ? Dupuy, dans
son traité de la Majorité de nos Rois (in-4°, 1655), commence
par dire (p. 2) qu'il n'y a rien d'assuré sur ce point pour les deux
premiéres races. Pour ces rois , en effet, la majorité devait com-
mencer plus tôt ou plus tard , selon que le jeune prince se sentait
plus ou moins capable de porter les armes , et de marcher à la téte
d'un peuple remuant et belliqueux. L'expression legitimam semble
indiquer cependant un áge fixé par la lei , ou du moins par la cou-
tume.
Nors b, Pace 375.
Le Seigneur a régné par le bois. Les mots a ligno ne se trouvent
pas dans Ia Vulgate (Ps. 95); de méme que le grec des Septante
et l'hébreu disent simplement : Le Seigneur a régné. Cependant
quelques personnes ont pensé que des rabbins avaient retranché
ces mots du texte hébreu. En effet, la plupart des anciens Péres
citent ce passage comme Grégoire de Tours. L'hymne de la Passion
par Fortunat, le rappelle dans les méines termes :
Impleta sunt quce concinit
David fidelis carmine ,
Dicens : In nationibus
Regnavit a ligno Deus.
Le Psautier qui a , dit-on , appartenu à saint Germain , évéque
de Paris, et qui est conservé à la Bibliothèque Royale comme ut
de nos plus précieux manuscrits , offre les mots « /igno d'une ma-
niére encore assez lisible. ( Tiré de Ruinart. )
540 ÉCLAIRCISSEMENS
Note c, Pace 439.
Des naufrages eurent lieu entre la cité et la basilique de Saint-
Laurent.
Selon Ruinart, Mabillon, D. Bouquet, cette basilique n’est
autre que l'église actuellement paroissiale de Saint-Laurent , dont
il a été question , chap. 9 de ce livre. Ils se fondent sur un diplóme
de Childebert III, donné par Mabillon (Diplomat., vi, n° 98,
p. 482), où il est dit que le marché qui se tenait anciennement
dans le bourg de Saint-Denis avait été transporté prés de Paris,
entre les basiliques de Saint-Laurent et de Saint-Martin. D. Tous-
saints-Duplessis , auteur des JVouvelles Annales de Paris, pense
que cette église de Saint-Laurent était au sud , peut-étre sur l'em-
placement de Saint-Séverin. Mais pourquoi , à propos d'un débor-
dement de la Seine qui ne s'étendrait que jusqu'à Saint-Séverin ,
ou environ , l'auteur dirait-il que la Seine et la Marne produisirent
une inondation extraordinaire autour de Paris ?
Quelques uns ont pensé ( Mabillon , Diplomat., p. 309, liv. 1v,
n? 110) qu'un bras de riviére se détachait de la Seine, à peu prés
vers le fossé de la Bastille , et tournait autour de la ville. Un cou-
rant d'eau, qui fut depuis le grand égout de Paris , existait, il est
vrai, au nord de Paris. Mais était-ce , comme le prétend Dulaure
( Hist. de Paris, tom. 1, p. 29) , un ruisseau venu de Ménilmon-
tant, ou bien un bras de la Seine? Dans cette dernière hypothèse,
comme il s'échappait de la rive droite, à un endroit où les eaux
de la Marne se distinguent encore de celles de la Seine, peut-être
lui aura-t-on conservé le nom de Marne, par la méme raison que
souvent on appelait Marne le bras septentrional de la Seine au
pont Notre-Dame (Valois, Notice des Gaules, p. 441, au mot
Parisiorum Urbs). Ou conçoit alors que le fleuve principal et ce
courant , qui en était une dérivation, s'étant débordés à la fois,
ont pu couvrir tout le terrain, alors à peu près vide, compris entre
nos boulevarts et la cité; d'ailleurs il était moins élevé que le sol
actuel. Et cette plaine ainsi submergée a dû occasionner bien des
accidens pour les navigateurs.
ET OBSERVATIONS. 541
Nore d, Pace 457.
Provinciæ sibi commisse.
Nous n'avons pas admis la leçon commisso , ce qui signifierait
que l'on avait confié à ces deux généraux le commandement de
l'armée de la Provence. D'aprés la conduite que tiennent les Ostra-
siens à l'occasion de cette guerre , il est probable qu'ils n'auraient
pas souffert de laisser une partie des leurs sous les ordres des géné-
raux de Chilpéric. C'est donc , non l'armée, mais la province qui
leur a été confiée. Mais quelle est cette province?
Ce n'est pas la Provence, partie de l'ancienne province ro-
* maine, et qui obéissait alors à Childebert, roi d'Ostrasie; car les
généraux de Chilpéric , Bladaste et Didier, n'en auraient pu étre
les gouverneurs ou les chefs.
Nous voyons dans Adrien de Valois, Notice des Gaules, au
mot Provincia, que l’on désignait quelquefois sous ce nom tout le
midi de la Gaule; que, selon Raimond de Agiles en parlant des
Croisés , on appelait ordinairement Provinciales, les Bourguignons,
les Auvergnats , les Gascons , et les Gots , par opposition avec les
peuples du nord, appelés exclusivement Francigenæ.
On peut done croire que Provincia signifie ici la réunion des
pays enlevés récemment à Gontran par Chilpéric , dans l'ancienne
Gaule Romaine méridionale, comme le Limosin , le Périgord ,
l'Agénois , et dont le gouvernement ou la défense avait été confiée
à Bladaste et à Didier : ce qui rend plus vraisemblable l'attaque du
Berri par ces deux généraux , du cóté du sud , et justifie l'interpré-
tation de Castrum Mediolanense par Cháteau-Meillant , plutôt
que par Mehun-sur-Évre, prés de Bourges.
Nofe e, Pace 489.
On rend à Ursicin, évêque de Cahors , des paroisses que l'église
de Rhodez n'avait jamais possédées.
Commençons par dire que le texte me paraît équivoque. Est-ce
à Ursicin , est-ce à Innocent que l'on rend les paroisses en litige?
M. Mandajors, dans le Mémoire sur Ærisitum, dont nous avons
parlé , note a du liv. v, pense qu'elles furent adjugées à Innocent,
542 ÉCLAIRCISSEMENS ET OBSERVATIONS.'
évêque de Rhodez. Telle avait été aussi notre opinion , avant méme
d'avoir lu ce Mémoire; mais nous nous sommes rangé à l'avis con-
traire, d'aprés M. Guérard. En effet, ces paroisses , il est vrai,
n'avaient jamais appartenu à l'église de Rhodez ; mais on les con-
teste à celle de Cahors : il faut un jugement pour rendre à cette
derniére la possession entiére et incontestable de ces mémes pa-
roisses ; ce qui justifie suffisamment l'expression reciperet , qui pro—
duit ici l'équivoque. Elles deviennent irrévocablement des paroisses
de l'évéché de Cahors; et, en effet, au chapitre suivant, l'auteur
rappelle ce jugement, pro parochiis Cadurcinis : ce qui signifie,
ce me semble , qu'elles étaient restées paroisses de Cahors aprés le
jugement, comme elles l'étaient auparavant. Il aurait dit Rute- *
nensibus, si elles eussent été adjugées à l'évéché de Rhodez.
Maintenant, est-il possible de conjecturer quelles étaient ces pa-
roisses? Valois et Mandajors soupconnent que ce sont celles qui
composaient l'évéché Arisitensis (v, 5). Mais si cet éyéché était
composé des paroisses nommées dans la note a du liv. v, comment
l'évéque de Cahors aurait-il pu les revendiquer et les garder, ou
méme les régir pendant quelque temps, en supposant qu'elles aient
été rendues à l’évêque de Rhodez? Elles sont à l'est du Rouergue.
Convenons, ou que l’Arisitensis n'est pas tel que nous l'avons sup-
posé, ou plutôt, qu'il. ne s'agit pas ici de cet évéché , surtout ep
adoptant l'opinion qu'elles restèrent définitivement à l’évêque de
Cahors.
FIN DU TOME SECOND.
Pag.
Page
Pag.
ERRATA
POUR LE TOME SECOND DE L'ÉDITION COMPLETE.
"Supplément à l'Errata du premier volume.
18, lin. 15, dixisse, Jege dixisset.
52, not. 4, post hec verba : Christum filium Dei prædicarent,
adde quod habet Corb., et paulo post, pro aufert, lege
offert.
58, not. 2, alie, lege alii.
60, lin. 22, simpiternum, lege sempiternum.
90, not. 1, dele Corb. duo, ut nullo sensu.
122, lin. 16, credentis, lege credenti.
128, not. 2, post duobus adde nempe Corb. et Bell.
156, lin. 5, assumpto, lege absumpto.
174, lin. 1, indicium note (1), ad lineam 5, rejiciendum est
post Dynamium ; que porro erit nota 2*; et secunda fiet 1^.
208, lin. 20, up, /ege ut.
242, lin. 1, psalterium, /ege psallentium.
246, lin. 5, 4, Sigiberti-Claudi, Jege Sigiberti claudi.
- 45, note 2, quarantième, lisez quarante-quatrième.
145 ,digne 11, fut à l’âge de trois ans, etc., lisez fut, pendant
trois ans, retenu en otage auprès d'Alaric, puis;chez les
Huns.
245, ligne 22, Sigebert Claude, lisez Sigebert le boiteux.
315, supprimez la note 2, qui offre un grave anachronisme.
360, note p, Jacob, lisez Jacques.
ERRATA DU SECOND VOLUME.
106, note 5, Ruin., lege D. Bouq., et infrà post textus adde -
ex Ruinartio.
144, note 2, sic dispunge : Suprà, cap. 23. Plerique, etc.
272, note r, dele Cod.
541
Page
ERRATA.
5, ligne 9, Mummole, lisez Mummol.
9, note 3, P6, lisez 546.
15, note 4, liv. iv, 57 et 45, lisez liv. 1v, 57 et 5r.
25, note 5, aprés reliques des martyrs mettez (Ducange), et
aprés les pauvres de l'église, ajoutez : on appelait encore
ainsi l'ecclésiastique préposé x un oratoire bâti en l'hon-
neur d'un martyr. ( Ruin.)
65, note 2, ajoutez : selon Ruinart, l'expédition des Huns eut
lieu en 562; celle de Chilpéric, en 564.
67, aprés la note 1, ajoutez : selon Marius, Celsus"mourut
en 570.
81, note 1, ajoutez : en 569, selon Valois, v, ch. 23.
91, ajoutez une note 2, sé rapportant à la derniére ligne du
texte : Marius, dans sa chronique, parle de cette peste à
l'année 571.
141 , note 1, liv. v, lisez liv. 1v.
195, note 2, liv. iv, ch. 19, lisez liv. rv, ch. 18. à
245, note 5, ps. 5, 108, lisez ps. 108.
269, ligne 8 , Daccons, lisez Daccon.
271, note 2, lisez : voyez la note la latine (1), page 272.
295, note 1, Joséphe.... ch. 20, lisez ch. ar.
335, ligne 11, nourri chez le roi, lisez nourricier du roi.
Note 1, doit être ainsi conçue : nutritius a quelquefois
le méme sens que, etc.; et ajoutez après la note : mais
ici il est évidemment synonyme de nutritor, voyez liv. vi,
ch. 1, et liv. vii, ch. 22.
335, lignes 12, 15, Leudaste (1), lisez Leudaste (2).
565, note 2, convive, lisez nourricier; aprés ch. 42, ajoutez :
^ voyez aussi liv. vrir, ch. 22.
375, note 3, ps. xxxv, lisez ps. xcxv.
577, note 2, 12, lisez 11. — Note 5, vu, 8, Lisez 7, 8.
457, ligne 15, l'armée de la province, qu'on leur avait confiée,
lisez : l'armée de la province qui leur était confiée.